‹ Leçons sur la physiologie de la digestion (volume 2)Chapitre 37 sur 39 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

de peptono contenue dans ce liquide, voici le procédé que nous aurions à suivre: évaporer à sec; dissoudre le résidu solide dans de l'acide; précipiter cette dissolution avec do l'acétate basique de plomb; puis décomposer le précipité ainsi obtenu, par le gaz acide sulfhydrique. Après avoir bien lavé le nouveau précipité de sulfure de plomb et filtré le liquide, nous aurions dans ce dernier les peptones, le sucre et les corps extractifs. Du mélange de ces corps, préalablement évaporés à sec, le sucre pourrait être éloigné par l'alcool; quant aux matières extractives, il n'existe pas de moyen sûr pour les séparer des peptones, et le résidu définitif représenterait la somme de la peptone d'albumine et des corps extractifs, pris ensemble.

On voit que ce procédé est loin de réaliser une détermination quantitative des peptones. Aussi, dans beaucoup de cas, peut-on se dispenser de ces opérations chimiques compliquées, et évaluer la proportion de peptones contenue dans.un liquide, à l'aide de l'aréomètre. La comparaison des poids spécifiques de l'infusion stomacale primitive et du produit digestif fournit des données, sinon absolument exactes, du moins beaucoup plus rapprochées de la vérité que le procédé chimique que je viens d'indiquer; mais cette méthode n'est guère applicable qu'aux produits de la digestion artificielle. La détermination quantitative des peptones est souvent d'une véritable utilité pour le physiologiste , tandisque jusqu' à-présent on s'est rarement vu dans le cas de l'appliquer, en clinique, *à des liquides albuminoïdes, sécrétés par l'organisme malade. Ce n'est pas à dire qu'en pathologie même, cette recherche ne puisse être appelée, un jour, à rendre des services importants, au point de vue du diagnostic et du traitement.

Au commencement de cette Leçon, je vous prévenais, messieurs, que nous ne pouvions pas nous attendre à trouver une digestion naturelle complètement achevée au bout de cinq ou de six heures. L'expérience cependant a démenti

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cette prévision, puisque l'albumine d'un œuf cuit, donné au chien 6 heures environ avant l'examen que nous avons fait de son contenu stomacal, s'est trouvée non seulement complètement liquéfiée, mais peptonisée en totalité, du moins pour tout ce qu'on a retrouvé dans l'estomac. Nous aurons souvent l'occasion d'examiner les produits de la digestion naturelle, dans des conditions semblables, et nous verrons très-rarement se reproduire le cas d'une transformation complète de l'albumine. Ce cas était doublement exceptionnel, puisque nous avons trouvé le liquide stomacal parfaitement neutre, fait qui ne s'observe généralement pas chez des animaux sains et immédiatement après la digestion. Cette dernière circonstance, comme je l'ai signalé dès le début, nous a empêchés d'étendre nos recherches à la ^ara^eptone d'albumine, produit constant de la digestion stomacale et auquel se rattachent des considérations d'un intérêt tout particulier pour l'étude qui nous occupe. En effet , précipitée dans le milieu neutre de l'estomac , la parapeptone a dû. rester sur le filtre, avec les particules solides (pain, paille) qui étaient mêlées au contenu stomacal.

La parapeptone que l'on trouve constamment dans les solutions digestives, légèrement acides, de toutes les substances albuminoïdes sans exception, et qui constitue, avec la peptone, l'un des deux produits définitifs de la digestion stomacale, est-elle réellement une modification des aliments albuminoïdes et non pas peut-être un corps accidentellement mêlé à la solution peptique, provenant soit du mucus stomacal, soit de l'autodigestion des tuniques stomacales infusées? L'expérience répond négativement à cette dernière supposition. Car si l'on éloigne le mucus, en lavant préalablement la muqueuse stomacale qui doit servir à la digestion artificielle, et si l'on empêche l'autodigestion en infusant l'estomac à froid et en ne se servant que du liquide filtré, on obtient un suc gastrique pur, qui n'est pas précipité lui-même par la neutralisation. Néanmoins, dans la solution digestive

d'albumine, obtenue par ce suc gastrique pur, la neutralisation produit encore un précipité, lequel, isolé, présente tous les caractères des substances albuminoïdes et est identique à la parapeptone de la digestion naturelle ou artificielle, faite sans les précautions indiquées. Ce précipité, bien que soluble dans les alcalis faibles, ne disparaît pas dans un très-léger excès d'alcali et n'est par conséquent pas apte à se redissoudre dans les liquides alcalins de l'organisme, comme le sang et la lymphe. De plus nous aurons encore l'occasion de nous assurer que les digestions artificielles, faites avec de \q. pepsine purijiée^ produisent également la parapeptone.

