‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 147 sur 289 · GRENOUILLES. — DÉGLUTITION DE L'AIR · texte numérisé non relu

GRENOUILLES. — DÉGLUTITION DE L'AIR

piration forcée, en la comprimant un peu, la glotte ouverte. Le tube placé, l'animal rendu libre, nous voyons bientôt un petit mouvement inspiratoire se manifester. L'hypothèse de Haro ne peut donc s'appliquer qu'au cas où les parties ont été mises dans la situation qui suit une expiration exagérée, et très-probablement n'a que très-rares applications dans la vie ordinaire de nos animaux.

Il reste donc démontré que les Grenouilles n'introduisent pas l'air dans leurs poumons au moyen d'une dilatation inspiratrice d'une cage solide plus ou moins réduite.

Leur respiration s'exécute bien par une véritable déglutition aérienne.

Mais, maintenant, comment s'opère celte déglutition ?

Si vous lisez, messieurs, un quelconque des physiologistes actuels qui ont essayé de décrire cet acte plus délicat et plus difficile à analyser qu'on ne le pourrait croire, vous trouverez chez tous le même récit; tous répètent, en variant plus ou moins les termes, ce que disait de Bréinond en 1739 (1):

« Par le moyen des muscles décrits par Malpighi, la Gre- » nouille peut tantôt dilater considérablement la gorge, tan- » lot la diminuer. Lorsque la bouche et les narines sont i ouvertes, la Grenouille remplit d'air ou en partie, ou entiè- » rement, la gorge ; ensuite fermant sa bouche et ses nari- > nés, elle ouvre la glotte, et par la contraction des muscles i» de la gorge et des autres muscles voisins, elle presse l'air » vers son larynx et le détermine à entrer dans les poumons. »

Or, cette description, je suis obligé de vous le dire, à condition de vous le prouver, contient deux erreurs notables.

D'abord, la bouche ne s'ouvre jamais dans la respiration normale, et l'air ne pénètre et ne sort absolument que par

(1) CLV, p. 348.

les narines. Puis, celles-ci ne se ferment pas, au moment où la gorge, pleine d'air, va se resserrer; et comment se fermeraient-elles? Par leur sphincter externe « proprio musculo », dit Townson (1) ? Mais ce sphincter est incomplet, et d'ailleurs, il peut être détruit sans que la respiration en soit le moins du monde modifiée. Par les valvules des ouvertures nasales internes, comme on le répèle partout? Mais ces valvules sont tout à fait incapables d'oblitérer l'orifice sur lequel elles s'appliquent. Par l'exhaussement de la langue qui vient en aide à la valvule? Cela semble adopté par tout le monde, et cependant je vous présente une Grenouille dont la langue a été enlevée jusqu'à la base, dont les poumons ont été avec grand soin vidés à plusieurs reprises et qui, à plusieurs reprises aussi, les a remplis sans le secours de cet organe.

C'est qu'en effet, les narines restent ouvertes, perméables, et c'est tout au plus si elles sont rétrécies tandis que s'exécute le mouvement de déglutition : nous allons en avoir la preuve.

D'ailleurs, si les narines se fermaient, à quel moment l'air des poumons serait-il rejeté au dehors, et par où passerait-il ? A cette question les auteurs se sont bien gardés de répondre. Townson seul a dit : « Glottide naribusque apertis pulmones aerem expellunt . » Oui, mais à quel moment?

Notre appareil enregistreur va nous permettre de répondre.

Nous coiffons le museau d'une Grenouille, jusqu'aux yeux, avec la petite muselière de caoutchouc et de bois, dont je vous ai, dans une de nos précédentes leçons, donné la description (voy. p. 206, fig. 22); celte muselière est, par l'intermédiaire d'un tube de caoutchouc, mise en rapport avec le

(1) CLIX, p. 20.

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