‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 27 sur 289 · THÉORIES MÉCANIQUES · texte numérisé non relu

THÉORIES MÉCANIQUES

de l'air dans ces organes est nécessaire pour déplisser les poumons, pour permettre à la circulation de s'accomplir, et que c'est là le but unique de la respiration.

Mais comment le gaz sylvestre, découvert par van Helmont dans la première moitié du xvii" siècle, ne suffisait-il pas à entretenir la vie des animaux? Ne pouvait-il Ipas déplisser le poumon? Et comment se fait-il qu'un animal dont on maintient la poitrine remplie d'air, n'en périsse pas moins avec ses poumons gonflés et par conséquent déplissés, expérience remarquable qu'avait faite J. Mayow dès 167/j (1)?

L'école des iatro-mécaniciens modifia un peu cette théorie. Selon Haies (2), les mouvements alternatifs d'inspiration et d'expiration ont pour effet de brasser le sang dans les poumons, et les globules, par l'effet de cette attrition, deviennent rouges comme ils le sont à la suite de l'agitation dans un vase. C'était déjà l'opinion de Boerhaave. Et cependant une autre expérience (3) de J. Mayow avait réduit, par avance, à néant, ces idées qui eurent une telle fortune. Il avait, en effet, montré qu'un chien peut vivre longtemps lorsque, après avoir percé à travers le thorax ses deux poumons, on y fait passer un courant d'air continu : il n'y a pas là de mouvements alternatifs, et par conséquent pas d' attrition. Haies n'avait donc pas tort de déclarer <r qu'il y a » encore des ténèbres sur l'usage de l'air)). Quant aux modifications que subit l'air pendant la respiration, les iatromécaniciens n'y voyaient guère qu'une diminution de son élasticité.

Mais si la théorie de l'attrition et même celle du déplisse-

(1) XI, p. 300.

(2) IV, p. 106 et suiv.

(3) XI, p. 299.

ment pulmonaire furent bientôt reconnues insuffisantes en elles-mêmes, cette dernière ne disparut pas pour cela de la science ; elle resta annexée aux autres théories physico-chimiques, dont nous allons avoir à nous occuper. Haller (1) partageait ces idées, et Goodwin (ï) dut les combattre; Bichat (S) les trouva encore admises « par tous les physiolot gisles » : ses expériences demeurées classiques les ruinèrent définitivement.

Et cependant, nous rencontrerons encore leurs traces, quand nous arriverons à l'étude de la résistance remarquable que présentent à l'asphyxie les animaux nouveaunés; nous verrons tous les auteurs, reproduisant la vieille explication de Méry (1693), l'attribuer à la perméabilité des voies fœtales qui permet à la circulation de s'effectuer, nonobstant l'interruption de la respiration : explication erronée, comme nous vous le montrerons, mais qui est évidemment un reste des théories mécaniques de la respiration.

2° Théories physiques. — Celles-ci sont plus anciennes et furent, s'il se peut, plus tenaces encore.

Dès avant Aristote, Platon et d'autres philosophes admettaient que la respiration a pour but de rafraîchir, par l'introduction de l'air extérieur, le corps de l'animal, que la chaleur produite dans le cœur menacerait de dessécher ou de corrompre. Aristote adopta ces vues (4), et après lui toute l'antiquité, et même les physiologistes modernes jusqu'à l'époque de Lavoisier;il suffit de citer entre autres Descartes, Swammerdam, Hamberger, Boerhaave; celui-ci considérant la chaleur propre du sang, si voisine de son

(1) V, p. 313 et suiv.

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