‹ Leçons sur la physiologie de la digestion (volume 2)Chapitre 36 sur 39 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

dire par le suc pancréatique. Le coagulum qui se produit dans le suc pancréatique par la coction ne se redissout pas dans l'eau, tandis que, selon Cl. Bernard qui a trouvé ce fait, le même suc, traité par le sulfate de magnésie , donne un précipité qui se redissout dans l'eau. — D'autres dissolutions simples de substances albuminoïdes normales de l'organisme animal présentent la particularité d'être précipitées par l'adjonction de grandes quantités de sulfate de magnésie. Tel est, p. ex., le sérum du sang de beaucoup d'oiseaux, qui est coagulé en partie par le sel indiqué. — Beaucoup de liquides pathologiques qui se distinguent par leur richesse en corps albuminoïdes, montrent la même propriété (1).

Il importe de remarquer que toutes les solutions digestives ne jouissent pas, au même degré, de la propriété d'être précipitées par le sulfate de magnésie. Le précipité peut manquer lorsque la digestion a été complète.

Voici, par exemple, une autre solution de peptone, résultant d'une digestion un peu plus prolongée que celle de notre dernière expérience. J'ajoute des cristaux de sulfate de magnésie et je chauffe à l'ébullition ; mais , comme vous voyez, le liquide ne se trouble pas. Cette expérience toutefois ne prouve pas encore que la digestion ait été parfaite, car nous pourrions avoir pris trop peu de sulfate de magnésie. En effet , si j'ajoute une nouvelle quantité de sel et que je chauffe , il y a formation d'un faible précipité. Ce précipité se redissout dans un excès d'eau, comme dans l'expérience précédente. Pour qu'on ne dise pas que le pré-

(<) Des recherches récentes ont montré que l'action coagulante du sulfate de magnésie, dans les cas indiqués, n'est pas due à la présence d'une substance albuminoïde particulière, à propriétés chimiques distinctes, mais à la présence d'une certaine proportion de soude ou de carbonate de soude , mêlée au corps albuminoïde et constituant une simple modiflcation de ce dernier. On peut reproduire artificiellement celte modiOcation, en ajoutant à l'albumine normale de la soude ou du carbonate de soude. — Les mêmes substances albuminoïdes qui sont coagulées par le sulfate de magnésie, le sont aussi par l'alcooL et le précipité obtenu à l'état récent par l'alcool, se redissout dans l'eau; plus lard, après un contact prolongé avec l'alcool, le précipité n'est plus soluble dans l'eau.

SEIZIÈME LEÇOj^. 387

cipité soit devenu invisible par dilution, je répète l'expérience en ajoutant à une autre quantité de peptone, d'abord de l'eau, jusqu'à la délayer autant que la première, puis du sel, en quantité proportionnellement plus grande. Le précipité, quoique distribué dans un volume plus grand de liquide, est encore bien visible.

Très-souvent, lorsque la digestion avait été très-complète, je n'ai pas obtenu de précipité avec le sulfate de magnésie. La limite à laquelle s'arrête l'action du sel, n'est pas encore exactement connue et de nouvelles recherches sont nécessaires pour déterminer les conditions qui favorisent ou qui empêchent la formation du précipité en question. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il se montre sans exception dans le produit digestif naturel, qui est toujours beaucoup plus imparfaitement élaboré que le produit artificiel, sur lequel on peut prolonger, à volonté, l'action du suc gastrique. Le chyme commençant à être déversé dans le duodénum avant la sixième heure de la digestion, on conçoit qu'en retirant le produit digestif par une fistule stomacale, on ne puisse jamais, chez l'animal vivant, l'obtenir entièrement transformé.

Le réactif de Millon ne présente pas la même inégalité d'action vis-à-vis des dissolutions albumineuses. Il les précipite non transformées ou incomplètement transformées , comme il précipite aussi le produit de la digestion complète ; mais tous les auteurs ne sont pas d'accord sur la couleur du précipité que le nitrate nitreux de mercure fait naître dans la dissolution de peptone. Selon les uns, ce précipité serait jaune orange, selon les autres d'un rouge vif. Voyons ce que dit, à cet égard, l'expérience.

