‹ Leçons sur la messeChapitre 8 sur 80 · Wariep.. The Stnwc MiSHaHiOVi), p · texte numérisé non relu

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notre texte reçu, qui s'adresse à Dieu contemplé dans son unité, comme à Dieu dans son unité étaient offerts les sacrifices des patriarches. Cela est fort bien dit par le texte du Veni sanctificator qui se rencontre au xiii*^ siècle dans tel missel de la Cour de Rome et des Mineurs (Ebner, p. 314) :

Veni, sanctificator omnipotens aeterne Deus, et benedic hoc sacrificium ah indignis manibus tuo nomini praeparatum, et descende invisihUiter in Iianc hoatiam quivisibilUcr in potrum hostias descendisti.

Moïse et Salomon ont prié le Seigneur et le feu du ciel est descendu qui a consumé l'holocauste (// Mac. ïu 10).

La messe papale du vin® siècle, celle de VOrdo romanus I et du Sacramentaire Grégorien, a donné à la liturgie de l'Occident carolingien l'ordinaire de la messe. Dépouillé de la solennité que lui valaient ses assistants, ses ministres, ses parties chantées, cet ordinaire est devenu l'ordinaire de la messe privée, de la messe basse, de la messe solitaire, où le prêtre n'a qu'un servant avec lui. La dévotion privée a sa place dans la messe privée : de là les prières privées introduites dans l'ordinaire de la messe entre le x'' siècle et le xiii'', que nous venons d'examiner.

Elles sont des surcharges, évidemment, et elles sont dues aux initiatives de l'usage. L'étonnant est que pareilles initiatives n'aient pas engendré de confusion. En réalité, ces initiatives n'ont eu de jeu que dans la zone de l'offertoire et dans la zone de la communion, jointes à celles de l'arrivée du prêtre à

lautel et de la fin de la messe : elles se sont glissées dans des interstices. Si l'on veut bien comparer l'ordinaire de la messe de Paris conservé par les Frères Prêcheurs à celui de la Cour de Rome et des Mineurs, on se rendra compte que Paris et Rome, au xin^ siècle, diffèrent seulement dans les zones que nous venons de dire, encore ces différences sont-elles de pur détail.

Des prières introduites ainsi dans la messe privée, les unes ont pour raison d'être d'accompagner tel geste qui, dans la messe papale, s'accomplissait en silence : la liturgie veille ainsi à préserver la piété du célébrant contre l'automatisme et à pénétrer cette piété du sens spirituel de ses gestes. Les autres prières sont destinées à rappeler au célébrant les sentiments qui doivent être les siens quand il monte à l'autel, quand il offre l'oblation, quand il s'apprête à communier, quand il vient de communier : elles sont faites pour inculquer au prêtre les scrupules de conscience que sa fonction lui doit donner, et la foi affectueuse qu'il doit avoir pour le sacrement de l'autel.

Soyons reconnaissants au Missel Romain d avoir préservé une indication qui, dans le Sacramentaire Grégorien (soit au temps du pape Hadrien, 772-795), et dans les livres liturgiques romains du vii^ siècle déjà, par exemple l'évangéliaire de Wurzbourg*, se lisait en tète des messes du propre du temps : l'indication de la basilique de Rome où la messe du jour est célébrée. Cette indication n'avait d'intérêt qu'à Rome, tant il y a que le Sacramentaire Gélasien (qui est un sacramentaire romain adapté à Tusage franc, vii*^ siècle) la néglige. Précieuse indication cependant, qui n'a pas seulement la vertu d'évoquer à notre pensée les basiliques romaines dont elle met le nom sous nos yeux, mais de perpétuer un souvenir des premiers âges chrétiens.

Cette indication figure au Missel en tête des messes des Quatre-Temps, des messes des dimanches

1. Doiu G. MoitiN, « I.iUirgic et basiliques de Rome au milieu «lu vu'' siècle d'après les listes d'évangiles de Wurzburg », Reçue bénédictine, 1911, p. 20(i-330. — H. Grisar, Histoire de Rome et des papes au Moyen Age, trad. Lf.dos (1900), t. I, p. 151-107, description des églises existant à Rome au v« et au vi" siècle. M. Aismki.uni, Le Chiese di Roma dal seeolo IV al XIX (1891).

