INFLUENCE DE LA CHALEUR
qu'elle provoque chez la grenouille semble être indépendante, non -seulement des conditions hydrauliques de la circulation, mais encore dq système nerveux et des mouvements respiratoires ; elle peut n'être due qu'à l'action directe de la chaleur sur le centre circulatoire;
2* La chaleur animale peut donc exciter le cœur d'une manière locale et en entretenir l'activité ;
3* Le nombre des contractions du cœur s'accroît sans qu'il y ait proportion directe, en raison du degré de chaleur qu'on emploie, si le cœur se trouve près de son état physiologique, c'est-à-dire s'il n'a pas déjà servi à plusieurs expériences de ce genre;
&* La chaleur influe non-seulement sur la quantité mais encore sur la qualité des contractions du cœur;
5* L'action de la chaleur sur le cœur continue à subsister lors même qu'il n'y est plus exposé d'une manière directe.
Messieurs, je vous signale ces ftiits sans vouloir en déduire maintenant une loi physiologique générale. Vous pouvez sur ces cœurs enlevés à des grenouilles, voir les résultats que nous vous signalons. La même chose s'observerait sur la grenouille vivante, si, mettant le cœur à découvert, on l'observait pendant qu'on trempe une partie de la grenouille, alternativement dans Teau froide et dans l'eau chaude.
Cette influence de la chaleur sur les mouvements du cœur est très intéressante à-constater, mais si nous avons vu que chez les grenouilles le système nerveux n'a pas d'influence sur ces mouvements du cœur, il n'en est plus de même chez les animaux supérieurs où cette influence
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est des plus manifestes. Serait-ce dans des différences de ce genrequ'il faudraitchercher les caractères spécifiques des animaux à sang chaud et à sang froid?
Les nerfs pneumogastriques sont, en efiet, des voies de transmission par lesquelles les actions nerveuses peuvent être communiquée au cœur et au poumon. C'est ce que démontrent encore les expériences suivantes sur les effets de la nicotine avant et après la section des pneumogastriques.
Eœp. (12 novembre 18û5). — Sur une chienne à jeun, d'assez forte taille et adulte, on déposa trois gouttes de nicotine dans une plaie sous-cutanée faite à la partie interne de la cuisse. Les pulsations étaient au nombre de 115, les respirations de 28, par minute, avant l'administration de la nicotine.
Une minute après l'administration de cette substance, la respiration était gênée, l'animal était essoufflé, titubant, les oreilles penchées en arrière : les respirations abdominales et diaphragmatiques étaient alors de &2, les pulsations, 232. Après huit minutes, vomissement de mucosités blanchâtres.
Après dix-neuf minutes, le globe de l'œil paraissait renversé ; mais eu examinant de près, on voyait que cet aspect étaient dû à la tension au-devant de l'œil de la troisième paupière; de telle sorte que les deux tiers internes et inférieurs de l'œil étaient recouverts et que l'animal était comme aveuglé.
Vingt-cinq minutes après l'administration de la nicotine, l'animal allait mieux. Les respirations étaient de 36 et les pulsations de 129 par minute.
Après trente minutes, tous les symptômes produits par la nicotine avaient à peu près cessé, sauf la respiration et la circulation qui étaient encore un peu troublées.
Sept jours après, le 19 novembre, le même animal se portant bien, on fît l'expérience suivante :
L'animal avait mangé à onze heures et demie. Deux heures après, on fit la section des deux nerfs values. Avant la section des nerfs, les pulsations étaient de 120, les respirations de 26 et Thémodynamomètre oscillant de 150 à 170. Les deux nerfs étaient d'une insensibilité complète. Au moment de la section, l'animal n'éprouva aucune souffrance. Il se manifesta chez lui un symptôme qu'on observe généralement chez tous les animaux auxquels on irrite ou on coupe le pneumogastrique. Ce sont des mouvements de la queue tout à fait semblables à ceux que fait l'animal pour exprimer sa joie. Ces mouvements paraissent ici liés à une gène de la respiration, car on les observe de même quand on suffoque l'animal. On les observe encore souvent quand on vient de faire la section du bulbe rachidien. Il serait intéressant de savoir par quelle voie se transmet cette action réflexe pour produire les mouvements de la queue*
Après la section des nerfs vagues, l'animal n'éprouva aucun phénomène de suffocation; mais on observa qu'aussitôt la carotide avait perdu de sa tension, de sa plénitude, et même en apparence de son volume. Les pulsations étaient alors au nombre de 206 sans intermittence; les respirations, au nombre de 9, très profondes. L'hémodynamomètre restait fixe à 200 : les oscillations étaient excessivement courtes.
