‹ Leçons sur la philosophie chimiqueChapitre 11 sur 43 · ARNAULD DE VILLENEUVE · texte numérisé non relu

ARNAULD DE VILLENEUVE

quelque renom qui fût versé dans les études chimiques; mais elle ne resta pas longtemps en arrière. Un homme dont la renommée égala celle des chimistes que nous venons de citer, Arnauld de Villeneuve, ne tarda pas à se montrer dans le midi de la France, et fit faire à la Chimie des progrès plus grands qu'Alhert le Grand et comparables à ceux qu'on attribue à Roger Bacon.

S'il n'est point l'inventeur de l'art de distiller, art beaucoup plus ancien, puisque Dioscoride a donné une description de l'alambic qu'il nomme ambica, la particule «/ayant été ajoutée plus tard, du moins est-il certain qu'on lui doit d'avoir insisté sur l'utilité de la distillation, et d'avoir répandu la connaissance de quelques-uns des produits les plus importants que l'on extrait par ce moyen. Si ce n'est pas lui qui a découvert Tesprit-de-vin, il est toujours constant que c'est lui qui en a fait connaître les principales propriétés.

Vous serez curieux de connaître comment il s'exprime à ce sujet. Dans V Antidotariiim , vous trouverez quatre lignes sur la distillation des médicaments, où il dit que la distillation du vieux vin rouge donne une eau ardente d'un excellent usage contre la paralysie, etc. Et ailleurs, dans son traité De conservandâ juventute, vous lirez : « Discours sur Veau de vin, que quelques-uns appellent

eau-cle-vie, etc. » Ces façons de s'exprimer supposent que cette liqueur aurait été généralement connue, et laissent le droit de penser qu'Arnauld joue ici le rôle d'historien plutôt que celui d'inventeur.

On le donne aussi comme ayant découvert l'essence de térébenthine ; cela est possible, et il la désigne sous le nom d'oleum mirabile ; mais il faudrait ajouter qu'il rapporte à un autre que lui l'honneur de la découverte de l'essence de romarin. En eflét, contre sa coutume, il raconte en détail comment Azanarès, se trouvant à Babylone, apprit d'un vieux médecin sarrasin, à force de soins et d'instances, le procédé qui permet d'obtenir cette essence par la distillation.

Après avoir fait ses études de Médecine à Paris, il professa cette science à Montpellier d'une manière très-distinguée. Les ouvrages fort nombreux qu'il a laissés indiquent des notions saines de Médecine, une pharmacologie aussi avancée qu'on peut l'attendre de cette époque, et des connaissances de Chimie qui ne sont point sans intérêt, dont quelquesunes même en ont beaucoup. D'ailleurs, Arnauld de Villeneuve possède, comme les autres, la pierre philosophale, et donne la recette pour faire de l'or, mais en termes inintelligibles et dans lesquels il est impossible de comprendre absolument rien, à moins d'être initié au langage sous lequel les chi-

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mistes se plaisaient à cacher leurs moyens de procéder et leurs découvertes réelles ou fictives en ce genre.

Les ouvrages d'Arnauld de Villeneuve sont remplis de faits et de détails instructifs ; mais la forme n'en est pas exempte d'une pédanterie rigide qui les rend difficiles à lire. Ils sont composés d'une multitude de traités divisés uniformément en sections et en articles, écrits d'un style aride et pauvre, qui ferait supposer que ce sont des résumés de ses leçons faits par lui ou plutôt par ses élèves.

Rien n'y rappelle l'esprit vif ou élevé que ses découvertes et ses succès près des grands permettent de lui attribuer, ni le scepticisme qu'on lui a prêté et qui s'accorde bien avec les diverses circonstances de sa vie. En effet, on sait qu'il encourut la censure ecclésiastique, pour avoir déclaré les œuvres de charité et de médecine plus agréables à Dieu que le sacrifice de la messe. Son caractère a paru même digne de figurer dans un roman ; aussi un romancier s'en est-il emparé, et l'a-t-il assez bien mis en scène.

Mais voulez-vous un tableau brillant et parfait, qui vous présente en un seul homme les traits les plus curieux de l'histoire des chimistes de cette époque? Prenez comme type éminemment accompli Raymond Lulle, l'inventeur de l'Athanor et de la

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médecine universelle, le Docteur illuminé, élève d'Arnauld de Villeneuve, né vers la même année que lui, mais qui, ayant étudié plus tard, lui succède dans les fastes de l'Alchimie.

II serait bien difficile et bien long de donner une idée exacte de l'existence aventureuse de ce personnage. Il faudrait pour cela dérouler sa vie tout entière, qui n'a pas duré moins de quatre-vingts ans, et qui fut toujours active jusqu'au dernier moment. Il faudrait vous le montrer voyageant de tous les côtés, ne passant jamais une année dans le même lieu, se mettant en communication avec tous les savants, discutant, ergotant sur tous les sujets, et en même temps laissant des écrits dont le nombre surpasse l'imagination, dans lesquels il se fait remarquer par la multitude et l'étendue de ses connaissances; et où l'on trouve un mélange bizarre de Théologie, de Chimie, de Physique et de Médecine: de Théologie, parce qu'il était moine; de Physique et de Chimie, parce que ces deux sciences n'étaient point séparées, et qu'il avait un goût passionné pour les études chimiques; de ^Médecine, enfin, à cause de ses rapports avec Arnauld de Villeneuve, qui cultivait cette science avec beaucoup d'ardeur.

Raymond Lulle était espagnol : il naquit à Majorque, et appartenait à une famille noble et riche. Comme les autres seigneurs de son temps, il passa

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