‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 137 sur 289 · SURVIE DE CERTAINS POISSONS DANS L'AIR · texte numérisé non relu

SURVIE DE CERTAINS POISSONS DANS L'AIR

heure et demie, les tissus de Chevaine ont consommé h volumes d'oxygène; ceux de l'Anguille n'en ont consommé que 2, 3. J'en étais malheureusement à ma dernière Anguille, et je n'ai pu recommencer mon expérience. Mais si ce résultat se vérifie, nous pourrons dire que les tissus d'Anguille ont besoin de moins d'oxygène que ceux de Chevaine, et nous aurons trouvé tout ce qu'on pouvait nous demander, c'est-à-dire un des phénomènes antérieurs, une des causes de l'inégalité dans la résistance vitale à la suppression d'oxygène. Il faudra savoir après cela la raison de cette inégalité d'absorption, et ainsi de suite dans la série illimitée des pourquoi et des parce que, des effets et des causes.

Ce que je viens de vous dire vous montre un exemple frappant de l'insuffisance des explications d'ordre anatomique dans des questions aussi importantes de physiologie. Nous aurons à revenir plus d'une fois sur cette réflexion, qui se dégagera comme une sorte de morale de cet enseignement. C'est se vouer à des erreurs certaines que de conclure, comme on le fait si volontiers, de l'inspection des faits anatomiques à l'explication physiologique. Ayez bien présentes à l'esprit ces vérités que les déductions anatomiques ne sont que des séductions, jusqu'à ce qu'intervienne l'expérimentation, qui seule donne la certitude ; et que, dans toutes les questions physiologiques, les différences des mécanismes cèdent le pas aux différences des propriétés de tissu.

Ce n'est pas qu'il faille négliger l'étude de ces mécanismes et leur refuser toute importance. Si j'ai dit que l'inégale résistance vitale des propriétés des éléments anatomiques rend compte de l'inégale résistance à l'asphyxie aérienne des poissons que j'ai pris pour exemple, je suis loin de prétendre que la constitution propre de l'appareil respiratoire ne joue

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aucun rôle. Nous trouvons ici un exemple d'une loi naturelle extrêmement générale, et qui s'applique même en dehors de la biologie : lorsque, chez un animal, une certaine particularité devient prédominante, et donne à l'organisme une direction bien accentuée, les autres particularités se groupent, pour ainsi dire, autour de celle-ci, et tous les organes se modifient d'une manière harmonique, pour tendre synergiquement à la perfection. Tel apparaît au moins le résultat, si telle n'est la marche réelle des choses. Or, dans notre Anguille, la résistance vitale des éléments qui produisent le mouvement est la qualité dominante, directrice; elle permet à l'animal de vivre plus longtemps hors de l'élément aquatique, et, à côté d'elle, nous voyons la structure des branchies, la disposition du sac operculaire, jusqu'à la forme cylindrique du corps, suivre, si l'on peut ainsi s'exprimer, son impulsion, et concourir à ce résultat que l'Anguille peut, sans péril, quitter spontanément l'eau et séjourner quelque temps parmi les herbes humides.

Chez certains poissons, il existe des dispositions anato-

Fig. 48. — Appareil branchial du Gourami (Osphromenes olfax, Coin ni.).

miques dont l'expérimentation n'a pas nettement indiqué le rôle, maisjqui réalisent évideminentdes conditions favorables

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