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Alors on administra à ranimai trois gouttes de nicotine dans le tissu cellulaire de la cuisse non opérée, car de l'autre côté la plaie était encore un peu enflammée.
Après deux minutes , Tanimal éprouva quelque trouble, se tourmenta et s'agita; cependant la circulation et la respiration ne paraissaient pas avoir subi de trouble dû à la nicotine.
Après dix minutes, les pulsations étaient de 195 sans intermittence ; les respirations, au nombre de 7, abdominales, profondes. I/hémodynamomètre oscillait entre 160 et 170. Le sang, qui était rutilant dans la carotide après la section des vagues, paraissait plus foncé depuis l'administration de la nicotine. Après douze minutes, la troisième paupière était tendue devant l'œil et rendait l'animal aveugle; la pupille était fortement contractée.
Le lendemain, 20 novembre, quinze heures après la section des vagues, l'animal était calme ; les inspirations étaient lentes, profondes, abdominales, au nombre de 9 pat* minute. L'animal étant sur ses quatre pattes, on voyait à l'œil le cœur battre avec vitesse contre les parois du thorax du côté gauche. Ce phénomène, qîii ne se voit pas pendant la vie chez les chiens, s'observe souvent après la section des pneumogastriques, ou après une mort brusciue, lorsque le cœur continue à battre dans le thorax avec quelque énergie. L'animal ne présentait, du reste, pas de signe de suffocation proprement dit. Alors on voulut appliquer l'hémodynamomètte sur l'artère ; mais le vaisseau se cassa et le sang s'échappa de Tarière avec un jet faible et une couleur très imparfaitement rutilante. Bientôt l'animal mour ut d'hémorrhagie
en présentant les symptômes suivants : l"* d'abord, il faut observer que la mort par hémorrhagie a élé bien plus rapide chez ce chien, dont les vagues étaient coupés qu'elle ne l'aurait été chez un autre.
2* Les battements du cœur, très rapides, cessèrent brusquement au moment de la mort, ce qui n'a pas lieu ordinairement. A peine déterminait-on quelque frémissement musculaire en piquant les parois du cœur.
â* En mourant, l'animal fît quelques efîorts inspiratoires, et les derniers étaient accompagnés d'un aplatis* sèment énorme du ventre et de la poitrine. La poitrine était tellement comprimée latéralement par la pression de Tair que les côtes présentent à l'œil une courbure concave, au lieu de leur convexité habituelle.
L'animal étant mort, cet aplatissement du thorax ne disparut qu'en partie. Alors, on ouvrit le ventre et on trouva le diaphragme fortement voûté en haut. En perçant le diaphragme, il s'abaissa; l'air entra dans le thorax et celui-ci reprit sa forme primitive.
A l'autopsie, les poumons, le gauche surtout, étaient engoués de sang noir et comme marbrés. Le tissu du poumon, quoique crépitant, était rempli de mucosités dans les petites bronches. Il y avait de l'emphysème dans le médiastin postérieur; l'air était entré par la plaie. L'estomac contenait des aliments (des tripes), en partie digérés, mais répandant une odeur infecte d'acide butyrique. Ceci prouve que la section des pneumogastriques avait arrêté la d igestiou .
La partie supérieure de l'intestin grêle offrait des chylifères injectés en blanc.
