DIXIÈME LEÇON
10 Jimi 1857.
SOMMAIRE: Nerf spinal. ^ Son histoire phystoïogiqae : GaHoi, WUlis, Scarpa , Ch. Bell, BischolL — - Anatomie da nerf spinal cha Phomme et chez les animaax* — Propriétés du spinal.
Messieurs ,
Nous avons souvent répété que la distribution anatomique d'un nerf étant connue, la méthode physidogique expérimentale qu'on emploie pour déterminer ses usages consiste à le couper. Le nerf ainsi séparé du cerveau ou de la moelle n'exerce plus son influence dans les parties du corps où ses branches se ramifient. Les phénomènes auxquels il donnait lieu ne se produisent plus; en constatant leur absence, on établit par voie négative le rôle qui appartient au cordon nerveux.
Si les fonctions du spinal sont restées longtemps indéterminées, cela tient uniquement à ce que ce nerf était plus difficilement accessible que beaucoup d'autres au mode d'expérimentation que je viens de rappeler. L'idée de détruire ses origines nombreuses et d'aller les atteindre au milieu du trajet bizarre qu'elles parcourut dans le canal rachidien, parait, au premier abord, d'une réalisation presque impossible. Cependant cette eif^ rience a été tentée et exécutée dans ces derniers temps. Mais, les mutilations considérables qui accompagnaient l'opération entraînant toujours rapidement la mort des animaux, les expérimentateurs n'ont pu établir leurs
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opinioDs que sur des phénomènes de courte durée, et oonséquemment incomplets.
Les résultats obtenus au milieu de ces circonstances. ié&Torables ne m'ont pas paru, ainsi qu'à beaucoup de physiologistes, suffisamment concluants , et on ne poumit en attribuer la faute qu'au procédé expérimental, \p était défectueux, car le sujet avait été étudié avec ratant de conscience que de savoir.
J'ai enttepris autrefois des recherchéis à ce sujet, dans la penaée que si on trouvait le moyen de conserver la fie aux animaux, et cependant de détruire chez eux complètement toutes les origines du spinal, le problème serait résolu.
Après des épreuves longues et multipliées, j'ai enfin réussi à faire ce que n'avaient pas fait mes devanciers , k observer et à étudier pendant un temps considérable les troubles apportés aux fonctions des animaux aux- (juels j'avais enlevé complètement les nerfs spinaux ou looessoires de Willis. JTai pu en conséquence présenter des faits nouveaux, qu'on trouvera, jei'espère, déduits fane expérimentation aussi rigoureuse que possible.
Dans Texposé des travaux qui ont été entrepris pour irriver à établir le rôle physiologique du nerf spinal, je passerai succinctement en revue les principales opinions émises jusqu'à ce jour sur les fonctions de ce nerf. Je m'arrêterai principalement au travail de Bischofi*, et je discuterai avec soin cette doctrine actuellement régnante, d'après laquelle on voudrait confondre le poeamogastrique et le spinal comme les deux racines d'une paire nerveuse rachidienne. L'importance de
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cette théorie et la célébrité qu'elle a acquise justifierool sans doute retendue des développements que je doonerai à son examen.
Je vous rappellerai ensuite les recherches anatomiquei et physiolo|;iques à Taide desquelles j'ai déterminé les fonctions du sj^nal. Sous le rapport anatomique^ je crois avoir été conduit à des vues nouvelles, qui éoiairdront et simplifieront les descriptions très diverses et soin vent confuses qu'w a données sur les origine» et la (iistribution du nerf spinal. Sous le rapport physiologique^ si j'insiste sur les procédés d'expériences qui me soot propres, c'est qu'ici plus que jamais les résultats dépendaient des moyens d'analyse et d'expérimentatioD.
l"* Wu.us (166/i). Galien n'avait sur le spinal que des connaissances fort incomplètes, et il considérait ce nerf comme un rameau du pneumogastrique (6* paire de Galien). Willis le premier décrivit comme un nerf pa^ ticulier le spinal, auquel il reconnut une origine et une distribution distinctes de celles du pneumogastrique, n assigna également un rôle physiologique diiSérent k ces deux nerfs.
Willis signala parfaitement les origines du spinal à Is moelle épinière cervicale ; il décrivit son trajet ascendant dans le canal vertébral et sa sortie du crâne avec le pneumogastrique par le trou déchiré postérieur. Il in- ^ta sur les connexions que le nerf spinal offre dans le trou déchiré postérieur avec le pneumogastrique, et il regardait déjà cette anastomose comme un lien physiologique entre les deux nerfs, «c C'est dans ce point, ditiK que le vague (ou pneumogastrique) peut, à la fiaveur
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d'nm étroite unioq, coQimuniquer ses fibres, et, par mtfij ses propriétés à l'accessoire (ou spinal). »
Or» voici commeot Willis interprétait physiologiquement cette union nerveuse. Suivant lui, le spinal était UD nerf moteur volontaire^ qui remontait dans le crâne et s'adjoignait au vague, non pour lui fournir, mais au ooDtraire pour lui emprunter des fibres et par suite une influence motrice involontaire. D'où il résultait, d'après Wlilis, qu'indépendamment de sa vertu motrice voloD^re qu'il tirait de la moelle épinière cervicale, I4 «pJQHl possédait de plus, par cet emprunt de filets au YlguQ, une faculté motrice involontaire acquise, qui }ui permettait d'agir sympatbiquement avec le pneumorgAttriqu^ dans certains mouvements des passions se p44sant dans te cou et dans le membre supériepr. Puis l'iMit^ur supposait que c'était afin de contracter cette anastomose iqiportante dans le trou décbjré posterieur que )e spîpal né de la moelle épinière cervicale avec les qerfs volontaires était obligé de remonter dans le crâne ^ do parcourir un trajet si bigarre. EnQn, Willis ajoutait qu'au moyen de cette anastomose nerveuse le spinal devenait l'auxiliaire ou, suivant son expression, Y accèstt4rp du pneumogastrique.
