ERREUR DE L'ANCIENINE THÉORIE
où l'adulte n'aurait certes pas dépassé deux minutes et demie.
Voilà des faits qui montrent la résistance à l'asphyxie persistant après que les voies circulatoires fœtales ont été oblitérées; en voici d'autres maintenant qui montrent, en sens inverse, de jeunes animaux, avec leurs voies circulatoires fœtales béantes, et qui succombent beaucoup plus vite que les adultes à l'influence de la privation d'air.
C'est ce que présentent les jeunes Poulets et les jeunes Canards au sortir de l'œuf, ou dans l'œuf lui-même, quelques jours avant l'éclosion.
Nous avons vu, en effet, qu'un Poulet adulte périt, en moyenne, sous l'eau, au bout de trois minutes ; or, prenez un Poussin qui vient d'éclore, ou même cassez la coquille d'un œuf qui n'éclora que dans deux ou trois jours et submergez le jeune Oiseau, il périra en une minute vingt secondes ou une minute trente secondes au plus. Cela est encore bien plus saisissant quand on expérimente, avec un jeune Canard. J'en ai pris un éclos depuis six heures, je l'ai plongé dans de l'eau à 25 degrés; après une minute et demie, toute sensibilité, tout mouvement avait disparu; retiré à deux minutes, il ne donna plus aucun signe de vie. Un Canard adulte aurait pu vivre peut-être dix minutes encore. Or, chez tous ces jeunes Oiseaux, les orifices fœtaux étaient largement perméables.
11 serait inutile d'insister davantage ; et, bien évidemment, l'explication regardée par P. Bérard comme incontestable n'a pu soutenir la critique expérimentale.
Mais si cette explication ne peut plus être admise, quelle autre convient-il de lui substituer?
Il ne saurait être ici question de chercher parmi les différences dans les mécanismes anatomiques ; le nouveau-né
5(30 RÉSISTANCE A i/ASPHYXIli DES ANIMAUX NOUVEAU-NÉS.
est, en effet, sauf les dimensions et la proportion des parties, semblable à l'animal adulte. Invoquerons-nous la quantité de sang ? pas davantage : vous avez, en effet, sous les yeux un Rat âgé de deux jours, auquel on vient d'ouvrir la poitrine, et d'enlever le cœur; tout son sang s'est écoulé, et cependant il donnera pendant plus de quinze minutes des signes de sensibilité. Or, chez un animal adulte de la même espèce, ces signes auraient disparu quelques secondes après l'opération.
Nous touchons ici à la véritable explication de la résistance à l'asphyxie ; elle n'est pas autre que celle invoquée par nous pour rendrè compte de la longue survie dans l'air de certains Poissons. Ce n'est pas, vous disais-je, dans la structure anatomique différente des branchies que vous trouverez la solution du problème, puisque la même inégalité dans la persistance des phénomènes de la vie se retrouve entre des animaux décapités. Il en est ici de même, et la différence est encore plus saisissante peut-être. Tranchez la tête d'un Rat adulte : en quelques secondes auront disparu les mouvements réflexes et par conséquent la manifestation des propriétés de la moelle épinière ; chez un nouveau-né, au contraire, vous pourrez obtenir ces mouvements pendant plus d'un quart-d'heure. La persistance des propriétés motrices des nerfs, celle de la contraclilité musculaire auront lieu, chez les deux animaux en expérience, avec une durée tout aussi inégale.
Ces faits sont connus depuis fort longtemps ; comment se fait-il qu'on n'en ait point tiré parti? Les préoccupations dominantes de l'école qui voulait asservir la physiologie à l'anatomic, d'une part ; d'autre part, l'influence de l'antique théorie sur l'explication de l'asphyxie par l'imperméabilité des poumons, théorie qui, battue en brèche par Bichat, avait