‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 4)Chapitre 26 sur 86 · PORTION PROFONDC DU FACIAL · texte numérisé non relu

PORTION PROFONDC DU FACIAL

les phénomènes que l'expérimentation a à déterminer. I^ facial n'entre pas seul dans le conduit auditif interne ; il y est accompagné par le nerf auditif et par le nerf intermédiaire de Wrisberg, nerf d'une nature spéciale, comme nous le verrons , et dont rinfluence propre no saurait être négligée sans exposer à des causes d'erreur dans l'appréciation des faits physiologiques.

Le nerf de la septième paire, quand il entre dans le conduit auditif, est donc constitué par trois nerfs : lo facial proprement dit est en avant , lo nerf acoustique en arrière ; entre eux est le nerf intennédiaire de Wrisberg, décrit par Schaw^ comme une anastomose qui réujurait le nerf acoustique au facial. En effet, il. semble que les filets les plus antérieurs du nerf acoustique se séparent du tronc de ce nerf et viennent se joindre au nerf facial. On avait vu là une anastomose; mais ces filets constituent réellement, comme nous le verrous, un nerf spécial.

Nous devons donc d'abord éliminer. du facial le nerf acoustique qui, arrivé au fond du conduit auditif interne, s'y arrête et se distribue a l'oreille interne.

Il ne reste plus alors que le facial proprement dit, et ces filets que nous venons de voir former le nerf intermédiaire de Wrisberg.

Le facial et le nerf de Wrisbei'g entrent ensemble dans le canal de Fallope , où ils sont réunis eu un seul faisceau présentant, dans un trajet flexueux, trois portions séparées par deux coudes ; la dernière de C'CS portions conduisant le nerf au trou stylo-mastoïdien par lequel il sort du crâne.

]>\ r,0?ISl ITLTIUN A.VAlUMlyijE. KHJ

An-ivu daoi le canal de Fntlupe le t'uciitl est liiciitôt aivulé au gangliuii fi;éTiiculê il'où (lartont (lt.'ux iilels, le i^aud et le petit petreux. Ces deux (ilels i}ui éniaiieot de ce gaiiglioi] gétiiculi't établissent des cuminunit.'atious avec la cinquième paire. l.c petit pi'treiix. eu effet, se jette dans le paiigliim nttiiue, situé sur le trajet de la liranche masîllaia' iuférieiire, tandis que le grand |H*'treui se jette dans le ganglion sphéno-palatin, situé sur le trajet de la branche maxdiatre supérieure.

De la poiiion moyenne du trajet spiroïde du facial u'éniaue aucun rameau. Ce nerf en fournit, au contraire, plusîeui's dans sa portion descendante, entre son dentier coude et sa sortie par le trou stylo-mastoïdien. Il donne d'abord les filets qui se rendent au muscle de l'étrier; L-nsuile la corde du tympan, qui sort du crâne par la scissure de Glaser et vient se jeter dans un ganglion silito sur le trajet du rameau lingual de la branche maxillaire iriférieuro. l'ii autre filet, fourni encore par le facial dau-s celte dernière partie de stni trajet inlra-crànien , établit une «nastomose entre lui et le nerf glosso-pharyngien. Knfin, dans ct'tte partie le facial coniiiiuiiique encore avec le pneumo-gusiriqiir par mu: anastomose.

Avant d'examiner quel est le rôle de ces difléienls uerfs, je dois vous parler d'une hyfwthèse relative au facial et au nerf de Wrisberg, hypothèse d'après laquelle un a considéré ces deux nerfs comme constituant les ilcii\ raeiues d'une latsmc paire nerveuse.

Od avait dit qvie le facial naît conmie une racine anli'rieure, à laquelle le nerf de Wrisberg viendniil se joindre ii hi nuuiièi'c des racines iHisti-neiiies. Le carac-

HU IIIHTION PROKONDK DU FAIUAL.

tère aiiiitomiqiie dominant des racines postérieures élaul d'avoir un f^anglion sur leur trajet, on retrouvait ce fait dans l'uliservatîon qui montre les filets du nerf de Wrisberg allant se jeter plus spécialement dans le ganglion géniculé du facial. On tmnvait donc là des

fiG. 6 eu-

(1) Portion inlra<rdi'ie»ne du nerf facial chez nn dnon.— A, nerf aconatlqae ; — F, nerf facial ; — *! , iiert pneumoi;astrique ; — H , nerf glosso-pbarynglen ; — W, nerf accessoire de Wlllis ; — D, ganglion géuicul^ aur le trajet du nerf inlermédlaire a; — E, nerb pëlrenx éiiiBUarii (lu gauBlion giJniciilé ; — i', ganglion jugulaire du pneumu* gaslrlque ; — >,/, anastomose entre ie iierf facial et le pneumo-gasiriqiic ; — a, nerf intermMialre de W'rislterg anirefois considéré comme nne anastomose entre le nerf acuusliquc et ie facial ; — n', anastomose

SES l-aul'RlÉTtS PHYSK)l,0i;i(Jljli5. lil

misûris qui rapprochaient, jusqu'à un certain point, le uerf de VVrislwi^ d'une racine postérieure.

