‹ Leçons sur la physiologie de la digestion (volume 2)Chapitre 35 sur 39 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

de cire jaune, fixé à l'extrémité interne du tube, est, encore ici, le moyen le plus expéditif pour faire rentrer l'instrument.

L'établissement d'une fistule dans la portion médiane et dans la moitié gauche de l'estomac est une opération relativement facile et sans danger. Il n'en est pas de même des fistules de la portion pylorique, qui demandent des soins beaucoup plus minutieux, vu la position moins superficielle de la moitié droite de l'estomac et sa tendance bien plus marquée à se retirer vers l'intérieur de la cavité abdominale. Il est presque indispensable d'établir ces sortes de fistules en deux actes , de fixer d'abord très-solidement les parois stomacales au pourtour de la plaie des téguments et de n'inciser l'estomac qu'après sa réunion intime avec les parois abdominales. A cet effet, il est avantageux de traverser le pli de l'estomac , après qu'on l'a attiré au dehors, avec un fil, et de fixer ce dernier à un gros bâtonnet dont la longueur dépasse de beaucoup celle de l'incision des téguments. Le bâtonnet lui-même est creusé d'une gouttière circulaire destinée à recevoir les extrémités du fil.

Il faut prendre soigneusement garde de ne pas opérer sur un pli trop petit ni trop faible de l'estomac; ce pli, par les tractions exercées sur le fil, au moment du vomissement, pourrait être coupé et se retirer dans la cavité abdominale, accident qui entraînerait infailliblement la mort de l'animal.

J'ajouterai que j'ai réussi quelquefois à établir des fistules de la portion pylorique en un seul acte; mais je ne puis engager personne à renouveler cette tentative. Beaucoup de mes animaux , opérés ainsi , ont succombé , parce que, dès les premiers vomissements, les adhérences établies entre l'estomac et les parois abdominales, se rompaient, bien que j'eusse mis tous mes soins à rendre la suture circulaire aussi complète et aussi solide que possible.

Messieurs, quels sont, dans les termes les plus généraux, les problèmes qui peuvent être résolus par l'expérimentation sur les fistules stomacales?

QUINZIÈME LEÇON. jyj

Il va sans dire d'abord que pour tout ce qui a rapport au mode de sécrétion du suc gastrique pendant la vie, les observations faites à l'aide des fistules nous fournissent les renseignements les plus directs et les plus clairs. - Mais en est-il de même des problèmes relatifs à l'action chimique du suc gastrique? — Je reviens à dessein à cette question, parce que , de nos temps , un grand nombre de physiologistes professent l'opinion que , grâce à la méthode des fistules artificielles, l'expérimentation par le procédé d'infusion est désormais rendue entièrement superflue. Rien de plus erroné que cette assertion.

L'observation par les fistules nous indique la diminution de poids et de volume que subit dans l'estomac, pendant un temps donné et sous certaines conditions, une quantité mesurée d'un aliment solide; mais cette diminution ne peut pas être regardée comme proportionnellement équivalente à la quantité de nutriment soluble ou de peptone qui a été formée aux dépens de l'aliment. En d'autres termes : le déficit trouvé ne nous donne pas la mesure de ce qui a été réellement digéré, car la plus grande partie de ce qui manque dans le sac de tulle, pourrait avoir passé par les mailles du sac , après avoir été désagrégé en particules très-fines, mais non encore complètement digérées. Nous verrous plus tard que cette supposition se réalise très-probablement pour une foule de cas. — Tous les résultats quantitatifs, obtenus par ce procédé, sont donc empreints d'un caractère d'incertitude quant au produit final de la digestion, car la méthode nous apprend tout au plus combien de l'aliment a été préparé à la liquéfaction digestive , mais non pas combien a été digéré , ni quelle est la nature du produit digestif.

La méthode par infusion, au contraii-e, établit la comparaison directe, p. ex., entre les quantités d'aliments qui peuvent être digérées par deux estomacs , pris au moment de la mort des animaux et mis dans des conditions expérimentales

identiques. De plus , disposant de la totalité des produits digestifs eux-mêmes, nous pouvons séparer la partie liquéfiée de l'aliment de celle qui n'a été que désagrégée; et distinguer, dans la première, entre ce qui a été réellement digéré, et ce qui a été simplement dissous, mais non encore transformé.

