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DÉVELOPPEMENT A L'AIR DES OEUFS DE GRENOUILLE

plus vite dans l'air que dans l'eau, sous la condition qu'on les mettra à l'abri d'une dessiccation trop rapide. Les différences sont considérables : ainsi, des œufs de Grenouille, maintenus à une profondeur de 30 centimètres dans de l'eau changée tous les jours, n'ont achevé leur développement, déjà commencé, qu'en un mois environ, tandis qu'il a fallu moins de huit jours pour éclore à un certain nombre d'autres œufs de la même provenance que j'avais étalés en une seule couche sur une assiette avec quelques gouttes d'eau; un troisième groupe, immergé seulement sous 5 centimètres d'eau, a laissé échapper ses têtards en quinze jours. Quand les œufs étaient placés sur une assiette en plusieurs couches superposées, la couche superficielle seule se développait, et très-vite; les animaux des couches plus profondes mouraient asphyxiés. Ainsi, l'activité plus grande de la respiration a entraîné une activité plus grande de tous les phénomènes nutritifs et un développement général plus rapide de l'embryon. Ce rapport de la respiration avec la nutrition est intéressant à signaler.

Adaptation des appareils de respiration aquatique a la respiration aérienne. — Jusqu'à présent, nous avons vu les animaux supporter transitoirement, mais non définitivement (sauf le cas des œufs de Batraciens), l'influence des changements de milieu, et résister à ces changements d'une résistance pour ainsi dire passive; mais on constate fréquemment, dans l'organisation des appareils respiratoires des animaux qui sont ainsi soumis à ces alternatives, des modifications en rapport avec ce genre de vie particulier. Chez quelques-uns même, ces modifications prennent une importance telle, qu'elles permettent à l'animal de sortir à volonté de l'eau pour aller vivre à terre, ou même, par un assez singulier renversement de l'ordre typique des choses, pour

le transformer complètement en animal aérien, auquel l'immersion dans l'eau devient rapidement mortelle.

Ces modifications, nous pouvons, par à priori, en indiquer la nature. Elles auront trait, tout d'abord, à l'établissement d'abris destinés à empêcher la dessiccation des organes branchiaux ; elles porteront en second lieu sur la structure même de ces organes, qui, rendus plus rigides dans leurs parties constituantes, s'affaisseront moins et conserveront toute l'étendue de leur surface dans le fluide aérien.

11 va sans dire que ces résultats seront obtenus par des procédés variés, suivant que nous envisagerons des groupes divers.

Crustacés. — Ainsi, parmi les Crustacés décapodes, les Brachyures, dont la chambre respiratoire est close par en bas, sont dans des conditions plus favorables que les Macroures, dont la fente inférieure laisse échapper l'eau; de plus, leurs lamelles branchiales courtes s'affaissent moins facilement que les longs cylindres flottants des Écrevisses, par exemple. Aussi certains Crabes vivent-ils très-volontiers hors de l'eau, et j'ai conservé, par exemple, des Cancer mœnas pendant plus de huit jours, dans des algues humides. Il n'est donc pas étonnant que ce soit des Crabes, des Gécarciniens, qui, dans ce groupe, arrivent à vivre d'une vie tout à fait aérienne ; dans leur chambre respiratoire se voient des organes, siège d'une sécrétion aqueuse (1), et une sorte d'auge où se maintient de l'eau qui, sans servir directement à la respiration, sature d'humidité, comme l'ont dit Audoin et Milne Edwards (2), l'air qui est en contact avec les branchies, et prévient ainsi la dessiccation de ces organes.

(1) CIV, pl. x, flg. 9.

(2) GXXXIII.

CRUSTACÉS. — ANNELES. — MOLLUSQUES. 253

Les Cloportes, qui vivent de la vie terrestre, présentent quelque chose d'analogue, à savoir des branchies entre lesquelles Duvernoy et Lereboullet (1) ont signalé la présence constante d'un liquide sécrété, et des lamelles prolectrices qui empêchent l'évaporation. Or, ainsi constitués, ces animaux ont besoin de la respiration aérienne ; l'eau ne leur fournit pas assez d'oxygène, et ils y meurent asphyxiés.

Enfin, chez les Porcellions, Milne Edwards a signalé autrefois l'existence d'un appareil plus spécialement constitué pour la respiration aérienne. Ce sont des ramifications tubulaires, creusées dans l'épaisseur des lames operculaires abdominales, et qui communiquent avec l'extérieur par un seul orifice. Ces organes ont été, depuis, étudiés avec soin par N. Wagner (2). Le sang circule autour d'eux suivant des directions fixes qu'a indiquées ce dernier naturaliste. Mais il faut dire qu'on ne voit guère comment l'air contenu dans ces tubes peut se renouveler aisément.

Annelés. — Chez les Annelés qui vivent d'une manière habituelle à l'air, comme les Lombrics, il n'existe pas d'appareil spécialement modifié pour l'acte respiratoire. L'admirable réseau sanguin qui se distribue à leur peau suffît à l'absorption oxygénée. Il faut remarquer, du reste, qu'ils vivent toujours dans des lieux très-humides.

Mollusques. — Parmi les Mollusques, on ne rencontre les modifications dont nous avons parlé que chez quelques Gastéropodes ; ici, la chambre branchiale, dont nous avons indiqué la situation auprès de l'anus, présente un orifice extrêmement étroit et muni d'un sphincter. La branchie, qui occupe la voûte de cette cavité, ne flotte plus, mais est

(1) cxxxiv.

(2) cxxxv.

25/t DES MÉCANISMES RESPIRATOIRES.

constituée exclusivement par un réseau de saillies clans lesquelles se ramifient les vaisseaux sanguins. Le plancher de ce poumon, comme on l'a assez mal dénommé, s'abaisse et se relève à la volonté de l'animal, qui ouvre ou ferme à tour de rôle son orifice respiratoire, et renouvelle ainsi l'air de la cavité. Ces animaux ne sauraient être impunément privés de la respiration aérienne ; en été, dans l'eau, ils meurent en quelques heures.

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