‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 4)Chapitre 63 sur 86 · ALTÉRATION DES POUMONS · texte numérisé non relu

ALTÉRATION DES POUMONS

UoDs anatomiques qui raccompagnent. Les observations de M. Traube sont exactes en ce que les phénomènes qu'il signale sont possibles ; mais je ne saurais admettre les conclusions qu'il en tire, parce que Tintroduction des liquides dans les bronches n'est pas plus nécessaire pour, produire les désordres anatomiques observés daqs les poumons, que ces désordres ne le sont eux-mème^ pour produire la mort. C'est là encore un accident qui vient s'ajouter au.phépomène, mais qui en est indépendant et ne saurait être regardé comme sa cause productrice.

En effet, on peut, chez les mêmes animaux, epapè^ cher les mucosités, les liquides venant du pharynx d'entrer dans les bronches, la congestion pulmonaire n'en a pas moins lieu. Pour le voir, j'ai pris deux lapins et j'ai, sur tous deux, coupé les nerfs pneumogastriques, comme nous le rapporterons plus tard. Ensuite, j'ai pratiqué sur l'un d'eux la trachéotomie, et introduit dans la trachée une canule qui a été convenablement liée. Il est évident que chez ce dernier, aucun liquide ne pouvait pépétrer dans la trachée, qui ne communiquait plus qu'avec l'extérieur directement. Tous deux cependant ont succombé en même temps^ présentant les altérations du poumon à un même degré.

Les expériences qui suivent montrent que chez les animaux de pième espèce (çhiensj, on peut trouver tantôt cette altération et tantôt la voir manquer. Ces expériences contiennent en outre des observations hémométriques qui ont été faites en vue de constater l'influence de la section des vagues sur la pression du sang dans le système artériel. Nous donnons ici ces résultats

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quoiqu'ils se rapportent en .partie h tin sujet sur lequel nous aurons à revenir plus loin.

Eœp. — Sur une chienne de taille moyenne, on fil la section des nerfs vagues dans la r^on moyenne du cou.

Avant Topération, les pulsations étaient au nombre de 72 à 75 par minute avec Tirrégularité et l'intermittence qui s'observent chez les chiens. Les i^pirations étaient au .nombre de 16 à 17 par minute. Ûhémodynamomètre placé alors sur l'artère carotide droite oscillait de 150 à 210.

L'instrument restant en place, on fit la section du nerf vague droit ; les pulsations atteignaient le chiffre de && par minute, avec de grandes intermittences. On comptait 11 respirations par minute. L'hémodpamomètre oscillait de 180 à 230 au moment même de la section du nerf; puis, au bout de dix minutes environ, il était revenu de 75 à 105^

L'instrument restant toujours en place, on fit la section du nerf vague gauche. Alors, après la section des deux vagues, les pulsations devinrent si nombreuses qu'on ne pouvût plus les compter, et elles n'offraient plus aucune intermittence. L'hémodynamomètre , au moment même de la section du nerf gauche, l'animal restant calme, monta jusqu'à 2&0, 250 et 260; la chienne fit à ce moment des efforts tellement violents, que l'instrument échappa de l'artère d'où s'écoula une certaine quantité d'un sang rutilant.

Après une demi-heure, l'animal étant calme, on réappliquarhémodynamomètre ; les pulsations n'étaient

plus qae de 80 à 85, et les respirations de 6 à 7 pur mimite.

Après la section des deux nerfs vagues, on remwjua que le plus grand abaissement de la colonne mercurielle coïnoidait avec l'expiration, comme cela se voit d'habitude.

D*abord Tanimal avait eu la respiration libre ; mais/ trois quarts d'heure après, il fut pris d'une gène de la respiration excessivement prononcée, qui semblait tenir à la présence de mucosité <iui venaient peut-être de l'estomac.

Le lendemain, 19 octobre, seize heures après la section des vagues, l'animal était plus calme, quoique sa . respiration fût toujours gênée. Pulsations de 145 à 150^ sans irrégularité. L hémodynamomèlre, appliqué sur la même artère que la veille, oscillait de l&O à 170, puis ensuite il baissa et oscilla de 120 à 130, puis de 110 à 90, lorsque l'animal devenait parfaitement cahne. Le sang était noir dans l'artère, tandis que la veille il était rutilant. Quand on mettait l'aniiçal dans la position horizontale; il y avait vomiturition d'un liquide alcalin, . bilieux, venant de l'estomac. L'inspiration et l'expiration étaient séparées par un temps considérable, pen- . dant lequel la colonne mercurielle se tenait toujours à son minimum.

