‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux (volume 4)Chapitre 78 sur 86 · EFFETS INFLAMMATOIRES · texte numérisé non relu

EFFETS INFLAMMATOIRES

côte. On maintint écartés les deux côtes à Taide d'un coin de bois introduit entre elles. Alors; à l'aide d'une érigne, on accrocha le ganglion que Ton souleva, avec une pince à anneaux, on le saisit et on l'arracha coniplétement; cela fait, on recousit la plaie extérieure des muscles et on laissa l'animal en rnpos.

Pendant l'opération, l'animal était chloroFormé. A chaque expiration , on constatait la sortie de l'air à travers l'ouverture faite à la poitrine. On constata en outre qu'au momenl de l'extirpation du ganglion, quoique l'animal fût éthérisé, la respiration s'accéléra considérablement. On laissa ce chien en repos jusqu'au lendemain.

Le lendemain, 5 juillet, on constata que la pupille du côté opéré était très contractée; Toreille du même côti^ était très chaude; l'animal paraissait malade; lesre^irations étaient de 36 et les pulsations de 9*2 par minute. Les urines étaient très acides, contenaient beaucoup d'u* rée ; on avait donné a manger à l'animal, mais on ne sait pas s'il avait pris la nourriture qui lui avait été présentée.

Le lendemain, 6 juillet, l'animal était mort; il avait succombé pendant la nuit.

A l'autopsie, on trouva une pleurésie violente avec injection extraordinairement forte et caractéristique dans tout le thorax. Toutefois il y avait une différence entre les deux côtés : à gauche, là ou on avait fait l'ablation du ganglion, il y avait pleurésie avec épanchement de liquide trouble, purulent, et formation de fausses membranes abondantes sur la plèvre pariétale et costale, tandis que du côté droit, le liquide de répanchenient, un peu san* guinolent, n'était pas trouble et ne paraissait pas contenir

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de pus. L'injection de la plèvre semblait plus prononcée parce qu'elle n'y était pas masquée par de fausses membranes.

Outre les vaisseaux assez volumineux qui étaient gor~ gés de sang, on voyait dans les deux plèvres des ecchymoses et des extravasations sanguines. On voyait une arborisation très riche autour de l'aorte et des gros troncs nerveux et veineux, autour du péricarde, ainsi que sur la face supérieure du diaphragme. En examinant ensuite l'intérieur de Taorte, de l'œsophage, on ne retrouva plus la même injection ; la membrane interne de ces organes était blanche et avait sa couleur normale. Le tissu du poumon était gorgé de sang, et magnifiquement injecté dans toutes ses parties. Le tissu du cœur n'offrait rien de particulier, non plus que sa surface intérieure. Dans l'abdomen, le péritoine n'offrait aucune injection; il semblait même que les organes abdominaux fussent plus pâles qu'à l'état normal et comme anémiques. L'estomac contenait des morceaux de viande en partie digé*rés et offrant une réaction neutre ou même l^èrement alcaline, ce qui pourrait dépendre de ce que les aliments séjournaient depuis longtemps dans l'estomac, et de ce que la grande chaleur avait, depuis la mort, amené un commencement de décomposition. Le foie ne contenait pas de sucre dans son tissu.

Eœp. (29 novembre 1845) (1). — Sur un gros chien mouton, jeune, à jeun, on enleva les deux ganglions solaires par une plaie faite à l'abdomen. Aussitôt après l'opération on retira à l'animal lÛO grammes de sang veineux.

(1) Expériences déJ4 ciiée à oa aslre point de vue, 1. 1» p^ d»9»

522 eprers inflami atoiabs

Quand on toucha simplement les gansions solaires, il n'y eut pas manifestation de douleur; seulement, quand on fît, en quelque sorte, vibrer les nerfstendusquien partent, par un frottement rapide, il en résulta des mouvements de totalité du tronc et particulièrement des membres inférieurs, mouvements saccadés et involontaires.

Quand on pinçait fortement le ganglion solaire ou qu'on le tiraillait, Tanimal éprouvait manifestement de la douleur et poussait des cris.

