CRUSTACÉS DÉCAPODES
mides sont au nombre de trois pour chacun des arceaux du céphalo-thorax : deux prennent insertion par leur base sur les parois mêmes de celui-ci ; une, sur le premier article de la patte correspondante. En outre, cette patte porte un appen-
dice rameux, le fouet, comme on l'appelle, <?, dont les mouvements peuvent agiter les filaments branchiaux au sein du liquide. Chez l'Écrevisse, en effet, chacune des pyramides branchiales est composée d'une lame fondamentale, triangulaire et aplatie ; sur le bord externe monte le vaisseau qui apporte le sang à la branchie, sur le bord interne descend le vaisseau efférent. Et, de chaque côté, par rangées régulières, s'étalent de longs filaments vasculaires, où se fait l'échange respiratoire. A la surface de ces filaments, vous chercheriez en vain la présence de cils vibratiles.
C'est, du reste, un fait général, et fort curieux, que l'absence complète de cils vibratiles chez tous les Articulés.
Plaçons maintenant dans l'eau une Ëcrevisse intacte, et vous allez voir un courant s'établir au travers de l'appareil respiratoire, courant dirigé d'arrière en avant. L'eau pénètre par celte fente inférieure dont nous avons parlé, et que laisse béante en bas le repli du céphalo-thorax ; elle s'y tamise sur des poils entrecroisés qui arrêtent au passage les corps en suspension, puis elle ressort en avant, au-dessus de la bouche, par un orifice situé au-dessous du tubercule où Scarpa plaçait l'appareil auditif.
Ici, vous voyez s'exécuter des mouvements réguliers, rhythmiques. L'eau qui vient de la chambre respiratoire est déversée au dehors non d'une manière continue, mais à des intervalles égaux et, du reste, fort rapprochés. Pour constater plus aisément ce rhylhme, je retire pendant un instant l'Écrevisse de l'eau ; quelques bulles d'air entrent dans la chambre respiratoire, et leur rejet régulier au dehors
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ISA DliS MÉCANISMES ULSMHATOlUES.
s'aperçoit aussitôt. Si j'enlève d'un coup de ciseaux la paroi externe de la chambre, vous voyez que ces mouvements de l'eau sont produits par le jeu d'un petit appareil fort élégant, jeu plus facile à constater qu'à décrire. Il y a là comme une sorte de vanne j qui bascule autour d'un axe situé vers son milieu, et qui est susceptible d'amener l'eau d'arrière en avant et de bas en haut. Cette vanne, fixée par le milieu de son bord interne, est libre à ses deux extrémités et sur tout son bord externe ; sa face supérieure est concave ; en s'abaissant, puis se relevant, elle ramasse, comme le ferait une cuiller, une certaine quantité d'eau qu'elle élève et qu'un mouvement de bascule rejette en avant.
Le courant d'eau se trouve déterminé et entretenu par ce mouvement, comme cela se comprend aisément. Milne Edwards (1), à qui l'on doit la première description exacte de ces curieux phénomènes, a montré qu'en sectionnant les muscles qui animent cette vanne mobile, on supprime le renouvellement de l'eau, et qu'on fait ainsi périr l'animal d'asphyxie. L'appareil dont je viens de parler est constitué par l'appendice externe de la deuxième mâchoire, par le fouet, que vous voyez, là encore, spécialement détaché pour le service de la respiration.
Ce que je viens de décrire avec quelques détails dans l'Écrevisse, vous le retrouveriez chez tous les Décapodes, sous la réserve de quelques modifications secondaires. Ainsi, pour citer quelques exemples, les filaments branchiaux de l'Écrevisse sont, chez les Crabes, remplacés par des lamelles secondaires empilées comme les feuillets d'un livre; les appendices flabelliformes manquent chez les Crevettes, les Pagures, etc. Chez ces derniers encore, la fente
(1) CIV bis.