Le procédé par infusion est, sans contredit, celui dont l'application a le plus contribué à faire avancer nos connaissances sur le chimisme de la digestion stomacale: aussi voit-on journellement tomber dans les erreurs les plus grossières les physiologistes qui en ont méconnu la valeur et qui s'appliquent exclusivement à l'observation par les fistules stomacales.

Messieurs , dans l'étude des propriétés du suc gastrique, il importe quelquefois d'exclure la salive et le mucus du pharynx et des parties supérieures de l'œsophage. On a pratiqué, à cet effet, l'extirpation de toutes les glandes salivaires et la ligature de l'œsophage. Disons à l'avance que l'exclusion permanente de la salive n'est réellement utile que dans quelques cas très-rares que j'indiquerai ailleurs ; dans ces cas on peut avoir recours, comme je l'ai fait moimême, à l'extirpation des quatre glandes salivaires, opération qui ne compromet pas directement la vie de l'animal, ainsi qu'il résulte des expériences de Budge et de Fehr.

La plupart des questions pour l'examen desquelles on jugeait nécessaire, autrefois, l'exclusion permanente de la salive, peuvent être déclarées aujourd'hui comme mal posées, oii êtte résolues tout aussi bien par d'autres moyens plus simples, comme l'est, p, ex., l'exclusion temporaire de la salive.

Ainsi on a cru devoir extirper toutes les glandes salivaires pour résoudre la question suivante : Combien un gramme de suc gastrique pur peut-il digérer d'albumine solide? Tout le monde sait aujourd'hui que le pouvoir digestif de l'estomac varie à un tel degré, selon l'état de saturation dé ses glandes peptiques, qu'on ne saurait même songer à donner de réponse absolue à cette question. — On a fait à des

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animaux la même extirpation, pour arriver à déterminer le degré d'acidité normal du suc gastrique. Mais l'exclusion temporaire de la salive est tout-à-fait suffisante pour ce but, si l'on fait abstraction des sources d'erreur pouvant résulter du mucus œsophagien et du mucus stomacal lui-même, dont l'exclusion n'est d'ailleurs pas plus possible par le premier procédé que par le second. — L'exclusion temporaire de la salive, qui nous a été très-utile dans certaines expériences , s'obtient par la ligature de la portion cervicale de l'œsophage, ligature que l'on rouvre au bout d'un certain temps. Une petite ouverture pratiquée latéralement dans le canal œsophagien, au dessus de la ligature, permet l'écoulement de la salive par la plaie du cou.

J'ai cru bien faire , messieurs , en vous présentant ces quelques généralités sur la méthode expérimentale que nous suivrons dans l'étude de la digestion: les principes sur lesquels cette méthode est fondée, ainsi que la valeur des procédés spéciaux dont j'ai essayé de vous donner un aperçu aujourd'hui, se dégageront d'ailleurs de plus en plus clairement, à mesure que nous entrerons dans le détail des expériences elles-mêmes.

Nous commencerons, dans la leçon prochaine, par étudier les propriétés de la dissolution digestive des substances albuminoïdes mélangées et isolées; nous examinerons par quels caractères chimiques et physiologiques le produit de l'élaboration digestive se distingue de la dissolution simple des corps albuminoïdes, telle qu'on l'obtient , p. ex. , par l'eau acidulée. Ce sujet nous amènera à considérer, dans l'action du suc gastrique, deux agents distincts : l'acide et le ferment peptique, et à rechercher, pour chacun d'eux, le rôle spécial qu'ils remplissent dans l'acte de la digestion. Le suc gastrique ne dissout et ne transforme que les substances albuminoïdes ; mais s'il ne dissout pas les fécules, il ne s'en suit pas que celles-ci ne puissent continuer à se transformer et à se liquéfier dans l'estomac par l'action persistante de la salive , dont une notable proportion est toujours mêlée

au SUC gastrique. Quelques physiologistes ont prétendu que la transformation de l'amidon s'arrête dans le contenu acide de l'estomac pour ne recommencer que dans l'intestin, oiî les sucs, provenant de l'estomac, sont neutralisés par les sécrétions intestinales alcalines. Bien que nous ayons déjà vu qu'un degré d'acidité de beaucoup supérieur à celle du suc gastrique, ne suspend pas l'action diastatique du ferment salivaire, il sera utile de reprendre l'examen de cette question sur l'animal lui-même.

