SURVIE DE CERTAINS POISSONS DANS J^AIR
exposé à l'air, est mort en deux heures et demie ; un autre, à qui les opercules avaient été enlevées, est mort en quatre heures : or, deux Anguilles qui avaient subi la même opération vivaient encore après six heures et demie.
Rien n'est plus facile, au reste, que de voir que la survie des poissons n'est nullement en rapport, comme on le répète trop docilement, avec la largeur de leurs ouïes. Mettez à sec, à côté l'un de l'autre, un Vairon (Cyprinus pkoximis, Lin.), une Loche (Cobitis barbatula, Lin.), un Chabot (Cottus gobio, Lin.), ou uneÉpinoche (Gasterosteus aculeatus, Lin.) : le Vairon et la Loche mourront en quinze ou vingt minutes, tandis que, dans des conditions égales, les deux autres vivront de deux heures à deux heures et demie. L'ouverture operculaire explique-t-elle cela? Il s'en faut bien, car la fente operculaire du Chabot est de beaucoup la plus étendue. Je pourrais multiplier les exemples.
Si Flourens avait poursuivi les conséquences de ses remarques, il aurait cherché la raison de ces différences dans la structure particulière des branchies, dans la solidité de leur squelette, dans la puissance de leurs muscles propres, dans toutes les conditions, en un mot, qui peuvent leur permettre de résister à l'affaissement, et de présenter à l'action de l'air une surface plus étendue. Il eût sans doute, dans cet ordre de recherches, trouvé des résultats curieux ; remarquons, par exemple, que les petits muscles du diaphragme branchial, pour employer l'expression de Duverney, qui président aux mouvements des lamelles branchiales, sont très-développés chez le Congre, l'Esturgeon, la Carpe, poissons de longue survie clans l'air. Mais quand même ces petits faits analomiques eussent tous déposé dans le même sens, ils n'eussent pas suffi à la solution de la question.
En effet, cette différence dans la survie de différents Pois-
sons, après qu'on les a tirés de l'eau, se retrouve dans le temps qu'ils mettent à mourir lorsqu'on les soumet à d'autres genres de mort. Ainsi, j'ai immergé dans de l'eau bouillie, puis refroidie (22 degrés) à l'abri de l'air, en appareil clos, deux Epinochettes (Gasterosîeus pungitius, Lin.), deux Anguilles longues de 22 centimètres et deux petites Carpes, poissons dont la survie hors de l'eau est très-longue, comme on sait. Les Epinochettes sont mortes en quarantecinq et cinquante- cinq minutes; les Anguilles et les Carpes ont résisté de trois heures à trois heures vingt-cinq minutes.
D'un autre côté, deuxÉpinochetles plongées dans de l'eau saturée d'acide carbonique y sont mortes, l'une en sept, l'autre en dix minutes; une petite Anguille y vivait encore après une heure.
Enfin, un Goujon placé dans de l'eau, sous la cloche de la machine pneumatique, est mort en quarante-cinq minutes, tandis qu'une petite Anguille qui se trouvait à côté de lui vivait encore après deux heures et demie.
Dans ces expériences, il est évident que la structure différente des opercules ou même des branchies n'a rien à voir. Mais revenons à notre point particulier, à l'explication de la survie plus ou moins longue des Poissons tirés de l'eau.
Constatons d'abord qu'on ne saurait attribuer à une respiration plus active, soit par la peau, soit par les branchies, la survie d'une Anguille par rapporta un Goujon, par exemple. En effet, nous avons placé, à sec, sous quatre cloches closes d'égales dimensions, deux Goujons pesant chacun 11 grammes, et deux Anguilles pesant chacune 10 grammes. Ces quatre poissons sont restés là trois heures, c'est-â-dîre jusqu'à la mort des Goujons; les Anguilles étaient alors