On pinça alots le bout supérieur du nerf vague gauche qui était très peu sensible.; ce pincement parut donner lieu à un phénomène singulier de frémissement dans le côté correspondant de la face; la température prise dans le rectum de l'animal était de 85*5«

3^8 NEUF MeOmOGASTRIOUK.

Le 20 uctol>rp. quarante heures après l'opération, l'animal fui trouvt'^ mort. A l'aulopsie, on vit les poumons goi^és de sang dans leur tissu. L'estomac était rempli d'un liquide jauiie-verdâtre, bilieux, alcalin, qui refluait directement par l'œsopha^ flasque et paralysé, lorsqu'on venait à comprimer l'estomac. Celte sorte de reflux, qui avait lleuquandranimal était dans la position horizontale, avait semblé se produire pendant la vie.

Exp. — Dans un autre cas nous avons vu survenir de l'hémoptysie après la section des nerfs vagues : sur un chien adulte et en pleine digestion, on réséqua les deui nerfs vagues dans la région moyenne du cou. Ce chien présentait les symptômes ordinaires de la section des vagues; seulement, vingt-quatre heures après, la rwpiralion devînt Iwaucoup plus gfnée, le chien fut pris d'une hémoptysiealinndantn et mourut quelques heures après. A l'aulopsie, on trouva les p{)umons marbrés, commecarnifiés, avec des mucosités sanguinolentesdans ies bronches.

Bxp. — Un vieux chien, de taille moyenne, étant couché sur le dos, on compta, l'animal étant calme, de 85 à 90 pulsations, et 23 ou 24 respirations par minute.

Alors on lit une incision dans la région du cou et on isola les deux nerfs \-agues au-dessous desquels ou passa une anse de fil.

On compta de nouveau les pulsations qui étaient alors au nombre de 94, et les respirations au nombre de 19 à 15.

On plaçarhémodynamomètresur lacarolidedjoite;il accusait une pression de 150 à 180 millimètres.

liXPKRIKNCKS. 569

Oïl fil alors la section du vajïue gauche, l'hémody- Damomètre reslaiit en jilace. Aussitôt il y eut une accélération comme coiivulsive des pulsations ; l'animal s'^ita, Qt des efforts, et la pression monta dans l'instrument de 180 à 220, peu à peu le calme se rétablit; mais rhémodynamomètrc allait encore de 160 à 200 millimètres.

Un quart d'heure après la section du premier nerf, on coupa ie \aguc du côté droit, l'hémodynamomètre étant toujours appliqué. L'animal s'agita de nouveau et le mercure monta dans l'instrument de 260et270 millimètres. Le calme revint peu à peu, et la pression resta stalionnaire entre 250 et 260 pendant tm quart d'heure environqu'ou obsena l'instrument. Les pulsations étaient devenues régulières et excessivement précipitées. Les respirations étaient rares. L'animal perdit un peu de sang artériel qui était parfaitement rutilant, ce qui prouvait que la respiration n'était point gênée; ce chien était, du reste, calme.

Peu k peu, la pression baissa ; et. dans ce moment, on aperçuttrès bien les effets de la respiration : à chaque inspiration, il y avait soulèvement de la colonne mercurielle, et abaissement au moment de l'expiration. Mais la quantité dont la colonne nieicurielle s'abaissait était toujours plus considérable que celle dont elle s'élevait, il en n^ii1l.iil nij'el1(< iip rf>iiinnlail i,irit»iR »i]<«<ii liniit

360 NERF PNEUMOGASTRIQUE.

Alors OU enleva rhémodynaïuomèti'e et on laissa Tiuiimal en repos.

Une heure après, on replaça Tinstrument. Le chien avait perdu peu de sang dans toutes les manœuvres. Le sang était toujours rutilapt dans les artères. L^hémodynamomètre donna alors une pression qui oscillait entre 130 et 150. Les pulsations étaient excessivement faibles et avaient perdu, après la section des vagues, leur intermittence qui était naturelle chez le chien. Les respirations étaient au nombre de 8 par minute, les pulsations de 132.

