SURVIE DE CERTAINS TOISSONS DANS L'AIR
parfaitement vivantes. Or, la consommation d'oxygène a été :
A poids égal et avec une surface plus grande, à cause de sa forme cylindrique, une Anguille consomme donc moins d'oxygène qu'un Goujon, et cela donne la raison de bien des particularités de la manière de vivre de ces deux espèces de poissons.
Mais il est aisé de voir que la plus grande facilité à respirer n'est pas la condition la plus importante à mettre en avant pour l'explication de la survie. En effet, enlevons les organes respiratoires, et, du même coup, supprimons la circulation, nous verrons que, dans les tronçons ainsi décapités, les manifestations vitales persisteront avec des durées encore très-inégales.
Exemples : 1° J'ai coupé la tête à une Loche {Cobitis barbatida, Lin.) et à un Lamproyon (larve du Petromyzon Planeri, Bloch) : après cinq minutes, le corps de la Loche ne présente plus d'action réflexe; celui de la Lamproie en avait encore au bout d'une heure. — 2° J'ai coupé, ce matin, en même temps, la tête à un Goujon, à une toute petite Carpe, à une Chevaine (Cyprinus cephalus, Lin.) et à une Anguille, pesant tous environ 10 grammes; les mouvements réflexes ont persisté dans le tronc delà Chevaine pendant vingt-cinq minutes, dans celui du Goujon pendant une demi-heure, tandis que l'Anguille n'a cessé d'en présenter qu'après une heure vingt-cinq minutes, et la Carpe qu'après une heure quarante minutes. La contractilité musculaire ne pouvait plus être mise en jeu, chez la Chevaine deux heures, chez le Goujon trois heures,
Goujon, n° 1
— n° 2 Anguille, n° 1
chez l'Anguille quatre heures, après la décapitation; après ces quatre heures, elle était encore très-manifeste chez la Carpe.
Nous sommes donc amenés à reconnaître aux éléments anatomiques nerveux et musculaires de ces animaux une résistance vitale très-inégale. C'est donc dans l'intimité des actes organiques que nous cherchons et trouvons la véritable raison de ces différences sur lesquelles les mécanismes anatomiques ne pouvaient nous fournir que d'insuffisantes hypothèses.
Je n'ignore pas que ce mot de résistance vitale n'explique rien par lui-même; mais n'en est-il pas ainsi de toutes les causes que nous invoquons, et pouvons-nous faire autre chose en science que remonter anneau par anneau une chaîne sans fin? Pourquoi ces éléments anatomiques conservent-ils plus longtemps leurs propriétés ? peut-être parce que la nature chimique de leurs molécules constituantes et l'énergie de leur conflit avec le milieu ambiant sont telles, qu'elles arrivent en des temps inégaux à une réaction acide, réaction incompatible avec la manifestation, et bientôt même avec l'existence de toute propriété vitale, comme Kùhne l'a démontré pour les muscles, et moimême pour les éléments du tissu conjonctif.
L'étude de la constitution chimique de la molécule est au-dessus de ma compétence ; mais nous pouvons essayer de nous faire une idée sur la différence d'énergie dans le conflit avec l'air, conflit qui consiste principalement en une absorption d'oxygène. Une Chevaine et une Anguille, dépouillées de leur peau, ont été coupées en petits morceaux et placées sur lemercuresous des cloches égales, comme il a été dit quand nous avons parlé de la respiration des tissus; il y avait 10 grammes de chacun des deux poissons. Or, en une