Nous continuerons ces recherches par l'étude de la sécrétion du suc gastrique actif, question de la plus haute importance, comprenant non seulement les phénomènes extérieurs et physiques de la sécrétion, mais les causes et les circonstances particulières qui président , dans l'animal vivant , à la production du ferment peptique. Cette étude mettra au jour une série de faits intéressants, concernant les substances qui, absorbées par le sang, provoquent l'activité caractéristique des glandules peptiques. Plusieurs leçons seront consacrées à la recherche des propriétés et du mode d'action de ces substances que nous appellerons dès à-présent ^eptogènes^ c'est-à-dire productrices de pepsine, par le fait de leur présence dans le sang.

Après avoir considéré les phénomènes chimiques de la digestion stomacale, nous nous occuperons, en dernier lieu, de l'influence du système nerveux sur la digestion ; des mouvements physiologiques de l'estomac et des mouvements que peut présenter le viscère anormalement, comme pendant le vomissement. Les attributions spéciales des nerfs gastriques dans le mécanisme de ces mouvements, devront être déterminées par d'autres séries d'expériences.

Tels sont , messieurs , les nombreux problèmes auxquels s'adresseront nos investigations. Le temps et nos moyens suffisent à peine pour épuiser un seul des sujets énumérés. Tâchons au moins d'en éclaircir quelques-uns, et, à défaut de résultats définitifs, de trouver la méthode qui pourra nous y conduire.

Sommaire: Cmclères delà dissolution digeslive des malières albuminoïdes. — Le produit digestif est une véritable dissolution, et non une suspension de matières Qnement divisées. — Produits de l'autodigestion d'un estomac de chien. — Propriétés de ces produits, comparées k celles d'une dissolution simple d'albumine, de Qbrine, etc. dans l'eau acidulée. — Différences de ces deux sortes de dissolutions. — Incoagulabililé du produit digestif par l'ébullition. — Effets de la neutralisation : précipitation d'une petite partie du produit digestif (parapeptone) ; non-altération de la plus grande partie du corps albuminoïde dissous (peptone ou albuminose). — Incoagulabililé du produit digestif par les acides forts. Substances propres à coaguler la dissolution de peplone: nitrate nitreui de mercure (réactif de Millon) ; bichlorure de mercure, acétate basique de plomb, tannin, etc. — Action particulière du sulfate de magnésie. — Eiamen d'une solution digestire de viande. — Examen des peplones d'albumine, de caséine, et de fibrine. — Similitude des peptones, en général.

Messieurs ,

Quelques physiologistes professent l'opinion que le suc gastrique ne fait que dissoudre l'albumine, comme le ferait un acide dilué ; d'autres, et le plus grand nombre, admettent que l'albumine, traitée par le suc gastrique, se dissout et se transforme en même temps. L'examen de cette question qui est, pour ainsi dire, à la base de toutes nos recherches subséquentes, doit nous occuper en premier lieu.

Il s'agit d'étudier les caractères d'une dissolution d'albumine, opérée par le suc gastrique. Peu importe, à cet effet, que nous choisissions le suc gastrique naturel ou le suc artificiel, gagné par l'infusion de la muqueuse stomacale. Ce dernier est, du reste, préférable, puisque nous pouvons l'obtenir relativement pur et en grande quantité, sans mélange des produits d'une digestion antérieure.

Il y a quelques jours, j'ai fait, sur deux chiens, la ligature de la veine porte: tous deux sont morts au bout d'environ

une heure et vingt minutes, après avoir présenté les symptômes qui surviennent toujours après cette opération, c'està-dire la somnolence, le coma, l'insensibilité progressive, phénomènes sur lesquels nous aurons à revenir dans une autre partie de ce cours, — J'ai pris les estomacs des deux animaux , je les ai coupés en petits morceaux , et infusé chaque estomac à part, dans 400 grammes d'eau légèrement acidulée. La première de ces infusions a été placée pendant 9 heures à l'étuve, à une température de 40 degrés c; la seconde est restée jusqu'à aujourd'hui dans la température ambiante.

