‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 49 sur 289 · VASES DE CAPACITÉS DIFFÉRENTES · texte numérisé non relu

VASES DE CAPACITÉS DIFFÉRENTES

Une circonstance qui a une grande influence sur l'intensité des échanges gazeux est la capacité des vases où se trouvent les matières en expérience. Un vase plus grand agit comme une atmosphère plus riche en oxygène. Ainsi, liO grammes de muscles de chien ont été placés pendant dixsept heures sous une cloche contenant -2690 centimètres cubes d'air. Il ont absorbé 6i centimètres cubes d'oxygène et produit &0CC,5 d'acide carbonique. Le même poids delà même substance a, pendant le même temps, sous une cloche de 430 centimètres cubes de capacité, absorbé 24cc,6 d'oxygène, et exhalé 29cc,/i d'acide carbonique.

Quand, avant de placer les tissus dans l'air on les soumet au préalable à l'action du vide, ils absorbent notablement plus d'oxygène, sans exhaler beaucoup plus d'acide carbonique; celui-ci, évidemment, reste dissous ou combiné dans la substance même du tissu.

Je ne me suis pas occupé de l'influence que peuvent avoir, sur les échanges gazeux, les modifications considérables de la pression barométrique. Il y aurait cependant là un sujet d'intéressantes études; probablement l'absorption d'oxygène serait beaucoup moins influencée que l'exhalation de l'acide carbonique. Mais le temps et les instruments m'ont manqué jusqu'ici. Quant à l'action de la température, je ne puis que confirmer ce qu'avait déjà dit Spallanzani (1), à savoir que plus elle est élevée, plus considérable est l'absorption de l'oxygène.

Enfin, il serait intéressant d'examiner ce qu'il adviendrait des muscles d'animaux tués par des moyens différents. J'aurais surtout désiré mettre en expérience les muscles d'un animal sain, comparativement avec ceux d'un animal as-

(1) XIX, t. I, p. 455.

phyxié, et spécialement ceux d'un animal mort dans une atmosphère suroxygénée. Je suis persuadé que, dans ce dernier cas, les muscles exhaleraient une bien plus grande quantité d'acide carbonique que dans l'état normal.

3° Atmosphères identiques, tissus de même nature, mais pris sur des animaux d'espèces différentes.

Spallanzani ne s'est pas occupé de cette face de la question. Dans un cas, cependant, il compare l'énergie des échanges gazeux de la chair de grenouille et de la chair d'oiseau (1), et arrive à déclarer que la chair des animaux à sang chaud absorbe moins d'oxygène que celle des animaux à sang froid: résultat singulier, et qui présenterait, comme il le dit lui-même (2), « aux naturalistes un beau » problème à résoudre » .

Mais il suffit de lire avec soin le texte même de Spallanzani pour voir que son expérience unique a été faite dans des conditions telles qu'on n'en pouvait rien conclure.

J'ai, démon côté, étudié cette question et fait un grand nombre d'expériences. Elles m'ont constamment montré que les muscles des animaux à sang froid, reptiles ou poissons, consomment, à poids égal, moins d'oxygène, et produisent moins d'acide carbonique que ne le font les muscles d'animaux à sang chaud.

Je vous cite d'abord un exemple, établissant la comparaison entre un oiseau, d'un côté, et des grenouilles de l'autre.

30 grammes de muscles d'un jeune coq qui vient d'être tué par hémorrhagie sont introduits dans une éprouvette mesurant 160 centimètres cubes ; celle-ci est placée sur la

(1) XIX, t. 1, p. 461.

(2) XIX, t, II, p. 58.

TISSUS d'animaux d'espèces différentes. 53

cuve à mercure, à côté d'une autre éprouvette mesurant 130 centimètres cubes, et contenant 24 grammes de muscles de grenouilles.

La température est de 10 à 11 degrés. Après vingt-deux heures, l'analyse du gaz montre que

ce. ce.

100 gr. de muscles do coq ont absorbé 62,0 d'oxyg. et exhalé 54,6 de C02

100 gr. de muscles de grenouilles 42,5 36,6

Autre exemple relatif aux poissons ; l'expérience a été faite un autre jour, et sa durée a été différente.

ce. ce.

100 gr. de muscles de moineaux ont absorbé. . 100 d'oxyg. et exhalé 53 de C02 100 gr. de muscles de Cyprimis jescs 90 25

Troisième exemple :

ce.

100 gr. de muscles de rat ont absorbé 24,6 d'oxyg. et exhalé 24 de C02

100 gr. de muscles de petites carpes 18 13

100 gr. de muscles d'escargots 18 14

Les différences, pour être notables et s'être toujours présentées dans le même sens dans d'autres expériences dont il serait oiseux d'énumérer les résultats, n'ont pas été aussi grandes qu'on aurait pu s'y attendre. Les muscles des poissons, surtout, paraissent consommer beaucoup d'oxygène. Il faut sans doute tenir compte, dans ces expériences, de ce fait, que les muscles d'animaux à sang froid, ainsi coupés en fragments, se contractent pendant longtemps, ce qui doit activer les échanges gazeux.

Quoi qu'il en soit, j'ai toujours trouvé que les muscles de vertébrés à sang froid respirent d'une manière moins active au contact de l'air que ne le font les muscles de vertébrés à sang chaud.

Mais entre ceux-ci, des différences tout aussi considérables ont pu être reconnues.

