INFLUENCE DE LA PRESSION DE L'OXYGÈNE
Or, voici le résultat d'une de ces expériences : le sang artériel, après respiration :
Dans l'air, a fourni
Dans l'oxygène
Dans le troisième mélange
15,1 d'oxygène.
J'ai répété trois fois cette triple expérience, et le sens général du résultat a toujours été le même ; il est inutile d'accumuler les chiffres, car je ne tiens nullement à leur valeur absolue, et n'ai même pas fait subir à ceux que je viens de vous donner les corrections nécessaires de température et de pression. Mais toujours, je le répète, le sang a contenu d'autant plus d'oxygène qu'il y en avait plus dans l'atmosphère ; en d'autres termes, la richesse oxygénée du sang a été dans un rapport direct avec la pression de l'oxygène.
Je ne puis songer à répéter devant vous des expériences qui demanderaient un temps trop long ; mais je veux vous montrer au moins la rutilance augmentée du sang sous l'influence de la respiration d'oxygène. Le tube de la muselière étant mis en rapport avec la cloche pleine d'oxygène, l'animal fait quelques respirations ; puis, soudain, ses mouvements respiratoires s'arrêtent, et il reste immobile, le thorax demi-gonflé. C'est là le phénomène curieux de X apnée par suroxygénation du sang, phénomène sur lequel Rosenthal a appelé l'attention.
Cette apnée, j'ai pu facilement l'obtenir chez un animal, chez un lapin par exemple, en plaçant un tube dans sa trachée, et en opérant, avec un soufflet, une ventilation très-rapide. J'ai vu même assez fréquemment des animaux munis d'un tube trachéal, et qui s'étaient mis à respirer avec une rapidité exagérée, s'arrêter ensuite tout à coup pour un certain temps; j'ai une fois, chez un chien, constaté un semblable
arrêt respiratoire qui a duré plus d'une minute : l'animal, parfaitement sensible, mais tout à fait immobile, tenait les yeux fermés comme s'il dormait; puis, graduellement, lentement, il se remit à respirer. Vous pouvez sur vous-mêmes constater quelque chose d'analogue. Exécutez un grand nombre de mouvements respiratoires rapides, et vous vous trouverez dans un état singulier et désagréable, avec sensation de vide à la tête ; mais, pendant un assez long temps, vous n'éprouverez plus le besoin de respirer.
Mais revenons à notre chien. Au moment où il a cessé de respirer, vous voyez que déjà le sang qui s'écoule du robinet placé dans la carotide est plus rouge qu'auparavant ; les respirations reviennent, et la teinte du sang est de plus en plus vermeille. Vous voyez même, à un certain moment, que le sang qui revient par la veine jugulaire est beaucoup plus rouge qu'il n'était d'abord. Ainsi la proportion d'oxygène a augmenté non-seulement dans le sang artériel, mais dans le sang veineux.
Nous pouvons donc considérer comme certain que, sous l'influence de modifications barométriques considérables, la quantité d'oxygène contenu dans le sang variera, et qu'elle sera d'autant moindre que la pression aura plus diminué. Donc, il est certain que le sang des habitants de Quito est moins riche en oxygène que le sang des habitants des bords de la mer, à moins que la quantité de globules qu'il contient ne vienne faire compensation à la moindre proportion que ces globules, à masse égale, sont susceptibles de retenir. Donc, dans tous les cas, le sang d'un homme qui se transporte subitement en ballon ou en gravissant une montagne à une hauteur considérable, le sang d'un oiseau qui s'élève rapidement du sol à quelques kilomètres de hauteur, s'appauvrit en oxygène; tandis que le sang d'un plongeur placé