Od s" appuyait ensuite sur ce que c'était ce nerf inlermédiaire qui venait fournir la corde du tympan, le grand pélreux , le petit pélreux, pour considérer ces nerfs comme des filets rie sensibilité destinés à la langue et à l'oreille, etc.

Cette opinion ne me parait pas souteualtle pliysiulogiquemenl ni même anatoniiquenient.

Et d'abord quel est le caractère physiologique d'une raciae postérieure'? Une grande sensibilité ; sensibilité qui, alors que le nerf a été cou^w , persiste dans son bout central, lorsque, sur un animal dont le crAne a été ouvert, on pince la masse des nerfs de la septième paire, on trouve qu'il n'y a pas de sensibihté évidente. Ce défaut de sensibilité relative serait- il la conséquence du délabrement î Cependant la cinquième paire , pincée à ce moment, donne des signes d'une vive douleur. I.^ propriétés du nerf intermédiaire de Wrisberg ne permettraient donc pas de le regarder comme une racine postérieure.

On a prétendu que ce nerf fournissait des filets sensitifs, la corde du tympan qui intervient dans les phénomènes de gustation. Aous verrons qu'il y a une uutre interprétation à donner dans ce cas : la corde du tympan, sans rien préjuger sur sa sensibilité, agirait plutôt sur la gustation comme nerf moteur; son in-

Hî TORTION PROFONDE DU lAClAL.

muntrer que les analogies qui avaient fait regardei* le nerf de Wrisberg, comme une racine postérieure, étaient des analogies trompeuses.

Eu examinant les paires rachidiennes. on peut constater que jamais il n'émane de filets du ganglion intervertébral. Or, ici, le ganglion géniculé donnant naissauce à des filets nerveux, s'éloigne par ce caractère des ganglions intervertébraux pour se rapprocher des ganglions du grand sympathique. Ce caractère, qui n'a jamais été invoqué, me pamtt cependant tirs bon pour caractériser les ganglions du grand sympathique et les faire distinguer des ganglions intervertébraux.

J'espère vous démontrer plus tard que le nerf de Wrisberg est une racine du grand sympathique, racine qui naîtrait de la moelle allongée, comme une autre racine, signalée par MM. Budge et Waller, nattdela moelle rachidienne entre la région cervicale et la région dorsale, d'un point auquel ces observations ont donné le nom de région cilio-spinale. Quant au ganglion qui dans la paire crànieime, a laquelle appartient le nerf facial, représente le ganglion intervertébral, il faudrait le chercher vers l'origine du nerf trijumeau : c'est le ganglion de Casser.

Je pense donc que la septième paire crânienne des anatomistes doit être divisée en trois nerfs distincts ; qu'elle réunit : IMe nerf acoustique, nerf de sensibilité spéciale ; S*» le nerf facial, moteur ; 3** le nerf intermédiaire de Wrisberg constituant une racine d'origine du grand sympathique. Ce dernier porte sur son trajet le

SES PROPAIÉTÉS PUTSIOLOGIQUBS. liS

ganglion géniculé qui donne naissance aux nerfs pétreux et à la corde du tympan.

Cette distinction, que m'ont conduit à admettre mes expériences d'avulsion du facial, semble justifiée par les observations pathologiques. Les auteurs, en effet, ont quelquefois discuté sur les symptômes de la paralysie du facial, rencontrant tantôt les symptômes extérieurs seuls, tantôt les trouvant compliqués de symptômes internes du côté des glandes salivaires et sublinguales, de la luette, du voile du palais, etc. Dans ce dernier cas, le nerf de Wrislerg est atteint par la lésion . L'isolement possible de ces deux espèces de phénomènes, soit par les expérimentations physiologiques, soit par les observalions pathologiques, justifieront donc pleinement la distinction que nous venons d'établir.