Je prends une solution digestive (de viande, par exemple), sans neutraliser, et j'ajoute le réactif de Millon. Il se forme un précipité jaune orange qui ne devient pas rouge par la chaleur, comme le fait le précipité obtenu avec l'albumine non transformée. — Je répète l'expérience, mais avant

d'ajouter le réactif, je neutralise la solution. Le nitrate nitreux de mercure, au moment où il entre en contact avec l'albuminose, produit maintenant, comme vous le voyez, un précipité blanc, qui passe presque aussitôt au rouge intense.

Ainsi l'absence de la coloration rouge, notée par quelques auteurs, s'explique par l'acidité du liquide albumineux. Il sufi&t de neutraliser , pour obtenir le passage rapide de la couleur blanche du précipité au rouge vif. Le passage s'opère plus promptement, si l'on réchauffe un peu le liquide.

Les solutions digestives des corps albuminoïdes isolés (albumine, caséine, fibrine, etc.) se comportent de la même manière vis-à-vis du nitrate nitreux de mercure.

Au lieu de peptone de viande, prenons, par exemple, de la peptone d'albumine. Le réactif de Millon produit , dans la solution acide, une coagulation blanche épaisse, passant au jaune orange, si l'on réchauffe un peu le liquide. — Dans une autre portion de la même solution, préalablement neitiî'alisée, le précipité, d'abord blanc, devient presque aussitôt rouge, avant même qu'on ait réchauffé. — (Cette albumine a été digérée par l'estomac d'un chien , tué à jeun , dont le suc gastrique artificiel n'était pas très-riche en pepsine, mais qui, par une espèce d'autodigestion, que l'on observe assez fréquemment, avait liquéfié dans l'infusion la plus grande partie des parois stomacales).

Après avoir considéré les propriétés des peptones mélangées, et résultant de la digestion de deux ou de trois corps albuminoïdes réunis, complétons cette étude, en contrôlant sur les différentes espèces de ces corps, prises isolément, les données générales que nous venons d'obtenir. Nous aurions à reprendre les réactions, faites jusqu'à-présent, pour chacune de ces espèces (fibrine, albumine, caséine, syntonine, etc.) préalablement transformées par la digestion. Je me bornerai à reproduire devant vous les expériences principales, sur le produit digestif des trois espèces de substances

albiiminoïdes qui nous intéressent le plus directement , c'est-à-dire, l'albumine, la caséine, et la fibrine.

1. Alhmiine liquéfiée par une digestion artificielle de 30 heures. Solution acide. Je neutralise. Il se forme un précipité (parapeptone) qui gagne bientôt le fond du tube. Le liquide, décanté avec précaution, est tout-à-fait clair et peut servir à d'autres réactions. Nous verrons tout-à-l'heure si le petit dépôt qui vient de se former, correspond à toute l'albumine dissoute. L'ébuUition du liquide décanté fait naître un léger nuage qui indique que la digestion n'a pas été complète. Je filtre. S'il y a eu digestion, la majeure partie de l'albumine doit être contenue dans ce qui passe à travers le filtre. L'acide nitrique n'y produit pas de trouble, preuve qu'il n'y a plus d'albumine non transformée. Ajoutons un des réactifs coagulants , énumérés il y a un instant, p. ex. le tannin. Le précipité que nous obtenons est faible, parce que le liquide est très-acide. Je neutralise. Maintenant la première goutte de solution tannique que j'ajoute, donne lieu à une coagulation des plus prononcées. Il s'en suit que dans cette solution il existe une grande quantité d'albumine complètement digérée.

2. Caséine digérée pendant le même temps et avec l'infusion du même estomac qui a digéré l'albumine. L'ébullition produit un léger trouble qui fait paraître le liquide opalescent, mais sans précipité proprement dit. Je neutralise une autre quantité et j'ajoute une goutte de nitrate aitreux de mercure, pour savoir quelle est à-peu-près la richesse du liquide en caséine dissoute. Abondant précipité blanc qui presque aussitôt devient rouge. Ainsi la quantité de caséine, restée en dissolution, est de beaucoup supérieure à la petite quantité qui s'est précipitée par l'ébuUition.

3. Voici un troisième liquide qui résulte de l'action d'une autre infusion stomacale sur de la fibrine. La fibrine provient d'un coagulum sanguin, non lavé jusqu'à décoloration et mis en contact tel quel avec le suc gastrique artificiel. Le *né-

390 phtsioloqib: de la digestion.

lange montre encore la coloration des pigments du sang. L'ébullition du liquide filtré fait apparaître un précipité épais qui prouve qu'une grande partie de la fibrine n'a pas été digérée. En effet, le coagulum sanguin n'a séjourné que pendant 3 heures dans une infusion stomacale, pauvre en pepsine.