Or voici la question que nous avons à résoudre actuellement. La parapeptone, toujours mêlée, pour une assez forte proportion, au produit digestif naturel, au nutriment albuminoïde directement assimilable , passe-t-elle ou non par les voies de l'absorption stomacale? Avons nous assez exactement déterminé les conditions de sa précipitation, pour pouvoir aflBrmer que dans le chyme stomacal légèrement acide la parapeptone doit nécessairement et toujours se trouver à l'état dissous? S'il en est ainsi , nous nous trouvons placés en face du dilemme suivant : Ou bien la parapeptone, absorbée en même temps que les peptones, est précipitée dès son arrivée dans le sang et dans la lymphe, liquides tous deux alcalins. Transportée par la circulation jusque dans les capillaires des organes internes, elle irait donc, si cette supposition était vraie, obstruer les vaisseaux des poumons, du cerveau, etc.;' et, à ce compte, toute digestion serait une maladie mortelle. Ou bien l'estomac, par une sorte d'élection inexplicable, n'absorbe du produit liquide de la digestion , que le nutriment proprement dit, non précipitable par le sang; supposition do ut l'invraisemblance saute aux yeux , puisque l'absorption est un phénomène purement physique , identique à l'endosmose. Admettrons-nous qu'il se passe, dans l'absorption stoma-

cale, quelque chose d'analogue à la dialyse des solutions mélangées, séparables par leur filtration lente à travers les membranes animales, et que les parois gastriques ne sont traversées que par la solution de peptone? Non, car des essais directs ont démontré que les membranes animales laissent passer également bien la peptone et la parapeptone à l'état dissous, isolées ou mélangées.

De toutes façons, nous ne pouvons sortir de cette diflBculté si nous continuons à considérer la parapeptone comme précipitable seulement par la neutralisation, car le produit de la digestion stomacale naturelle et la muqueuse de l'estomac sont toujours acides, au moment le plus actif de l'absorption; seulement la muqueuse stomacale l'est un peu moins que le liquide stomacal.

Afin de nous rendre compte de ce qui a lieu pendant la vie et de quelle manière est empêchée l'absorption de la parapeptone, que nous ne saurions admettre, après les considérations qui précèdent, étudions encore une fois , dans tous ses détails, le phénomène de la précipitation de cette substance, dans un liquide qui en contienne une quantité facilement reconnaissable.

Voici une solution digestive de viande , soumise depuis huit jours à l'action d'un suc gastrique très-riche en pepsine. Le liquide, filtré aujourd'hui, ne laisse pas reconnaître de trace de putréfaction. Nous pouvons nous attendre, par conséquent, à une digestion aussi complète que possible. L'ébullition ne produit pas de précipité. L'adjonction d'un acide concentré (acide chlorhydrique), pas plus que celle du ferro-cyanure de potassium, ne diminue la transparence de la solution, preuve que le liquide ne renferme plus de corps albuminoïdes à l'état primitif. En revanche, par le réactif de Millon, nous obtenons un coagulum abondant qui, chauffé, devient rapidement d'un rouge intense. Comme le liquide rougit distinctement le papier bleu de tournesol, la neutralisation va nous déceler la présence de la parapep-

