RÉGIONS DU SPECTRE ABSORBÉES PAR LE SANG
Nous répétons devant vous ces expériences. Un petit cristal d'hémato-cristalline étant dissous dans quelques centimètres cubes d'eau distillée et placé au devant delà lumière du gaz dans une petite cuve à faces parallèles, vous apercevez dans le spectre une bande brune, étroite, voisine de la raie D de Fraùnhofer, -dans le jaune ; en regardant bien, à droite, vous en apercevez une seconde, moins nette et plus large, située sur la limite du jaune et du vert. Un ou deux autres petits cristaux immergés dans le liquide font apparaître beaucoup plus nettement les bandes. Si nous augmentons encore le degré de la dissolution, les deux bandes se rejoignent et couvrent tout l'intervalle situé entre les raies D et E. En même temps, une teinte sombre s'étend sur la région bleue et violette du spectre, teinte qui ne tarde pas, si nous ajoutons encore des cristaux, à substituer entièrement du noir aux couleurs de la région située au delà de F. Il ne reste donc plus de visible que le rouge et l'orangé, d'une part, et le vert de l'autre. Enfin, une solution très-concentrée arrête le vert d'abord, une partie de l'orangé ensuite, et ne laisse guère passer que le rouge.
Cette série croissante d'absorptions colorées, nous pouvons la reproduire et nous la reproduisons devant vous avec du sang artériel convenablement dilué, et agité au contact de l'air.
Mais prenons maintenant du sang qui est resté pendant plusieurs heures dans une éprouvette, au contact d'un morceau de muscle ; ce sang est violacé, noir, comme on dit souvent. Mettons-en un quart de goutte environ dans notre cuve, que nous avons remplie au préalable d'eau distillée bouillie. Vous pouvez voir qu'au lieu de deux bandes nettement distinctes dans le jaune, il n'y a qu'une seule bande beaucoup plus large, et que celte bande est située en plein
Iti DU SANG.
jaune ; si nous augmentons la concentration de la liqueur, cette bande s'étale, et arrive à recouvrir progressivement tout le spectre, sauf le rouge, et, lorsque la solution n'est pas trop concentrée, une certaine lueur verte, bleue et violette, qui pénètre encore.
Enfin, troisième épreuve, agitons vigoureusement au contact de l'air quelques gouttes de notre sang noir : il rougit aussitôt ; répétons avec lui les mêmes expériences et nous retombons sur les phénomènes présentés par le sang artériel.
Si, sur une dissolution hémato-cristalline dans l'eau aérée, nous avions fait agir de l'oxyde de carbone, la position des bandes n'aurait pas changé ; si, au contraire, nous avions ajouté quelques gouttes d'une matière réduisante comme le sulfhydrate d'ammoniaque, nous serions retombé sur le système de bandes fournies par le sang noirci au contact des matières animales.
De tout ceci nous pouvons conclure : '1° que les propriétés optiques du sang, que nous venons d'indiquer, sont dues à l'hémato- cristalline qu'il contient; 2° que les différences dans les bandes d'absorption (en dehors des cas analogues à celui de l'oxyde de carbone) sont dues à la présence ou à l'absence d'oxygène combiné avec l'hémato-cristalline.
Ces faits ont été étudiés surtout par Stokes, Rollet, Valentin, Schmidt (de Dorpat), Hope-Seyler, Preyer, etc. Ils ont été, dans ces derniers temps, en Allemagne, le sujet de publications nombreuses. Mais, dans mon opinion, on en a beaucoup exagéré l'importance.
Vous trouverez, en effet, ces faits désignés par La plupart des auteurs allemands sous les noms d'analyse spectrale, de spectroscopie du sang , etc. C'est établir avec la véritable analyse spectrale une comparaison que rien ne justifie. Les bandes d'absorption n'ont, en effet, aucun rapport avec la