La seconde infusion que vous voyez ici, n'a presque pas changé d'aspect. Elle montre encore toute la substance de l'estomac , suspendue dans un liquide sanguinolent : les fragments de l'estomac sont gonflés, mais non dissous.

Le premier estomac, placé à l'étuve, avait presque entièrement liquéfié sa propre substance au bout de 9 heures. Ce qui n'a pas été dissous, a été conservé sur le filtre que voici. C'est un petit résidu brunâtre et pulpeux. L'infusion filtrée , que vous voyez ici distribuée en trois vases , doit contenir en dissolution tout le reste de l'estomac, qui était plus grand que celui de l'autre chien.

J'ai, messieurs, choisi à dessein, pour cette expérience, l'autodigestion de l'estomac, de préférence à la digestion de l'albumine pure, afin de vous donner une idée générale de l'action du suc gastrique. Nous trouvons réunies, dans l'estomac, les principales substances animales servant à la nutrition, sur lesquelles s'exerce particulièrement l'action du suc gastrique: nous avons Yalhmine et laj*?drine du sang, en quantité supérieure à celle que contiendrait un estomac normal, puisque, par la ligature préalable de la veine porte, nous avons produit à dessein une réplétion considérable de tous les vaisseaux gastriques; — nous avons la Jibre musculaire des parois stomacales ; le tissu conjonctif qui, un peu modifié, fournit la gélatine;

en un mot, cette infusion équivaut au produit de la digestion d'un aliment complexe, contenant les représentants des groupes principaux de corps albuminoïdes , tirés de l'organisme animal (moins cependant la caséine).

Avant tout assurons-nous que nous avons à faire à une véritable dissolution, et non pas à une suspension de matières finement divisées. Tout le liquide a passé à travers le filtre, il est clair, limpide, uniformément jaune, et ni à l'œil nu' ni au microscope on n'y distingue des particules solides. Placé, à froid, dans un tube fermé au bout par une membrane animale , il traverse facilement cette dernière , par endosmose, sans changer de densité.

Hoffmann, l'un des premiers, a émis l'hypothèse que les corps albuminoïdes, traités par le suc gastrique, ne s'y dissolvent pas réellement, mais ne subissent qu'une désagrégation très-fine de leurs éléments (1). Blondlot a exprimé la même opinion. Cl. Bernard, bien que restreignant un peu l'assertion de Blondlot, est cependant du même avis. Il suppose que le suc gastrique ne dissout que les substances qui se dissolvent également par la coction ordinaire dans l'eau, et qu'il ne fait que diviser en particules très-ténues celles qui ne sont pas solubles dans l'eau bouillante. D'après cette théorie, le tissu cellulaire et la gélatine seraient facilement solubles dans le suc gastrique, tandis que la fibre musculaire, l'albumine solide et la caséine ne le seraient pas.

Or nous venons de voir que dans ce liquide qui contient la plus grande partie d'un estomac de chien , il n'est plus possible de reconnaître des traces de particules solides; que ce liquide passe inaltéré à travers les membranes animales , et qu'il est par conséquent une véritable dissolution. Un coup d'œil jeté sur le faible résidu , resté sur le filtre , sufiat pour constater que ce résidu n'équivaut pas à la masse de membranes animales, muscles, fibrine, etc., que nous

(I) Haser's Archiv. 1841

voyons presque inaltérée dans l'infusion du second estomac, originairement 'plus petit que le premier. Une expérience que j'aurai plus tard l'occasion de faire devant vous, rend d'ailleurs complètement illusoire le principe statué par Cl. Bernard. De la viande soumise à une coction de plusieurs heures , et qui , par conséquent , selon Cl. Bernard , aurait perdu la faculté d'être dissoute par le suc gastrique , se dissout néanmoins très-bien et sans laisser de résidu solide, tant dans l'estomac vivant que dans le suc gastrique artificiel.

Dans quel état retrouverons-nous les corps albuminoïdes contenus dans cette solution?