Voici une autre solution de fibrine, obtenue par une digestion de 30 heures dans un suc gastrique plus actif.

Je chauffe à l'ébullition. Pas de trace de précipité. J'ajoute, goutte à goutte, de l'acide nitrique concentré. Pas de précipité, mais légère coloration jaune. On voit souvent se produire, au contact de l'acide nitrique avec beaucoup de substances azotées de l'organisme animal, cette coloration jaune que l'on a attribuée à la formation d'un composé particulier, l'acide xanthoprotéique. Je reprends la solution primitive de fibrine, qui est légèrement acide et je neutralise avec de la potasse. A-peu-près à la limite de la réaction neutre, il se produit un léger trouble, tout-à-fait analogue au précipité que nous avons vu se former dans le produit digestif de l'albumine, dans les mêmes conditions. Nous avons donc ici une parapeptone de fibrine. Le précipité ne correspond pas à toute la fibrine dissoute; il n'en est qu'une insignifiante fraction qui, comme vous le voyez, se redissout facilement dans un excès de potasse. En effet, si j'ajoute maintenant du bichlorure de mercure, il se forme une coagulation très-considérable qui devient encore plus dense si je chauffe. Ce coagulum lui-même ne représente pas toute la fibrine dissoute , car le réactif de Millon produit un dépôt encore plus volumineux.

Ainsi les corps albuminoïdes , de provenance animale , acquièrent , par l'action transformatrice du suc gastrique , les mêmes propriétés essentielles. Dans une solution digestive, nous ne pouvons plus distinguer ce qui primitivement était de l'albumine, de la caséine ou de la fibrine. Au»si beaucoup d'auteurs admettent-ils sans réserve que

le produit final de la digestion de toutes les substances albuminoïdes est un seul et même composé, l'albuminose ou hi^peptone. Il existe cependant, au point de vue chimique, de légères différences dans les propriétés des peptones, différences qui, il est vrai, ne sont pas encore bien exactement déterminées et qui n'ont pas d'importance pour l'étude qui nous occupe. Quant aux caractères essentiellement physiologiques de ces corps: leur diffusion prompte par endosmose, leur solubilité dans les liquides acides et alcalins de l'organisme, leur propriété d'être absorbés par le sang, sans reparaître dans les urines, pour tous ces caractères, les différentes peptones montrent une similitude complète.

Rappelons , en terminant , l'importante distinction que nous avons déjà indiquée à une autre occasion : tandisque dans leur dissolution simple, dans l'acide, les substances albuminoïdes restent, chacune, un seul corps, un seul individu chimique, elles sont dédoublées, par la transformation digestive , en plusieurs dérivés à caractères chimiques différents, dérivés séparables les uns des autres par des procédés spéciaux (peptone et parapeptone).

DIX-SEPTIÈIYIE LEÇON.

Sommaire: Transformations des substances albuminoïdes par la digestion naturelle. — Dirférences entre les produits de la digestion naturelle et ceux de la digestion artillciello prolongée. — Examen du contenu stomacal d'un chien , nourri d'albumine cuite. — Recherche des peptones dans les liquides albuminoïdes , de constitution miite. — (Hétapeplone, Dyspeptone, A, B et G peptones). — Caractères de la parapeptone. — Conditions dans lesquelles s'effectue sa précipitation. — Insolubilité de la parapeptone dans les liquides non entièrement nfeutralisés, mais encore légèrement acides. — Importance de cette propriété, considérée en rapport avec l'absorption stomacale. — Stabilité de la parapeptone, en tant que produit définitif de la digestion stomacale. — Examen des opinions qui regardent la parapeptone comme uu état transitoire des corps albuminoïdes en digestion, —

Messieurs,

Nous avons étudié, dma la Leçon précédente, le produit digestif des substances albuminoïdes traitées par le suc gastrique artificiel. Examinons aujourd'hui les changements que ces substances subissent par la digestion stomacale naturelle.