Avant d'entrer dans l'étude expérimentale des fonctions du nerf intermédiaire de Wrisberg, il faut savoir que les différents ordres de phénomènes répondant aux trois ordres de nerfs que nous venons d'indiquer peuvent se rencontrer isolément.

Tout le monde admet que les paralysies du nerf acoustique peuvent exister indépendamment de celles du nerf facial. Quant à la paralysie du nerf facial proprement dite, les auteurs reconnaissent que tantôt elle est simple, c'est-à-dire qu'elle n'atteint que les mouvevements extérieurs de la face et n'altère que l'expression de la physionomie en laissant intactes toutes les parties profondes : voile du palais, langue, etc.

D'autres fois, au contraire, la pamlysie faciale, outre les symptômes extérieurs qu'elle manifeste, atteint aussi

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m I»AHALYS1E DU NERF FACIAL.

certains organes intérieurs : langue, voile du palais, pharynx, et détermine alors des altérations particulières dans le goût, dans la déglutition, etc.

Il est très fréquent de rencontrer des paralysies du nerf facial qui ne donnent lieu qu'à des phénomènes extérieurs sans atteindre les organes intérieurs. Des cas de cette paralysie simple due à des causes très diverses, ont été rapportés par beaucoup d'auteurs. Ils sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter; nous rapporterons seulement comme exemple le cas suivant pris dans la pratique de Magendie, et publié par M. C. James.

Observation. — Mademoiselle X...., âgée de 22 ans, d*an tempérament d'apparence lymphatique, se présente, le2avril 1860, à la consultation de M. iMagendie. Sa taille est moyenne, ses cheveux blonds, ses traits peu colorés. Elle dit avoir toujours joui d'une santé parfaite, lorsque, il y a 15 jours, elle éprouva, sans cause connue ni même appréciable, les premiers symptômes de la maladie dont elle est maintenant affectée. Ces symptômes, je vais les éuumérer en suivant Tordre de leur apparition, de leur succession et de leurs progrès.

Je divise donc mon observation en quatre périodes. ^ chacune de ces périodes correspondra un groupe particulier de symptômes, ainsi qu'une phase spéciale de la paralysie.

Première période. — Déviation des trait$ du côté droit ; paralysie de la septième paire gauche, — Le premier symptôme fut un léger embarras dans le jeu des paupières du côté gauche Bientôt le front et la tempe de ce côté cessèrent de se mouvoir. Pais la moitié gauche des lèvres et du menton perdirent leur contractilité et furent entraînées à droite. Jusque-là, la malade n'avait aucunement souffert, c'est alors qu'elle ressentit de l'engourdissement dans la moitié gauche de la langue, sans aucune gôoe dans les

moaTements de cet organe, en même icmps qu'une exaltation vive de Touîe, à tel point que les moindres bruits provoquaient à Tinlérieur de Toreilie gauche un pénible rctentisseineuL Au bout de fiog-quatre heures, Torcille et la langue avaient repris leur sensioilité normale ; mais les signes de la paralysie faciale persistaient. Ils avaient acquis leur maximum de développement à Tépoque où la malade vint consulter 31. Magendie.

Ainsi, distorsion des traits, surtout de la bouche et du menton, du côté droit. Impossibilité de les redresser, de plisser le front, ni de rapprocher complètement Tune de Tautre les paupières gauches. La lèvre supérieure de ce côté est pendante oi paraît plus longue qae da côté droit, Tinférieure est également paralysée dans toute sa moitié gauche. L'intervalle de ces deux lèvres donne issue à un écoulement involontaire de salive. La joue gauche, tiraillée à droite, est tendue, lisse, appliquée sur les dents et les gencives. On la voit se gonfler dans Fexpiralion, s'affaisser dans l'inspiration. Pendant le repas, les aliments se [portent el s'accumulent du côté gauche. Quand la malade parle, rit, communique quelque expression à ses traits, la difformité augmente. Ce sont donc bien là tous les signes d'une paralysie complète de la septième paire gauche.

M. IVIagendie prescrit le galvanisme el emploie le procédé qui Ini a tant de fois réussi dans les affections de cette nature. Une aiguille est implantée dans la glande parotide gauche : une seconde aigaille est successivement placée aux trous sus-orbitaire, sousorbitaire et mentonnier du même côté. Nous mettons ces aiguilles en rapport avec les conducteurs de la machine de Clarke, dont on tourne la roue lentement d'abord, puis ensuite un peu plus vite. (Chaque commotion galvanique s'accompagne, dans tout le côté correspondant de la face, de douloureux élancements; mais nous remarquons que les muscles se contractent très facilement Ces séance sont continuées chaque jour de la même manière. Quelquefois M. Magendie n'emploie qu'une aiguille, celle de la parotide, maisalors.il remplace la seconde par le bouton d'un des conducteurs qu'il applique sur la membrane muqueuse de la joue et des lèvres.