Cet fflLposé de la théorie de Willis sur les fonctions du ppiqftl prouve clairement que cet auteur admettait que \fi pneumogastrique fournit une anastomose au nerf spit|gf» tandis que Scarpa et tous les modernes admettent an contraire ({M c'est le pneumogastrique qui répit MD6 atHMomos^ du spinal. Pans la deuxième partie de ce il, je prouyerai q^fç I^ description f}e WjUis n'«p
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est pas moins très exacte, et que si elle diffère de celle de Scarpa, cela tient uniquement à ce que ces deux auteurs ont délimité différemment les origines du nerf spinal. ,
2* ScARPA (1788). Scarpa, comme WilliSj chercha à expliquer les fonctions du spinal parTunionanatomique que ce nerf offre avec le pneumogastrique. Seulement il doilna une description de cette anastomose tout opposée à celle de Willis. Scarpa, en effet, a décrit, soui le nom de branche interne du spinal^ un rameau considérable que ce nerf envoie dans le tronc du vague ao niveau du trou déchiré postérieur, et il considérait déjà cette anastomose comme une sorte de racine motrice fournie par la moelle cervicale au nerf pneumogas* trique. Cette interprétation, qui fut admise par Sœmmerring, Arnold, etc., se retrouvera plus tard soutenue par Bischoff avec des développements nouveaux.
Comme doctrine physiologique, Scarpa pensait que le nerf spinal (ou accessoire de Willis) ne s'insère si longuement dans le canal vertébral qu'afin de porter au pneumogastrique Tinfluence nerveuse de toute cette étendue de la moelle. « Le nerf accessoire, dit-il, qui a la même origine que les nerfs du bras, remonte dans te crâne pour envoyer un rameau dans le vague ou pneumogastrique, et lier ainsi sympathiquement les mouvements qu'il régit à ceux du membre supérieur et du cou. » Bien que cette opinion semble se rapprocher de celle de Willis, en ce que le nerf spinal servii-ait à établir une relation sympathique entre les mouvements de la respiration et ceux du bras et du cou, elle eu dif-
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fère cependant essentiellement quant au fond. Pour Willis , c'était le pneumogastrique qui communiquait son influence au spinal, tandis que, pour Scarpa, c'était au contraire le spinal qui apportait au vague l'influence de la moelle épinière. Ces deux théories, au lieu de se confondre, sont donc en pleine opposition. Il ne pouvait en Hve autrement, puisque les deux auteurs ont basé leurs explications sur le même fait anatomique (l'anastomose du spinal et du vague) interprété d'une manière tout opposée.
3* Ch. Bell (1821 ) . Tel était l'état de la question sur les fonctions du spinal lorsque la découverte de Ch. Bell et Magendie sur les usages des nerfs rachidiens vint donner un nouvel élan à la physiologie du système nerveux. Ch. Bell et Magendie, comme on sait, furent les premiers qui démontrèrent expérimentalement la localisation des nerfs de sentiment dans les racines postérieures et celle des nerfs de mouvement dans les racines antérieures de la moelle épinière. Mais le physiologiste anglais subdivisa de plus les nerfs moteurs en deux ordres : les uns, moteurs volontaires, nés exclusivement du faisceau antérieur de la moelle, et les autres présidant aux mouvements involontaires ou respiralaires et prenant leur origine sur le faisceau médullaire latéral. Dans cette dernière classe, il range le /adalj le glùss(hpharyngien, le pneumogastriqtÂe, le spinal ou Vaccessoire et Yhypoglosse. Toutes les recherches de Ch. Bell sur le spinal furent faites dans le but de confirmer sa théorie des nerfs respiratoires.
Pour cet auteur, le spinal doit être un nerf respira-
toire^ parce qu'il naît du faisceau latéral de la moelU épipjère, et c'est à ce titre, dit Ch. 3ell, qu'il va pwter ^m muscles sterno-mastoïdien et trapèze une influence motrioe involontaire en rapport avec les mouvements normaux du thorax; et comme les muscles auxquels se distribue le spinal reçoivent encore des filets des racines antérieures par le plexus cervical, il s ensuit qu'ils possèdent à la fois une double faculté motrice, Tune volontaire, Faulre involontaire. Cette double source motrice expliquerait, d'après Ch. Bell, comment dans certains ca$ d'hémiplégie, lorsque les mouvejnents volontaires sont abolis, les muscles sterno-mastoïdien et trapèze peuvent encore servir à la respiration en soulevant I9 thorax dans les grandes inspirations.
Ixs opinions de Willis et de Scarpa 3ur les fonctions du spinal furent, ainsi que nous l'avons vu, de simples inductions anatomiques, tandis que Ch. Bell, et ensuite Sbaw, qui adopta sa manière de voir sur le spinal, furent les deux premier^ auteurs qui essayèrent de vé* rifler leur théorie par la voie expérimentale.
L'expérience suivante, qui est la principale» appartient à Ch. Bell. Sur un âne, chez lequel les muscles de la respiration étaient en action, ce physiologiste coup» tous les filets du spinal qui se rendent dans le steroQmastoïdien. « A.ussitôt, dit-il» tous las mouv^mçots involontaires ou respiratoires cessèrent dans Of) muscle, tandis que l'animal pouvait encore s'en servir çi^mji^ muscle volontaire. »
J'ai répété cette expérience sur des chiens, .do? cbals et 4es lai^in^ ^lans obtenir de$ résultats de la m^mç nature