SEIZIÈME LEÇON
DES MÉCANISMES RESPIRATOIRES (suite).
Articulés. — Respiration trachéenne. — Trachées des Insectes; structure non encore décrite de certaines d'entre elles ; Vésicules dites pulmonaires des Scorpions.
Batraciens. — Respiration cutanée. — Respiration pulmonaire. — Les Batraciens déglutissent l'air. — Graphiques de la respiration des Grenouilles.
Messieurs,
Arrivons maintenant aux animaux qui, normalement et régulièrement, respirent exclusivement l'air à l'état gazeux au moyen d'appareils spéciaux. Ces animaux sont ou des Articulés, qui respirent à l'aide de trachées, ou des Vertébrés, qui respirent à l'aide de poumons.
Articulés. — Respiration trachéenne. — Les véritables trachées sont les trachées des insectes : cylindriques, ramifiées, elles s'étendent dans tout le corps, comme font les vaisseaux sanguins chez les animaux supérieurs. Comme ces vaisseaux, au reste, elles apportent par leurs ramuscules capillaires l'oxygène aux organes, mais elles l'apportent à l'état gazeux* et la respiration des tissus peut ici, en maintes places, se faire directement aux dépens non du sang, mais de l'air.
Elles présentent deux tuniques : une externe, dite fondamentale ; une interne, qui sur sa face externe porte un fil spiral dont l'élasticité maintient béant le calibre du cylindre trachéal. Quand advient une ramification, un autre fil prend naissance. Mais cette disposition n'est pas la seule. Je vous
'MÂCHÉES niiS INSECTES 271
en montre une autre, que je n'ai trouvée décrite nulle pari, et que j'ai constatée dans une trachée thoracique de Grillon domestique. A la place du fil spiral, vous voyez (fig. h9) un ré-
Fiu. 49. — Trachée de Grillon domestique, prise près d'un stigmate
thoracique (*).
seau à mailles très-serrées; en augmentant les grossissements du microscope, ce réseau se montre avec des détails curieux. Puis, sur une branche née de ce tronc réticulé, apparaît le fil spiral que les auteurs décrivent exclusivement. Quelle que soit, au reste, l'apparence de cet épaississement de la membrane interne, l'animal s'en débarrasse à chaque mue età chaque métamorphose, en même temps que de la tunique épidermique interne. Notons enfin que, dans les plus fines ramifications trachéales, on ne retrouve plus de fil spiral.
Ces trachées exclusivement tubulaires existent seules chez les larves d'insectes et chez les Myriapodes ; mais la plupart des Insectes parfaits présentent des dilatations trachéales,
(*) A. Tronc principal, à structure réticulée, duquel pari Une branche à fil spiral ordinaire. — B. Partie du tronc à structure réticulée ; très-grbssie. — t. Polit fragment de celle même partie; grossissement plus fort.
des sacs de forme et de situation variées, où disparaît également la spire et où l'on ne voit tout au plus que quelques ponctuations. La disposition de ces sacs, qui semblent avoir une relation avec la locomotion aérienne, ne saurait nous occuper ici.
Les trachées se réunissent en un nombre variable de troncs d'origine, lesquels débouchent chacun dans un orifice l'ou stigmate. On trouve de ces stigmates sur tous les anneaux du corps, chez les Myriapodes; sur le thorax et l'abdomen, chez les Insectes ; mais il n'en existe jamais à la tête, et l'on n'en voiljamais plus d'une paire par chaque anneau du corps.
Je n'entrerai dans aucun détail touchant la structure de ces stigmates ; elle varie en effet extraordinairement. On y trouve souvent un cadre carré ou péritrème, avec deux paupières (Réaumur) membraneuses ; parfois, cette structure est très-compliquée ; dans d'autres cas, le stigmate se réduit à une simple fente. Les zoologistes ont étudié avec grand soin toutes ces différences que vous trouverez énumérées dans les ouvrages spéciaux.