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Exp. (12 novembre 1845). — On constata que les pulsations d'un chien adulte et à jeun étaient au nombre de 80 par minute, avec Tirrégularité normale. Les respirations étaient au nombre de 14 par minute. Uhémodynamomètre oscillait entre 170 et 200. Alors on opéra la section des deux nerfs vagues dans la région moyenne du cou.
Immédiatement après, les pulsations étaient au nombre de 95 par minute. Dix minutes après, elles étaient au nombre de 175.
Les respirations étaient au nombre de 6. L'hémodynamomètre oscillait entre 240 et 250 par secousses de 4 à 5 millimètres seulement.
Alors on administra à l'animal trois gouttes de nicotine dans une plaie sous-cutanée faite à la partie interne de la cuisse.
Au bout de deux à trois minutes, les phénomènes dus à l'action de la nicotine se manifestèrent. L'animal était chancelant, titubant; il n'avait cependant pas de vomissement ; les mouvements respiratoires n'étaient pas accélérés : il y en avait 5 à la minute; les pulsations étaient au nombre de 148. Après quelques instants, les yeux offraient les modifications dues à l'influence de la nicotine, c'est-à-dire une occlusion de la troisième paupière qui donnait à l'animal l'apparence d'avoir les yeux renversés. L'hémodynamomètre , appliqué une demi -heure après l'administration de la nicotine , oscillait entre 150 et 160.
L'animal mourut pendant la nuit, probablement six ou sept heures après l'opération.
Les poumons étaient seulement un peu hypérémiés et ne contenaient pas de mucosités.
La conclusion à tirer des deux dernières expériences est que la nicotine ne produit pas les troubles de la circulation et de la respiration qui lui sont propres après que les pneumogastriques ont été coupés.
Dans d'autres expériences rapportées plus haut, nous avons vu que la section des pneumogastriques dans la région du cou n'arrête jamais immédiatement la respiration, tandis que la galvanisation du bout central peut produire cet effet. Mais il semble, au contraire, que la section des pneumogastriques dans le crâne, à leur origine même, pourrait également amener une mort subite. Les expériences suivantes en seraient une preuve.
Ewp. (mai 1843). — Sur un lapin, on enleva une partie de l'occipital et on coupa les deux pneumogastriques sur les côtés de la moelle allongée. Aussitôt les mouvements respiratoiîses cessèrent et l'animal mourut. L'animal était déjà très affaibli au moment où on fit la section des pneumogastriques; cependant la mort a coïncidé exactement avec la section des pneumogastriques.
Eoop. — Sur un chien adulte, préalablement stupéfié par l'opium, on enleva l'occipital et on fit la section des deux pneumogastriques à leur origine, en conservant les spinaux. L'animal étciittrès affaibli ; mais, lorsqu'on eut coupé les pneumogastriques , les mouvements respiratoires cessèrent aussitôt et l'animal mourut.
Exp. — Le 20 mai 1843, sur un jeune chien, on enleva l'occipital en partie et on accrocha les deux nerfs
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spinaux sur les côtés de la moelle ; on arracha toute leur partie inférieure : la voix ne fut pas modifiée. Ensuite, on détruisit successivement, en montant vers les pneumogastriques, les autres filets d'origine du spinal, et, lorsque les filets les plus élevés furent détruits, la voix fut voilée. Quand l'animal criait, il rendait un souffle plutôt qu'un véritable son. Ce souISe produisait une espèce de sii&ement dans l'expiration. Si on faisait faire de grands efforts à Tanimal pour crier, l'expiration restait soufflante, mais l'inspiration devenait bruyante et produisait une espèce de braiement. Alors on coupa le pneumogastrique à droite et l'animal continua encore à respirer. On le coupa à gauche : aussitôt l'aniauJ mourut sans donner de signe de suffocation. Il faut noter encore que dans cette expérience l'animal était affaibli par l'opération.
On a pu se convaincre dans cette opération que le spinal n'était pas d'une sensibilité évidente, tandis que le pneumogastrique, quand on le touchait, provoquait les signes d'une sensibilité vive. Le pneumogastrique paraîtrait donc plus sensible à son origine que dam la région du cou.
Exp. (27 avril 1841). — Sur un jeune lapin on fit la section du pneum(^astrique gauche dans le crâne.
