SiiAWLtv, p. 8i, 113. Di'ciiesm:. Origines, p
2. / Thess. V, 2<i. / Pet. V, IV. Tfrtiliian. De oral. 18; Ad uxor. ir, 4. <.i.F.M. Al. Paedaf/. III, 81.
paraît pas que, à Rome, on ait pratiqué le rite de baiser la sainte hostie, non l'autel, rite signalé au XII® siècle'. Innocent III ne le connaît pas. Il note entre temps un usage disparu : '■<■ Sacerdos praebet osculum o?is ministro », et ledit ministre s'inclinant avec respect « pectus osculatur ipsius » (VI, 5).
Le baiser de paix, au viii'- siècle encore, en Occident, s'échangeait entre les clercs, entre les assistants aussi, « etpopulas, separatim viri et feminae », dit VOrdo /-orna nus II. Innocent III (VI, 5) suppose que de son temps les assistants y ont part encore. « pacis osculum per universos fidèles diffunditur in Ecclesia ».
h'Ordo j-onianus I rattache le baiser de paix au Pax Domini sit seinper çobiscum. Mais il rattache à cette même formule le geste par lequel le pontife fait de la main trois signes de croix sur le calice, et, à la suite, « mittit sancta in eum ». Or par sancta il faut entendre la parcelle de pain consacré qui a été retenue d'une messe papale précédente et qui assure l'unité et la continuité du sacrifice. Pendant que le pape accomplit cette commixtion, l'archidiacre baise la patène qui portait les sancta et il donne la paix au premier des évèques, de qui elle passe de proche en proche jusqu'aux fidèles.
Nous sommes ici en présence d'une anomalie qui est la concurrence de deux gestes pour une même formule : la commixtion des sancta et le baiser de paix accompagnant le Pax Domini sit seinper vobiscum.
\. lOANx. Bei.eth. Rationale divin, off. 48 : • Acccpto pacis osculo ab ipsa eucliaristia, ut (juibusdam placcl, vel, ut censeul alii, ab )ps(jsepulci'0 etaltari... » — L'instrument de paix, osculatorium pacis, apparaît en Angleterre au xiii" siècle.
Celte anomalie a été corrigée dans la suite, d'abord du fait que le baiser de paix a été reporté après VAf(nus Dei. Puis, du fait que (au ix^-xi* siècle) le rite des sancta a disparu. Mais au rite disparu s'est substitué le rite de la commixtion de la tierce partie de la sainte hostie du Jour, commixtion qui, dans VOrdo romanus J, accompagne encore l'acte par lequel le pape (revenu à son siège se communie : le pontife, lisons-nous dans ledit Oido, communie sous l'espèce du pain dont il détache avec les dents une parcelle qu'il met dans le calice en prononçant :
Fiat commistio et consecratio corporis et sanguinis Domini nostri lesu Christi accipientibus nobis in vitam aeternam. Amen. — Pax tecum. — Et cnm spiritu tuo.
On a donc conservé le rite (propre à la communion du pape), en le substituant au rite supprimé des
'inctii. VOrdo romanus III^ que l'on date du ix*-x® siècle, est le premier témoin de cette substitution. Du même coup, la fraction a été déplacée. Nous
vous vu quel relief elle avait dans la messe papale • lu viii^ siècle, et comment le pape Sergius (687-701) avait institué que fût ciianté par le clergé et le peuple Agnus Dei qui tollis pcccata mundi miserere nohis, au moment de la fraction, « tempore confractionis dominici corporis » [Lib. pontif. 1. 1, p. 376). La fraction perdit ce relief dans la liturgie romano-carolingiennc : le célébrant y procéda à l'autel même et seul, tandis que le pape y présidait à son siège et que les évêques et les prêtres y procédaient autour de lui au presbyterium, action collective qui était un dernier vestige de la concélébration d'antan. La fraction s'exéculapendantlaconclusiondu/>fAe/v//io.v, quin'aaucun
rapport avec elle, pas plus que le Pax Domini sit sempev (^obi'sciin?. Et il se trouva que désormais fraction et commixtion étaient finies quand commençait le chantdeY Agnu s Dei. Il s'est produit ici, comme en d'autres points de la messe, un tassement, d'autant plus compréhensible que les sacramentaires anciens n'ont pas de texte pour cette zone de la messe.
Dans les liturgies gallicane et wisigotliique, la communion est précédée d'une bénédiction du peuple par le célébrant. On croit en trouver trace chez saint Augustin jSrawley, p. 153). Saint Césaire d'Arles en est un plus sûr témoin. Saint Boniface l'exporta en pays germanique, de quoi il fut repris par le pape Zacharie, qui n'acceptait pas les bénédictions « qnas faciunt Galli », par vaine gloire, estimait-il '. L'0/rfo7o/«â'/î«/s F/, qui est dux*-xi^ siècle, a incorporé dans la messe pontificale le rite de ces bénédictions, qu'il insère aussitôt après VAmen du Libéra nos q. D.
Statinique, episeopo dicente Per omnia saecula saeculoi'um, (archidiaconus) accipiat benedictionalem librum, et conversas ad populum dicat : Hiimiliate capita vestra Deo, et clero respondente : Deo grattas, porrigat episeopo librum. Expleta autem benedictione, veniens presbyter accipiat pacem ab episeopo, eamdem céleris oblaturus.
