NERF DE LA TROISIEME PAIRE
nerfs moteurs de Tœil, comme le prouve l'expérience suivante :
Exp. — Sur un jeune lapin, j'ouvris le crâne, j'enlevai les lobes antérieurs du cerveau » et je divisai les dei» nerfs optiques. L'animal était alors complètement aveugle, et les pupilles étaient largement dilatées et immobiles. Cependant le globe oculaire avait conservé ses mouvements, que l'on rendait manifestes en faisant tourner la tête de l'animal. Le lapin était toujours bien vivant, et la cornée et la conjonctive avaient conservé parfaitement leur sensibilité. Alors, du côté gauche, ou cassa dans le crâne le nerf de la troisième paire. L'œil devint saillant; il survint le stmbisme en dehors | la chute de la paupière supérieure, et tous les symptômes de la destruction de la troisième paire.
Au moment de la destruction du moteur oculaire commun, la pupille n'avait pas éprouvé de changement; elle ne s'était ni resserrée ni dilatée. Alors, avec un petit crochet, je cassai le nerf pathétique dans le crâne. Il n'y eut rien de changé du côte de la pupille ; seulement, les mouvements du globe de l'œil avaient toujours lieu eo dedans, quand on faisait tournerla tète de l'animal* Enfin, on détruisit la sixième paire : il n'y eut rien de changé dans la pupille; quant au globe de l'œil, il était complètement immobile, quels que fussent les mouvements que l'on fit exécuter à la tète de l'animal. Après toutes ces opérations, la conjonctive et la cornée étaient toujours restées sensibles. Dans cet état, on pinça la branche ophthalmique ; aussitôt Tanimal cria et la pupille se contracta considérablement.
L\ PAaALYSIB. 309
Da côté droit, où les nerfs moteurs de Tœil n avaient pts été coupés, on pinça de même la cinquième paire, œ qui donna lieu aussitôt à une contraction énergique de la pupille droite. La présence ou l'absence des nerfs moteurs n*avait donc rien changé au phénomène.
Du côté gauche, avant le pincement de la cinquième paire, en irritant le bout périphérique du nerf moteur oculaire commun , on n'obtenait aucun phénomène de mouvement dans la pupille.
En résumé, nous trouvons comme effets de la paralysie de la troisième paire : strabisme externe , saillie du l^be oculaire, chute de la paupière supérieure, élargiflBement de la pupille.
Les phénomènes de la paralysie , simples en ce qui ttt relatif aux muscles moteurs du globe oculaire, sont moins faciles à comprendre en ce qui concerne Tiris. Lorsque la troisième paire est détruite, il y a relâche*meut des muscles avec diminution de Touverture pupillaire, mais non paralysie de Tiris. Quoique la pupille soit, d'une manière permanente, plus lai^e que œlle du côté opposé , elle n'a pas perdu la faculté de ae dilater ou de se rétrécir sous certaines influences.
La section du grand sympathique détruit toujours cette dilatation , et la galvanisation du nerf l'élargit davantage ; l'action de la belladone peut encore la dilater. n n'y a donc pas à proprement parler paralysie comj^ète, c'est-à-dire perte de mouvement.
Ou a cru pouvoir expliquer ce qui se passe dans ce cas en admettant une paralysie incomplète. Pour mieux vous faiie saisir la nature de cette explication^
B.» Sm. MUT. — u. M
210 MouvEBfcirrs de la pupille.
il faut comparer ce qui se passe alors dans l'œi iua phénomènes réflexes en général. Nous avons tu qtle ks impressions perçues par la cinquième paire peofeut réagir sur les organes internes; qu'une infloenoe mécanique, qu'un gravier dans l'œil déterminait soir k cinquième paire une impression qui se traduit par une contraction de la pupille, de même que la seosatioa lumineuse qui affecte normalement la rétine. La contraction pupillaire se présente donc comme réactiofe réflexe déterminée par une influence mécanique ou lumineuse, agissant sur la cinquième paire ou sur te nerf optique. Par quelle voie se transmet l'taflaeiMt réflexe ?
L'impression portée au centre parla cinquième prare, reviendrait, d'après l'explication indiquée plus haut, pCf le nerf moteur oculaire commun, fierf moteur de retour. Or, ce nerf offre une particularité bien digne d'être n6>> tée : sur son trajet se trouve un ganglion, placé tout près de l'organe sur lequel agit la troisième paire; t?esA H ganglion ophthalmique.
Lorsque d'autres branches de la cinquième pat rb sont affectées, nous avons vu que les actions motrices de r& tour sont transmises aux organes par un nerf moteur spécial, le nerf de Wrisberg. Ici, nous ignorons si M0 portion du grand sympathique vient dans le gasglieil ophthalmique , ou si ce ganglioû est exclijsivement wé dépendance du nerf moteur oculaire commun.