Nous savons que l'albumine, dissoute dans un acide dilué, mais non transformée, est précipitée par l'ébullition. Il en est de même de la fibrine et de la syntonine. Pour l'albumine, ce fait est généralement reconnu; pour les deux autres substances, les avis sont partagés. Briicke nie que la fibrine et la syntonine, une fois dissoutes, puissent se précipiter de nouveau. Les recherches de Miilder ont concilié les deux opinions: selon lui, une dissolution de fibrine, faite avec de l'eau contenant un millième d'acide, et exposée à une température de 25 à 30 degrés, est encore précipitée par l'ébullition au bout de 2 à 3 heures; plus tard, on n'obtient plus de précipité. Si, dès le commencement, le liquide est exposé à une température plus élevée, sa coagulabilité par l'ébullition disparaît plus vite, mais toujours, à un certain moment, la fibrine passe par l'état coagulable.

Portons à l'ébullition une partie de notre liquide digestif, pour voir s'il contient un corps albuminoïde précipitable, c'est-à-dire, non transformé, et semblable à l'albumine dissoute dans l'eau acidulée. — Comme l'infusion est faiblement acide , l'albumine a dû , à un moment donné , passer par cet état; reste à savoir si après un séjour de 9 heures à l'étuve, cet état a pu se maintenir. Je chauffe; le liquide est eu pleine ébullition; mais, comme vous le

voyez, il reste parfaitement limpide. Nous pouvons donc af- Hi-mer que l'albumine a perdu, par l'action du suc gastrique, une de ses propriétés primitives , celle d'être coagulable par la chaleur. II y a eu transformation , et probablement transformation totale. Du reste je ne l'ai jamais vue manquer dans les mêmes conditions, au bout de 9 heures.

Le premier fait général qui résulte de cette expérience, c'est que les corps albuminoïdes, digérés complètement par le suc gastrique, ne sont plus précipités par l'ébullition. Je me hâte d'ajouter que l'incoagulabilité, à 100 degrés, n'est pas une propriété exclusive des albumines liquéfiées par la digestion ou peptones. On trouve quelquefois, dans le corps animal, une modification iocoagulable de l'albumine, modification produite indépendamment de la digestion. C'est ainsi que l'urine contient parfois une substance albuminoïde, non précipitable par l'ébullition. De plus, presque tous les tissus du corps animal, soumis à une coction excessivement prolongée, fournissent une dissolution albumineuse, en partie non coagulable.

On croit ordinairement que l'ébullition simple suffit pour démontrer, dans une dissolution aqueuse ou acidulée, la présence de tout corps albuminoïde coagulable. C'est une erreur. Quelques-uns de ces corps, non précipitables à 100° c, sont précipités à une chaleur supérieure de peu de degrés au point d'ébullition. On le démontre, en' ajoutant à l'eau que l'on chauffe, une substance qui en élève le point d'ébullition, comme le sulfate de soude. Par ce moyen, la température de l'eau peut être portée jusqu'à 105 et même 109 degrés, et alors seulement il y a coagulation. C'est ainsi que les médecins devraient toujours faire, avant de se prononcer sur l'absence de l'albumine dans l'urine.

Appliquons ce moyen à notre solution digestive. Traitée par le sulfate de soude, et chauffée à l'ébullition, elle ne se trouble pas. La preuve est donc complète, que l'albumine

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et la fibrine digérées ne sont pas coagulables par la chaleur (1).

Une seconde propriété de la dissolution simple, dans l'eau acidulée, de presque tous les corps albuminoïdes (albumine, fibrine , caséine , syntonine) , c'est d'être précipitée par la neutralisation.

Voyons si notre dissolution stomacale a conservé cette propriété. — J'ajoute lentement au liquide de l'alcali (soude caustique) jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de réaction visible sur le papier rouge de tournesol. Le liquide se trouble un peu; mais le précipité qui s'est formé est évidemment de beaucoup inférieur à la somme de tout ce qui est dissous dans l'infusion. Ce n'est donc qu'une partie de l'albumine qui a été ramenée à l'état solide par la neutralisation.