LE CAMŒ liE L\ MESSE ROMAINE ANTIQUE- 31

de l'Avent, de la Scpluagésime, de la Sexagésime. de la Quinquagésime, des dimanches et des fériés de carême, du saint jour de Pâques et de son octave, des fériés des litanies majeures, de l'Ascension, de la vigile et du jour de la Pentecôte ainsi que de son octave. On y joindra la vigile et le jour de Noël, le jour de la Circoncision et le jour de l'Epiphanie. Je citerai au hasard le troisième dimanche de carême et la semaine qui le suit, en donnant le texte du Sacramentaire Grégorien :

Die domi.nh:a ad sonclum Laiirendum foris mnrum.

Feria II ad sanclum Morcum.

Feria III ad sonctam Padentianam.

Feria IV ad sanclum A'ys/.tim.

Feria V ad sanctos ('osmum et Domianum.

Feria VI ad sanclum Laurentium in Lucinae.

Sabdatum ad sanclam <iisonn"in.

L'évangéliairc de Wurzbourg vu* siècle, a la même rédaction que le Sacramentaire Grégorien. Le Missel Romain reproduit ces indications, qu'il complète en y introduisant le mot statio :

Feria II Slalio ad sanclum Morcum.

Dans la langu*' chrétionne', le mot statio désigTic avant tout l'assi'mblée ph-nièro dos fidèlos d'une Eglise, l'assemblée présidée par l'évêquo entouré'

1. Le mot sl'tti'j ('ixoLiiM'/ vu grec) se trouve dans répigrapliie de l'époqae impériale, à Pouz/oles, pnrexcmfde, «mi il dt'sigTi»' l'imiiuiible dans le<|uel se réunit le collège des marchnnds Tyriens. Dittkx- KF.ncER, Orientia graeri inscriptiones ielectae. t. H;tO(V. , n. M»,", et la note d'inscription est de J74). On y voit que les Tyriens avaient i\ Rome aassi ane statio. Le mot désignait donc une sorte de club "ti cercle d'étrangers, cf. Scf.ton. Nero, .17 et Pi.i>-. Xat. histor. xvr, i'W.

:ii LEÇONS SUR LA MESSE.

de son clergé, pas nécessairement une assemblée liturgique, mais primitivement et essentiellement l'assemblée de toute l'Eglise.

Saint Cyprien emploie le mot statio avec ce sens dans une lettre qu'il écrit au pape Cornélius et où il lui parle d'une assemblée, statio, quelque peu tumultueuse qu'il a ainsi présidée à Carthage [Epistul. xLiv, 2). Le pape Cornélius lui écrit de son côté qu'il a réuni son clergé [p7-esbyterium] et son peuple, et il lui fait part des décisions prises, en dépêchant pour les lui porter un acolyte romain, qui, pour plus de hâte, est allé droit de l'assemblée au bateau, « Nicefoi-um acoluthiun descendere ad navigandum festlnantem de statione ad vos slatim diniisi », afin que l'évêque de Carthage fût ainsi comme en présence de l'assemblée du clergé et du l)euple de Rome, « veliit praesens in islo clero et in isto populi coetu » [E pistai, xlix, 3). Notez bien : Nicéphore est parti incontinent de statione, de l'assemblée.

Tel est le sens ecclésiastique donné au mot statio, à Carthage et à Rome, au milieu du iii^ siècle ^

Le mot statio, au sens d'assemblée plénière du clergé et de tous les fidèles, s'est conservé dans la langue ecclésiastique de Rome, pour désigner la messe que le pape célèbre à un jour dit dans telle ou telle basihque, et à laquelle assiste tout le cierge romain, de même que tous les fidèles y sont convo-

1. Cet emploi de statio est différent de celui dont témoignent le l'asteur d'Hermas {Sim. v, l) et Terlullien [De orat. 19; Ad uxor. Il, 4; etc.), pour qui dies stationis est un jour de jeune. Harnack, Militia Christi (1905), p. A'J-Se. Dans la langue militaire, slatio désigne un poste f|ui veille et garde, et stationarius est une sentinelle ou un factionnaire.

qués. Ainsi en est-il à Rome au v*' siècle, où nous voyons le pape Hilaire (461-468) constituer un service de vases sacrés [ministeria] d'or et d'argent qui doivent être transportés à la basilique où la station se célèbre : « In urhe Roma constituit ministeria qui circuirent constitutas stationes », lisons-nous dans la notice du pape Hilaire '. Suit l'inventaire de cette orfèvrerie liturgique.

