‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 29 sur 289 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

REVUE HISTORIQUE (suite).

Lavoisier, Lagrange, Spallanzani, William Edwards. — Extraction des gaz du sang. — Températures comparées du cœur gauche et du cœur droit (Cl. Bernard) : Expérience. — Explications physiques et chimiques des échanges respiratoires (Brùnner et Valentin, Vierordt, Robin et Verdeil).

Messieurs,

Nous avons vu comment Priestley, ayant en main, découverts par lui, la plupart des faits nécessaires pour constituer la théorie de la respiration, avait été, cependant, impuissant à l'édifier. Ce rôle revenait à Lavoisier qui, en 1777, présentait à l'Académie des sciences de Paris un travail mémorable où nous lisons ces paroles (1) :

« La respiration n'a d'action que sur la portion d'air pur, » d'air éminemment respirable, contenue dans l'air de l'at- » mosphère; le surplus, c'est-à-dire la partie méphitique » (l'azote), est un milieu purement passif qui entre dans le » poumon, et en ressort à peu près comme il y était entré; » c'est-à-dire, sans changement et sans altération.

» Si l'on enferme des animaux dans une quantité donnée » d'air, ils y périssent lorsqu'ils ont absorbé ou converti en » acide crayeux aériforme (acide carbonique) la majeure » partie de la portion respirable de l'air.

(1) XIII, p. 174.

j> Pour ramener à l'état d'air commun et respirable l'air » qui a été vicié par la respiration, il faut opérer deux effets : » 1e Enlever à cet air, par la chaux ou par un alcali causti- » que, la portion d'acide crayeux aériforme qu'il contient; » 2° lui rendre une quantité d'air éminemment respirable » égale à celle qu'il a perdue. »

Il n'y a aujourd'hui, après un siècle écoulé, rien à modifier ni à retrancher à ces paroles.

Mais Lavoisier ne s'en tint pas là. Comparant la respiralion des animaux en vase clos avec la « combustion des chandelles », il arriva à déclarer que la respiration n'est qu'une combustion lente de carbone et d'hydrogène; c'est, dit-il, l'air de l'atmosphère qui fournit l'oxygène, et la substance même de l'animal, le sang, qui fournit le combustible (1). Tout le monde connaît les magnifiques conséquences qu'il sut tirer de ce principe, et l'explication donnée de la chaleur animale, et les applications à l'hygiène privée ou publique, et l'indication si grande et si simple « des trois régulateurs » principaux de la machine humaine : la respiration qui , en » opérant dans le poumon, et peut-être aussi dans d'autres » endroits du système, une combustion lente d'une partie de » l'hydrogène et du carbone que contient le sang, produit t> un dégagement de calorique absolument nécessaire àl'enï tretien de la chaleur animale. La tra?ispiration, qui faci- » lite le dégagement d'une certaine quantité de calorique, » et empêche que l'individu ne prenne un degré de tempé- » rature supérieur à celui qu'a fixé la nature. La digestion » qui, fournissant au sang de l'eau, de l'hydrogène et du car- » bone, rend habituellement à la machine ce qu'elle perd » par la transpiration et par la respiration (2). »

(1) XIV, p. f>88.

(2) XV, p. 704.

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Nous pouvons bien admirer la grandeur et la justesse de ces vues, mais il nous est vraiment très-difficile, à nous pour qui ces vérités sont devenues presque banales, de mesurer exactement l'étendue de la révolution qu'elles amenaient dans la science et dans les esprits. Mais il existe toujours, faut-il dire heureusement, des retardataires qui, représentants immuables des idées vieillies, des doctrines surannées, permettent à leurs contemporains de juger plus exactement des temps passés. Quatre-vingts ans après ces mémorables découvertes, un physiologiste français déclarait que « rien n'est plus facile à renverser ». En effet, dit-il, « une combustion est impossible dans les liquides » ; et d'ailleurs, « où est l'étincelle qui, à chaque instant, mettrait le » feu au combustible ? car l'hydrogène et le carbone auraient » beau rester une éternité en contact avec l'oxygène, il ne » se produirait ni eau ni acide carbonique, si le feu ne ve- » nait pas en déterminer la combustion » (1). Voilà où l'espèce d'anathéme lancé par Bichat contre les sciences physico-chimiques avait pu conduire un savant dont l'œuvre n'est pas sans mérite. N'est-ce pas le cas de rappeler, en la modifiant un peu, la devise de l'école iatro-mécanicienne : « Nemo matheseos, physicœ et chimiœ expers ad rationalis » physiologiœ scholam accédât. »

Cependant , il restait dans la théorie de Lavoisier un point douteux. Dès 1777, ce grand homme disait (2) : « Il » arrive de deux choses l'une, par l'effet de la respiration : » ou h portion d'air éminemment respirable, contenue dans » l'air de l'atmosphère, est convertie en acide crayeux acri- » forme en passant par le poumon; ou bien il se fait un

(1) XVI, t. II, p. 196.

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