11 est vrai que l' Ordo F/nest pas romain de Rome : les Ordines authentiquement romains ne disent mot de cette bénédiction, que l'ancienne liturgie gallicane réservait aux évêques, et que Rome n'a jam.ais
d. Caf.sar. Sermo cclxxxi, 2, et cci.xxxii, 2 {Appetid. Aug.). Jafif , 22fH.
voulu incorporer dans sa liturgie' : Toraison romaine Super populiim suffisait.
Nous avons relevé que la formule Fiat comniistlo et consecratio corporis et sanguinis D. N. I. C. uccipientibus nobis in vilam aeternain, Amen, est donnée par rO/c?o romanus 1, par l'O/v/o romanus II, de même par VOrdo romanus de Saint-Amand, comme une prière prononcée à voix basse par le pontife au moment où il va communier au calice, et le calice auquel boit le pape efSt le même auquel boira après lui le presbyterium. Cette formule est bien plutôt une formule de commixtipn, que de communion. Aussi n'est- il pas étonnant qu'elle soit restée liée ù la commixtion, quand la commixtion a été transiérée avant VAgnus Dei. Il reste qu'alors la communion du pontife se fait en silence. Et telle dut être la règle jusqu'au temps où les prières autour de la communion du célébrant furent introduites par la piété spontanée dans la liturgie de la messe, c'est-à-dire vers le xi*' siècle.
La communion des fidèles-. Paul diacre i Vita Gre-
1. .\lcuiii leur avait luit une place dans son supplément au Sacramentaire Grégorien, sous le num de Benedicliones episcopales (Wilso:», p. -247-2.'i'é). Voyez Dom Moi.iN, •■ Un recueil gallican inédit de Benedicliones episcopales en usage à Kreising aux vn--ix' siècles ", Reine béncdicline, i'.)\-l, p. I«i8-1!»4. La Liturgie «Je Lyon a conservé jus- (ju'aujuurd'hui la bénédiction épiëcopale avaut la communion.
■2. La rubrique qui fait réciter le Con/ileor, puis le Misereatur et Vlndulgenliatii, |iuis l'Agmis Dvi cl le Domine nun auindionus, avant
gorUf 23) raconte l'histoire de cette romaine qui assiste un dimanche à la messe du pape saint Grégoire et s'approche pour communier à son rang [ordine suo) des mains de l'Apostolique . Le pontife lui présente la sainte hostie [offam dominici corporis porrexif) en disant : « Corpus Domini nostri lesu Christi prosit tibi m reniissionem omnium peccatorum et vitam aeternam ». On sait le reste, et comment -la noble dame s'attira une grave leçon du pape pour avoir souri étourdiment. Le mot porrexiL suggère que le pape tend le pain consacré au communiant, qui le prend de ses mains d'abord, qui le portera à sa bouche ensuite. h'Ordo romanus VI, qui est du x'^-xi'^ siècle, distingue deux manières de recevoir la communion sous l'espèce du pain : les prêtres et les diacres reçoivent de l'évêque le corps du Christ dans leurs mains, les sousdiacres le reçoivent dans la bouche. On peut inférer que les clercs moindres et les fidèles recevaient, comme les sous-diacres, la sainte hostie sur les lèvres.
Recevoir entre ses mains le corps du Christ est la manière antique de communier. On peut rappeler l'inscription de Pectorius d'Autun (fin du ii® siècle), dont les mystiques symbolismes décrivent la communion : « 0 race divine du poisson céleste..., reçois l'aliment doux comme le miel du Sauveur des saints ;
de distribuer la coQiiiuinion aux fidèles, n'est pas signalée avant le XIII» siècle. Ce groupe de prières, cruit-on, a du constituer d'abord le rituel de la communion distribuée en dehors de la messe, aux malades, par exemple. On lit cependant di-jà dans l'EncIt-'ridion i>recaiionum de Cliarles le Chauve : •■ Confitenda sunt peccata breviter ante altare secrète coram Dco, antequa.n vestraui offeratis ublatiouem vel commuuicetis. •
LA SAINTE COMMUNION. 281t
man^e à ta faim, tu tiens le poisson dans tes mains! » Le geste est décrit par saint Cyprien, quand il parle de « partem cu/n ceteris... accipere, sanctum Dominiedere et conl/ec/are» [De laps. 26); par saint Augustin, quand il parle de recevoir (le corps du Christ) « coniunctis manihus » [Contra ep. Parmen. ii, 13) ^ Victor de Vite a une page magnifique dans son histoire de la persécution vandale en Afrique. Il raconte le martyre d'un adolescent, Maioricus, que sa mère, Dionisia, encourage de la voix et du geste à supporter ses tortures. Quand il eut expiré, elle le recueillit dans ses bras et l'ensevelit à l'intérieur de sa maison. Les expressions de l'évêque historien s'illuminent de liturgie : « Amplexansque illa hostiam suam, quantis potiiit vocibus Domino grattas agens, ad gnudiuni spei futiirae in sua domo nialuitsepelire, ut. . . alienam se afilio nunqiiam esse confidat « (m, 24). Le geste de la mère est celui d'une chrétienne qui communie.
Un trait antique aussi est révélé par la vie de sainte Mélanie. Le 31 décembre 43i), qui était un dimanche, au soir duquel elle mourut, à Jérusalem, elle reçoit la sainte communion des mains de l'évéquc, quelques instants avant de rendre le dernier soupir : elle eut la force de répondre Amen et de baiser la main droite de l'évêque^. On baisait la main de l'évêque qui distribuait la communion, et le rite s'est conservé jusqu'aujourd'hui.