Peu de changement dans les premières séances. Les mascles se contractent un peu mieux dans le moment de Tinfluence do galvanisme, pour retomber ensuite dans leur immobilité. Quant à la sensibilité de tout ce côté de la face, elle est parfaitement intacte.

Vers la sixième séance (9 avril) , il est survenu d'importants phénomènes qui sont le prélude de complications nouvelles dans la marche et le siège de la paralysie.

Deuxième période, — Redressement passif des traits ; paralysie de la septième paire droite, — La déviation des traits diminue notablement. La bouche est moins tiraillée ù droite; en un mot, la paralysie, au premier coup d*œil, semble être en voie de guérison. Mais est-ce là une amélioration bien réelle ? — Consultons les symptômes en les isolant. Les mouvements sont à peu près aussi impossibles du côté gauche qu'ils Tétaient auparavant ; de plus, ils sont devenus difficiles du côté droit, où ils étaient restés intacts jusqu'alors. Ainsi, de ce côté, Tœil se ferme <^ peine, le front ne se plisse presque plus, le sourcil devient tombant, tous phénomènes qui ont signalé le début de la paralysie de la septième paire gauche. Il n'y a donc point amélioration ; c'est, au contraire, une paralysie nouvelle qui commence à envahir la septième paire du côté droit.

IVi. Nagendie, dans l'espoir d'en arrêter les progrès, soumet ce côté de la face à l'action galvanique. Mais les muscles se contractent moins bien qu'à l'état normal. Nul doute, par conséquent, que la septième paire du côté droit ne soit bien positivement compromise à son tour. Mêmes applications galvaniqucsdu côté gauche. Les contractions sont plus prononcées de ce côté, ce qu'il faut en partie attribuer à ce que les muscles antagonistes opposent moins de résistance,

f^ malade a ressenti, dans la journée du 12 avril, cet engourdissement du côté droit de la langue et cette surexcitation de l'ouïe que nous avions mentionnés lors de l'invasion de la paralysie gauche. Ce sont donc littéralement les mêmes phénomènes [)our la droite.

Malgré plusieurs séances successives, la paralysie de lascptlèiic

paire droite continac à faire des progrès. Elle esl maiutCDaot (15 avril) aussi complète que celle de la septième paire gauche. A ce degré de maladie^ voici quel est l'étal de la face :

Il n'y a plus la moindre déviation des traits. Ceux-ci sont réguliers, mais immobiles, impassibles, à tel point que les sensations intérieures ne se traduisent au dehors que par des changements dans la coloration du visage. Les yeux, largement ouverts, paraissent plus grands que de coutume. La malade essaye*t-elle de les fermer, elle ne le peut, et il reste entre les paupières un écoulement assez considérable qui laisse apercevoir la teinte bianchâti*e de la conjonctive. Les larmes coulent involontairement sur les joues, le front ne peut plus se plisser. Les sourcils, obéissant à leur poids, pendent an-dessus des orbites, ce qui donne à la physionomie une effrayante expression. Affaissement des narines; souvent, dans les fortes inspirations, elles se rapprochent de la cloison nasale au |x>int de former soupape et d'intercepter complètement le passage de l'air. Les lèvres ont perdu toute faculté contractile, aussi le parler est-il devenu très embarrassé, surtout pour la prononciation des mots on se trouvent des lettres labiales. A chaque mouvement respiratoire, les lèvres, comme deux voiles mobiles, sortent et rentrent, selon la direction du courant de l'air. La mastication est pareillement très pénible, car les aliments se portent de chaque côté entre les gencives et les joues, et la malade est obligée de se servir des doigts pour les ramener sous les dents. Les joues sont flasques, pendantes, ce qui rend la figure plus longue et la fait paraître vieillie. D'après ces phénomènes, il est manifeste que, de chaque côté, les muscles soumis à l'influence de la septième paire ont perdu toute action qui leur soit propre pour ne plus remplir qu'un rôle exclusivement passif. On dirait presque une tête inanimée sur un corps vivant. Cependant la santé générale de la malade n'a point cessé un instant d'être parfaite. L'appétit est conservé, le sommeil calme, la tête est libre. La paralysie de la face est donc plutôt id une incommodité qu'une maladie véritable.