Ici se présentent deux possibilités: Ou bien une fraction de la substance stomacale a résisté à l'action du suc gastrique et n'est pas encore transformée. C'est l'opinion de Briicke. — Ou bien la substance précipitée est aussi transformée, mais autrement que le reste. Dans ce cas, le produit final de la digestion stomacale serait double; d'une part nous aurions un corps albuminoïde incoagulable par la chaleur et par la neutralisation : la peptone proprement

(I) J'ai eu occasion de m'assurcr, peu de Jours après cette! leçon, que si le sulfate de «oude et quelques autres sels voisins (comme le sulfate de magnésie et le chlorure de sodium) précipitent à chaud certaines modiOcations de l'albumine, ce n'est pas seulement par l'élévation du point d'ébullilion de l'eau, mais aussi par action chimique. J'opérais sur un liquide qui contenait de l'albumine dans un état où elle ne se montrait pas coagulablo par l'eau à 100", mais bien par l'ébullition avec les trois sels mentionnés. Ayant chauffé le liquide, sans addition de sel, jusqu'à l'ébullition, je retirai la lampe et j'ajoutai à la dissolution une certaine quantité de sulfate de soude. Bien que le sel, en se dissolvant , dût contribuer à l'abaissement de la température , néanmoins je vis se produire, presque instantanément, un précipité que Je reconnus pour être de l'albumine. L'adjonction du sel mentionné, à une température inférieure à 100", peut donc favoriser la coagulation de l'albumine, dans certaines conditions où cette substance n'est pas coagulable au point d'ébuUition de l'eau, sans addition de sel. — L'erreur qui pourrait résulter de cette circonstance exceptionnelle, sera facilement évitée, si l'on a soin d'appliquer à toutes les expériences de ce genre le contrôle très-simple que Je viens d'indiquer. Scairr.

dite, ou albuminose; d'autre part im corps albuminoïde, également transformé, puisqu'il n'est plus précipité par la chaleur, mais resté précipitable par la neutralisation. C'est la parapeptone de Meissner. — Cette dernière supposition , selon toute apparence, est la vraie, puisque si le suc gastrique avait laissé une partie de la substance dissoute dans son état primitif, comme l'admet Briicke, celle-ci aurait nécessairement dû être précipitée à l'ébullition, ce qui n'a pas eu lieu.

Nous avons d'autres moyens pour reconnaître chimiquement l'albumine simplement dissoute, et non transformée. Une solution albumineuse, préparée avec de l'eau faiblement acidulée, donne un précipité avec un excès d'acide: mais ce précipité se redissout dans un nouvel excès d'acide. Ces deux sortes de dissolutions obtenues par une quantité plus petite et plus grande d'acide, ont été désignées par Berzelius sous les noms de solution microlytique et de solution macroly tique. Purkinje, Valentin, Mulder, et d'autres ont, par leurs recherches, confirmé cette double solubilité des corps albuminoïdes.

Or, notre solution stomacale est microlytique, puisqu'elle a été produite dans un milieu très-faiblement acide. D'ailleurs on sait que la solution macrolytique est caractérisée par des changements particuliers de la coloration du liquide (pour l'albumine coagulée, traitée par l'acide chlorhydrique, c'est une teinte bleuâtre), changements que nous n'avons pas vus survenir dans notre solution. Si celle-ci contient encore des substances albuminoïdes non transformées, elle doit par conséquent être précipitée par l'adjonction d'un excès d'acide. Mais vous voyez que je puis ajouter beaucoup d'acide chlorhydrique , sulfurique ou nitrique, sans que le liquide se trouble: nous avons en ceci une preuve de plus que la dissolution de l'estomac de chien ne contient plus de corps albuminoïdes dans leur état primitif, et que tout ce qui est dissous, est transformé. Nous ne pouvons pas dire que tout soit également transformé, puisque la neutralisation nous

a donné un léger précipité. Nous avons provisoirement attribué ce précipité à un premier degré de transformation des corps albuminoïdes, non encore définitivement digérés par le suc gastrique, mais d'^jà, rendus incoagulables par la chaleur.