En première ligne, xxnscyphus stationarius d'or-, qui pèse huit livres d'or. Puis vingt-cinq scyphi d'argent, pesant chacun dix livres. Puis vingt-cinq amae d'argent, pesant chacune dix livres. Puis cinquante calices ministérielles d'argent, pesant chacun deux livres. Le scyphus stationarius d'or est le calice à anses qui servira au pontife pour la consécration. Les amae sont les vases destinés à recevoir le vin offert par les fidèles, chaque fidèle apportant son amula de vin. Les calices ministeriales sont des calices servant à distribuer la communion sous l'espèce du vin. Pourquoi vingt-cinq amae, vingt-cinq scyphi, cinquante calices?

La raison en est que le pape célébrait, et que les vingt-cinq paroisses ou tituli que comptait Rome au V* siècle venaient à la basilique de la station accompagnées de leurs prêtres : voilà pourquoi on prévoit vingt-cinq vases d'argent pour recevoir le vin des fidèles présents, et cinquante calices pour leur distribuer la communion (les femmes d'un côté, les

1. Lib. ponlif. l. I, i>. i\'\. Kapprochcz Oiios. Adv. j>a<jfin. Vil. a't :

... l'etri apostoli sacra ministeria. ■•

i. Le scy/j/tus liturgique est le ffxûço; <le rantiijuité classique ,iecqueet romaine. Voyez, dans le DioOojin. de D.\uemiiehc, l'article • Scyphus •• de E. l'otlier.

hommes de laiitre] : chaque paroisse a un scyphns d'argent à elle destiné, et linventaire le dit proprement, quand il mentionne les « scyphos argenteos XXVper lîtalos». La messe stationale était, sinon la réalité, du moins la représentation de toute l'Eglise de Rome avec son presbyterium indivis.

Une grande cité chrétienne comme Rome n'avaitelle donc qu'une messe, celle du pape, et seulement les jours de station? Ce serait bien invraisemblable. Une institution liturgique propre à Rome, et qui est signalée au iv*" siècle, au v*. apporte sur ce point une précieuse lumière.

Il est rapporté dans la notice du pape Miltiade (311-314), au Libei' pontificalis, que ce pape aurait institué l'usage d'envoyer aux églises de Rome des oblations consacrées à la messe épiscopale [ut oblationes consecj-atas pe?' ecclesias ex consecratu episcopi diiigerentm-]. Rome au temps du pape Miltiade comptait quarante et quelques basiliques, nous le savons par Optât de Milève (II, 4), et sans doute un prêtre par basilique, car, en 251, une lettre du pape Cornélius révèle que le clergé de Rome comptait quarante-six prêtres, contre sept diacres, sept sous-diacres et quarante-deux acolytes (Euseb. H. E. VI, 43, 11 j. Miltiade institua donc qu'on enverrait une portion des espèces consacrées par le pape à chacun des prêtres qui célébraient dans les basiliques urbaines, pour qu'ils la joignissent chacun à leur propre consécration comme on ferait d'un levain, fermentum.

Le pape Innocent 1" 401-417) décrit cet usage du fermentuni dans sa célèbre lettre à Decentius, évêque de Gubbio [Eugubiam], et apporte des précisions instructives ' . Les prêtres des paroisses urbaines ou titres ne pouvant, à cause du peuple qui est confié à leur charge, se réunir avec nous le dimanche [nobiscum convenue , il ne convient pas qu'ils se croient pour autant séparés de nous, surtout à pareil jour imaxïjne illa die . C'est pourquoi ils reçoivent par des acolytes le fermentum par nous consacré fermentum a nobis confectum . Cependant, ce que nous faisons pour les prêtres des titres qui sont à l'intérieur de Rome, nous ne le faisons pas pour les prêtres per parochias, cest-à-dire les prêtres des églises qui sont hors les murs, ni non plus pour les prêtres établis dans les divers cimetières, parce que Ton ne doit pas porter les sacramenta les saintes espèces] à ces grandes distances, et parce que les prêtres (des églises suburbaines etj des cimetières ont tout pouvoir de célébrer sans nous les saints mystères : (.<. Prcsbijteri eorum conficiendorum ius habent atque licentiam »,

Ainsi, à Rome, au début du v'- siècle, le peuple chrétien est devenu trop nombreux pour pouvoir le dimanche être convoqué et se rendre à la messe unique de son évêque. Donc chaque dimanche, en chaque litre ou paroisse intra niuros, une messe sera célébrée par le prêtre du titre. Mais pour marquer l'unité de l'Eglise locale, qu'exprimait primitivement si bien 1 unité de messe, on associera la messe des prêtres à la messe de lévêque par Icnvoi aux prêtres

i. J.vnF, .111 (I!» mars '*I6).

du fermentum, le levain de l'évèque. On réalisera ainsi la parole de saint Paul : a Puisqu'il y a un seul pain, nous formons un seul corps, tout en étant plusieurs, car nous participons tous à un même pain >; (/ Cor. X, 17).