On laissa l'animal en repos. Cinq heures après lasection des vagues, on revit ce chien ; il était calme ; il y avait 6 inspirations par minute et ilk pulsations. L'bémodynamomètre placé successivement sur les artères carotides droite et gauche oscillait entre 150, 100, et même descendait jusqu'à 80. Il y avait toujours ascension de la colonne pendant l'inspiration et abaissement pendant l'expiration. Le sang était toujours rutilant dans les artères.

Le lendemain 5 octobre, vingt heures après la section des nerfs vagues, le chien était couché, calme, n'avait pas du tout la respiration gênée. Il y avait 5 respirations et 175 pulsations par minute.

Ou prit l'artère carotide gauche dans laquelle s'était formé un caillot noir. En donnant issue à ce caillot, il sortit un jet de sang très rutilant. On appliqua l'hémo» dp.momètre.

Au moment de l'application de l'instrument, Fanimal fit quelques efforts et la colonne mercurielle monta à

EXPJiRIENCES^. 361

150, 1 60, alla même à 200. Peu à peu le calme se réta* blit ; et, après dix à douze minutes, Tanimal étaut bien tranquille, on observa ce qui suit :

Pendant l'Intervalle d'une expiration et d'une inspiration, le mercure oscilla entre 70 et 80; puis, dans Tinspiration, fl monta à 90 pour descendre à 70 dans Tex* piration.

Apres chacune de ces expériences, l'animal ptiraissait très fatigué^ ce qui accélérait un peu le nombre des res* pirations. Le lendemain 6 octobre àhuit heur^, le chien fut trouvé mort, sans doute depuis peu de temps, car il était encore chaud.

A l'autopsie, les poumons étaient d'une couleur rose magnifique, ne contenaient point de sang épanché et étaient partout perméables à l'air. Les^bronches ne contenaient pas de mucosités. La plèvre, sèche, ne renfermait point de sérosité.

Le cœur était rempli de sang coagidé d^ns toutes ses cavités. Le péricarde était sain; il ne contenait pas de liquide. L'estomac était vide ; il ne renfennait qu'un liquide biliaire fétide.

Exp. — Sur un chien encore jeune, amené depuis deux jours dans le laboratoire, et qui, depuis ce temps, avait refusé toute nourriture, on fit la section des ner& vi^es après avoir pratiqué une ouverture à l'estomac, dans le but d'empêcher le reflux par Foesophage des liquides gastriques.

1* On découvrit l'artère carotide gauche ; les puisa* tiens étaient &u nombre de 115 par minute, intermittentes; les reiq[>iratiûns, delftpar minute. On appliqua

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rhémodynaniomètre qui oscillait de !A0 à 160.

2° On lit alors une incision abdominale et on attira sur les bords de la plaie la paroi de Testomac, qu^on ouvrit et qu'on Bxa à la plaie par quelques points de suture. L'estomac était vide; sa membrane muqueuse était pâle et livide ; il s'écoula seulement une petite quantité d'un liquide clair, très nettement acide. On chercha à exciter la surface de Testomac, dont la sensibilité était assez obtuse ; les points qui furent touchés devinrent rouges et comme le siège de vergetures.

Alors on chercha les deux nerfs vagues dans la plaie du cou, ils étaient complètement insensibles au pincement. On en fit la section ; et voici ce qui se passa à ce moment du c6té de l'estomac :

La couleur pâle de la membrane muqueuse ne chaugea pas. £n promenant le doigt dans l'estomac, sa surface paraissait plus sèche et il n'y eut pas cette formation abondante de mucus qui fut observé dans un autre cas (voir plus loin). En introduisant le doigt par le cardia, dans l'œsophage paralysé, il y pénétrait avec une grande facilité, tandis qu'avant la section des vagues cela n'avait pas lieu à cause de la constrictioti de l'œsophage.

n est à remarquer que, bien que cetanimal fût jeune, il ne se manifesta aucun phénomène de suffocation. Cela tient-il à ce qu'il était à jeun depuis deux jours, ou à ce qu'il ti'y avait point de liquide dans l'estomacT

Le 30 octobre, dix-sept heures après l'opération, i'animal ne présentait aucune gène de la respiration. La membrane muqueuse de Testomac s'était en partie renversée au dehors par hi plaie, et elle offrait une couleur

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rouge brique ; ce qui provenait, sans doute, de son con- ' tact avecrair. La membrane muqueuse offrait une réaction neutre au papier de tournesol, et aucun mucus ne s'échappa par la plaie. La température de Testomac était de 32 degrés ; celle du rectum de 33 à 3& degrés.