Pour savoir si ce ganglion doit être considéré comme appartenant au nerf moteur oculaire commun, on agai^ vanisé ce nerf avant le ganglion, pensant que s'il en était
noirrevcNTS de la potiiIe. 211
imsi, la galyanisation du rierf produirart une ôontractîoD de la pupille. Or, cette contraction n'a pas été obtenue. Si, au contraire, on excite les filets cfliaires, tpà do ganglion opbthalinique se rendent à l'iris, on fait ebntrader la pupille.
Dans la dernière leçon, je vous parlais d'une loiqA'on irait autrefois formulée, et d'après laquelle les nerfs qui traversent les ganglions périphériques du grand syniptthique prendraient dans ces ganglions la faculté d'agir sur les organes auxquels ils se rendent. On avait formulé cette loi d'après la seule expérience que je tiens de vous dter. On disait, pour le cas qui nous occape, que la troisième paire fait contracter la pupille ; mais il faut pour cela qu'elle ait traversé le ganglion Cflithalmique.
Noos aurions donc ici une double exception apparente dont il faudrait chercher la raison : l^^ la galvanisafion du nerf moteur oculaire commun avant le ganglion ophthalmique ne fait pas contracter la pupille; 2* la Action de la troisième paire donne cependant lieu à Féiargissement de la pupille.
Quoi qo'il en soit de ces faits, auxquels la série de nos léfcherdies sur le sympathique nous ramènera très proitf^lement, nous savons que l'iris reçoit non-seulement des filets moteurs de la troisième paire (si tant est que ce kH le ganglion qui reçx)ive ces filets et non lui qui les tonne), mais qu'il en reçoit encore du grand sympa- Qiiqoe du cou. Nous devons noter, en outre, que pour i|De la contraction de la pupille ait lieu, il faut que les lliQScles moteurs du globe oculaire le maintiennent dans
une pQsition telle que la pupille soit dirigée en dedans. U est donc nécessaire de tenir compte de cette condition, surtout quand on sait que, après la paralysie delà troisième paire, Taxe de Toeil se trouve dirigé en dehors dans une position qui favorise elle-même la dilatation de la pupille.
Si, quand on a coupé le nerf moteur oculaire commuo, la pupille n'agit plus par les excitations qui portent sar le nerf optique on peut en solliciter cependant les mouvements par des excitations qui portent sur le grand symphatique, telles sont l'atropine, la galvanisation da grand sympathique du cou . Nous retrouverions là une influence rapprochée, qui est le nerf sensoriel, et une influence éloignée qui serait dans le sympathique viscéral, comme pour la sécrétion salivaire ; la pupille pourrait donc reconnaître la cause de ses mouvements dans des sensations locales, ou dans des sensations éloignées, profondes, comme on le voit dans ceilaines affections intestinales.
Admettant pour le moment que les mouvements de la pupille sont sous la double influence du nerf moteur oculaire commun et du grand sympathique, la queslkm serait maintenant de savoir si, comme on l'a cru^ toi M* tions de ces deux nerfs sur la pupille sont difiëreates^ ou s'ils agissent dans le même sens.
Ruete et MM. Budge et Waller, etc. , ont admis que ces deux influences nerveuses étaient antagonistes; queU troisième paire et le grand sympathique ne se distribuaient pas aux mêmes oi^anes contractiles dans riris.
On a, vous le savez, décrit dans l'iris des fibres con*
tractiles circulaires, produisant la contraction de la pupille, et des fibres radiées en produisant au contraire la dilatation. Ruete et MM. Budge et Waller, voyant la section du nerf moteur oculaire commun produire un élargissement de Touverture pupillaire, pensaient que, dans ce cas, les fibres circulaires étaient paralysées; que le contraire avait lieu pour le grand sympathique. fls expliquaient ainsi, par la paralysie des fibres radiées, le rétrécissement de la pupille consécutif à la section du sympathique du cou, rétrécissement déjà observé en 1732 par Pourfour Du Petit.
Cette théorie me semble difficile à soutenir, car, lorsque, après la section d'un de ces nerfs, il y a élargissement ou rétrécissement persistant de Touverture pupillaire, il peut encore y avoir des mouvements de l'iris. Ceux^i sont seulement plus limités.
