‹ Leçons sur la philosophie chimiqueChapitre 9 sur 43 · ALBERT LE GRAND · texte numérisé non relu

ALBERT LE GRAND

jamais manié de poudre, si l'on ne savait quelles exagérations a toujours fait naître la découverte des substances explosives ou vénéneuses.

A peu près à la même époque, on voit apparaître un autre personnage , rival du précédent par sa science variée et profonde, et qui a laissé comme lui une réputation universelle de magicien. C'est Albert de Bollstadt, dont la célébrité s'est résumée dans le nom d'Albert le Grand, qui a certainement beaucoup contribué à établir et à populariser cette renommée de sorcellerie qu'on lui a faite, et qui s'est transmise jusqu'à' nos jours.

Albert le Grand était encore un moine ; c'était un dominicain, qui a même occupé l'épiscopat de Cologne. Il naquit en Souabe, en i2o5. Comme beaucoup de savants de ces temps éloignés, c'était un homme universel, dont les études avaient embrassé toutes les sciences, et il avait à la fois des connaissances très-étendues et très-approfondies ; ce qui faisait dire de lui qu'il était : Magnus in magiâ, major in philosophiâ , maximus in theologiâ. En effet, les ouvrages qu'il a écrits sur ces matières, et qui d'ailleurs sont fort nombreux, montrent qu'il possédait des connaissances précises de diverse nature, et en particulier sur les propriétés chimiques des pierres, des métaux et des sels, pour nous borner à ce qui nous concerne, connaissances qu'on

trouverait fort difficilement chez d'autres savants de cette époque.

On ne doit pas, d'ailleurs, pour s'en faire une juste idée, se figurer qu'Albert le Grand soit auteur de tous les ouvrages qu'on lui attribue. Il ne faut pas compter, pariiii ses œuvres, les Secrets du Petit Albert, ouvrage dont la composition est si peu en rapport avec la nature des devoirs d'un évêque, et dans lequel personne ne pourrait sérieusement reconnaître le style d'Albert, du maître de saint Thomas d'Aquin, son disciple favori. Il faut même en écarter un certain Traité' d'Alchimie, le J/YZf/eJe^ secrets du Grand Albert, auquel on a fait porter son nom, et qui est postérieur à son époque. Quand on a étudié ses écrits véritables et qu'on jette les yeux sur ce traité, on aperçoit bien vite la fraude, tant ces livres, forgés par les alchimistes, sont tracés d'une main lourde et maladroite. Enfin, il faut surtout mettre de côté sa réputation de magicien, et oublier les merveilles qu'on en raconte, quoiqu'elles soient dignes de figurer parmi les curieuses histoires d'enchantements qui ont amusé notre enfance.

Ainsi, ce n'est plus une tête d'airain qu'Albert le Grand avait fabriquée : c'était un homme tout entier, ce qu'on appelle VAndroïde d'Albert, personnage qui résolvait ses principales difficultés, et

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