Le suc gastrique, comme nous le savons, agit non seulement comme « ferment » transformateur, mais aussi comme simple dissolvant , par l'acidité dont il est doué. S'il n'est pas très-actif, c'est-à-dire, s'il est pauvre en pepsine, son premier effet sur les substances albuminoïdes est de les dissoudre, et ce n'est que plus tard, après une durée plus longue de son action, que surviennent les transformations que nous avons reconnues comme caractéristiques du travail digestif. Le suc gastrique artificiel, même s'il est très-actif, a besoin

DIX-SBPTIBMK LEÇON. 393

d'un certain nombre d'heures pour opérer la transformation complète des aliments albumiaoïdes. Dans le produit d'une digestion artificielle d'albumine que j'ai examiné devant vous dans la dernière Leçon, et qui n'avait pas séjourné moins de 30 heures à l'étuve, l'ébulHtion du liquide filtré, après la précipitation de la parapeptone, produisait encore un léger trouble, preuve que tout n'avait pas été entièrement transformé. Trente heures n'avaient donc pas suffi pour achever entièrement la digestion. Toujours est-il que la méthode des digestions artificielles nous offre le moyen d'arriver à la transformation complète, pourvu que nous prolongions assez le séjour de l'infusion à l'étuve.

Mais comment les choses se passent-elles dans les conditions naturelles de la digestion stomacale ? Chez le chien, p. ex., il est connu que les aliments ne séjournent dans l'estomac que durant cinq , six et quelquefois seulement quatre heures, temps évidemment insuffisant pour permettre la transformation complète des corps albuminoïdes ingérés. De plus, le suc gastrique lui-même n'est pas toujours également chargé du principe digérant, et son action sur les aliments est plus ou moins prompte, plus ou moins énergique. Aussi, dans la digestion naturelle, trouve-t-on ordinairement, au bout de cinq ou de six heures, le contenu stomacal formé par un mélange de peptones , de parapeptones, de substances albuminoïdes simplement dissoutes et de restes de matières solides, non altérées par le suc gastrique.

Voici un chien qui porte, depuis longtemps , une fistule stomacale, à canule mobile. L'animal ne montre pas le plus léger trouble de ses fonctions générales; il mange beaucoup et avidement, et son suc gastrique, comme il résulte d'expériences antérieures, est toujours abondamment fourni de pepsine , au moment de la digestion. Ce matin , il y a environ six heures , le chien a reçu , au lieu de sa ration ordinaire de pain, un œuf cuit qu'il a avalé par morceaux. Je vais déboucher sa fistule et examiner , devant vous , le

contenu de son estomac. La recherche des peptones dans les liquides albuminoïdes , de composition mixte, est une opération qui n'intéresse pas seulement le physiologiste, mais qui peut être, dans certains cas, d'une grande utilité pour le médecin. Ainsi, dans les cas d'anus contre nature, chez l'homme, la composition des matières qui s'écoulent par la fistule peut indiquer, à-peu-près, à quelle hauteur de l'intestin est située l'ouverture accidentelle, et la nutrition du malade peut être , en quelque sorte , réglée d'après la quantité de peptones, versée au dehors avec le contenu intestinal. De même, dans certaines diarrhées, très-rebelles, l'examen chimique des matières fécales fournit quelquefois des indications précieuses sur la rapidité avec laquelle les aliments, partiellement élaborés par l'estomac, parcourent le tube intestinal. Ritter, de Strasbourg, a tout récemment observé un cas de ce genre, dans lequel une quantité notable de peptones reparaissaient dans les déjections alvines, preuve évidente de la trop grande rapidité des mouvements intestinaux et de l'accomplissement normal de la digestion stomacale. La même preuve de la persistance normale de la digestion stomacale peut être obtenue, grâce à ce procédé, dans certains cas de vomissements opiniâtres.

Le chien étant lié sur la table, je retire le bouchon de la canule; les deux pièces latérales de l'appareil d'occlusion ainsi mobilisées et enlevées , le tube métallique sort trèsfacilement. L'ouverture fistuleuse est presque parfaitement circulaire, un peu ridée sur les bords et entourée d'une lèvre rouge. Le diamètre de l'orifice est d'environ deux centimètres, assez grand pour permettre l'introduction d'un doigt. Le liquide qui s'écoule de l'estomac et que je recueille dans un vase de verre , est brunâtre , épais , visqueux et sort difiScilement: on n'y reconnaît pas de traces d'albumine solide, mais des petits grumeaux de pain. En effet, l'exploration de la cavité stomacale, avec le doigt, amène au de-

hors quelques morceaux de pain, presque entiers, et des brins de paille. L'animal qui a été enfermé, sans nourriture, depuis ce matin, aura probablement trouvé et avalé ces substances, pendant son trajet du chenil au laboratoire. Pour obtenir tout le contenu stomacal, je fais verser de l'eau dans la bouche du chien, jusqu'à ce que le liquide qui sort par la fistule et que je continue à recueillir, ne soit plus coloré en brun, et jusqu'à ce que, par l'orifice fistuleux, on distingue la muqueuse rouge de la paroi opposée de l'estomac.