Si ce précipité ne représentait pas une modification de l'albumine, mais résultait simplement de l'action de l'alcali sur l'albumine non transformée , il devrait augmenter par l'adjonction d'une nouvelle quantité d'alcali. Voici l'éprouvette contenant la solution neutralisée et troublée par la présence du corps que Meissner a appelé parapeptone. J'ajoute un excès de soude, de manière à rendre le liquide franchement alcalin, comme le démontre la réaction sur le papier bleu de tournesol, mais le précipité n'augmente pas.

Mais, pourra-t-on m'objecter, ce précipité est-il réellement une fraction très-petite de la substance dissoute dans le liquide, et n'est-il pas arbitraire de supposer que l'infusion contienne encore une grande quantité d'albumine, non 'précipitée? Un moyeu très-simple nous est offert pour décider cette question; c'est de filtrer, et de traiter le liquide filtré par un réactif apte à produire la coagulation de toute l'albumine.

Le nitrate nitreux de mercure, dit réactif de Millon, est, de tous les corps propres à précipiter les corps albuminoïdes de leurs dissolutions, celui dont l'action coagulante est la plus énergique et la plus complète. Le précipité, fourni à froid par le réactif de Millon , est d'un blanc jaunâtre passant au rouge vif par l'action prolongée du réactif ou par l'ébullition. — J'ai, dans ce tube de verre , un peu de sérum sanguin filtré; quelques gouttes du réactif y produisent immédiatement un précipité jaunâtre très-volumineux, passant au rouge, dès que je réchauffe le mélange. —

Je mets sur un filtre la dissolution stomacale neutralisée. En attendant qu'elle passe, traitons par le nitrate nitreux de mercure l'infusion stomacale primitive, pour nous donner une mesure de la quantité d'albumine qui y est contenue. Il faut remarquer toutefois que comme l'infusion a été aci-

difiée par quelques gouttes d'acide chlorhydrique , nous aurons un précipité de calomel; mais l'acide étant trèsdilué, et notre recherche n'ayant pour but qu'une évaluation approximative, ce précipité ne nous gênera pas beaucoup; d'ailleurs la coloration caractéristique du coagulum albumineux ne nous échappera pas. Vous voyez que le réactif de Millon coagule tout le liquide eu une masse floconneuse jaunâtre. Si nos prévisions sont justes, la solution neutralisée et actuellement filtrée, devra donner un précipité presque égal en densité à ce dernier. L'expérience confirme cette prévision. Il est donc démontré que par la neutralisation nous n'avons précipité, du produit de la digestion stomacale, qu'une trèspetite portion des corps albuminoïdes qui y étaient contenus.

Nous pouvons confirmer ce résultat par d'autres réactifs, comme le tannin, qui précipite également les corps albuminoïdes de leurs dissolutions (sauf un très-petit nombre de modifications de ces corps). Une seconde portion de notre liquide, neutralisée et filtrée, est abondamment précipitée par l'adjonction de quelques gouttes de solution d'acide tannique. — Sûrs des faits qui précèdent, nous pouvons formuler ainsi nos conclusions provisoires:

Le suc gastrique non seulement dissout les corps albuminoïdes, mais il les transforme. Bien que l'action du suc gastrique ne puisse se manifester qu'en présence d'un acide faible, le produit digestif n'a pas les propriétés d'une simple dissolution albumineuse opérée par l'acide seul. Le produit digestif se distingue , au contraire, de la dissolution simple dans l'acide, par trois caractères importants qui sont : 1° Son incoagulabité à la température de l'ébulHtion de l'eau, et à une température plus élevée de quelques degrés , comme celle obtenue par la coction avec le sulfate de soude (1);

(I) La remarque mise en note à la page 380, averlit le lecteur de ce qu'il y a d'erroné dans l'appréciation du fait sur lequel est fondée la dernière partie de cette conclusion. La coagulation de certaines substances ulbuminuïdes, non précipitables dans l'eau acidulée, à 100 degrés, par l'adjunction au liquide en ébullitiou de quelques cristaux ou

2° Sa propriété de n'être précipitée qu'en petite partie par la neutralisation, partie d'ailleurs transformée elle-même; 3* Son incoagulabilité par les acides minéraux forts, ajoutés en petite et en grande quantité.