M. Magendie galvanise 5 peu près tous les jours les deux septièmes paires. Les contractions musculaires deviennent de plus en plus

marque gauche ; elles sunl, au contraire, très faibles du côté droit, c'est-à-dire du côté où la paralysie s*est moDtrée en dernier lieu.

Troisième période. — Déviation des traits du côté gauche; guérison de la paralysie de la septième paire de ce côté. — Vers la douzième séance (18 avril), les traits commencent à se dévier à gauche. Légère d'abord, cette déviation se prononce chaque jour davantage: La malade, qui en avait paru vivement affectée, reconnatt bientôt que ce qu'elle croyait être une nouvelle complication est an symptôme nerveux qui coïncide avec le retour desmouvements dans tout le côté correspondant de la face. Ainsi, du côté gauche, elle peut déjà plisser les lèvres, rider le front, rapprocher les paupières, tandis que ces mêmes mouvements sont encore presque nuls da côté droit.

C'est par le degré de déviation des traits que nous sommes avertis de l'amélioration de la paralysie gauche ; de sorte que le même signe qui, dans la première période, nous indiquait le progrès de la maladie , nous indique dans celle-ci le progrès la guérison. Cette contradiction apparente des phénomènes est bien de simple à expliquer : dans le premier cas, les muscles du côté gauche devenaient plus faibles; dans le second cas, ils deviennent plus forts.

A chaque application galvanique, nous obtenons une augmentation de la contractililé musculaire ; aussi la face est-elle de pins en pins déviée du côté gauche. Si les muscles de ce côté recouvrent chaque jour quelque chose de leur action, ceux du côté opposé ne restent pas statiunnaires. Maintenant {2U avril), ils peuvent exécuter quelques mouvements par la seule volonté de la malade, et le galvanisme les fait se contracter bien plus fortement. Mais, qu*on me pardonne cette expression, ils sont en retard par rapport aux muscles du côté gauche. Ceux-ci étaient déjà en voie de guérison que ceux-là n'avaient éprouvé aucune amélioration sensible. De là prédominance des premiers sur les seconds.

Nous voici arrivés à la dix-huitième séance (28 avril). La déviation persiste, bien que de chaque côté les progrès continuent Ils

loot tels do côté gaocbe que les mouvemeote de ce côté paraisseoi être eDlièrement rétaUis.

Quatrième période. — Redressement actif des traits, guéri" sonde ia paralysie de la septième paire gauche. — Les muscles du côté droit se contractent de jour en jour davantage, et |)ar suite la défiation des traits tend à s*effacer. Le redressement de la face n'est pins ici, comme dans la seconde période, l'indice d*uue douide paralysie, mais, au contraire, d*une double guérison. Ainsi, du côté droit, les mouvements reviennent de la même manière qu'ils sont déjà revenus du côté gauche. Les larmes et la salive ne s'écoulent plus involontairement, la narine ne s*afTaisse plus dans Tinspiration ; la malade n'a plus besoin du secours des doigts pour ramener les aliments sous les dents : en un root, ce sont les mêmes symptômes d'amélioration que nous avons observés du côlé gauche, alors que la paralysie de ce côté était près de disparaître.

A la vingt-cinquième séance (8 mai) , les traits paraissent redevenus réguliers, quand la face reste immobile; mais pour peu que la malade parle ou rie, on remarque encore une légère déviation du côté gauche. — A la trentième séance (15 mai), la face a repris son expression normale. Tous les mouvements sont libres, et dansque^ que sens que la malade les exécute, on n'ai^rçoitplos que les traits se dévient d'aucun côté. La paralysie devait donc être regardée comme entièrement guérie, n'était encore un peu d'embarras dans la prononciation de certains mots <|ui exigent spécialement l'action des lèvres; par exemple, la malade ne dira pas couramment j^o/mt, mais pa — pa, en mettant on petit intervalle entre les deux syllabes. Aussi M. Magendie joge-t-il quelques applications galvaniques encore nécessaires. Dans les séances qui ont suivi, les aiguilles ont été implantées directement dans les muscles dont les contractions n'étaient point tout à fait assez nettes : de cette manière, les muscles ont été plos vivement stimulés que quand les aiguilles étaient placées aux denx extrémités du nerf. Il n'a plus fallu qu'on petit nombre de séances pour que la prononciation fût redevenue aussi facile qu'avant l'invasion de la paralysie.

