‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 30 sur 289 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

P. BEFIT. — llESP.

» échange dans ce viscère. D'une part, l'air éminemment » respirable est absorbé ; et de l'autre, le poumon restitue » à la place une portion d'acide crayeux aériforme presque » égale en volume. » El plus loin il disait : « De fortes analo- » gies semblent militer pour la seconde opinion & ; mais cependant , « ne s'attachant qu'aux faits », il est « assez porté » à croire que l'un et l'autre de ces effets ont lieu pendant » l'acle de la respiration. »

Dans un mémoire postérieur (1789) , Lavoisier émit l'opinion qu'une partie de l'acide carbonique exhalé provient de la digestion qui l'a formé et des veines de l'intestin qui l'ont absorbé. «Aucune expérience, dit-il encore, ne prouve » d'une manière décisive que le gaz acide carbonique qui se » dégage pendant l'expiration se soit formé immédiatement » dans le poumon, ou dans le cours de la circulation, par la » combinaison de l'oxygène de l'air avec le carbone du » sang (1) . »

Les incertitudes qui restaient encore à Lavoisier (ce sont ses propres paroles), sur cet objet, furent diversement interprétées.

En France, on crut comprendre que, pour Lavoisier, la combustion et, par suite, la calorificalion qu'il avait montrée en être la conséquence, s'opérait tout entière dans le poumon. Cette manière de voir fut justement combattue par Lagrange (2) ; s'il en était ainsi, dit-il avec raison, « il faudrait » nécessairement que la température des poumons fût telle- » ment élevée que l'on aurait continuellement à craindre » leur destruction ». Il supposa alors que l'oxygène se dissout dans le sang qui traverse les poumons, qu'il est ainsi entraîné et se combine dans le sang lui-même avec le car- Ci) XIV, p. 702.

(2) xvn.

origine de l'acide carbonique : spallanzani. 19

bone et l'hydrogène pour former l'eau et l'acide carbonique qui se dégagent alors dans les poumons.

Mais Spallanzani avait autrement compris Lavoisier. Selon lui, « l'incomparable chimiste français » avait adopté l'opinion que l'acide carbonique de la respiration doit être regardé comme un produit de l'acide carbonique préexistant dans les animaux. Il se rangea à cette manière de voir, et observa, du reste, que des limaçons du Portugal produi' sent moins d'acide carbonique, pour la même quantité d'oxygène absorbé, quand ils sont à jeun que quand ils ont mangé.

Puis il reconnut que les animaux [limaçons, chenilles, reptiles (1)], renfermés dans une atmosphère d'azote ou d'hydrogène purs, y exhalent de l'acide carbonique en quantité égale, et d'ordinaire même supérieure à celle qu'ils rendent dans l'air. Alors il n'hésita pas à déclarer que » l'acide carbonique n'est pas le résultat de la combinai- » son de l'oxygène de l'air avec le carbone des animaux d puisqu'il y a des faits qui montrent l'acide carbonique » déjà existant dans les animaux, et qu'il en sort sous sa » forme gazeuse. Il paraît donc que la disparition de l'oxy- » gène n'est point la cause de l'apparition de l'acide carbo- » nique (2). »

Ces expériences importantes ne firent presque aucune ^pression sur l'esprit des physiologistes jusqu'au moment ou William Edwards les répéta, les reconnut exactes, les compléta, et en exposa les conséquences d'une manière claire el avec une grande autorité. Il conclut, en définitive, « que » 1 acide carbonique expiré est une exhalation qui provient

(1) XIX, l. II.

(2) XVIII, p. 329.

» en tout ou en partie de l'acide carbonique contenu dans » la masse du sang (1). »

Un fait capital, autrefois découvert par Huinphry Davy, mais que venait de vulgariser Vauquelin, autorisait WilL Edwards à parler de l'acide carbonique contenu dans le sang. On savait, en effet, que la cbaleur, le vide ou le contact d'une atmosphère d'hydrogène font sortir du sang de l'acide carbonique.

Ainsi, le sang contient de l'acide carbonique; il contient aussi de l'oxygène qui peut s'échapper en présence de l'hydrogène, comme Priestley l'avait déjà vu. Donc, la combinaison de l'oxygène et du carbone n'a point lieu, exclusivement du moins, à la traversée des poumons, et se continue tandis que le sang circule dans le corps tout entier. Ces conclusions devaient être bientôt corroborées par des travaux importants sur l'analyse des gaz du sang, travaux dont nous aurons à nous occuper spécialement dans une de nos prochaines leçons. Je n'insiste donc pas sur ce point.

L'idée de la combustion intra-pulmonaire, qui avait un instant régné dans l'école et à laquelle n'avait pas encore complètement renoncé P. Bérard en 1853 (2), devait être démontrée fausse par un autre ordre de recherches. Si cette combustion existe en une proportion notable, et si elle est l'origine d'une grande partie de la chaleur animale, la température du cœur gauche devra être plus élevée que celle du cœur droit. Vous savez tous comment Claude Bernard (3) prouva qu'il n'en est rien, et donna les raisons de l'erreur

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