‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 145 sur 289 · U) CLII · texte numérisé non relu

U) CLII

opérées vivre jusqu'à cent seize jours. W. Edwards a montré de plus, qu'en hiver seulement, la peau peut suffire à l'entretien de la vie, mais, lorsque les chaleurs de l'été ont augmenté l'activité nutritive des tissus animaux, on ne peut impunément priver les Grenouilles de leur organe respiratoire spécial. C'est également, je vous l'ai déjà dit, ce que j'ai obtenu pour les Axolotls.

Un mot sur la constitution anatomique des poumons. Ce sont deux sacs qui se réunissent dans un larynx ou même, chez l'Axolotl, dans une courte trachée-artère ; le larynx, à son tour, s'ouvre au plancher de la bouche par une glotte que peuvent fermer complètement deux lèvres mobiles, glotte très-large et facile à voir chez les Grenouilles, trèsétroite et presque inaccessible à la vue chez l'Axolotl.

Quant à la forme des poumons, elle a des rapports avec celle du corps : globuleux chez les Anoures, ils s'allongent chez les Urodèles ; chez les Pérennibranches, leur longueur varie beaucoup. « Aucun reptile, dit Cuvier (1), n'a moins » de poumons que le Protée. .. ; il y a un petit trou sur le fond » du pharynx, lequel donne dans une cavité commune en » forme de croissant, dont les angles se prolongent pour » former les poumons. » Au contraire, chez la Sirène, «les » poumons sont deux longs sacs cylindriques qui s'étendent « jusqu'à l'extrémité postérieure de l'abdomen, et se replient » même alors en avant (2). »

Ces sacs, quelle que soit leur forme, sont tantôt tout à fait lisses, comme ceux des Protées et des Tritons, tantôt garnis de cellules plus ou moins profondes, comme chez la Sirène, selon L. Vaillant (3), chez l'Axolotl et chez tous les

(1) CXXVIII, p. 43.

(2) Ibid., p. 22.

(3) CUII.

Anoures. Ses vaisseaux sanguins principaux rampent sur les saillies qui séparent les cellules, et chez la Sirène, par exemple, les constituent presque seuls. L'cpithéliuni qui recouvre le trajet de ces vaisseaux est seul, au rapport de Th. Williams (l),muni de cils vibratiles ; il n'y en a ni sur les capillaires, ni sur les îlots de la paroi pulmonaire même.

Cherchons maintenant à nous rendre compte du mécanisme par lequel l'air pénètre dans les poumons et en sort après avoir servi à l'hématose. Pour exemple, nous prendrons une Grenouille.

Chez les Batraciens, vous le savez tous, les côtes sont extrêmement rudimentaires, et il n'y pas là de cage thoracique solide dans laquelle soient enfermés les poumons à l'abri de la pression aérienne extérieure ; ils sont immédiatement situés sous les muscles et sous la peau.

Ces parties molles étant incapables d'une dilatation active, une inspiration véritable paraît impossible, chez ces animaux, en vertu de la simple inspection des faits anatomiques. Aussi les anatomistes n'ont guère hésité à déclarer que les Grenouilles ne peuvent respirer par un mécanisme analogue à celui que nous allons constater chez tous les Vertébrés allantoïdiens. Ce n'est pas par inspiration, disentils, mais par déglutition, qu'elles introduisent l'air dans leurs poumons.

Les anatomistes avaient raison, hâtons-nous de le déclarer; mais il a fallu, pour le démontrer, que l'expérimentation intervînt. En effet, ils avaient dit la même chose pour les Tortues, et nous allons voir bientôt qu'ils s'étaient trompés du tout au tout.

La première expérience dont je vous parlerai a été faite

(1) cxxvn.

GRENOUILLES. — DÉGLUTITION DE F/Ain. 279

par Malpighi (I), et répétée depuis par de Brémond (2), et par tous les physiologistes. Elle consiste à ouvrir l'abdomen et à mettre les poumons à nu; on voit alors ceux-ci se vider et se remplir alternativement comme s'ils étaient en place.

Cette expérience est très-concluante ; je n'en dirai pas autant -de celle, tant vantée, d'Herhold et de Rafn (3). Suivant eux, il suffit de maintenir une Grenouille avec la gueule ouverte pendant quelques minutes pour la voir périr. On est étonné d'entendre G. Cuvier, dans le rapport qu'il fît sur le travail de ces physiologistes danois, déclarer qu'une Grenouille, ainsi bâillonnée, meurt en une demiheure. On est plus étonné encore de voir la plupart des naturalistes mettre sans cesse en avant ce résultat manifestement erroné. En effet, même au plus fort de l'été, une Grenouille, bâillonnée, vit pendant des heures au moyen de la respiration cutanée. Ce qu'il est vrai de dire, c'est que, dans ces conditions, elle ne peut plus introduire d'air dans ses poumons. C. Duméril et Bibron (h) ont très-exactement ramené celte expérience à sa véritable valeur.

En raison de ces expériences et de ces considérations anato miques, bonnes ou mauvaises, tout le monde semblait d'accord, quand parut un travail de Haro (5) dans lequel ce naturaliste crut pouvoir déclarer que les mouvements de déglutition de la gorge « ne sont qu'un jeu de la nature qui » cache un mode régulier de fonction », et qu'il existe chez les Grenouilles une inspiration véritable. Ses expériences

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