Si Tanalogie devait être invoquée ici, elle nous porterait à penser que les choses peuvent se passer comme dans les glandes, où nous avons vu deux nerfs agir à la fois sur un même organe, et agir tous deux dans le sens différent, sans qu'on puisse dire toujours que ce soit dans un sens opposé. II est probable qu'il en esit de même pour la pupille, et qu'il faut se contenter de dire que ses mouvements reconnaissent simplement deux ou pluaeurs sources.
n nous resterait à examiner pourquoi, en agissant sur le nerf moteur oculaire commun, on ne détermine pas"" de contraction de la pupille, et à quoi peut tenir cette exception apparente à une loi qui semblerait s'appliquer aux phénomènes observés dans d'autres organes. Ce
2ik MOUVEBIENTS DE I^ PUPUXE.
n'est que par de nouvelles expériences sur le nerf moteur oculaire commun qu'on pourrait résoudre cette (j|[uestion. Il faudrait aussi répéter la même expéridoee sur Porigine du nerf facial pour la corde du tympaf). Nous renvoyons encore ces études à celle du grao4 sympathique auquel elles appartiennent. Nous allons inaiotenant vous rapporter quelques faits qui montrent que cet élargissement de la pupille n'est pas toujours un symptôme constant dans la paralysie de la troisième paire.
Obsbrtation I. — Paralysie de la paupière supérieure droite et rotation forcée de Vœil en dehors^ vuê intacte à droite^ pas de dilatation de la pupille de ce côté.
Lç 2 1 janvier 18^ 1 , eau-e i 1* bftpîtal de U Cbjuîté» salte 9*) 9» un homme de cinqnapte-sii ans. Cet bomme, qui avait natonllement la vue faible, fit, il y a trois ans, une chute à la suite de laqndb la vision s'affaiblit encore davantage.
Il y a un an, rœil gauche cessa de voir. Le droit avait conservé la faculté visoeUe, mais il était faible le soir. Le 20 janvier, h paupière supérieure droite too)be tout à coup et re9t6 pandysée; 4l auîte l*œil gauc/te recouvre en partie sa facultévisoelle.
Le 28, la paupière droite est forcément abaissée. Quaud on II retourne, on voit que Fœil est fixé immobile en dehors. La pupille droite n'est pas plus dilatée que Tautre. La perception des objets eat nette.
Piuaieuri véaicatoireB sont appliqués au front Au boat 4e dev omis, (a paralysie de la paupière est guérie ; loaia la notalîpa foeét de l*œil en dehors persiste comme à l'entrée. Le malade aprt
Observation IL — Paralysie de la paupière supérieure droite, et rotation forcée de rœil en dehors ; pas de diliAotiom de la pif* pille droite,
Fequney q^arianiie-sixans, hppital de Ja Cliarité, salle Sainte- Anne^ n® 9. Ayant habité unan un logement humide : tout à coup, au çom-
meoceBieiit d'avril 1846, chute de la paupière supérieure droite, A l'eatrée, on constate cette paralysie et la rotation forcée de Tœil €0 dehors. La pupille droite est uni peu moins contractile que la gncbe ; mais elle a le même diamètre, diamètre qui est normal.
La Toe est conserfée à droite eomme à gauche.
Yéâcatoires aa front, saignée do pied , sans résultat appréciaUe.
Oa pratique plusieurs inoculations avec une solution aqueuse de chlorhydrate de strychnine ; on obtient ainsi un écartement des paupières de 0m,009, Técartement normal étant Oin,011.
Le chef du service ayant suspendu le traitement, la paupière retomba ensuite au contact de l'inférieure.
Il 661 curieux de voir que chez les oiseaux les mouyeipeots de la pupille ne présentent que peu de phéno* nèiies différents relativement aux influences nerveuses.
E(Dp. — Sur un pigeon, je coupai la cinquième paire dans le crâne à Taide d'un très petit crochet tranchant, enfoncé au-devant de Tinfundibulum auditif. On dirigea ra^trument légèrement en haut et en arrière ; on le fBUfisa doucement, en suivant le plancher de la fosse temporale ; et, lorsqu'on fut arrivé sur la cinquième paire, on la détruisit par un mouvement de la poiute du crochet.
Aprèç cette opération, laite du côté droit, le pigeon montra une insensibilité complète de la cornée , de la GûDJODCtive et (de la moiUé correspondante du pourtour djv bec.
Au moment de la section , on observa une constriclioo momentanée et très fugitive de la pupille. Il y eut, aussitôt après Topération , une occlusion de Tœil par âévation de la paupière inférieiu'e.
i^'œil, du côté opéré, ne paraissait pas larmoyant ; et torsqu'oD écartait les paupières et qu'on exposait l'œil à la
lumière, il y avait des mouvements rapides de la mem* brane nictitante. Les mouvements du globe oculaire semblaient parfaitement œnservés et aussi forts que du côté sain. Une demi-heure après l'opération, le pigeon était toujours dans le même état : il y avait occlusion complète de la paupière droite, insensibilité de la conjonctive , de la cornée ; la pupille était du même diamètre des deux côtés, également mobile ; les mouvements de la membrane nictitante et ceux du globe oculaire étaient parfaitement conservés.
