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TREIZIÈME LEÇON

DES MÉCANISMES RESPIRATOIRES (suite).

Poissons. — Amphioxus. — Poissons Cyclostomes. — Poissons Télcosliens. — Enregistrement des mouvements respiratoires chez un Cyprin {Cyprinus barbus, Lin.).

Messieurs,

Nous arrivons maintenant au groupe des Vertébrés anallantoïdiens, aux deux classes des Poissons et des Amphibiens, qui vivent tous, au moins pendant un certain temps, de la vie aquatique. Dans tous ces animaux, mais à un très-haut degré chez les derniers, l'enveloppe cutanée générale joue un rôle [important dans les actes respiratoires. Mais, chez les Poissons, ce rôle n'égale pas celui d'organes spéciaux, de branchies, que l'on trouve également chez tous les Amphibiens aquatiques, et de la structure desquels nous allons indiquer les principaux traits.

Pour faciliter notre étude, je vous rappellerai que parmi les Vertébrés anallantoïdiens, les uns, et c'est l'immense majorité, possèdent un os hyoïde développé, tandis que chez les autres, cet os n'existe pas ou est réduit à un simple stylet. Cette différence considérable en apparence n'est, je le sais, que la conséquence d'une mise en œuvre différente de matériaux embryologiques primitivement à peu près identiques, transformations dont il ne serait pas difficile d'exposer les

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phases successives. Mais, si nous laissons de côté les considérations de philosophie anatomique pour nous borner à ce qui peut faciliter le développement de notre sujet, nuus pouvons conserver cette distinction commode, et étudier à part, d'un côté, l'Amphioxus avec les Poissons Cycloslomes, de l'autre le reste des Poissons avec les Amphibiens.

Mais, qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre de ces deux catégories d'animaux, l'appareil respiratoire, au milieu de ses innombrables modifications de forme et de structure, présentera un caractère constant. Toujours, en effet, nous le trouverons en rapport avec l'orifice antérieur du tube digestif; sur les côtés de la première chambre, de la chambre buccale, il constitue une sorte de claire-voie que traverse l'eau qui, sauf de très-rares exceptions (Lamproies, Raies), est entrée par la bouche. Ce rapport est au moins aussi nettement déterminé que celui qui existe entre les branchies et l'anus dans l'embranchement des Mollusques, entre les branchies et les membres dans la classe des Crustacés.

Nous nous trouvons d'abord en présence de l'Amphioxus, de ce Vertébré à propos duquel les zoologistes ont épuisé toutes les épithètes exprimant l'étrangeté, et qui, cependant, se rapproche des Cyclostomes beaucoup plus qu'on ne l'a cru d'abord.

Si vous examinez avec soin cette préparation rendue transparente par la glycérine, et que je mets sous vos yeux, vous voyez qu'à l'extrémité antérieure du corps, sous une sorte de petite saillie qui rappelle le museau de l'Esturgeon, s'ouvre la bouche a, devant laquelle s'entrecroisent des cirrhes rigides. Au delà, une cavité allongée c occupe une grande partie de la longueur du corps ; au fond, commence l'intestin qui, en arrière, aboutit à un anus ù. Entre cet anus et la bouche , vous apercevez un autre orifice d, c'est

AMPHTOXUS. 213

le pore abdominal, sur le rôle duquel nous allons revenir. La cavité dont nous avons parlé est, pour ses trois quarts postérieurs, délimitée de chaque côté par des rayons solides c, disposés perpendiculairement à l'axe du corps ; ces rayons

Fig. 27. — Principaux organes de l'Amphioxus (Branchiostoma lubricum),

ou Ampbioxus (*).

se rejoignent par en bas, et en haut s'insèrent sur la corde dorsale ; des barreaux transversaux les réunissent de place en place, suivant une disposition très-régulière. Leur nombre, fait remarquable, augmente avec l'âge; j'en ai compté depuis .quatre-vingt-treize jusqu'à cent cinquantetrois (1) . Ils forment ainsi une sorte de cage à claire-voie, dans laquelle pénètre l'eau qui est entrée par la bouche. C'est une claire-voie véritable, dont aucune membrane n'oblitère les mailles ; il en résulte que l'eau doit traverser celles-ci, et arriver dans un espace borné seulement par les parois mêmes du corps. C'est ce qui a lieu, en effet.

Si vous aviez sous les yeux un animal vivant, vous verriez l'eau, attirée par le jeu tourbillonnant de cils vibratiles disposés en avant delà claire-voie sur des saillies digitiformes, passer à travers le filtre grossier des cirrhes, et entrer dans

(1) cix.

(*) a. Bouche garnie de cirrhes. — b. Anus. — c. Sac branchial. — d. Pore abdominal-

— e. Portion renflée du tube digestif. — f. Grand cœcum hépatique. — g. Portion grêle du lube digestif. — h. Corde dorsale. — i. Aorte. — h. Arc aortique. — l. Cœur artériel.

— mm. Bulbilles des artères branchiales. — n. Cœur de la veine cave (P. Gervais et van Beneden).

21 h DES MÉCANISMES RESPIRATOIRES.

la bouche, puis dans la cavité à claire-voie, dans la cavité branchiale. Or, les arceaux de cette claire-voie, comme ses barreaux transversaux d'union, sont hérissés de cils vibratiles, dont le jeu a pour effet de faire cheminer les particules solides contenues dans l'eau d'avant en arrière et de bas en haut, en telle sorte qu'elles arrivent enfin à l'intestin. Quant à l'eau, elle s'épanche dans la cavité générale. Puis, de temps à autre, souvent plusieurs fois par minute, vous verriez les parois musculaires du ventre, qui contiennent, quoiqu'on ait dit le contraire, des fibres striées, se contracter brusquement et l'eau sortir alors en jet par le pore abdominal.

Incontestablement, ces petits arceaux qui supportent chacun, selon J. Mùller (l),un vaisseau sanguin, jouent le rôle de branchies, et des phénomènes de respiration se passent à leur surface. Mais les parois de l'intestin et surtout la peau sont le lieu d'échanges pour le moins aussi importants. J'ai pu m'en assurer aisément en tranchant la tête d'un Amphioxus, et en emportant dans la section une bonne partie de l'appareil branchial ; l'animal ainsi mutilé a encore vécu plusieurs jours.

Les Myxines, dont vous pourrez étudier l'appareil branchial dans l'admirable monographie anatomique de J. Mùller (2), vous présentent, de chaque côté, à la face inférieure du corps, et très-loin en arrière, un orifice tout à fait comparable au pore abdominal de l'Amphioxus ; mais cet orifice est l'ouverture d'un canal qui remonte presque jusqu'à la bouche, et reçoit, en route, six autres tubes provenant de véritables sacs branchiaux (voy. fig. 28, m). Ces sacs, analogues

(1) ex.

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