‹ Leçons sur la physiologie comparée de la respiration [electronic resource]Chapitre 81 sur 289 · INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE

d'ailleurs directement la chaleur du milieu. Et de cette nutrition plus active résultent des mouvements et des phénomènes nerveux plus actifs. Sans cette capacité plus grande du sang pour l'oxygène, les transformations chimiques, augmentées dans toutes les profondeurs organiques par la chaleur, seraient bientôt entravées et deviendraient une cause de mort pour l'animal, qui périrait asphyxié. Celte harmonie entre les modifications physico -chimiques et les propriétés vitales des tissus, d'une part, et d'autre part les conditions de l'absorption de l'oxygène dans le sang, est des plus remarquables ; elle domine toutes les manifestations biologiques des vertébrés à sang froid, et probablement aussi, d'une manière générale, de tous les animaux à température variable.

D'autre part , l'acide carbonique, surtout celui qui est simplement dissous, tend à s'échapper d'autant plus facilement qu'augmente la température du liquide où il est contenu. Or, l'acide carbonique est un ennemi redoutable pour la contractilité et les propriétés nerveuses.

Pression barométrique. — L'influence de la pression barométrique sur la quantité d'acide carbonique contenue dans le sang n'a jamais été et ne pourrait être mise en doute. Il est certain, en effet, qu'une notable quantité de cet acide est en simple dissolution dans le sérum, et cette quantité doit nécessairement être en rapport avec la pression extérieure. Je ne cite pas ici la loi de Dalton, et cela parce que le phénomène est évidemment très-complexe. Nous ne savons rien, en effet, de la composition de l'air contenu dans les alvéoles pulmonaires sous différentes pressions , et c'est entre cet air et le sang que s'exécutent les échanges gazeux.

Quant à l'oxygène, la chose est plus délicate. Avant qu'on sût rien de précis sur l'état dans lequel il se trouve dans le

sang, des physiologistes se refusaient à croire qu'il y fût simplement dissous ; «car, disait l'un des plus autorisés, on » arriverait à cette conséquence que le sang des habitante » des régions où la pression atmosphérique n'est plus guère » que de Om,380 (hauteurs habitées des Andes ou de l'Hi- » malaya) renfermerait moitié moins d'oxygène que le sang » des habitants des bords de la mer où cette pression est de » 0"',760. La loi de Dalton ne trouve pas ici d'application, » parce qu'il y a intervention de quelque affinité chimique » (Longet) (1) ». On aurait pu ajouter: quand un oiseau de haut vol, quand un condor parcourt en quelques minutes des différences de niveau de plusieurs kilomètres, est-il vraisemblable que son sang s'appauvrisse ou s'enrichisse aussi rapidement en oxygène ?

Lorsqu'on sut pertinemment que l'oxygène est combiné dans le sang, les conclusions précédentes se trouvèrent singulièrement corroborées. Les expériences de Fernet avaient même pour résultat fondamental cette inamovibilité de la richesse oxygénée du sang soumis à des pressions gazeuses différentes. Aussi la trouverez-vous admise sans conteste dans tous les livres de physiologie, où, pour mieux dire, la question de l'influence des modifications de pression est écartée aussitôt que posée.

Cependant, en y réfléchissant de près, il est facile de voir qu'on ne peut rien conclure des expériences de Fernet, pour ce qui nous occupe. En effet, ces variations de pression auquelles il a soumis le sang, en vue de savoir s'il avait affaire à une dissolution ou à une combinaison , ne s'étendent guère que de 600 à 700 millimètres. Il y a beaucoup plus de différences entre les pressions que supportent, d'une part, l'ha-

(1) LXVIIT, t. I, p. 493.

INFLUENCE DliS CHANGEMENTS DE PRESSION. 123

bitant de la Vera-Cruz, d'autre part celui de Quito (3000 mètres) ou de Calamarca (4000 mètres). Quand on voit, d'un autre côté, les bicarbonates alcalins se décomposer sous l'influence du vide, on est parfaitement en droit de supposer que la combinaison si faible de l'oxygène avec l'hématocristalline, combinaison qui se détruit entièrement dans la chambre barométrique, que cette combinaison, dis-je, peut s'appauvrir en oxygène sous l'influence d'une importante diminution de pression, diminution agissant d'une manière constante.

J'ai été heureux de trouver ces idées développées avec force dans le livre fort original de Jourdanet (1). Autour d'elles il a groupé un grand nombre de faits relatifs au mal des montagnes, et surtout aux manifestations physico-pathologiques et aux conditions delà vie des peuples soumis normalement à d'énormes diminutions de pression (Plateau de l'Anahuac au Mexique, 2000 mètres d'élévation).

Toutes ces considérations peuvent bien constituer des vraisemblances, mais non pas une preuve. Les résultats tirés des modifications introduites dans la valeur des échanges respiratoires par les modifications dans la pression de l'air ne fournissent qu'une source indirecte de renseignements, trèsaptes à induire en erreur. Mais un fait important remarqué par les médecins qui ont assisté les ouvriers employés aux travaux faits dans l'air comprimé (mines de Lourches, pont de Kehl, pont d'Argenteuil), vient à l'appui de notre manière de voir; en effet, chez ces ouvriers soumis aune pression de quatre à cinq atmosphères, le sang veineux était rutilant, et la couleur rouge est toujours, nous le verrons, en rapport avec la richesse oxygénée du sang.

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