XLII
68 DU SAINC.
binaison oxygénée que conlienl le sang, combinaison qu'ils doivent, à leur profit, détruire. Pasteur a constaté, en effet, que certains animalcules infusoires vivent dans des solutions privées d'oxygène libre et dissous, et se procurent celui qui est nécessaire à leur existence en décomposant certaines substances oxygénées, pour s'emparer du gaz comburant. Tels sont les vibrioniens qui transforment l'acide lactique en acide butyrique, et ceux qui décomposent le tartrate de chaux.
Ces animalcules, véritables éléments anatomiques qui vivent isolés, d'une vie propre et complète, se comportent donc comme les éléments anatomiques du corps des animaux supérieurs; mais si, chez ces éléments, les propriétés sont identiques, leurs manifestations ne peuvent avoir lieu qu'au milieu des conditions multiples d'un mécanisme compliqué. Nous nous ferons donc une idée suffisamment exacte des choses, clans l'état actuel de la science, en nous représentant le corps d'un animal complexe comme composé d'une multitude de petits vibrioniens, tous occupés à puiser l'oxygène dans une combinaison particulière que leur offre le liquide sanguin.
Nous sentons donc ici, pour aller plus loin dans la connaissance de ces phénomènes, la nécessité de savoir quelle est cette combinaison, en quantité et en qualité ; de faire, en un mot, à ce point de vue particulier, une étude approfondie du sang. Plusieurs leçons devront être consacrées à cette étude, pour laquelle des travaux récents et encore peu connus en France ont fourni de nombreux et importants matériaux ; l'analyse des gaz du sang est un des sujets à l'ordre du jour, en ce moment, en Allemagne, où le grand nombre des travailleurs, l'abondance des moyens matériels, amènent la constatation d'un très-grand nombre de faits de détail.
Avant d'en arriver à ce sujet difficile, exposons rapide-
ment ce qu'on sait sur la composition chimique du sang et sur les caractères généraux que présente ce liquide dans la série animale.
Le sang est, chez tous les animaux, un liquide à réaction faiblement alcaline, contenant en dissolution des matières organiques, des sels et des gaz, et dans lequel flottent, le plus souvent, des corpuscules de forme et de nature variées.
Ce liquide est très-rarement incolore (échinodermes, amphioxus, etc.) ; chez une foule d'animaux inférieurs, il est faiblement coloré en bleuâtre (mollusques céphalopodes, gastéropodes ; araignées, etc.), en jaunâtre ou en rougeâtre (beaucoup d'insectes, de crustacés, etc.). Ces colorations varient, au reste, non-seulement d'une espèce, mais souvent d'un individu à l'autre. Les annélides ont, pour la plupart, le sang coloré en rouge ou, chez quelques espèces, en vert. Enfin, chez tous les vertébrés, hormis chez l'araphioxus, il présente une coloration rouge, intense et bien connue.
Les corpuscules qui flottent dans le sang, les globules sanguins, sont presque toujours incolores chez les animaux invertébrés. Il y a cependant quelques exceptions à cette formule générale. Divers observateurs , et surtout Rouget (1), ont trouvé des corpuscules colorés en rougeâtre chez plusieurs espèces d'ascidies et chez les siponcles, où je les ai également rencontrés. Mais, dans l'immense majorité des cas, la coloration du sang, lorsqu'elle existe, est due, non aux corpuscules, mais au plasma dans lequel ils nagent.
(1) XLÏIT.
Il en est tout autrement pour les animaux à vertèbres. Chez eux, le plasma est presque incolore, à peine jaunâtre, et la couleur du sang résulte de celle des corpuscules rouges, ou hématies, qu'il contient en grand nombre. En effet, ces hématies (desséchées) constituent en poids, disent les auteurs, chez les batraciens et les poissons, environ un douzième du poids du sang, et chez les oiseaux et les mammifères, environ un septième. On sàit, du reste, qu'elles n'existent pas seules, mais qu'à côté d'elles se trouvent d'autres globules, dont la quantité relative varie suivant les groupes zoologiques, et qu'on désigne sous le nom de corjmscules plasmiques, ou globules blancs du sang. Je n'insiste pas, pour le moment, davantage sur ces faits.
Le sang, après la mort de l'animal, ou lorsqu'on l'extrait des vaisseaux, subit une modification bien connue sous le nom de coagulation. Celle-ci est le résultat de la solidification d'une substance dissoute, à laquelle on a donné le nom de fibrinogène, celui de fibrine étant depuis longtemps attribué à la matière solidifiée. Cette fibrine englobe les globules et forme ainsi un caillot, dont les dimensions varient surtout avec la quantité des globules sanguins, car la fibrine, ellemême, n'en constitue toujours qu'une très-faible partie. En se rétractant consécutivement à sa coagulation, la fibrine expulse du caillot la plus grande partie du liquide sanguin qui prend alors le nom de sérum.
Les choses ne se passent pas tout à fait ainsi chez les animaux inférieurs. En effet, tantôt, comme chez les mollusques acéphales, chez les siponcles, etc., le sang ne se coagule pas; tantôt le caillot formé est très-peu considérable (céphalopodes, 3 ou 4 millièmes du poids du sang, etc.); tantôt, enfin, la fibrine ne se contractant pas, le sang se prend en plus ou moins grande proportion en