Lorsque le ganglion ou un des gros nerfs qui en partent ecrt été ainsi contus par la compression, il resta noirâtre et comme ecchymose à la place de la contusion, de qui n'a pas lieu pour les nerfs du système cérébrospinal.

' Pendant l'opération, l'animal rendit des matières fécales diarrhéiques. Âprè« l'opération, la plaie fut recousue et l'animal laissé en repos jusqu'au lendemain. ' Le lendemain, 30 novembre, l'animal paraissait triste et refusa les aliments.

Le 1" décembre, le chien était toujours triste. L'ayant amené dans le laboratoire, il urina et rendit des matières fécales diarrhéiques. H refusa toute espèce de nourriture solide ou liquide et but seulement un peu d'eau.

Le 5 décembre, l'animal était morne; la plaie de l'abdomen s'était ouverte ; elle fumait et laissait s'écouler ttiie grande quantité d'un liquide séro-purulent.

Le 3 décembre l'animal était mort.

Autopsie. A l'ouverture de l'abdomen, on vit une rougeur écarlate de toutes les parties contenues dms le ventre. Cette rougeur appartenait essentiellmnent au pé-

PAR l'ablation DB ÔATfGLIÔNS DU GRAND SYMPATHIQUE. 52S

ritoiiie et elle s'étendait sur toute la surface des intestins^ sur le mésentère, sur ses appendices graisseux qui pré« sentaient la même eoloration rouge. Cette teinte rouge vif, résistait parfaitement au lavage; elle était partout uniforme et ne paraissait pas, à Tœil nu, offrir d'arbo* risfttion; mais, au microscope, on voyait une {njectioti capillaire excessivement fine et abondante.

I^s ganglions solaires avaient été bien enlevés; il i*es^ tait seulement une grande quantité de nerfs qui allaient sar les artères dans tous les sens. Les poumons étaient sains, exempts d'ecchymoses ; il y avait toutefois un peu de sérosité dans la plèvre, mais cette membrane n'offrait aucunement la rougeur et l'altération du péritoine.

Cette expérience montre donc que les ganglions solaires sont sensibles aux fortes contusions on au tirail-^ lement; que l'excitation des nerfs qui en partent détermine des mouvements dans les membres, et que l'ablation de ces ganglions produit une péritonite particulière avec dilatation énorme des vaisseaux capiHaîres.

Néanmoins j'ai vu cette inflammation ne pas se manifester dans deux cas où les animaux avaient été élhérisés i

Bœp, (18 juin 1853). — Sur un chien adulte, de taille moyenfie, on pratiqua la chloroformisation et on extirpa le ganglion cœliaque du cMé gauche , l'animal ayant sa digestion terminée et l'estomac vide. L'opération étant achevée, on cessa les inhalations de chloroforme; l'animal étant revenu peu à peu on fit les observations suivantes :

La température du ventre au moment où on commença l'expérience était de 3^,5, |>rîse dans le péri-

52& EFFETS INFLAMMàTOIEES

toine, ranimai n'étant pas encore complètement aoes* thésié. Après l'opération, Tanimal étant encore sous l'influence du chloroforme, la température du péritoine était de 39 degrés. Deux heures après Topération, les effets du chloroforme ayant cessé, on reprit la température qu'on trouva de 39%2, de sorte qu'elle ne paraissait pas avoir varié sensiblement par le fait de l'ablation du ganglion cœliaque. On examina Turine avant et après l'opération . Avant Topération, l'urine était acide, concentrée ; elle précipitait directement par l'acide azotique du nitrate d'urée. Après l'opération, l'urine était moins concentrée ; elle ne précipitait plus directement du nitrate d'urée par l'acide azotique et elle présentait une réaction alcaline^» qui ne disparaissait pas en faisant sécher le papier réactif. Par la chaleur, il y avait un précipité d'apparence albumineuse ; par la potasse ajoutée à l'urine, il y avait un précipité floconneux que le même réactif n'y dénotait pas avant l'opération. Il n'y avait pas de sucre d'une manière évidente dans cette urine.

Deux heures et demie après l'opération, on retira encore de l'urine de la vessie ; elle offrait les caractères que nous venons de signaler et ne renfermait pas de sucre. On observa que les pupilles n'avaient subi aucune déformation , ce qui montre que la lésion qu'on avait produite n'avait pas eu d'influence sur l'œil.