Pendant les premiers jours qui ont suivi la guérisoo» les yeux

sont restés un pea larmoyants par suite de l'action irritante que Tair avait exercée à leur surface alors que les paupières ne pouvaient se fermer. Le retour et la persistance des mouvements de clignement ont promptement fait cesser cette légère incommodité.

Depuis cette époque, mademoiselle X. . . n*a plus éprouvé la moindre gêne dans les mouvements de la face. Ses traits ont repris toute leur vivacité, toute leur expression, et il ne reste aujourd'hui aucune trace des deux paralysies.

Cette observation est d'autant plus intéressante qu'elle offre successivement les phénomènes d'une paralysie simple, puis ceux d'une paralysie double.

Cette paralysie néanmoins est un cas simple dans lequel on n'a pas signalé de troubles du côté des oignes intérieurs. M. Ricord a eu , dans son service à l'hôpital, un malade affecté d'une paralysie double du nerf facial, chez lequel il n'y avait que l'immobilité extérieure de la face sans aucun désordre des organes internes. La déglutition, la gustation étaient restées sans lésions apparentes.

D'autres fois au contraire, il y a, en même temps que les signes extérieurs do la paralysie de la face , des troubles du côté de la langue et du côté du voile du palais. Ces troubles peuvent exister tantôt avec une paralysie d'un seul côté, tantôt avec une paralysie double.

Dans les paralysies du facial, beaucoup de malades se sont plaints d'une altération du goût. Ce symptôme, signalé d'abord par M. Montault, a été souvent observé depuis. Cependant ce phénomène n'est pas constant et il est des malades chez lesquels on ne le

rencontre pas. Il était assez naturel d'attribuer cette lésion du goût à une altération de la corde du tympan, ce nerf établissant la seule communication anatomique (pi existe entre la langue et le facial. Lorsqu'on a exa-* miné avec soin les malades chez lesquels une lésion du goût se rattachait à la paralysie du facial, on a vu que Taltération remontait très haut. On ne l'observe pas dans les affections de la portion superficielle du facial, dans les paralysies dont la cause n'a atteint que les branches superficielles du nerf. r

Or, nous verrons en effet que ce phénomène s'obsffve chez les animaux auxquels on a coupé la corde du tympan.

Lorsqu'un malade offrant la lésion du goût qui nous occupe vient à tirer la langue, et qu'on dépose une substance sapide, de Tacide citrique par exemple, alternativement du côté sain et du côté malade, la sen« sation d'une saveur acide est immédiatement et très nettement perçue du côté sain. Du côté de la paralysie, au contraire, il y a seulement perception d'une sensation obscure, et encore celte sensation n'est-elle pas immédiate.

Si, après cette épreuve, on vient à toucher la langue alternativement à droite et à gauche, on peut voir que la sensibilité générale est parfaitement nette des deux côtés. Ces observations, faites sur l'homme, montrent donc que les paralysies profondes du facial s'accompagnent, non pas d'une abolition complète de la faculté gustative, mais d'une diminution et d'une perversion notable de cette faculté sensitive.

A une époque où j'avais entrepris des expériences sur la corde du tympan, j'avais apprivoisé des chiens assez bien pour pouvoir, sans éprouver de résistance , ouvrir la bouche et déposer sur la langue des substances sapides. L'impression produite par ces applications était immédiatement perçue , et ces animaux retiraient et remuaient aussitôt la langue. Après la section de la corde du tympan, la même épreuve ne provoquait que des mouvements de retrait moins énergique, et un intervalle de temps appréciable s'écoulait toujours entre l'impression et la réaction motrice qu'elle déterminait.

La section de la corde du tympan amène donc une diminution dans la faculté gustative du côté correspondant.

Quant à la nature de l'influence qu'exerce la corde du tympan sur la sensation gustative, nous l'examinerons longuement, mais je veux auparavant signaler un certain nombre d'observations que nous avons déjà pubUées dans un mémoire , sur les hémiplégies faciales avec altération du goût

Observation I. — La femme Pinot, âgée de trente- trois ans, placée k la Salpétrière, dans le service de M. Falret, eut en 1835 une hémiplégie faciale à gauche, à la suite d'un coup de tabouret sur la région temporale du même côté : la sensibilité était conservée. Peu à peu la paralysie diminua et avait complètement disparu au bout de deux ans. Mais cinq ans plus tard, la malade fut prise d'accidents cérébraux et de douleurs violentesdans tout le côté gaache de la tête, et Thémiplégie faciale, ceUe fois accomi>agiiée de surdité, reparut et persisuit d'une manière complète depuis mte

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