Ce qui nous intéresse davantage, c'est de savoir que l'ouverture et la fermeture de ces orifices sont subordonnées à la volonté de l'animal. Milne Edwards a parfaitement expliqué (1) comment les insectes se servent de cette disposition pour se soustraire à l'action des gaz toxiques, lorsque ces gaz sont en assez fortes proportions dans l'air pour que l'animal soit averti de leur présence. C'est grâce à la même occlusion que beaucoup d'insectes résistent d'une manière extraordinaire à la submersion ; que, d'une manière régulière, le Blennis fulvescens passe sous l'eau de la mer tout le temps d'une marée; qu'un Hanneton peut être impunément main-
(1) lxxxii, t. n, p- 193.
tRACttÊES bES InsëGtës,
teiius sous l'eau pendant vingt-quatre heures ; que Lyonnet a retire vivante de Veau une chenille qui y séjournait depuis dix-huit jours ; que Lacordaire enfin a vu une Nyctelia survivre après onze jours d'immersion dans du tafia (1).
A l'exception de quelques Scolopendres, du genre Hétérostoma(Newport), chaque stigmate ne donne naissance qu'à une trachée d'origine ; il peut arriver alors que chacune de ces trachées fasse un système à part dont les branchies ne s'anastomosent pas avec les systèmes voisins : c'est ce que présentent, par exemple, les Iules et les Scutellaires ; mais dans les autres Myriapodes et chez tous les Insectes, il y a communication par des anastomoses nombreuses à l'aide, soit de gros troncs (voy. lig. 50), soit de capillaires, entre tous les vaisseaux aériens du corps de l'animal. Je n'entrerai pas dans plus de détails.
Et maintenant, comment se renouvelle l'air dans cet arbre aérien aux mille ramifications? Rappelez-vous la constitution typique du squelette d'insecte : une série d'anneaux solides, subsimilaires, reliés les uns aux autres par des membranes flexibles ; chaque anneau, composé lui-même de deux demi-anneaux, que réunissent d'autres membranes. Par le jeu des muscles placés à son intérieur, la cavité déterminée par ces pièces, mobiles dans les deux sens horizontal et vertical, peut successivement s'agrandir et se resserrer. Or, le fil spiral maintenant béant le calibre des trachées, l'air pénètre dans celles-ci par les stigmates ouverts, quand la dilatation, l'inspiration s'opère ; il est chassé, au contraire, il est expiré, pendant la phase du resserrement.
Ce sont encore des trachées plus ou moins modifiées que
(1) Voy. CXLIX, t. II, p. 557.
DES MÉCANISMES liLSl'JHATOJKUS.
nous trouvons chez les Arachnides. Dans un groupe inférieur, chez les Arachnides dites trachéennes, elles ont conservé leur disposition générale sinon leur structure, car, à l'exception de quelques Acariens étudiés par Dujardin (1), le fil spiral a partout disparu. Mais chez les Arachnides supérieures, les trachées se resserrent de plus en plus et arrivent à des formes assez différentes en apparence des véritables trachées , pour qu'on leur ait donné le nom .de poumons.
Vous trouverez dans Siebold (2) une série intéressante de faits établissant la transition depuis les trachées des Ségestries jusqu'à celles, courtes, plates, et non
(1) GV1II.
(2) CL, t. I, p. 522.
(3) GLXX1.
(*) o. Trachées des palpes maxillaires. — b. Trachées des gaietés. — c. Trachée des mâchoires, — d. Trachées des palpes labiaux. — e, f. Trachées de la lèvre inférieure.
g. Trachées mandibulaircs. — h. Nerfs anlennaires. — {, Trachée circulaire qui se rend dans les yeux composés. — k. Trachées triangulaire* qui proviennent de la division de la trachée circulaire. — l. Tronc externe des trachées artérielles qui vont former la branche transversale d'où part la trachée circulaire. — m. Tronc interne des trachées artérielles, lequel se joint avec lo tronc des trachées pulmonaires. — «. Tronc des trachées pulmonaires. — o. Trachée transversale qui établit une communication directe des troncs des trachées pulmonaires avec les trachées artérielles. — p. Trachées artérielles qui se rendent dans la première paire des pattes; — q. Continuation du tronc des trachées artérielles. — r. Trachées
Fig. 50. — Appareil trachéen de la Mante religieuse d'après Marcel de Serres (3) (*).