QUATORZIÈME LEÇON
DES MÉCANISMES RESPIRATOIRES (suite).
Poissons (suite) : Poissons Plagioslomes. — Batraciens : Respiration
branchiale et respiration cutanée.
Appareils de respiration aérienne : Adaptation des appareils de respiration
aquatique ; Invertébrés.
Messieurs,
Après avoir étudié et nettement déterminé, grâce à l'intervention des appareils enregistreurs, le rhythme respiratoire chez les Poissons osseux, nous devons parler maintenant des Poissons cartilagineux. Malheureusement, nous ne sommes pas ici placé dans des conditions où l'expérience soit possible sur ces animaux, et nous devons nous contenter des déductions anatomiques et des résultats de l'observation directe.
Sur les côtés de la tête de ce petit Requin, vous apercevez cinq orifices, au lieu de deux que nous présentait notre Brochet. Mais remarquez que si, chez celui-ci, je supprime e battant operculaire et l'appareil branchiostége, il existe de même cinq larges fentes faisant communiquer l'intérieur du pharynx avec l'eau ambiante. Pour passer idéalement de l'une de ces disposilions à l'autre, il suffit de diminuer ces fentes, en les faisant envahir par les téguments de la tête. Si maintenant, vous supposez que le diaphragme inler-
branchial prenne plus d'imporlance, que des rayons cartilagineux s'y développent, et qu'il rejoigne la peau pour s'unir avec elle, vous aurez transformé les fentes du Poisson osseux en poches branchiales comme chez le Sélacien.
Chacune de ces poches contiendra donc deux séries de lamelles branchiales, sauf la dernière qui n'en possédera qu'une.
En faisant entrer en considération la branchie accessoire dont nous avons signalé l'existence, Lereboullet a très-ingénieusement ramené les deux types l'un à l'autre. « Chaque » sac du Sélacien, dit-il, est formé en avant par la série » postérieure de l'arc placé devant lui, en arrière par la » série antérieure de l'arc postérieur... La paroi antérieure » du premier sac n'est autre chose que la branchie acces- » soire (1). » Milne Edwards (2), a donné de ces considérations une expression très-saisissante, par l'élégante formule qui suit, et sur laquelle il suffit de jeter les yeux :
Poissons osseux. . Br. access. B1 B2 B3 B4
b. b. | b. b. | b. b. | b. b. | b. Sélaciens B1 B2 B3 B< B5
B',B2, etc., représentent, chez les Poissons osseux, chaque arceau branchial, et chez les Sélaciens chaque poche branchiale.
Quant au jeu de l'appareil, il est, chez notre Requin, le même que chez le Barbeau ; seulement, il faut y regarder de près, car les mouvements des membranes valvulaires placées devant chaque orifice branchial sont susceptibles d'induire en erreur.
(1) CXII, p. 139.
(2) LXXXIl, t. II, p. 244.
POISSONS PLAGIOSTOMES. 235
Mais si au lieu d'examiner un Requin, nous considérions certains autres Squales, une Roussette, par exemple, nous verrions, en arrière des yeux, deux orifices assez grands. C'est ce qu'on nomme les évents. Les auteurs sont loin d'être d'accord sur le rôle de ces ouvertures, et certains d'entre eux les font servir à rejeter au dehors une partie de l'eau introduite par la bouche ; d'autres, à la suite de Lacépède (1) , en font des orifices alternativement inspirateurs et expirateurs; il en est, enfin, qui, avec J. Davy (2), les considèrent exclusivement comme inspirateurs, et ceux-ci ont raison.
Si vous avez, en effet, l'occasion d'observer une Roussette vivante, vous reconnaîtrez aisément que ces prétendus évents servent exclusivement à l'appel de l'eau, et qu'ils s'ouvrent, à cet effet, en même temps que la bouche ; jamais il n'en sort la moindre quantité d'eau expirée.
Il en est de même chez les Raies, où ces ouvertures existent toujours et sont beaucoup plus larges. Aussi leur importance est-elle plus grande ; lorsque l'animal est étendu immobile, à demi enfoui dans le sable, l'eau ne pénètre plus par la bouche, mais seulement par ces spiracules, qui la remplacent tout à fait comme orifice inspirateur. Même quand l'animal nage librement, je ne l'ai jamais vu introduire d'eau par sa bouche : tout passe par l'évent, et rien ne ressort par là, grâce à une large valvule que l'animal ferme en même temps que se resserrent ses sacs branchiaux. C'est ce qu'avait déjà dit C. Duméril (3), et qui n'a pas été accepté par tout le monde. Veuillez remarquer que ces
(1) CXV, t. I, p. 116.
(2) CXXII, p. 538.
(3) CXIV, p. 26.
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laits ne sont pas de simples déductions analomiques, mais le résultat d'observations nombreuses faites sur les animaux vivants.
J'ai à peine besoin de vous rappeler que, chez les Raies, les orifices branchiaux sont situés à la face inférieure du corps.
A la paroi antérieure de l'évent se trouve un organe pecliniforme, d'apparence branchiale, sur le rôle duquel on a élevé des discussions que vous trouverez résumées dans Aug. Duméril(l). Semblables discussions s'étaient déjà élevées sur la signification d'organes branchiformes qui, chez beaucoup de Poissons osseux, se voient à la face interne de l'appareil operculaire, et dont nous avons déjà signalé la présence. On est assez généralement d'accord, depuis les travaux de J. Mùller (2), pour les appeler branchies accessoires, lorsqu'elles reçoivent le sang parti du cœur comme les branchies véritables, et lorsque leur vaisseau efférent va rejoindre l'aorte, comme chez la plupart des Ganoïdes, ou pseudo-branchies quand, au contraire, elles reçoivent du sang artérialisé déjà, et le renvoient simplement au système veineux général, ainsi qu'il arrive chez les Scares et un grand nombre d'autres Poissons dontMeckel (3) a donné la liste.
Ces distinctions ont une véritable valeur anatomique. Mais au point de vue physiologique, elles sont moins intéressantes. Il importe peu, en effet, que le sang qui traverse ces organes soit artériel ou veineux ; si leur structure est favorable aux échanges gazeux, ceux-ci n'en auront pas moins lieu, et rien ne dit que leur intensité doive en être changée, car nous avons vu qu'il s'en faut de beaucoup que
(1) CXXlll, p. 211.