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tone. Il importe de procéder lentement , afin de surprendre le moment précis où commencera la précipitation et le moment où elle sera devenue complète. Les premières gouttes de potasse caustique, que j'ajoute, ne produisent pas d'effet. Le liquide rougit toujours distinctement le papier bleu de tournesol. L'adjonction de nouvelles gouttes fait apparaître dans la partie supérieure du liquide, un trouble blanchâtre, qui disparaît lorsque je secoue légèrement le tube. Puis voici que le précipité se déclare dans tout le liquide. La réaction persiste a être acide. Je continue à verser des gouttes d'alcali , tant que le précipité augmente , et je m'arrête au moment où il commence à se rassembler en flocons, signe que la neutralisation a fait tout ce qui est en son pouvoir et que rien ne se précipite plus. Examinons si le liquide est réellement neutre en ce moment. Eh bien, messieurs, le tournesol, comme vous voyez, est encore rougi, quoique à un degré beaucoup plus faible qu'au commencement de la précipitation. Je filtre et j'ajoute encore une goutte d'alcali. Le liquide reste limpide. Donc toute la parapeptone a été précipitée.

Il résulte de là , en harmonie avec les observations de Meissner, que la ^arapeptone devient insoluble., non pas à la neutralisation complète., mais aux approcJies de la neutralisation., lorsque le liquide présente encore un trèsf aille degré d'acidité. Ce fait nous permet d'afiBrmer que la parapeptone n'est pas absorbée par les vaisseaux gastriques. Eu effet, si elle commençait à pénétrer dans la muqueuse, elle serait arrêtée dans la couche moins acide de cette tunique , qui doit exister entre le sang alcalin et le contenu stomacal acide.

La digestion stomacale de toutes les substances albuminoïdes est accompagnée de la formation d'une certaine quantité de parapeptone laquelle, je le répète, est un produit constant et définitif de l'action du suc gastrique sur ces substances. Brucke n'est pas d'accord, en cela, avec Meissner , et

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considère la parapeptonc comme un produit transitoire, capable de se convertir lui-môme en peptone, avec les progrès ultérieurs de la digestion. Cette question, comme je vais le montrer, n'a pas seulement un intérêt théorique, mais de sa solution , dans l'un ou dans l'autre sens , peuvent dépendre des indications précieuses pour le traitement de certaines maladies chroniques de l'estomac chez l'homme. Ainsi , dans les cas de rétrécissement du pylore, avec persistance normale de la digestion stomacale, il importe de donner aux malades des aliments qui puissent être entièrement élaborés et absorbés dans l'estomac même. Beaucoup de médecins croient suffisamment satisfaire à cette indication, en nourrissant leurs malades d'albumine, de fibrine, de lait (caséine) et en empêchant, partons les moyens possibles, les vomissements qui accompagnent presque toujours cette affection. Leur but, en agissant ainsi , est de prolonger assez le séjour des aliments dans l'estomac , pour en rendre l'extraction et la transformation aussi complètes que possible Les théoriciens qui partagent, à l'égard de la parapeptone, l'opinion de Briicke et de Mulder et qui pensent que ce corps est, comme la métapeptone, un état passager de l'albumine en digestion, doivent approuver pleinement les efforts tentés par les médecins pour supprimer le vomissement, afin de donner à la parapeptone le temps de se convertir elle-même en un nutriment assimilable. — Ceux au contraire qui admettent, comme nous, que la parapeptone est un produit non susceptible de métamorphoses ultérieures dans l'estomac, conseillent de ne pas empêcher le vomissement, vers la fin de la digestion , lorsque l'organe est chargé du précipité de parapeptone qu'il ne peut plus ni transformer ni absorber. Il est évident que c'est cette dernière indication qui devra prévaloir, si nous démontrons l'exactitude de notre première assertion, confirmative de l'opinion de Meissner. Voici sur quels faits Briicke s'appuie pour déclarer la

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parapeptone une modification instable des corps albiiminoïdes en digestion.

Si l'on mélange de l'albumine crue, liquide, avec de l'eau faiblement acidulée , contenant de la pepsine , on observe qu'au bout de quelque temps l'albumine, d'abord soluble dans l'eau , devient insoluble , car si l'on fixe l'acide à un alcali, en neutralisant le liquide, toute l'albumine est précipitée. Plus tard, avec les progrès de la digestion, la neutralisation produit un précipité de moins en moins considérable (qui serait la parapeptone de Meissner), et la plus grande partie de l'albumine reste à l'état dissous. Partant de la supposition erronnée de l'identité de ces deux précipités, l'auteur en conclut que toute l'albumine en digestion passe d'abord par un état insoluble dans l'eau, pour redevenir peu-à-peu soluble par l'action ultérieure du suc gastrique, et que la parapeptone n'est autre chose que le résidu de ce corps intermédiare, destiné à se convertir également en peptone soluble, avec les progrès de la digestion. La même chose, selon Brûcke, aurait lieu dans l'estomac.

