BECHER
avec la raison et l'expérience. Aux uns, il faut des aliments sucrés ; à d'autres, des acides ; ceux-ci préfèrent l'amertume. Il est des gens qui se plaisent aux élans de la gaieté, d'autres recherchent les émotions de la tristesse. Ceux-ci sont passionnés pour la musique ; à ceux-là elle n'offre aucun attrait. Mais qui croirait qu'il existe un goût, auquel il faut sacrifier son honneur, sa santé, sa fortune, son temps, et même sa vie ? Ce sont donc des fous qui s'y livrent, direz-vous? Non. Ce sont seulement des individus d'un genre excentrique, hétéroclite, hétérogène, anomal ; ce sont les chimistes :
Gens macérés dans l'eau de pluie, Flairant de loin l'odeur de suie, Flambés, roussis ou rissolés Et par leur fumée aveuglés;
«*.omme il le dit en vers latins que je traduis lihrement.
D'où lui vient une humeur si noire? Hélas ! nous le voyons d'ahord premier médecin de l'électeur de Mayence, puis de celui de Bavière, et ensuite en butte à mille attaques près de l'empereur, poursuivi à outrance, et forcé de se réfugier d'ahord en Hollande, puis en Angleterre. L'envie des courtisans, les persécutions que son insupportahle vanité lui suscitait partout ont fait de Bêcher l'un des hommes les plus malheureux qui aient existé. Et pourtant
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c'était une noble intelligence; c'était un de ces hommes rares chez qui toutes les facultés sont également développées, et qui s'occupent avec un égal succès de Théologie, de Politique, d'Histoire, de Philologie, de Mathématiques et de Chimie. Bêcher a écrit, en effet, sur toutes ces sciences, malgré sa vie errante, et, si je n'ajoutais que dès sa jeunesse il s'était façonné au travail le plus rude et le plus assidu, vous concevriez difficilement que sa courte et aventureuse existence lui eût laissé le loisir d'approfondir d'aussi graves sujets.
Parmi les ouvrages de Bêcher, celui qui nous frappe le plus aujourd'hui, c'est son Tripus Hermeticusfatidiciis pandens oracula chymica. Vous trouvez là, en effet, ce qu'il appelle son laboratoire portatif, espèce de fourneau qui mérite bien ce nom, puisqu'il parvient, à l'aide de dispositions simples et ingénieuses, à le plier à tous les besoins de la Chimie. Les petites et excellentes forges mobiles qu'on a récemment remises en usage s'y trouvent déjà figurées.
Comme les chimistes de son temps, Bêcher n'est pas toujours intelligible pour nous; mais, quand il l'est, ce qui arrive ordinairement, on aime son style net, franc, élégant, et ses pensées toujours vives et spirituelles frappent et intéressent.
Bêcher semble avoir établi le premier d'une ma-