Maintenant, messieurs, s'il ne s'agissait de constater dans ce liquide que la présence des peptones , il suffirait de chauffer à l'ébullition, de filtrer, et de traiter la solution neutrahsée et filtrée une seconde fois, par l'un des réactifs qui coagulent les corps albuminoïdes. Mais nous voulons savoir s'il n'existe pas, dans le liquide, à côté des produits définitifs de la digestion, de l'albumine simplement dissoute et non transformée en peptone. Comme cette albumine pourrait se coaguler par l'ébullition, je filtre le liquide à froid.

Dans l'intervalle je replace la canule, en fixant les pièces latérales à l'aide d'un nouveau bouchon, l'ancien étant usé. Le chien est emmené.

Le liquide qui passe à travers le filtre, ne rougit j^as le papier de tournesol bleu: il n'agit pas davantage sur le papier rouge de tournesol, et est par conséquent parfaitement neutre. C'est là, messieurs, un cas très-rare, et la seule explication que je puisse en donner provisoirement, c'est que l'acide gastrique aura été neutralisé par la salive avalée en plus grande quantité que d'ordinaire. Cette circonstance exceptionnelle qu'il était impossible de prévoir, exclut de notre recherche la parapeptone, puisque nous savons que cette substance est précipitée par la neutralisation.

Mais la réaction neutre n'est pas un obstacle à la présence, dans le liquide, à l'état dissous, des peptones et de

l'albumine primitive. Cette dernière doit se coaguler, par l'ébullition, dans tous les cas où la solution ne contient pas un grand excès d'alcali.

Vous voyez que l'ébullition ne change pas l'aspect de notre liquide: il reste, comme auparavant, clair et citrin. Ce fait exclut la présence de l'albumine primitive; il excluerait également celle des autres corps albuminoïdes non transformés, si notre recherche s'adressait à ces substances. La solution pourrait cependant contenir cette forme particulière de l'albumine, analogue à certaines albumines que l'on rencontre dans l'urine à l'état pathologique et qui ont la propriété de ne pas se coaguler par l'ébullition simple, mais bien par l'ébullition avec quelques sels alcalins ou terreux, comme le sulfate de soude et le sulfate de magnésie.

Ni l'un ni l'autre de ces sels, ajoutés au liquide en ébullition, n'y produit de précipité.

Il est donc certain que si la solution renferme un corps albuminoïde, ce dernier n'y est plus contenu à l'état primitif Deux cas sont possibles maintenant: ou bien la solution ne renferme pas de substance albuminoïde du tout, ou bien elle ne renferme que de l'albuminose. Une troisième possibilité existerait si le chien avait mangé un aliment composé, de provenance animale, car alors le liquide pourrait contenir de la gélatifie, ou de la chondrine. J'indiquerai tout-à-l'heure par quel procédé on reconnaît cette dernière substance, à côté des peptones.

AjBn de nous fixer sur l'une des deux premières possibilités, ajoutons au liquide un des réactifs qui nous servent à précipiter les peptones de leurs solutions , par exemple le tannin. J'ajoute d'abord une goutte d'acide acétique, pour rendre le liquide acide, ce qui favorise la précipitation par le tannin, et puis quelques gouttes de solution d'acide tannique. Précipité alondant. Ne nous hâtons cependant pas encore de conclure, de cette réaction, que le liquide ne contient réellement que de l'albuminose , car une série de

substances que la chimie, à défaut de les mieux connaître, a rang'ées dans la grande catég-orie des cor^s eœtractifs, sont également précipitées par le tannin; — seulement, distinction importante, le précipité que l'on obtient de ces substances, à l'aide du tannin, est toujours relativement faible. D'ailleurs, et ceci va décider la question, les corps extractifs ne sont pas du tout précipités par le réactif de Millon. Le nitrate nitreux de mercure, ajouté à une autre partie du liquide, y produit un coagulum épais qui, d'abord blanc, passe immédiatement au rouge brique, dès que je chauiBfë.

