‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 56 sur 289 · RÉGIONS DU SPECTRE ARSORRÉES PAR LE SANG · texte numérisé non relu

RÉGIONS DU SPECTRE ARSORRÉES PAR LE SANG

composition chimique des corps; elles ne peuvent servir qu'à préciser, mieux que ne le fait la simple inspection à l'œil nu, la véritable couleur des solutions qu'on examine; ou plutôt, l'inspection à l'œil nu ne nous donne qu'une sensation résultante (orangé par rouge et jaune; violet par rouge et bleu), tandis que l'emploi du prisme nous permet de déterminer exactement la nature optique des rayons qui traversent le liquide des composantes de notre sensation. Voici un verre jaune; je le place devant le prisme; voyez, les rayons bleus et violets seuls sont absorbés ; le vert, le jaune, l'orangé, le rouge, passent avec des intensités différentes. Mais de ce que dans les vaisseaux sanguins d'un animal, d'un ver de terre, par exemple, circule un liquide qui donne au spectroscope les mêmes bandes que l'hémato-cristalline du cheval, nous n'avons nullement le droit de conclure que ce liquide contient cette hémato-cristalline.

Voulez-vous de ceci une preuve saisissante? Reprenons notre cuve et notre spectroscope, ajoutons à l'eau distillée une goutte d'encre rouge, liquide complexe, qui contient particulièrement du carmin dissous dans l'ammoniaque, nous obtenons exactement les deux bandes d'absorption qu'on considère comme caractéristiques de l'hémato-cristalline oxydée. L'identité de couleur, même appuyée parle mot pompeux de spectroscopie, ne signifie donc rien quant à l'identité de composition chimique. Ne trouvez-vous pas après cela qu'il a fallu une grande hardiesse pour vouloir introduire ce procédé d'analyse dans la pratique de la médecine légale? Quoi qu'il en soit, je mets sous vos yeux un tableau indiquant les régions obscures que présente le spectre quand on interpose à la lumière une dissolution plus ou moins concentrée de sang. Ce tableau résume les indications que j'ai données plus haut.

Ces bandes m'ont paru être les mêmes pour le sang des oiseaux et celui des reptiles. Je n'ai pas examiné le sang des poissons, mais Yalenlin affirme qu'il donne les mêmes effets.

Rouge. Violet.

ISllIifllU

un

iin

ifUi

su

IfiiK

Fig. 3. — Absorption de certaines régions du spectre par des dissolutions

sanguines (*).

Il serait curieux d'étudier à ce point de vue le sang des mollusques céphalopodes, qui devient d'un beau bleu, et celui des crabes, qui devient noirâtre au contact de l'air.

Les phénomènes que nous venons d'indiquer pourraient, je pense, recevoir en physiologie des applications auxquelles je ne sache pas que l'on ait songé jusqu'ici. Tout d'abord, ils pourraient permettre de perfectionner la méthode de Welcker, pour l'estimation de la quantité de sang que contient un animal. Supposons que pour obtenir une bande d'absorption d'une certaine largeur, avec une certaine lumière, il faille ajouter à 100 centimètres cubes d'eau 2 cen-

(*) A. Raies do Fraunhaufer. — H. Sang artériel oxygéné; dissolution extrêmement étendue. — C. Dissolution plus concentrée. — D. Même sang; dissolution plus concentrée encore. E. Sang très-noir; dissolution extrêmement étendue.

timètrcs cubes de sang d'un chien, par exemple. Si nous saignons rapidement ce chien, et que nous lavions avec soin tout son système circulatoire, nous arriverons, en mélangeant le sang et les eaux de lavage, à obtenir, je suppose, 10 litres d'un liquide coloré. Pour retrouver notre bande d'absorption, avec sa largeur exacte, il faudra, par exemple, mélanger à 100 centimètres cubes d'eau 20 centimètres cubes de notre liquide. Donc 20 centimètres cubes du liquide contiennent 2 centimètres cubes de sang; donc les 10 litres en contiennent 1 litre.

Semblablement, on pourrait assez aisément estimer par cette méthode, la quantité relative de globules sanguins, ou au moins d'hémato-cristalline que contient le sang de diverses personnes dans des conditions différentes, et je ne serais pas étonné qu'on parvînt ainsi à dosçr, quand on aurait une fois déterminé un point de comparaison, les globules contenus dans le sang des chloroliques, etc. Ce sont là des essais qui mériteraient d'être tentés.

Gaz du sang. — Enfin, le sang contient des gaz ; si on le chauffe ou si on le soumet à l'action du vide, on en extrait les trois gaz de l'atmosphère, l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique. Mais sous quelle forme ces substances sont-elles contenues danslesang? Y sont-elles simplement dissoutes ou sontelles combinées, etdansce cas quelle est la matière dont l'affinité les retient? Autant de questions capitales pour l'histoire delà respiration, et que nous allons cherchera résoudre.

Mais disons-le tout d'abord, les expériences que nous allons rapporter ont été faites exclusivement sur le sang d'animaux supérieurs, de vertébrés, ou, pour mieux dire, de mammifères ; encore, chez ces derniers, les animaux domestiques presque seuls ont été utilisés. Cependant nous n'hésitons pas à appliquer à tout le groupe des vertébrés

les conclusions tirées de ces expériences. Pour ce qui est des animaux invertébrés, et surtout de ceux chez qui la présence de matières analogues à l'hémoglobine n'a pas encore été constatée, la plus grande réserve est nécessairement imposée.

Rappelons d'abord, rapidement, quelles vicissitudes a subies, jusqu'à l'époque moderne, la connaissance de l'existence de gaz dans le sang.

C'est J. Mayow (1) qui, le premier, reconnut que des bulles de gaz « bullulas pene infinitas » sortent du sang que l'on soumet à l'action du vide ; il supposa que c'était son esprit igno-aérien.

Depuis, on chercha à retirer les gaz du sang par trois méthodes différentes :

1° Chaleur. — Cette méthode permit à Humphry Davy d'affirmer, dès 1799, la présence de l'oxygène et de l'acide carbonique. Il est facile de répéter cette expérience, et l'appareil fonctionne devant vous; mais, pour éviter une coagulation fort gênante, on a additionné le sang de deux fois son volume d'eau distillée bouillie. Ce mélange a rempli un ballon dont le col livre passage à un tube recourbé qui plonge dans de l'eau de chaux. Bien avant la température de Fébullition, vous le voyez, des bulles se dégagent, et l'eau de chaux se trouble. En recueillant dans une éprouvette le gaz qui apparaît ensuite, vous voyez que ce gaz colore fortement une dissolution de pyro-gallate de potasse, et est, par elle, en partie absorbé ; il contient donc une certaine quantité d'oxygène. H. Davy trouva ainsi, en volumes, environ 6 d'oxygène et 9 d'acide carbonique pour 100 de sang.

2" Déplacement par un autre gaz. — C'est par cette mé-

Page 1