A trois heures du soir, vingt-quafre heures après la section des nerfs vagues, Tanîmal était très faible, couché sur le flanc ; les respirations étaient très lentes, mais nullement gênées ; lej pouls n'était plus perceptible aux artères; Tanimal s'était considérablement refroidi.

On ouvrit Tartère carotide qui contenait à peine du sang ; il était très rutilant et s'écoulait en bavant sans jet sensible. Cependftnt le sang était toujours noir dans la veine jugulaire.

L'animal étant ttiourant, on ouvrit le thorax : les poumons s'affaissèretit et il fit des efforts de respiration seulement avec la bouche mais nullement avec le thorax.

Dès l'ouverture du thorax, le sang de l'artère était devenu noir. On vit alors le cœur, excessivement petit, ne remplissant pas le péricarde, continuer à battre de la manière suivante i

!• Contraction des deux oreillettes; 2^ aussitôt après, contraction des ventricules; 8* au moment delà contraction des oreillettes, il y avait reflux du sang dans les veines pulmonaires par la contraction de roreillelte gauche, et reflux dans les veines caves par contraction de l'oreillette droite*

Le tissu des poumons n'était nullement altéré ; ou n'y rencontra aucune ecchymose et leur insufflation se faisait parfàitemeuti On remarqua^ en outre, qu'il y avait un

â(>& NEBF PCIBUMOGASTRIQUE.

emphysème cousidérable dans le tissa c^lulaire des médiastins antérieur et postérieur. Cet emphysème, qui était dû à Ventrée de Tair par la plaie du cou, soulevait la plèvre jusqu'à sa réflexion sur les côtes.

Eœp. — Un chien loulou, vivace, depuis quatre jours dans le laboratoire, ayant toujours mangé avec voracité, fît son dernier repas trois heures et demie avant Topération.

L'animal étant placé sur la table, et une plaie ayant été faite aux parois abdominales pour y fiïer l'estomac; puis une plaie faite au cou pour mettre à découvert l'artère carotide gauche ; l'animal étant resté parfaitement calme durant toutes les opérations :

1* On CQmpta les pulsations de l'artère en la tenant sous le doigt. Ces pulsations irr^ulières, au nombre de 90 par minute, sont pleines et vibrantes.

2<> Les respirations sont au nombre de 15 par minute.

â* L'hémodynamomètre appliqué sur l'artère carotide gaudie, l'animal étant très cakne, oscille de 160 à 190.

Alors on enleva l'hémodynamomètre et on ouvrit les paroLS de l'estomac. Un thermomètre mis . alors dans l'estomac marquait 38 d^rés ; son indication n^avait pas varié lorsqu'ensuite on avait fait la section des vagues.

La surface interne de l'organe était rouge ; Testomac contenait beaucoup de tripes non encore digérées ; il s'en écoula une grande quantité de suc gastrique; On retira la plus grande ÎMirtie des aliments contenus dans l'estomac afin d'observer plus facilement la membrane muqueuse. Alors, on coupa le nerf vague gauche qui sa

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montra sensible au pincement. Cette section du nerf n'amena pas de décoloration dans la membrane mu* gueuse stomacale. Alors on coupa le vague droit, également très sensible au pincement ; il y eut une décoloration très sensible de la muqueuse. On observa quelques efforts; bientôt Tanimal se calma et la respiration n'était pas sensiblement gênée.

On compta de nouveau les respirations et les pulsations :

Pulsations : 192 par minute, sans intermittence. L'artère était beaucoup moins pleine et moins tendue qu'avant la section des vagues ; le sang y était resté rutilant.

Respiration : 9 par minute. L'hémodynamomètre, l'animal étant parfaitement calme, oscillait de 120 à 130. Lespulsationsétaientdevenuesbeaucoupplus fréquentes, en même temps qu'elles étaient moins énergiques ; elles ne présentaient pas d'intermittence.

On examina alors la surface intérieure de l'estomac, qui était devenue rouge brique dans certains points; ensuite on délia l'animal et on le remit en liberté.