Le lendemain, vingt-quatre heures après l'opération, le pigeon était toujours vif et dans un très bon état. Il offrait les mêmes symptômes que la veiNe, relativemmt à Tocclusion de la paupière , à l'insensibilité des parties, aux mouvements du globe oculaire, de la .pupille et de la membrane nictitante.
La cornée ne paraissait pas plus sèche du côté opéré; mais il faut noter que Tocclusion des paupières la tenait constamment recou verte . Il n'y avait pas sur elle d'opacité apparente ; mais il y avait vers son centre une espèce d'ulcération qui provenait peut-être d'une blessure par les instruments.
' n était difficile de bien constater la mobilité de la papille; pour pouvoir agir plus facilement, j'enlevai avec des ciseaux les deux paupières et la membrane nictitante ; ce qui se fit sans douleur, puisque la dnquième paire était coupée.
Alors , étant dans l'obscurité , et dirigeant de la lumière artificielle sur l'/Bil , on vit manifestement des mouvements alternatifs de resserrement et de dilatation
de la pupille. On put voir manifestement aussi que chaque contraction de Tiris coïncidait avec un mouvement de totalité du globe de Toeil, ce qui n'avait pas lieu pour la dilatation. On vit encore que les mouvements de totalité du globe oculaire étaient conservés du côté opéré. Le pigeon était très bien portant et continuait à manger.
Le lendemain de la précédente opération, l'œil droit était opaque et enflammé ; il y avait du pus et on ne pouvait plus rien observer.
Du côté gauche , en essayant de couper la troisième paire, je comprimai la cinquième ; aussitôt, il y eut insennbilité de Tœil gauche dont les paupières se fermèrent; le bec de Tanimal restait entr'ouvert. Mais bientôt la sensibilité du globe de l'œil revint, les paupières s'ouvrirent, les symptômes produits cessèrent.
Je coupai alors les trois paupières, après quoi je divisai oomplétement la cinquième paire de ce côté. L'insensibilité se manifesta de nouveau, ainsi que Técartement du bec avec lequel l'animal ne pouvait plus serrer. On con« stata que la pupille, qui avait semblé dans ce cas éprouver un élargissement au moment de la section, avait conservé sa mobilité ainsi que le globe de l'œil.
Pour faire contracter la pupille chez les pigeons à Faide d'une lumière artificielle, lorsqu'on est dans l'obscurité, il fout agir d'une certaine manière. Quand on promène la lumière au-devant de l'œil , transversalement, on observe que lorsque la lumière est arrivée de façon à tomber sur l'angle interne de Tœil, il y a un resserrement de la pupille. Quand, au contraire elle est en de*
218 MOUVEMENTS D|J QhOm DE l'oEIL
hors ejt tombe sur Tangle externe, il y a dilal4tipD i)e bi pupille. Ce phénomène est très manifeste et très bieyi caractérisé.
Parlons piaintenant des particularités qui sont relatives aux mouvements du globe de Toai).
A propos des mouvements du globe de T/oeil, il y a, au point de vue pathologique, des considérations relative^ au strabisipe, ppuyant dépendre soit de la lésion du nerf, i^it d^ lésion du muscle. U arrive aussi parfois que, dapi certains états morbides, il se manifeste des troubles dans )e$ mouvements du globe de Tœil , et qif'il sortent un strabisme divergent ou convoient.
On a signalé dans certaines méningites un sti^bisma interne, et l'on a considéré ce strabismje cœBo^e symptor m^tique d'une méningite de la base du cerveau, ame^ nant une paralysie que Ton expliqui^rail par Tinflammation du nerf de la sixième paina (qotaur ocHlaiFeexterQe)• OIl trouve i&ncore , dan$ certains cas , des lésions du cerveau qui produisent des déviations dans le globe de l'œil, qu'on ne peut rattacher à la paralysie bien déter* minéjs d'aucun muscle de cet organe. C'est ainsi quQ Id bles^re du pédoncule cérébelleux détermine iine déyiar tion des yeux, qui est exactement en rapport avec le sens ()e la rotation, qui est la conséquence de cette lésion. Si ranimai tourne à g^^cbe, par exemple, son oail gaudiQ regarde en bas, tandis que son œil droit regarde en \mA et vice versi. Cette déviation des yeux est caraçtéristiqiie, et pi^siste lorsqu'on maintient le corps et la t^ de Ta* nimal ^ et qu'on empêche les mouvements de se produire di^is ((^ p^rti^.