ROUELLE
s'animait un peu et jetait son chapeau; puis il s'échauffait davantage et jetait sa perruque, puis son hahit, puis sa veste, puis sa cravate. Ah ! c'est alors que vous aviez le vrai Rouelle, l'homme du laboratoire, amoureux des belles expériences, sachant les faire réussir et exposant ses démonstrations avec une véhémence entraînante.
Il ne faut pas confondre Guillaume -François Rouelle, le chimiste dont je viens de vous entretenir, avec son frère Hilaire-Marin Rouelle, appelé Rouelle le jeune, qui lui succéda en 1770. Ce dernier est connu par quelques travaux de Chimie organique.
Ce qui manqua à Rouelle l'aîné, pour tirer de l'examen des sels tout le parti que ce genre de travail aurait pu lui offrir, ce fut de les étudier la balance à la main. S'il avait employé la balance pour en approfondir la nature, il aurait été conduit à des résultats du plus haut intérêt en raison de leur généralité; mais il se borna à classer nettement les sels qu'il connaissait, d'après des rapport qualitatifs exacts. La balance ne fut appliquée à cette classe de corps que du temps de Lavoisier, et non par Lavoisier lui-même, mais par un chimiste allemand, par Wenzel, (jui, malgré des travaux fort importants, est demeuré presque inconnu.
Ce fut en 1740, vers le temps qui vit naître
2l8 PHILOSOPHIE CHIMIQUE.
Schéele et Lavoisier, que naquit à Dresde Charles- Frédéric Wenzel. Son père, qui était relieur, l'occupa d'abord aux travaux de sa professsion ; mais, à quinze ans, le jeune Wenzel s'échappa de la maison paternelle et s'abandonna aux chances d'une vie aventureuse. Il arriva en Hollande, apprit à Amsterdam la Pharmacie et la Chirurgie, fit un voyage en Groën- Jand et obtint le titre de chirurgien de la marine hollandaise. Revenu en Saxe, il étudia les sciences à Leipzig, en 1766, et fut couronné par k Société de Copenhague, pour un Mémoire sur la réverbération des métaux. En 1780, il fut appelé à diriger les mines de Freyberg et occupa cet emploi jusqu'à sa mort, arrivée treize ans après. Quelque temps auparavant il avait publié l'ouvrage qui fait la base de sa réputation.
Cet ouvrage, intitulé : Leçons sur l'affinité [Leher von dent Verwandschaften der Korper) , ])3irui en 1 777. Il y expose le résultat de ses observations sur la double décomposition des sels et donne une explication nette et exacte de la permanence de la neutralité qui s'observe après la décomposition mutuelle de deux sels neutres. A l'aide d'analyses d'une admirable précision, il prouve que cet effet provient de ce que les quantités de bases qui saturent un même poids d'un acide quelconque saturent aussi des poids égaux de tout autre acide.