Aucun doute que le contenu liquide de l'estomac ne renferme un corps albuminoïde, et que ce corps ne soit transformé en totalité par la digestion. S'il ne l'était pas, il se serait précipité lors de l'ébullition simple ou de l'ébullition avec le sulfate de soude ou de magnésie.

A supposer que nous eussions à rechercher, dans cette solution, la présence de la gélatine ou de la chondrine, nous ajouterions de l'alcool. L'alcool donne avec les peptones bien élaborées un précipité insignifiant qui se redissout dans l'eau froide; tandis qu'avec la gélatine et la chondrine il fournit un précipité volumineux qui n'est rapidement soluble que dans l'eau bouillante.

J'ajoute au liquide un peu d'alcool. Précipité peu abondant qui se redissout par l'adjonction d'une certaine quantité d'eau froide.

Ainsi il est bien démontré que le liquide filtré que nous examinons, est une véritable solution digestive, solution composée un peu difi'éremment de celles que l'on obtient ordinairement par la digestion naturelle et artificielle, puisqu'elle est neutre et ne saurait contenir, par conséquent, de parapeptone. Assurons-nous, par quelques autres réactions (jue j'ai négligé de mentionner jusqu'à-présent, que cette peptone d'albumine n'a plus aucun des caractères de la solution simple d'albumine. Plusieurs sels métalliques, comme le ferrocjanure de potassium, le sulfate de fer, le sulfate

de cuivre, le chlorure d'étain, — ont la propriété de précipiter l'albumine simplement dissoute, et non transformée, et de ne pas précipiter l'albumine peptonisée. Le sulfate de cuivre que je choisis, p. ex., laisse le liquide parfaitement limpide. D'ailleurs la réaction qui trahit le plus sûrement la présence d'un résidu albuminoïde non élaboré, c'est l'ébullition avec une grande quantité de sulfate de soude. Nous avons fait cette réaction, et elle ne nous a pas donné de précipité. Un autre moyen, aussi sensible que ce dernier, pour reconnaître si l'albumine est bien complètement transformée , consiste à chauffer le liquide , préalablement alcalinisé, avec du carbonate d'ammoniaque. Par ce procédé, on précipite toute l'albumine qui n'est pas réduite à l'état de peptone parfaite. On obtient quelquefois encore le précipité avec le carbonate d'ammoniaque après 60 heures de digestion artificielle, et ce n'est qu'au bout de 80 à 90 heures qu'on peut être généralement sûr de ne plus le voir se produire. Il importe, pour cette réaction, d'opérer sur un Hquide franchement alcalin, pour ne pas précipiter, par le carbonate d'ammoniaque, les substances terreuses qui peuvent être mêlées à la solution.

J'ajoute au liquide stomacal de la soude caustique, jusqu'à ce que le papier rouge de tournesol soit fortement bleui. Le liquide reste limpide. J'ajoute du carbonate d'ammoniaque, en dissolution très-concentrée; pas de précipité. Je chauffe, pas de précipité. — Toutes ces réactions concourent à démontrer que le produit digestif est aussi parfaitement élaboré qu'il peut l'être.

Il serait presque superflu, après cela, d'examiner l'action des acides forts. Nous ne pourrions pas nous en dispenser si, au lieu d'albumine , nous avions donné à manger à l'animal de la caséine. L'adjonction d'un acide fort nous révélerait très-probablement , dans ce cas, la présence d'un corps que Meissner a nommé métapeptone , et dont je n'ai pas fait particulièrement mention jusqu'ici , attendu qu'il n'est

qu'une modification transitoire et passag-ère des substances albuminoïdes en digestion, modification intermédiaire entre la dissolution simple et le produit digestif définitif de ces substances. La métapeptone a la propriété d'être précipitée, quand on acidifie la solution neutre, et de se redissoudre dans un léger excès d'acide. La nourriture des enfants à la mamelle consistant surtout en caséine, on trouve ce corps en grande quantité dans les matières que les enfants rejettent si souvent par le vomissement (1).

