SANC DJ3S ANIMAUX INVERTÉRRÉS
Je m'arrête ici, messieurs, dans cette étude, déjà bien longue, des gaz du sang dans leur qualité et dans leur quantité. Si j'y suis demeuré si longtemps, c'est en grande partie à cause de son importance pour le sujet que nous traitons ; c'est ensuite à cause de l'ignorance dans laquelle nous sommes généralement, en France, des travaux allemands sur ce sujet. Nos livres classiques de physiologie en comprennent à peine l'indication succincte; encore sont-ils en retard de plusieurs années sur cette question en plein développement. En France, il n'y a eu presque rien de fait, en dehors des découvertes de Cl. Bernard. Et quoi d'étonnant à cela ? Depuis dix ans, chaque grand laboratoire allemand (et ils sont nombreux) possède une pompe à gaz de Geissler, de Ludwig, de Pflùger, etc. ; je n'en connais pas une en France, hormis celle que fait fonctionner Gréhant au Collège de France. Là-bas, des élèves nombreux peuvent être occupés, par un maître à qui la liberté des mains donne ainsi toute la liberté de l'esprit, à vérifier les expériences faites par d'autres, à instituer des expériences nouvelles. Quand on considère ces choses, on s'étonne moins, sur ce sujet spécial comme sur les autres, de la quantité de travaux qui nous arrivent d'Allemagne.
Sang des animaux invertébrés. — Tout ce que j'ai dit jusqu'à présenta trait au sang des animaux vertébrés. Ce sang, plus ou moins noir dans les veines, devient plus ou moins rouge après avoir subi l'influence de Pair. On n'a pas étudié à ce point de vue le sang des animaux invertébrés. J'ai cependant eu l'occasion de faire quelques observations sur le sang des Mollusques céphalopodes et celui des Crustacés supérieurs.
Le sang qu'on relire des lacunes ou vastes sinus des Seiches est d'un blanc un peu bleuâtre. Si on l'expose à l'air,
la couche superficielle bleuit assez rapidement; on obtient une couleur intense en étalant le sang en couche mince dans une assiette ; dans un tube, il ne bleuit que sur une épaisseur de quelques millimètres. Cette couleur est trèsbelle, et ressembleà celle de l'outre-mer ; mais elle n'est pas, bien entendu, saturée. Elle est évidemment due à l'absorption de l'oxygène de l'air. Mais les conditions dans lesquelles j'ai pu faire ces expériences ne me permettaient pas de faire des analyses, ni surtout d'essayer d'extraire cet oxygène par quelque moyen.
J'ai pu aller plus loin pour les Crustacés, ou du moins pour les Crabes. Leur sang, tel qu'on l'obtient en coupant les pattes, est de teintes variées ; tantôt presque incolore, tantôt un peu rose jaunâtre, lilas, ou même un peu brun. Mais si on l'expose à l'air, il prend une teinte brune-noirâlre analogue à celle de l'encre diluée. Cette teinte arrive d'autant plus vite que la surface de contact est plus étendue ; elle arrive plus vite dans l'oxygène que dans l'air. Une certaine (juantité de sang jaunâtre ayant été placée avec une certaine quantité d'air dans une éprouvetle renversée sur le mercure, ce sang a bruni, et l'air ne contenait plus que 14,5 pour 100 d'oxygène.
Maintenu en un vase clos, le sang reste jaunâtre; un courant d'acide carbonique ne le fait pas changer de couleur, même lorsqu'il a bruni à l'air. Enfin, quand il commence à se putréfier, il redevient jaunâtre.
J'ai essayé d'extraire, du sang bruni à l'air, l'oxygène contenu, en employant l'oxyde de carbone ; je n'ai pas réussi.
Ces faits n'ont été signalés par personne. Mais Alphonse Milne Edwards, à qui j'en parlais, m'a dit avoir vu noircir semblablement le sang d'une Langouste. Ce changement de couleur semble donc général, au moins chez les Décapodes.