AVEC ALTÉRATION DU GOUT
mois, lorsque je pus voir la malade et constater les symptômes de Si maladie, savoir : paralysie complète du mouvement des muscles de laface dans tout le côté gauche, avec conservation de la sensibilité. La langue possède tous ses mouvements, n*est pas déviée et n'offre aucune déformation |)articulière. Le goût est altéré à gauche, et voici ce qu'on observe à cet égard : si Ton place sur la pointe de b langue un peu d'acide citrique pulvérisé, la malade éprouve une sensation beaucoup plus prompte et beaucoup phis intense du côté droit que du côté gauche. Si l'on agit avec le sulfate de quinine, la sensation d'amertume est également beaucoup plus rapide du côté droit que du côté gauche, mais ce phénomène, quoique très évident, est moins prononcé pour cette dernière substance que pour l'acide citrique. Du reste, la sensibilité tactile de la moqueuse linguale n'offre aucune altération et est aussi exquise d'un côté que de l'autre. Ces eipériences ont été répétées un grand nombre de fois avec les mêmes résultats. Les troubles intellectuels et la surdité, qui ont cirifncidé avec la réapparition de l'hémiplégie faciale, doivent lai faire supposer pour cause une lésion organique siégeant I l'origine de la septième paire et située , par conséquent , audessus de la naissance de la corde du tympan.
Observation II. — Le malade qui fait le sujet de cette dennème observation est un jeune homme que je n'ai pu voir qu'une seule fois. Je vais rapporter ce qu'il m'a dit et ce que j'ai pu observer :
Depuis nn mois la paralysie faciale existait h droite et était survenue bnisquement après quelques douleurs névralgiques dans le côté correspondant de la face : la sensibilité était entièrement conservée« ainsi que tous les sens, excepté le goût. Dès les premiers jours de la paralysie, le malade avait remarqué qu'il goûtait moins bien sur le côté droit de la langue ; les impressions gnstatives étaient obtuses, comme s'il avait eu, disait-il, la muqueuse linguale légèrement brûlée de ce côté. Je me suis moi-même assuré du fait avec de Facide tartrique en poudre : le malade éprouvait la saveur fraîche et acide de cette substance d'une manière moms prononcée et.beaacoop plas lentement du côté droit que du oôlé gauelie.
Observation III. •— Hourlier (Henry), dgé de dix ans, et d*une bonne constitution, entra à I*hôpital des Enfants malades le 10 décembre 1843, salle Saint- Jean, n° 17. A la suite d'une fièvre éruptive (rougeole), il sur vint dans Toreille droite des douleurs profondes et très vives qui firent diagnostiquer par M. Menière, consulté pour cet enfant, la formation d*un abcès dans l'oreille moyenne. En effet, bientôt un écoulement purulent se manifesta, et en même temps les douleurs diminuèrent d'intensité. Cet écoulement de pas durait depuis douze ou quinze jours et était presque tari» lorsqu'un matin, en se réveillant, l'enfant s'aperçut qu'il parlait plus diflBcilement et qu'il ne pouvait plus fermer l'œil du côté droit. Il appela sa mère, qui fut effrayée par la déviation de la face qu'elle remarqua, etamena aussitôt son enfant à l'hôpital (16 décembre 1843).
En ce moment l'écoulement purulent de l'oreille droite est réduit à un simple suintement séreux. La sensibilité de la face est conservée partout, mais la paralysie du mouvement est complète du côté droit. Les traits sont considérablement déviés à gauche; le front ne se ride qu'à moitié ; les paupières ne peuventplusse fermer à droite ; la narine du même côté reste immobile et largement déprimée. I^ luette non plus que la langue, dont les mouvements sont restés libres, ne présentent aucune déviation ; la prononciation des labiales est seulement un peu gênée, etc. Voici ce qu'on observe relativement à la gustation : lorsque la langue est tirée hors de la bouche, si l'on place à la surface de cet organe du sulfate de quinine ou du sel marin en poudre, la saveur de ces substances est obtuse et se manifeste lentement du côté droit, tandis qu'elle est vive et promptement perçue à gauche.
Le 7 janvier 18^4, lorsque je vis le malade avec M. H. Gueneau de Mussy, tous ces symptômes existaient encore très bien caractérisés. Nous pûmes constater que la surface linguale, également humide des deux côtés, n'offrait pas de différence sensible dans son aspect Quand on touchait la muqueuse de ia langue ou qu'on la piquait légèrement, la sensibilité tactile était aussi exquise à droite qu'à gauche : c'était seulement pour l'appréciation des substances sapides qu'il y avait une différence remarquable ; ainsi, la bouche
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«tant ouverte, si l'on plaçait de Tacidc citrique réduit en poudre très fine sur le côté droit et antérieur de la langue, la saveur était faible et demandait un laps de temps très appréciable pour être sentie : dn côté gauche, au contraire, la saveur était pénétrante et instantanée.