(I) Comme il ne sera plus question qu'accéssoiremeni, dans ce cours, des modifications Iraiisitoirei ou instables des substances albuminoïdes en digestion, nous extrayons de« publications de Meissiier et des autres auteurs qui se sont occupés de celte question, les caractères sur lesquels on a cru devoir fonder la série de composés , connus sous le nom de métapeptone , dyspeptone, A, B el C peptones. Nous distinguons en principe la parapeptone qui est un produit constant de la digestion stomacale , produit qui ne subit pas de modiCcation ultérieure par l'action même trés-prolongée du suc gastrique , e( dont la digestion dèOnitive (c'est-à-dire, la transformation en peptone) n'a lieu que dans l'intestin. La parapeptone est précipitée de ses dissolutions faiblement acides ou faiblement alcalines, par l'alcool mêlé d'éther ( nous rappelons que le précipité de parapeptone que l'on obtient par la neutralisation du liquide acide, est soluble dans un excès d'alcali); en outre elle est précipitée de ses solutions acides par des dissolutions concentrées de différents sels d'alcali neutres, comme le sulfate de soude.

La métapeptone, trouvée pour la première fois dans le produit digestif de la caséine, «e reconnaît aux caractères suivants: Restée en dissolution avec les peptones dans le liquide préalablement neutralisé et débarrassé de la parapeptone par la filtration, la métapeptone est précipitée par l'adjonction au liquide d'un acide , dans une proportion supérieure à celle de i à 1000. Elle forme alors un précipité floconneux qui se redissout dans un léger excès d'acide (Solution macrolytique). Les acides minéraux concentrés la précipitent définitivement.

La caséine, exposée à l'action prolongée du suc gastrique, laisse ordinairement un résidu insoluble, dont la consistance rappelle celle du savon. C'est la dyspeptone de Meissner. Complètement insoluble dans l'eau et dans l'alcool, elle ne l'est que partiellement dans les acides de concentration moyenne. Traitée par l'élher, elle abandonne un peu de graisse et reste dés lors à l'état de dyspeptone pure. Cent parties de caséine, soumises a une digestion artificielle aussi complète que possible, ont fourni à Meissner 2 parties de parapeptone et 20 parties de dyspeptone.

La synlonine liquéfiée et transformée par le suc gastrique, fournit une dissolution dans laquelle il est également possible de reconnaître la parapeptone et la métapeptone, à l'aide des réactions que nous venons d'indiquer. La neutralisation ou l'adjonction de sels d'alcali neutres (carbonate d'ammoniaque, sulfate de soude) précipitent la parapeptone;

Une dernière question à examiner serait celle de savoir si notre liquide digestif est très-riche en peptone. Les précipités que nous avons obtenus , à l'aide des réactifs qui

dans le liquide filtré (neutre) l'estenl la métapeptone el la peplone. En acidifiant le li- (juidc Jusqu'à environ un millième d'acide et même à un peu au dessous de ce degré, ou précipite la métapeptone. Le précipité, obtenu par ce faible degré d'acidité, se redissoul dans un léger excès de l'acide, el est aussi soluble dans l'eau (Publications de 1839).

Un an plus tard, ayant continué ces recherches, Meissner concède que la métapeptone que l'on obtient par la digestion de la fibrine du sang , n'est qu'un produit transitoire qui est définitivement changé en peptone par les progrès ultérieurs de la digestion. Quant à la parapeptone de fibrine, Meissner persiste à la regarder comme un produit constant, non susceptible de se transformer ultérieurement par l'action du suc gastrique.

100 parties de synlonine ont fourni à Meissner, par la digestion artificielle, 4o parties de peptone, 18 de parapeptone et 57 de sels et de corps exlractifs (Publications de -1860).

Dans ses premières expériences sur la digestion de la fibrine du sang, Meissner avait constaté, à côté de la peptone de fibrine , l'existence d'un résidu insoluble , analogue à la dyspeptone de caséine. Des recherches ultérieures, faites en commun avec De Bary, démontrèrent que ce résidu n'était autre chose qu'une partie de la parapeptone , ayant la propriété de devenir de moins en moins soluble par l'action prolongée du suc gastrique ou par l'action de l'eau bouillante. L'acide, dans la proportion de 2 pour 1000, précipite cette modification particulière de la parapeptone. — Par cette tendance de perdre de plus en plus leur solubilité, les parapeptones des différents corps albuminoïdes se distinguent les unes des autres. La parapeptone de caséine passe le plus promptemenl ;i la modification insoluble; après elle vient la parapeptone de fibrine. Ces deux substances sont précipitées en partie spontanément par la digestion artificielle, suffisamment prolongée. (Dans la digestion naturelle , nous ne pensons pas que la dyspeptone de fibrine et celle de caséine aient Jamais le temps de se former).