Le lendemain, 1*' novembre, dix-neuf beures après l'opération, on reconnut que Tanimal avait eu pendant la nuit des évacuations fréquentes; il était calme et sa respiration n'était pas gênée. Les respirations étaient de 11 à 12 par minute; les pulsations de 19& à 196. L'hémodynamomètre placé sur la carotide gauche qui contenait un sang très rutilant, oscilla de IdO à 1 AO ; les osdllations étaient à peine perceptibles. Alors j'appliquai l'instrument sur la carotide droite, et il donna

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de 150 à 160y augmentation dépression qui suit toujours la ligature d'un nouveau vaisseau.

Le thermomètre introduit dans Testomac accusa une teippérature de 38 degrés.

Le 2 novembre^ trente-^ hQuies «nviron a(Nrès ropération , l'animal fut trouvé mort, depuis pea da temps sans doute, car il était encore chaud. A Tautopôe, les poumons étaient sains; ils s'afiEaissaient parfaitement, ne contenaient pas d'épanchement de sang; toutefois, ils étaient comme flétris et peu crépitants sous le doigt. L'estomac était vide.

On remarqua, en outre, un emphysème d&ns les médiastins antérieur et postérieur, emphysème qui s'était propagé depuis le tissu cellulaire de la plaie du cou jus* que dans la poitrine.

Messieurs, ce n'est qu'après l'examen et le contrôle des faits que je viens de vous signaler quç je dus chercher à déterminer la cause de cette lésion dit tissu pulmonaire.

Je pense que la cause qui la produit est une cause physique, que la lésion du poumon est primitivement une lésion traumatique occasionnée par les troubles qui surviennent dans les actes mécaniques de la respiration.

Observons, en effet, un animal sur lequel on vient de couper les pneumogastriques : les mouvements respiratoires sont beaucoup moins fréquents ; mais ils sont devenus beaucoup plus larges, beaucoup plus profonds.

Dans ce cas, il semble que les mouvements respiratoires gagnent en amplitude ce qu'ils perdent en fré-

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quence, et qu'ils tendent à introduire une môme quantité d'air dans le poumon. La dilatation du thorax peut alors devenir telle que, pour le suivre, le poumon se trouve distendu au delà des limites ordinaires et se déchire. Cela expliquerait comment l'altération de cet QTfjflne s'observe, surtout cl^ez les jeunes aninqaux dont le tissu pulmonaire est moiqs résistant.

L'observation directe est d'aillenrs presqite possible ici. En eOet, nous avons, sans entamer la plèvre pulmonaire, pratiqué en enlevant les muscles intercQ9tauX| une ouverture, uqe sorte de fenêtre par laquelle on pouvait suivre les mouvements du poumon. Dès que les pneumogasr* triques sont coupés, il y a de l'emphysème; on distingue des bulles d'air sous la plèvre. Cet emphysème s'accompagne ensuite de ruptures vasculaires^ d'épanchement sanguin, d'obstruction des vaisseaux aériens, etc.

Cherchant à vérifier directement l'existence de la cause à laquelle nous avions d'abord attribué la production possible d'un emphysème, nous avons fait respirer un animal avant et après l'opération, en lui faisant faire sa prise d'air sous une cloche. Nous avons vu ainsi que si, avant l'opération, il prenait, à chaque inspiration, une certaine quantité d'air , il en prend une quantité notablement plusgrande après que les pneumogastriques ont été coupés.

Si l'animal n'est plus jeune, l'emphysème arrive plu$ lard. Chez les vieux chiens il ne se produit pas.

Dans ces expériences, un autre fait assez singulier s est présenté à notre observation, fait dont je n'ai reconnu la cause que longtemps après.

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Pour saisir les nerfs pneumogastricpies, on fait une plaie au cou de Tanimal.

Dans les inspirations forcées que nous avons vues après la section de ces nerfs, le médiastin entraîné par là face interne de chacun des poumons tend à suivre le mouvement des parois thoraciques, tend à s'agrandir. Il en résulte un emphysème produit par l'air que l'aspiration du médiastin a Introduit par le tissu cellulaire de la plaie. Cet emphysème peut quelquefois être prévenu en cousant bien la plaie.

La lésion pulmonaire consécutive à la section des pneumogastriques produit donc un emphysème traumatique^ par une distension mécanique du tissu du poumon.

La réalité de ce fait nous parait assez bien établie pour que nous puissions, faisant l'expérience, annoncer à l'avance si l'on aura ou si Ton n'aura pas cet emphysème. Sur un jeune animal on produira cette lésion; sur un très vieux chien, on est à peu près sûr de ne pas la rencontrer.