Aussitôt tous les mouvements de la respiration cessèrent dans le côté correspondant. La narine gauche resta immobile et plus dilatée que la droite qui avait conservé sa motilité normale. L'animal avait consenré toute la sensibilité dé la face du côté gauche. Lorsqu'on le pinçait, il retirait les lèvres; il clignait, ce qui
EXPÉRIENCES. &li
prouve que te nerf facial éiait intact. De sorte que les mouvements de la face semblaient conservés, excepté celui de la respiration dans la narine.
En examinant Tanimal en face, la lèvre supérieure paraissait un peu relevée et retirée en arrière.
Exp. — Sur un chien, chez lequel on avait déterminé le coma par une fracture du crâne qui avait du reste produitle diabète (v. 1. 1, p. â/i&], on coupa les deux nerfs pneumogastriques dans la région moyenne du cou^ et, ce qu'il y eut de remarquable, c^est que l'animal cessa de respirer aussitôt après la section des vagues. Mais ou reproduisit des mouvements respiratoires et de déglutition, en excitant le bout central des nerfs vagues. On ne produisait absolument rien en agissant sur les bouts périphériques; ce qui prouve évidemment que les mouvements respiratoire s'opèrent dans ce cas par action réflexe; seulement chez le chien, il serait difficile de dire si c'était par le pneumogastrique ou par le grand sympathique, car ces deux nerfs se trouvent réunis. Il y avait en même temps chez ce chien, dans le coma, une salivation très abondante. Alors j'ai découvert le canal do Sténon : rien ne s'écoulait par ce canal, ce qui semblerait prouver que la salivation était, dans ce cas, produite surtout aux dépens des glandes sous-maxillaires.
Enfin, à Tautopsie, on observa des ecchymoses dans le foie, ecchymoses surtout très visibles dans les parois de la vésicule du fiel. Les ganglions lymphatiques de la face et du cou étaient marbrés par des épanchemenis sanguins. Ces lésions étaient sans doute la conséquence des chocs sur la tête qui avaient produit la fracture des os du cr&ue,
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car on ne saurait attribuer de semblables résultats à l'insufflation. Ces ecchymoses du foie sont surtout intéressantes, en ce qu'on a signalé des lésions du foie, comme coïncidant souvent avec les fractures du crâne.
Exp. — On fit sur un lapin la section de la moitié de la moelle, dans la région cervicale, au niveau de Tarticulation occipito-atloïdienne gauche.
Les mouvements du nez et de la lèvre furent abolis à droite, et les traits étaient poussés en avant de ce côté. La sensibilité existait des deux côtés de la face et les oreilles n'étaient point paralysées, non plus que les yeux qui se fermaient des deux côtés ; les membres avaient tous conservé leur sensibilité.
Quand on excitait l'animal, il se produisait des mouvements dans la lèvre droite, mouvements qui n'avaient pas la forme respiratoire.
En résumé, on peut dire que les mouvements respiratoires seuls étaient abolis dans la face ; tous les autres, ceux de l'œil et de l'oreille étaient conservés.
Alors on essaya de faire la section de la cinquième paire et l'animal mourut.
On constata à l'autopsie que la moelle était blessée à droite, au niveau du ca/amw* ^crtptont^ ; la moitié gauche n'avait été nullement intéressée. La plaie siégeait un peu au-dessous de l'origine des pneumogastriques. La section de la moelle en ce point avait donc fait cesser les mouvements respiratoires sans léser la cinquième paire ni le facial, puisque la sensibilité et les mouvements des yeux étaient parfaiteraents conservés.
II nous reste maintenant à examiner Pinflueuce qu'exerce la section du pneumogastrique sur les organes contenus dans Tabdomen, sur les organes digestifs et sur le foie. Cette étude sera le sujet de la prochaine leçon ; nous devrons y rechercher encore la cause de la mort des animaux qui succombent à la section des nerfs vagues, cause que nous n'avons pas trouvée nécessairement dans les altérations produites sur les oi^anes thoraciques.