Métapeptone de fibrine. On précipite cette substance du produit digestif, préalablement débarrassé de la dyspeptone et de la parapeptone, en acidifiant très-faiblement le liquide neutre, filtré, avec de l'acide acétique.

La métapeptone étant séparée du liquide par la CItration , il reste dans la solution un autre corps albuminoïde, précipitable par la chaleur el distinct, par conséquent, de la peptone définitive. Ce corps est une modification transitoire de la fibrine, et se convertit, par l'action prolongée du suc gastrique, en peplone, non coagulable par la chaleur. La peptone que fournil la digestion définitive du corps transitoire en question, affecte les deux formes que nous allons caractériser sous les noms de B peptone et de C peptone.

Après l'élimination du corps décrit en dernier lieu , le liquide clair, recueilli sous le filtre, ne renferme plus que les peplones proprement dites. Ces peplones peuvent être distinguées, au moyen des réactifs suivants, en trois produits, qui sont: t» L'/rf peptone, précipitable des dissolutions neutres par l'acide nitrique concentré, et

des dissolutions Irès-légèreraenl acidulées avec de l'acide acétique, par le ferro-cyanure

(le potassium.

coagulent tous les corps albuminoïdes, ne nous renseignent qu'approximativement et d'une manière très-imparfaite sur cette question. Pour évaluer plus exactement la proportion

2° La B peplone, non précipitable par l'acide nitrique concentré, mais'bien par le ferro-

cyanure de potassium.

51» La C peplone, non précipitalile par les doux derniers réactifs.

(Nous considérons ce dernier corps seul, C peptone, comme le produit définitif de ladigeslion).

Les trois formes énumérées se caractérisent par leur solubilité facile dans l'eau et dans les acides dilués.

La mélapeplone, transformée par les progrès ultérieurs de la digestion, ne fournil que les deux dernières formes de la peptone (B et C peptone). (Publications de 1861).

L'année suivante , Thiry confirma que la mélapeplone n'est qu'un produit transitoire, aboutissant à la peptone définitive, par l'action ultérieure du suc gastrique. Thiry, examinant les produits ultimes de la digestion do l'albumine , n'y trouva pas la forme A, mais seulement les formes B et C.

L'albumine végétale (gluten, légumine), soumise par De Bary à l'action du suc gastrique artificiel, fournit, comme produits définitifs, de la parapcptone et les pcplones A et B. — Il résulte des recherches de Meissner et de De Bary que la parapeplone de l'albumine végétale n'est pas susceptible de passer, par les progrès de la digestion, à l'état de peptone parfaite; mais que, soumise à l'action très-prolongée du suc gastrique, la parapcptone de gluten et de légumine, comme celles des substances albuminoïdes animales, perd de plus en plus de sa solubilité et se change partiellement en dyspeptone. (Publications de ^862).

Dans nos recherches sur la digestion stomacale naturelle, nous avons toujours trouvé la parapeplone et les peptoues B el C. — Notre opinion, énoncée plus haut, sur l'unité du produit définitif de la digestion {C. peptone, abstraction faite de la parapeplone) n'est donc pas applicable aux produits dige.stifs naturels des substances albuminoïdes , car il n'est pas démontré. Jusqu'à présent, que, dans l'estomac vivant, la B peptone puisse se transformer en C peptone, quelque complet que soit d'ailleurs le travail digestif naturel. — En revanche , dans les digestions nvlipcielles , faites avec un estomac l)ien chargé et infusé avec toutes les prét;autions nécessaires , il arrive un moment oii le liquide ne contient plus de peptones A et B, mais seulement la forme C, que nous considérons, avec la parapeplone , comme le produit détinilif de la digestion stomacale. Dans (pielques cas néanmoins il reste une trace de B peptone, mais ici encore il est aisé de se convaincre que cette trace va en diminuant, avec les progrès ullérieurs de la digestion. — Nous avons obtenu les digestions artificielles les plus complètes, en faisant passer, par dialyse, le produit liquide d'une première élaboration peptique dans de l'eau légèrement acidulée et en traitant ce liquide par une infusion stomacale fraîche, riche en suc gastrique actif; le tout étant remis à l'éluve pour plusieurs heures. Les peptones B et C, ainsi que la parapeplone, passent Ircs-fncilemenl par le dialysateur (celle dernière seulement si la solution primitive est acide); pendant la durée de la seconde digestion, la peptone B diminue de plus en plus, el il no reste finalement que la peplone C, avec la parapcptone.

Page 1