Ainsi, 50 grammes de muscles des animaux suivants : chien, cheval, lapin, coq, tués par hémorrhagie, placés pendant vingt-quatre heures dans des conditions identiques, sous des cloches contenant 270 centimètres cubes d'air, ont donné les résultats suivants :

ce. ce.

100 gr. de muscles de cliien ont absorbé 68,4 d'oxyg. et exhalé 73,6 de CO*

100 gr. de muscles de cheval 62,8 67,8

100 gr. de muscles de lapin 45,6 46,8

100 gr. de muscles de coq (pectoraux) 45 33,8

J'ajoute que :

100 gr. de cerveau du chien 45 49,2

Toujours, entre la chair de couleur foncée du chien (viande noire), et la chair beaucoup plus pâle du lapin (viande blanche), j'ai trouvé des différences analogues à celles qui sont indiquées ci-dessus. Il serait inutile de multiplier les exemples.

Mais voici un fait très-intéressant et qui, si je ne m'abuse, nous sera plus tard d'une certaine utilité, quand nous rechercherons les raisons de la résistance si remarquable que présentent à l'asphyxie certains mammifères nouveau-nés. Les muscles de ces jeunes animaux consomment, à poids égal, une quantité d'oxygène beaucoup moins considérable que ceux des animaux adultes.

Par exemple, en employant 30 grammes de muscles de chien adulte et 30 grammes de muscles d'un chien âgé de trois jours, tués tous deux par hémorrhagie, et en les laissant séjourner pendant le même temps dans 130 centimètres cubes d'air, nous avons trouvé que :

ce. ce.

100 gr. do muscles d'adulte ont absorbé. . 47,3 d'oxyg. et produit 56,3 de CO* 100 gr. de muscles de nouveau-né 29,3 35,7

J'ajoute que :

100 gr. de reins du chien adulte 28,7 32

TISSUS d'animaux d'espèces différentes. 55

J'ai alors eu l'idée de chercher si des différences analogues existeraient entre les muscles du canard, oiseau qui résiste si longtemps à l'asphyxie, et ceux du poulet, qui se noie si vite, ainsi que nous le verrons dans une de nos leçons-, mais j'ai trouvé des chiffres très-voisins les uns des autres.

Voici, par exemple, les résultats de deux expériences.

Dans la première, j'ai vu que :

ce. ce.

100 gr. démuselés de canard ont absorbé 22,4 d'O et produit 18,8 de CO2 100 gr, de muscles de poulet 17,1 * .. 21,2

Dans la seconde, que :

100 gr. de muscles de canard ont absorbé 39,2 32,4

100gr.de muscles de poulet 32,8 30,0

On voit même qu'ici la différence est en sens inverse de ce que je supposais, et que les muscles de l'oiseau plongeur consomment un peu plus d'oxygène que ceux de l'autre ; la différence est, au reste, peu importante, mais il faut remarquer qu'elle coïncide avec les anciennes observations de Regnault et Reiset; nous reviendrons dans un instant sur ce point.

Et maintenant, quelles conséquences pouvons-nous tirer de l'énoncé de tous ces faits? Avons-nous même le droit d'en tirer une conséquence qui soit du domaine de la physiologie? Si nous en croyions le récent travail d'Hermann, dont je vous ai déjà parlé, il faudrait répondre non. Pour lui, les phénomènes présentés par les muscles (car il ne s'occupe que de ce tissu) , lorsqu'ils sont séparés du corps de l'animal et placés au contact de l'air, sont des phénomènes de simple putréfaction. Cette putréfaction a son point de départ dans les surfaces de contact de la substance animale et de l'air,

mais il n'y a aucun rapport entre l'absorption d'oxygène que l'on constate et les propriétés vitales du muscle, alors même que ce muscle est encore contractile. La plus grande consommation d'oxygène pendant la contraction, observée par Malteucci, puis par Valentin, dépendrait simplement de ce que le muscle, agité par sa contraction même, se trouve en contact avec des couches toujours renouvelées d'air.

Et sur quoi se fonde cette manière de voir, que je viens de vous exposer comme j'ai cru la comprendre. Principalement stfrj.ceci : que dans des muscles en putréfaction, les échanges gazeux sont plus actifs que dans les muscles frais ; que les muscles roidis par la chaleur consomment presque autant d'oxygène que les muscles encore contractiles. Mais qu'est-ce que cela prouve, sinon ce qu'on savait depuis longtemps, c'est-à-dire que toutes les matières organiques s'oxydent au contact de l'air, putréfiées, cuites, ou fraîches et vivantes encore? D'ailleurs il y a, dans la méthode même d'analyse employée par Hermann, une cause de contradiction singulière : je tiens à vous la signaler, parce qu'elle est très-instructive à propos de ces tendances à la précision que je me suis déjà permis de qualifier d'illusoires.

Hermann se garde bien, comme on l'avait fait jusqu'à lui, d'introduire son muscle dans un volume déterminé d'air, et de faire après un certain temps l'analyse de cet air, en tenant compte de l'augmentation et de la diminution de volume. Mais, il remarque qu'en introduisant des muscles dans une éprouvelte sans le mercure, ces muscles entraînent de l'air avec eux, d'où naît une cause d'erreur. Pour l'éviter, il place le muscle dans un volume indéterminé d'air, qu'il ne mesure qu'après l'expérience. Cet air il l'analyse alors : c'est-à-dire qu'il en dose directement l'acide carbonique, concluant par le calcul à la quantité d'oxygène disparue ; il

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