A dater du 20 janvier, les symptômes extérieurs de la paralysie faciale diminuèrent, et la différence dans la sensibilité gustative s*eiïaça progressivement. Ce dernier phénomène sembla même disparaître un peu plus rapidement que les autres, car l'altération du goût n'était plus appréciable, fiuoiqu*il existât encore une légère déTialion dans les traits de la face. Le 18 février ISftft, le malade sortit de l'hôpital parfaitement gut'ii.
Observation IV. — Louis G au vin , âgé de trente-cinq ans, serrurier, entra, le 29 juin 18ii3, à Tliôpilal de la Charité, salle Saint- Michel, n" 9. En octobre 1841, après avoir été atteint depuis quelque temps de toux et de crachement de sang, le malade fut pris d*nn écoulement purulent peu abondant par Toreille gauche. En mai 18/i2, la face du côté gauche, et Tœil en particulier, devinrent le siège de rougeur Qt d*une tuméfaction douloureuse accompagnée de frisson. Cet appareil de symptômes se termina par la rupture d'un abcès qui se fit jour par le conduit auditif externe. A dater de ce moment, récoulemont par Toreillc fut très abondant, et un jour, au dire du malade, il sortit avec le pus un petit os présentant deux denLs et une petite tête ronde ; quand je me mouchais, ajoute-t-il, il me passait comme un vent par l'oreille. Le 3 mars iSU^, l'écoulement purulent par l'oreille gauche persistait toujours , mais il sunint alors dans l'organe de l'ouïe des douleurs vives et profondes ; an bout de trois ou quatre jours elles s'apaisèrent et laissèrent i leur place une paralysie du mouvement dans tout le côté gauche de la face.
Tels sont les principaux symptômes que le malade éprouva dehors de l'hôpital ; lorsqu'il y entra, le 29 juin 1843, on reconnut chez lui une aiïcction tuberculeuse des poumons déjà assez avancée. Voici les phénomènes qu'on observait pour l'hémiplégie faciale doiU
iâ6 PAEALYSIE DU NERF FACIAL
nous avons seulement à nous occuper ici : les traits sont coosidérablement déviés et la paralysie du mouvement est complète du côté gauche de la face ; la sensibilité est conservée partout. Les paupières ne peuvent s'occlure ; la vision est intacte pour Toeit du côté paralysé, seulement il y a parfois un peu d'épophora. L*oo!e est tout à fait perdue à gauche et l'écoulement purulent existe toujours assex abondant. Les mouvements de la langue sont libres, la luette n*est pas déviée ; il y a un peu de gêne pour la prononciation des labiales. La gustation offre une différence remarquable du côté droit et du côté gauche de la langue. Quand on place à gauche du sulfate de quinine, par exemple , la saveur y est plus faible, et il faut un certain temps pour qu'elle soit perçue, tandis que du côté droit, le malade la reconnaît et l'apprécie instantanément. Ces observations faites par M. Rayer furent répétées souvent devant les personnes qui suivaient sa visite. La paralysie faciale fut attribuée à une lésion de la septième paire consécutive à une affection tuberculeuse du rocher. Pendant toute la durée du séjour du malade à l'hôpital, récoulemcnt purulent de l'oreille ne discontinua pas; il ne survint non plus aucun changement dans les phénomènes relatifs à l'hémiplégie faciale , s>i ce n'est une petite tumeur allongée et douloureuse à la pression qui apparut au-devant du conduit auditif externe. Les symptômes de la phthisie pulmonaire marchaient toujours, ei le 15 décembre 18^8 le malade succomba.
Autopsie. — Les poumons présentaient de vastes cavernes ; tous les ganglions bronchiques et ceux du cou étaient considérablement engorgés de matière tuberculeuse. C'est a une altération de cette nature qu'était due la petite tumeur qui s'était développée au-devant du conduit auditif externe du côté gauche, etc. Je recherchai avec beaucoup de soin les altérations pathologiques relatives au nerf facial gauche. A Touverlure du crâne , et après avoir soulevé le cerveau , on voyait, du côté gauche, sur la duremère qui recouvre la face externe et supérieure de la base du rocher, une solution de continuité de forme arrondie, de deux centimètres de diamètre environ. On apercevait dans ce point dé*