Le lendemain (1 A juin) le chien se portait assez bien; il n'avait pas mangé, mais il ne paraissait pas avoir des symptômes de péritonite. Les urines étaient acides, ne contenaient pas d'albumine et donnaient directement du nitrate d'urée par l'additiou d'acide azotique.

PAE l'ablation de GANGLIONS DU GRAND SYMPATHIQUE. 525

Le 15 juiD, le chien allait bien ; il avait mangé. Urines acides, pas d'albumine ; l'acide azotique y pré-: cipitait directement du nitrate d'urée.

19 juin, le chien va bien ; la plaie du ventre se cicatrise.

23 juin , même état ; on fit alors servir l'animal , dans le but de le sacrifier, à des expériences sur la sécrétion salivaire (voir t. Il, p. 113).

A l'autopsie, ou ne trouva dans le péritoine aucune trace de péritonite ; seulement, on trouva les ganglions lymphatiques mésenlériques très volumineux. Les lymphatiques paraissaient très pleins, et le canal tho* racique très distendu par de la lymphe Cette distension du système lymphatique pourrait être le résultat de l'empoisonnement par la strychnine qui fut injectée dans le conduit salivaire chez ce chien, car cette même distension du système lymphatique a été observée chez un autre chien empoisonné de la même manière.

La dissection du plexus solaire a montré que le ganglion cœliaque droit était entièrement conservé, tandis qu'à gauche, il était presque complètement enlevé.

II résulte de cette expérience, que la péritonite qui s'est développée avec beaucoup de violence dans d'au* très circonstances après la destruction du plexus solaire ne s'est pas montrée ici. Est-ce dû à l'ablation partielle du plexus solaire ou à l'emploi du chloroforme dont on n'avait pas fait usage dans les autres expériences. C'est ce que pourront établir des expériences ultérieures.

Ba>p. (2& juin 1853). — Sur un chien, on extirpa un ganglion solaire et on dilacéra l'autre, l'animal étant soumis aux inhalations de chloroforme.

S^ EFFETS DE LA SECTlOIf

. Les jours suivants, l'animal n'eut pas de péritonite et présenta des phénomènes analogues à ceux notés diex l'animal dont il vient d'être question. Il guérit assez rapîdMfneat II est remarquable que cette péritonîte que nous avions notée si violente chez le chira de la première observation ait manqué dans ces deux cas. ëbIk^ paioe qu'il y avait eu dans le premier cas extirpation plus complète des ganglions solaires, ou parce que l'animal Q'avait pas été étbérisé ?

Enfin, il y a certaines parties du grand sympathique qu'on peut couper impunément sans qu'il en résuite aucun phénomène apparent de calorification ni de vascularisation dans les organes, qui sont en rapport avec ces Q6r&. C'est ce qui arrive dans la section des nerfs splanchniques dont nous rapporterons quelques exemples, en signalant les procédés que nous avons employés pour faire les expériences.

Si l'on voulait oouper les nerfs qui, partant du ganglion cervical inférieur, le réunissent au premier thoracique, il faudrait faire une incision vers la partie inférieure du cou» puis trpuver le pneumogastrique qui passe en dedans des scalènes et tirer ces muscles en dedans, en al^aiiaant l'épaule, et on trouverait l'artère vertébrale sur laquelle rampent les nerfs qu'il s'agit de couper.

Pour couper le grand sympathique dans la poitrine, on a fait une incision immédiatement au-dessous de la dernière côte, aussi près que possible, et dans Tangle rentrant, que forme son articulation avec la colonne vertébrale. Le bistouri introduit jusque dans la poitrine sert de guide à un crochet ad hoc; puis, le bistouri étant

M6 HBMB »umwsaQvm. 6S7

dégagé de la plaie, oa pousse le crochet transversale* ment vers la ooloooe vertébrale. Dès qij'on sent rinstrunient arrêté par le corp3 des verté^res^ on tourne le côté tranchant du crochet du côté du dos et on retire l'instrument en coupant ce qu'il accrocbe.

