ÉLASTICITÉ DES POUMONS
Je passe maintenant à une autre question de détail qui n'a aucun rapport avec celle qui vient de nous occuper au début de cette leçon.
De l'Expiration. — Si vous cherchez, dans les livres de physiologie, quels sont les agents de l'expiration, vous trouverez que cet acte est principalement dû au retour spontané du thorax dans sa position première, quand cessent de se contracter les muscles inspirateurs, à l'élasticité du poumon, et à la contraction de certains autres muscles, désignés comme expirateurs : tels sont, au plus haut degré, les muscles de l'abdomen.
Disons d'abord, et les auteurs sont tous d'accord sur ce point, que ces muscles n'entrent qu'assez rarement en action, l'expiration étant d'ordinaire un acte en quelque sorte passif, un retour à l'état de repos d'où l'inspiration a fait sortir les poumons et le thorax.
Les auteurs mettent ordinairement au même rang, comme importance, l'élasticité du poumon et l'élasticité thoracique.
Cependant, chez certains Mammifères, comme les Lapins, et chez le très-jeune enfant même, le thorax est à peine mis en mouvement pendant la respiration, et tout se passe entre le diaphragme et la paroi abdominale. Sans doute, l'élasticité de celle-ci entre encore enjeu dans la respiration régulière; mais son rôle est d'une médiocre importance, et la preuve se trouve dans le peu de trouble qu'apporte immédiatement à la respiration d'un Lapin chloroformé la section des muscles du ventre.
Dans l'acte expiratoire régulier, l'agent principal me paraît être l'élasticité du tissu pulmonaire. Cette élasticité est bien connue de vous tous ; rien de plus facile que de la mettre en évidence. Voici un poumon extrait de la poitrine d'un Chien ; je l'insuffle, et vous le voyez aussitôt, revenant sur lui-
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même, chasser l'air qu'il conlenait. Si vous mettez à nu le poumon d'une Grenouille, et si vous lui faites une piqûre tandis qu'il est gonflé, il se ratatine comme les ballons de caoutchouc avec lesquels jouent les enfants. Chez les Serpents, la partie postérieure des poumons, le sac non alimenté par l'artère pulmonaire ne paraît posséder qu'une assez faible élasticité. Le poumon des Oiseaux semble peu doué sous ce rapport ; du reste, il ne peut être gonflé fortement, à cause de la béance au dehors des orifices bronchiques, béance dont nous avons parlé. Mais celui des Mammifères est élastique au plus haut degré ; il doit cette propriété à des fibres répandues dans tout son tissu jusqu'aux extrémités des cellules pulmonaires; l'enveloppe propre, fibreuse, qu'a découverte Bazin (1), ne paraît pas élastique.
Vous connaissez tous l'expérience classique par laquelle on démontre d'ordinaire l'existence de cette élasticité. On ouvre la poitrine d'un animal qui vient de mourir ; à peine la plèvre est-elle percée que le poumon, qui remplissait le thorax, fuit aussitôt, par l'effet de son élasticité. L'air qu'il contenait est expulsé avec une force qui, selon les anciennes expériences de Carson (2), peut faire, chez un Veau ou un Chien, équilibre à la pression de 30 à 45, et chez un Lapin ou un Chat, de 15 à 18 centimètres d'eau.
Ce chiffre mesure seulement ce qui reste de force a l'élasticité pulmonaire après que l'expiration au maximum a autant que possible vidé les poumons. Mais quand ceux-ci sont extraits de la poitrine et insufflés, on voit que leur élasticité peut soutenir aisément, chez un Chien, la pression de 6 ou 7 centimètres de mercure, qui correspondent environ à 80