Il est des animaux chez lesquels les conditions mécaniques de la respiration sont autres que celles que nous venons d'examiner : chez les oiseaux , par exemple, dont les poumons sont fixes et dans d'autres rapports. C'est pour cela qu'opérant, sur des oiseaux, la section des pneumogastriques, on ne trouve pas chez eux d'altération des poumons. La lésion n'est donc pas, comme on l'avait dit, un effet spécial dû au défaut d'action du pneumogastrique. On ne saurait, comme on a fait, la comparer à l'altération de nutritioq que présente l'aiil apràs la section de la cinquième paire;

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en effet, il peut manquer, tandis que la fonte de Tœil, après la section du trijumeau, est généralement inévi* table.

Voici le détail des expériences qui prouvent que les inspirations sont plus larges après la section des vagues que dans Vétat normal.

Exp. — Sur un jeune lapin, on plaça dans la trachée, préalablement ouverte dans la région du cou, une sonde de gomme élastique de 3 à & millimètres de diamètre intérieur, diamètre sensiblement égal à celui de la trachée de l'animal. Après cette opération, on enleva quelques fibres musculaires, vers la partie antérieure des derniers espaces intercostaux, en ménageant le feuillet pariétalde la plèvre qui était transparent et permettait de voir, comme à travers une vitre, le bord inférieur des poumons, exécutant à chaque respiration des mouvements d'élévation et d'abaissement. Alors on introduis sit la sonde qui tenait à la trachée dans une éprouvette graduée plaœe sur Teau, et Von constata qu'à chaque inspiration Teau montait dans Téprouvette d'une certaine hauteur, par suite de l'entrée dans le poumon d'une certaine quantité d'air. On coupa les vagues dans la région moyenne du cou, en ménageant les deux filets sympathiques. On constata alors que, à chaque inspiration, l'eau montait plus haut, ce qui indiquait évi« demment que laquantité d'air introduite dans le poumon, était plus considérable qu*avant la section des vagues. Les respirations de l'animal étaient tombées à 52 après la section des neifs.

Pour mesurer plus exactement la différence qu'il y

370 NEEF PNEIJMOG4STRIQUE.

ay^it eptrp la capapité respiratoire avapt pt après la sectjQji des pneumogastriques, PR reflt une pqpelle expérience sur un autre animal.

pppp. — Sfir un lapin vif ej bien portant, en digestion, pn .ai^ap):^ à lat facbée une sonde de 3 à 4 millimètres de diamètre ; ensuite on mesura exactement la différence (ju'il y avait dans la capacité respiratoire du poumon ^v^pt et après la section des vagues. Voici ce qu'on qbserva :

Avant )a section des pneumogastriques, Tanimal inspirait 190 divisions de l'éprouvette, c'est-à-cjire près de 20 centimètres qub^ d'ai;*. AqssitAt aprè$ la seçtipp dps vagues, il inspirait 31 p divisions c'est-a-dire 32 centimètres cubps environ. Dans les deux ca$, \» lapin était dans la même situation , étendu sur la table.

Deu^ beures et demie après, on mesura encore de nouveau la capacité inspiratoire et on trouva qu'elle était de 32 centimètres cubes, exactement comme immédiateipent après la section des nerfs.

Le lendemain Tanimal était mort ; on en fit Tautopsie ^t on trouva que la sonde était bien adaptée sur la trachée, de sorte que rien n'avait p^sé dans les bronches et gêné mécaniqpement la respiration. Le poumop présentait des ecchymoses, qui toutefois ne semblaient pas apssi profondes que dans certains ca$ où il n'avait pas été piis de inbe à la trachée.

Ce tul)e avait bien empêché les mucq$ités de la boucha de tomber 4af]s les voies respiratoires, de même que les parcelles d'aliments que l'animal avait mangées après l'opération çtqui s'étaient accum^lées dans l'oesophage,

puis erilds-ci, arrivées au pharynx, n'ayant pas pu des* OBocire dans le larynx, étaient sorties par le l)out supérjepr de la tracbée dans la fdaie du cou«

Toqte&is, il y avait de l'emphyoème du poumon, part ticulièrement sur les bords de Torgane, et on voyait de plus des echymoses sanguines bien caractérisées.

Nous devons maintenant, Messieurs, vous donner des exemples des faits que nous vous avons indiqués commp conséquence de la section des vagues. Nous yom rendrons aujourd'hui témoins des phénomène* priiRitifs ; dans la prochaine séance, nous observerons les pbéDon)ènp4 consécutifs.

