ROGER BACON. I
est émise : car Roger Bacon ne dit pas qu'il ait fait de l'or ou qu'il ait obtenu la panacée; mais, victime de sa crédulité, il parait convaincu, d'après les merveilles que la Chimie lui a offertes, que d'autres ont pu atteindre cette haute perfection ; mettez de côté cette idée, et vous sentirez que, s'il n'avait vraiment travaillé la Chimie de son temps, il n'eût pas insisté à son sujet sur la nécessité de l'expérimentation, comme il le fait dans son ouvrage. N'est-il pas curieux, d'ailleurs, que dans un homme si disposé à accueillir les faits à la légère, on trouve cependant déjà ce qui, dans tous les temps, a caractérisé la marche véritable de la Chimie, cette foi complète dans l'expérience, qui, depuis Roger Bacon jusqu'à nos jours, n'a jamais abandonné les vrais chimistes ?
Que Roger Bacon, avec les connaissances de Physique, de Mécanique, d'Histoire naturelle et de Chimie, qu'il possédait et dont il s'exagérait tant le pouvoir, ait laissé la réputation dont il jouit aujourd'hui : cela ne doit pas nous étonner. Comment voulez-vous qu'un homme qui, le premier, a donné la préparation de la poudre à canon, ou qui, le premier, du moins, a fait connaître sa terrible puissance, comment voulez-vous que cet homme n'ait pas été un magicien? Toutefois, si vous consultez ses ouvrages, vous n'y trouverez aucune de ces his-
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toires merveilleuses dont on s'est plu à le faire le héros; vous n'y apprendrez rien au sujet de la tête d'airain parlante, qu'il aurait fabriquée, et qu'il consultait, dit-on, à l'occasion.
Mais il ne vous sera pas difficile de comprendre pourquoi Roger Bacon a passé pour sorcier, si vous lisez son traité De mirabili potestate artis et nalurœ. Il exagère tant cette puissance de l'art et de la nature, que vous pouvez vous figurer, avec un peu de bonne volonté, qu'il a connu l'art de s'élever et de se diriger dans les airs, aussi bien que la cloche du plongeur, les ponts suspendus, le microscope, le télescope, et les voitures ou bateaux à vapeur; car c'est tout au plus si ces merveilles de notre âge réalisent tous les effets qu'il dit pouvoir être obtenus de son temps.
Ces assertions d'un esprit exagéré et crédule laissent beaucoup de doute sur les connaissances que Roger Bacon a pu avoir en ce qui concerne la poudre à canon. Voici sa recette : Sed tamen salis petrœ LuRU vopo viR GAN UTRIET sulphurts, et SIC Jacies tonitrum et corruscationem , si scias artificium. Comme on voit, le charbon et les doses y seraient désignés d'une manière énigmatique ; et, quand il ajoute qu'avec une portion de ce mélange de la grosseur du pouce on peut détruire une armée et bouleverser une ville, on serait tenté de croire qu'il n'avait