Messieurs, je me suis servi, jusqu'à-présent, et à dessein, du terme de dissolution simple d'albumine dans l'eau acidulée, pour distinguer cette dissolution soit du composé résultant d'un contact jyrolongé de l'eau acidulée avec les substances albuminoïdes liquides, soit de la dissolution opérée avec une élévation considérable de la température du liquide. Le contact un peu prolongé de l'acide avec les corps albuminoïdes produit, même à la température ordinaire, comme nous le verrons dans la suite, des modifications des propriétés de l'albumine qui n'existent pas dans le mélange récent et qui rendent nécessaire cette distinction. Il est donc bien entendu que toutes les conclusions qui précèdent, ne s'appliquent qu'à la solution digestive comparée à la dissolution récente, et faite à froid, des corps albuminoïdes dans les acides dilués.

Nous avons opéré tout-à- l'heure sur un mélange des produits digestifs de toutes les substances albuminoïdes qui entrent dans la composition de l'estomac de chien.

Voici une autre dissolution, résultant de l'action prolongée

d'une dissolution saturée de sulfate de soude, ne résulte pas seulement de l'élévulion du point d'ébullition, mais aussi d'une véritable action chimique. Il n'en est pas moins vrai que le précipité obtenu par le sulfate de soude, à une température inférieure à 100 degrés, est peu cohérent , finement divisé et reste suspendu dans le liquide , dont la filtralion, dans cet étal, est très-longue et trés-difiScile, tandisque si on maintient le liquide en ébullition (c'est-à-dire au dessus de 100») pendant quelque temps, toute l'albumine se prend en un ou plusieurs coagulums concrets et cohérents, dont il est très-facile de décanter le liquide, sans le filtrer. Cette propriété est souvent utilisée pour les expériences dan» lesquelles il s'agit d'éloigner d'un liquide animal toute l'albumine qui y est contenue et dont la présence pourrait empêcher ou troubler une autre réaction chimique. Ainsi la dissolution albumineuseou fibrineuse que l'on obtient par le massage dans l'eau de fragments de foie ou de muscles de grenouille et par la filtralion du liquide, n'est précipilée qu'imparfaitement par la coclion,- tandisque si l'on ajoute du sulfate de soude, l'ébullilion un peu prolongée du liquide coagule, en grumeaux consistants, toute la substance albuminoïde qui y est contenue.

d'un suc gastrique artificiel sur de la viande. Répétons, sur ce liquide , les réactions principales que nous venons d'étudier.

La solution rougit visiblement le tournesol. Je neutralise avec quelques gouttes de potasse caustique: léger précipité de parapeptone qui évidemment, et comme je le prouverai par la réaction suivante, ne correspond pas à toute la quantité des corps albuminoïdes dissous. J'acidifie de rechef la même portion du liquide avec un peu d'acide acétique et j'ajoute du bichlorure de mercure qui, ainsi que le réactif de Millon, a la propriété de précipiter les corps albuminoïdes de leurs solutions. Abondante coagulation qui démontre que la solution est assez concentrée et que le léger trouble que nous avons obtenu par la neutralisation, ne correspond qu'à une très-petite partie de la viande digérée, partie douée d'autres propriétés que le reste du corps dissous, lequel n'est pas précipité par la neutralisation.

Je pourrais ajouter à la série des corps aptes à coaguler les substances albuminoïdes , l'acétate basique de plomb ; mais les auteurs ne paraissent pas être tout-à-fait d'accord sur l'action de ce sel. Les uns affirment qu'il donne, dans tous les cas , le précipité caractéristique. D'autres Croient que le précipité peut manquer si la digestion artificielle a été très-complète et très-prolongée. Dans mes expériences j'ai toujours obtenu le précipité, quand même la digestion avait été prolongée au delà de sa durée moyenne.

Un autre sel, à propriétés coagulantes, mérite une mention particulière: c'est le sulfate de magnésie. Si à notre dissolution (de viande) j'ajoute du sulfate du magnésie et que je chauffe, il y a précipité. Ce précipité se redissout dans un excès d'eau, mais ne se redissout pas dans un excès d« dissolution de sel. Il est intéressant de voir cette propriété de la solution digestive, vis-à-vis du sulfate de magnésie, partagée par un autre liquide de l'organisme, également trèsriche en albumine, mais coagulable par l'ébullition, je veux

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