Eofp. — Vqici un chien bouledogue; il est d'une taille moyenne mais déjà un peu vieux. Les chiens ont nor^ ipalement de 16 à 20 respirations par minute. Nous lui en trouvons 16 d'abord, puis â&. Il a été agité lorsqu'on Ta plaidé aur la table, mais il se calme; nous lui trour vons encore 25 respirations par minute. Le thorax se dilate pep : tout à Theure vous le verrez se dilater beau- ^up plus largement et bien plus rarement.

Nous saisissons les pneumogastriques entre les deux nerfs laryngés : nous paralyserons, par conséquent, le larynx ; mais l'animal, qui n'est plus jeune, ne succobh bera pas immédiatement à cette lésion.

Noqs couperons le pneumogastrique des deux eôtéf|« Sî\ on se bornait à en couper un seul, l'animal ne aie* comberait pas ; on pourrait legarder longtemps et observer cb9z lui une altération semblable à celle dont je vous parlais , mais dans le poumon correspondant au nerf conpé. Nous faisons d'abord la ligature d'un des pneur^

S7â NERF PNEUMOGASTRIQUE.

mogastrîques ; l'animal s'agite et fait quelques efforts pour s'échapper; puis il redevient calme. Nous lions également le pneumogastrique du côté opposé ; la ligature est ici équivalente à la section ; elle nous permettra de plus de saisir à volonté le nerf si nous voulons, plus tard, le galvaniser. Ia ligature de ce second pneumogastrique produit encore quelques efforts violents, puis une suffocation qui se dissipera tout à l'heure ; suffocation qui m'a paru plus considérable quand les animaux sont en disgestion que lorsqu'ils sont à jeun. I^ respiration est ralentie et le deviendra de plus en plus, mctis elle est beaucoup plus large ; la dilatation des parois thoraciques s'accompagne d'une contraction des muscles abdominaux très facile à constater.

Les mouvements respiratoires sont déjà tombés i 6 par minute; ils deviendront plus rares encore. Nous suivrons cet animal et je vous le présenterai dans la prochaine séance.

Nous allons reproduire l'expérience sur un lapin.

Je vous montrerai d'abord celui-ci ; c'est un lapin auquel nous avons, il y a deux jours, coupé un pneumogastrique dont la section n'a pas été douloureuse. Ce lapin pourra vivre encore longtemps avec une altération du poumon, du côté qui correspond à la section. Lorsque, comme cela a eu lieu chez cet animal, on coupe les pneumogastriques d'un seul côté, l'animal respire plus largement de ce côté. Toutefois, si l'inspiration est plus active, l'expiration paraît l'être moins. Si l'on place un petit corps léger devant les narines de l'animal, on voit que, du côté où le pneumogastrique a été coupé, l'ex-

EXPËaiENCES. 373

piratioD est d'une faiblesse extrême, tandis qu'elle se fait très bien dû côté opposé.

Cette observation est très curieuse en ce qu'elle sem* blerait établir une solidarité entre l'issue de l'air par les narines et le jeu des poumons. C'est la un pbéno» mène très singulier, sur lequel nous reviendrons.

Cet autre lapin, qui n'a encore subi aucune opération, oiïre près de 100 respirations par minute. Nous lui praquons une incision sur le milieu du cou : on découvre à droite et à gauche de la trachée les nerfs pneumogastriques.

Nous les lions tous deux séparément. Les mouv^ ments respiratoires sont devenus plus larges; ils ne sont plus que de 25 par minute. Trois jours nous séparent de notre prochaine réunion ; l'animal mourra d'ici là et nous vous montrerons ses poumons.

ttlEïZÏÈME LEÇON

19 JUIN i8S7.

SOMMAIRE : Animaux chez lesquels les pneumogaslrkiBes avaient élé

coupés. — Autopsies.— InOuence de la section des pneumogastriques sur les mouvements du cœur. — Le nombre des pulsations cardiaques est 'considérablement augmenté. — Eipérieiices. — lia gaWadisation du pneumogastrique arrête les mouvements du cœur. -*- Expériences. — Efiets de la section du pneumogastrique sur ta fe^iratloii et sur lés contractions du cœur cbes les animaux â sang froid. — Influence de la température sur les mouvements dû txBOt chez les animaux à sang froid. — Les nerfs pneumOfgastriquea aootils la voie de transmission des actions nerveuses au cœur et an patimon. -^ Expériences. — Section de^ pneutnogastriques dans le cr&ae.