La première partie de ce raisonnement paraît être exacte. Toute albumine liquide passe en effet , comme l'a trouvé Meissner, et comme je l'ai pleinement confirmé, par un état insoluble dans l'eau, quand elle est soumise pendant quelque temps à l'action d'un acide faible. Nous pouvons déduire entre autres de cette propriété, sur laquelle nous reviendrons encore, que la digestion d'un œuf cru doit être plus longue et plus lente que celle d'un œuf cuit , car l'albumine de l'œuf cuit se trouve déjà dans l'état insoluble, que l'acide gastrique doit préalablement produire dans l'œuf cru , avant que puisse commencer la transformation digestive proprement dite. Cette première modification demande un certain temps, perdu pour la digestion de l'œuf cru, et épargné pour la digestion de l'œuf cuit , dont la métamorphose en peptone peut commencer tout de suite. Eu effet, certains individus sont pris de malaise et de

nausées, s'ils boivent de l'eau quelque temps après avoir mangé des œufs frais. Ils provoquent, de cette manière, la précipitation partielle de l'albumine ingérée, devenue insoluble dans l'eau, et la formation brusque de grumeaux solides dans l'estomac (comme il arrive aussi dans la digestion du lait), peut entraîner, chez des personnes particulièrement sensibles, un malaise général, allant parfois jusqu'aux nausées et au vomissement. En vertu du même principe, si l'on ordonne des œufs crus à des convalescents, on fait bien de leur défendre de boire beaucoup d'eau après, et de leur recommander, au lieu de l'eau pure, la limonade et les liquides acidulés en général.

Quant à la seconde des assertions que nous discutons, savoir l'instabilité de la parapeptone et sa métamorphose définitive en peptone , elle est décidément en opposition avec les faits. La solution de viande que nous avons examinée aujourd'hui , et qui résultait d'une digestion artificielle, continuée pendant huit jours, c'est-à-dire infiniment plus longtemps que ne peut l'être aucune digestion dans l'estomac vivant , a montré néanmoins assez clairement la présence de la parapeptone, qui a formé, lors de la neutralisation, un nuage blanchâtre dans le liquide. Meissner n'a jamais pu éviter la formation de ce produit, même en prolongeant encore davantage la digestion artificielle, et en cherchant à la rendre aussi complète que possible , par l'addition répétée de quantités fi'aîches de pepsine acidifiée. Non seulement la production de la parapeptone est un fait invariable pour la digestion peptique de toutes les substances albuminoïdes qui ont été examinées sous ce rapport , mais encore sa quantité proportionnelle dans la solution digestive paraît être presque toujours la même, sans que par la prolongation indéfinie de la digestion on parvienne à modifier cette proportion. Pour l'albumine coagulée (d'œuf) cette quantité représente environ un tiers de l'albumine primitive.

Mais il y a plus. On peut isoler la parapeptone, obtenue par la neutralisation du liquide digestif, et la soumettre à une nouvelle digestion artificielle, sans réussir davantage à la convertir définitivement en peptone. Dans ces conditions, la parapeptone tend, au contraire, à devenir de moins en moins soluble, et à se changer en un autre corps que l'on a désigné sons le nom de dys2)eptone.

Étant ainsi prouvé que la parapeptone est un produit définitif de la digestion , non susceptible de métamorphoses ultérieures dans l'estomac, il ne reste pas moins douteux si nous devons considérer la parapeptone comme le résultat d'une véritable transformation des corps albuminoïdes par le suc gastrique, en tant qu'agent organique^ ou si elle n'est, comme le veut Brûcke, qu'une fraction de l'albumine primitive, persistant dans la modification précipitable par la neutralisation, modification que l'on obtient par l'action seule des acides dilués.

Il s'agira donc, avant tout, dans la continuation de ces études, de déterminer les modifications que détermine, dans la constitution des substances albuminoïdes, l'eau acidulée seule, abstraction faite du ferment peptique.

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