EFFETS DE L'ÉLASTICITÉ APRÈS LA MORT
ou 90 centimètres d'eau. Je reviendrai dans un instant sur ceci.
Pour le moment, répétons l'expérience de Carson en plaçant dans la trachée d'un chien que je viens de tuer, non plus un manomètre, mais un tube qui communique, par l'intermédiaire d'un flacon de h litres, avec le tambour du polygraphe. Le thorax est alors ouvert d'un côté, avec beaucoup de soin, sur une largeur de 2 centimètres environ ; aussitôt, le levier se met en mouvement, et atteint en une ou deux secondes un état de repos qui indique que l'élasticité de la membrane qui le porte fait équilibre à celle du poumon.
Pendant que l'air s'échappe ainsi par la trachée ouverte, on voit les côtes inférieures s'écarter en dehors. En plaçant un petit tambour au contact de ces côtes, il est facile de s'assurer que leur mouvement évolue simultanément avec celui de l'air qui s'enfuit du poumon. Nous obtenons ainsi simultanément les deux tracés suivants :
Fig. 86 (7). — Effets de l'ouverture du thorax sur l'air du poumon (1)
et sur les côtes (2).
Ces tracés donnent naissance à plusieurs réflexions. Prenons d'abord celui qu'a fourni l'air sortant de la trachée (fig. 86, tracé n° 1). Vous voyez que l'ascension du
levier est très-brusque, ce qui montre que l'élasticité pulmonaire opère très-rapidement son effet, au moment où elle cesse d'être contenue par une puissance supérieure. Notez bien qu'ici le poumon était dans un état d'expiration forcée, et que sa puissance élastique, presque satisfaite, n'avait plus que la valeur assignée par Carson. La rapidité de manifestation doit être bien plus grande encore, lorsque le thorax est dilaté par une inspiration, et que l'élasticité peut alors faire équilibre à la pression de plusieurs centimètres de mercure. Nous trouvons donc là, en puissance et en soudaineté d'action, tout ce qui suffit pour expliquer l'acte expiratoire.
Considérons maintenant le second tracé, celui qui exprime les mouvements des côtes (fi g. 86, tracé n° 2). Que nous montre-t-il? Qu'après une forte expiration (celle qui suit la mort), les parois thoraciques sont tirées en dedans et maintenues avec une force qui triomphe en partie de leur élasticité même, laquelle fait effort pour les ramener en dehors. Quelle est cette force? l'élasticité des poumons. Ainsi l'équilibre, à la fin de l'expiration, s'établit entre l'élasticité des poumons qui tire en dedans le diaphragme et les côtes, et celle du thorax, qui tend à ramener les côtes en dehors. Ce n'est donc point l'élasticité du thorax qui est la cause la plus puissante de l'expiration, puisqu'elle est obligée de céder, dans une certaine mesure, à celle du poumon ; à celte limite même, elle devient le seul obstacle qui empêche l'expiration d'aller plus loin.
Les muscles que l'on appelle expirateurs peuvent-ils alors faire davantage, et, en présence de cette expiration post mortem, chasser encore une certaine quantité d'air des poumons? L'expérience qui fournira la réponse est simple à faire ; il suffit, sur un chien qui vient de mourir, et dans la