Il avait été un temps où il ne se célébrait de messe que celle de toute l'Eglise et de l'évèque, messe qui se célébrait le dimanche. Tel avait été l'usage général au second siècle, témoin ce qu'écrit saint Justin dans son Apologie publiée à Rome vers l'an 150 : « Le fou?- dit du soleil (c'est notre dimanche) tous ceux (des nôtres) qui habitent les cilles ou les champs s'assemblent en un même lieu », et l'évèque qui les préside célèbre la sainte eucharistie '. L'assemblée eucharistique présidée par l'évèque était unique pour toute la communauté chrétienne de la ville et des champs, et elle se tenait le dimanche.

Depuis le second siècle, la liturgie avait reçu des développements, et de pays à pays les usages s'é taient diversifiés.

En certains pays, écrit Augustin en 400), il ne se passe pas de jours où on ne célèbre la messe; en d'autres pays, on la célèbre seulement le samedi et le dimanche; ailleurs, seulement le dimanche-. L'usage de célébrer seulement le samedi et le dimanche était au v^ siècle l'usage de Constantinople, et, si nous en croyons l'historien Sozomène vu,

1. Pour cette description, ou me permettra de renvoyer a mon livre, L'eucharislie K^iZ), p. 6-3i.

-2. AcG. Epislul. iiv, 2 : <. Alii cotidie communicant corpori et sangnini Domini.aliicertisdiebus accipiunt. Alibi nuUusdies praetermitlitur quo non offeratur; alibi sabbato tantum et dominico; alibi tantuni dominico. " Rapprochez Hmm.. Epistid. .XCHI. — Lassemblêe du dimanclie était seule de précepte : on peut linférer du canon 21 du concile d"£lvire, au début du iv« siècle.

19), l'usage le plus général, Rome et Alexandrie exceptées. Quand saint Augustin parle de célébration quotidienne du « sacrement du corps et du sang du Christ w sur la « table du Seigneur » ( In loa. tract. XXVI, 15), il pense à l'Afrique, où en effet les fidèles peuvent chaque jour bénéficier du service du corps du Seigneur, « cotidianum ministerium dominici corporis » [Epistul. ccxxviii,6;. Saint Cyprien avait dit déjà : « ... sacerdotes^ qui sacrificia Dei cotidie celebramus « [Epistul. lvii, 3). L'usage de ne célébrer en principe que le dimanche est l'usage de Rome et d'Alexandrie, et c'est dans ces deux Églises certainement un archaïsme, une « tradition antique », écrit l'historien Socrates (v, 22).

En principe, disons-nous, car en fait les jours de jeûne tendirent à être sanctifiés, d'abord par une assemblée d'édification^, bientôt par la célébration des saints mystères. On eut. à Rome, aux jeûnes plus solennels qui prirent nom de Quatre-Temps, une messe de station le mercredi et le vendredi, institution incontestablement antérieure au pape saint Léon^. Ce qui se pratiquait aux Quatre-Temps se pratiqua en carême : on eut une messe de station tous les jours de semaines de carême, les jeudis exceptés qui reçurent leur messe de station du pape Grégoire 11 (715-731). M'"" Duchesne estime que les

1. Rappelons en passant une bonne règle, ainsi énoncée par le P. Lebrun (édition de 1860, p..">a8): « Le mot sacerdos signitiait l'evcque durant les six premiers siècles. Au vu« et au vni®, on s'est servi de ce terme pour signifier indifféremment l'évc-ijue et le prêtre, et depuis le ix' siècle on n'a entendu communément par ce mot que le prêtre. »

2. Entendez par là une messe qui ne comprendrait que les exercices de notre avant-messe ou messe des catécliumènes. Cela est bien speciûé par l'historien Socrates [loc. cit.). H. Sr.vwlev, Th<: early history of liturgy (1913), p. 196-108.

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