Messieurs,

Dans la dernière séance, nous avons, devant vous, coupé les nerfs pneumogastriques sur un chien et sur un lapin : le chien est encore vivant ; le lapin a rapidement succombé aux suites de cette opération.

Vous avez été témoins des accidents qui ont suivi immédiatement ces opérations : le nombre des mouvements respiratoires est tombé à un chiffre très bas, tandis que leur amplitude est devenue plus considérable.

Le lapin est mort très vite, en trois ou quatre heures. Nous avons déjà trouvé chez lui l'altération des poumons que je vous ai signalée; seulement elle était moins prononcée que chez les animaux qui succombent au bout de vingt-quatre heures.

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Un autre lapin a été opéré hier et à survécu cinq ou six heures. Voici ses poumons : ils sont altérés par \tn éjianchement sanguin ; les bords en sont emphysémateux. Comme le précédent, ce lapïh n'a pas surtécti assez lon^em^s à la séctioti des pneumogastriques pour ({ii'on îftrisse rencontrer chez luî cette lésiofi ptHttfônaîfe au plus haut degré.

La raf)idité avec laquelle ces ahittraùx ont succoWïbé tient eii grstndè' partie à la température élevée dôrit rfou^ souffrôris depifis tjuèTque^ jotfh. Ùatis fces coèfffiOôtis, Pasplï^fxie est plus rap/idè ; là rèspiratfon doit être àcèélérée , et son ralentissement ajofate en pareille èif CWiiatrce mxi caffees de la ftioft.

ïje contraire à'&bsèrve chei les chiete âgés qdî né toeufefti pas pfar asphyxie. Celui-ci, que rio'ûs iVdtii cfpété devant voiïs il y a deiii jours, fi très Mèii survéctf | fl k maintenait sept respirations par mintfte. 11 se trouvé, en raison de soAf âge, dans des conditions telles cfùe \ek lésions pulmonaires seront faibles ou même nulles ; an Hétr ffavancef sa fin, la chaleitf féf à ^tf'if srffccotiibera plu^ lentement.

Cette' influence dés conditions dans lesquelles se fait TôpéhttWn est curieuse, en ce qu'elle sù'fBt pou^ intervei'li^ l'ordre des phériomènes. Dans ce cas, rfous voyous agir chez les lapins une cause dé mort acciderfléHé tfa vertu de laquelle ils périssent d'àiitant plus vite qtfe W tempé^tùfe est plus élevée, tandis que le Contraire a lietf cHèz les chîétts adultes, qtff, ayant subî Id même opératrorf, suctotiibent par un mécanisiùe différeM.

376 Nerf PNEUiyoGÂSTRiQUi.

Voici un pigeoD auquel nous avons avant-hier, après la leçon, coupé les nerfs pneumogastriques; il ne mourra pas asphyxié non plus ; vous pouvez voir qu'il est encore très vivace.

Chossat a signalé, chez les animaux qui meurent d'inanition, qu'à l'agonie, à mesure qu'ils sont plus près de succomber, ils vont se refroidissant , et qu'on peut prolonger leur existence en les réchauffant. Chez les chiens auxquels on. a coupé les pneumogastriques, la température s'abaisse aussi. Nous verrons que les animaux auxquels on a coupé ces nerfs meurent comme les animaux qu'on fait périr par inanition.

Messieurs , d'après Timpossibilité où l'on se trouvait d'expliquer la mort consécutive à la section des pneumogastriques par une lésion des poumons, on en a recherché la cause dans d'autres organes, et on a pensé que les modifications qui suryenaient alors dans les mouvements du cœur pourraient suffire à en rendre compte.

Lorsque ensuite on se demande quelles sont les modifications des mouvements du cœur, on se trouve en présence d'un fait singulier qui semble renverser les notions les mieux acquises. S'il existe deux phénomènes physiologiques qui offrent entre eux une relation constante, ce sont le pouls et la respiration envisagés au point de vue de leur fréquence. La chaleur, k fièvre, toutes les influences qui accélèrent le pouls, rendent aussi les respirations plus fréquentes. Or, après la section du pneumogastrique, nous voyons une perturbalion qui porte sur ces deux phénomènes , et qui les

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