On arrive au même résultat en enfonçtifit riostrument entre les apophyses tran9Tersas da la deimière vertèbre dorsale et de la prcpiî^ lombaire. Puis on foit gUsser to crochet traiM^nt sur la £ace latérale du corps de k vertèhie ; et, en inclinant la pointe de Tinstrument en dehors, on le retire en coupant le nerf qui est accroché» L'aorte est à éviter.

Ba}p. — Sur un chien, de taille moyenne, on fit la section des deux grands splanchoiques, eu pénétrant dans la poitrine par les procédés indiqués. Le chien était éthérisé et n'éprouva aucune douleur au moment de ToiMéralion. U revint des effets de l'éthérisation coqme à l'ordinaire et il ne se manifesta, après Topération^ aueun phénomène général qui pût être attribué à la seo tioB des nerfs sympathiques.

jLiC lendemain, l'animal paraissait très bien portantet «aangea comme à l'ordinaire. Il fut conservé pendant trois jours sans qu'on reconnût aucun changement notable dans sa santé. Le quatrième jour, l'animal était efi pleine digestion, on répéta le procédé de 1^ section des nerfs splanchniques, dans la pensée pu Ton était que l'opération n'avait peut-être pas réussi la première fois. Cette seccHide opération, faite également pendant l'éthérisatipn, produisit une blessure de l'aorte qui caus^ immédiatement la mort.

528 SECTION DES NBRFS SPLANCHNIQUBS.

Ed faisant avec soin Tautopsie de ranimai, on constata que les deux nerfs splanchniques avaient été très bien coupés la première fois, sans lésion d'aucun organe voisin. On constata aussi chez ce chien, qui était en digestion, que les vaisseaux chylifères étaient remplis d'un chyle blanc, que les mouvementspéristaltique existaient, que la vessie était pleine ; enfin, on n'observa rien d'à* normal dans les organes abdominaux. On recueillit ensuite le sang des veines hépatiques qui contenaient du sucre; et le tissu du foie donna une décoction laiteuse très sucrée.

On fît ensuite avec soin la dissection des nerfs coupés, et on trouva que la section du grand sympathique avait été opérée entre la douzième et la treizième cMe. Elle avait laissé au-dessous d'eUe deux filets communi* quant encore avec la moelle.

Eoop. (15 décembre 4852). — Sur un chien, de taille moyenne , on fit des deux côtés la section des ner& splanchniques, par le procédé déjà indiqué. L'animal était éthérisé, et, après l'opération, il revint à son état normal sans présenter aucun phénomène particulier.

Les jours suivants , Ton donna à manger à ce diien ' qui resta toujours bien portant.

Huit jours après cette opération, on lui fit la piqûre du plancher du quatrième ventricule pour obtenir Fappari^ tiou du sucre dans les urines. Au moment même, ranimai parut peu afiecté ; il était seulement titubant. Après une heure environ, il devint très malade, tomba sur le côté sans pouvoir plus se relever; il y avait une saliva* tion abondante.

SECnON DES NERFS SPLANCHNIQUES. 529

L'urine, examinée avant Topération et durant les trois heures qui la suivirent, ne présenta de sucre dans aucun cas.

Après cinq jours, Tanimal était guéri et à peu prèh revenu à son état normal.

Trois semaines après la section des nerfs splanchniques, on tenta de faire une fistule biliaire sur cet animal; mais l'opération n'ayant pas réussi, on le sacrifia, et on s assura, par Tautopsie, que les deux nerfs grands splanchniques avaient été parfaitement coupés des deux côtés. Un peu de tissu cellulaire était interposé entre les bouts divisés.

Au moment de la mort, l'animal était à jeun ; ses or* ganes ne présentaient rien d'anormal, si ce n'est une l^ère rougeur de la vessie et de la partie duodénale de l'intestin.

Le foie contenait beaucoup de sucre. Il pesait 25& grammes; la rate, 64; l'animal entier pesait 9''",9â2. Dans le cervelet, on trouva un petit foyer hémorrbagique et dans la moelle allongée on retrouva la trace de la piqûre qui avait été faite à droite, au-dessus des origines du pneumogastrique et qui s'étendait obliquement en avant dans le pont de Varole. La piqûre ne paraissait pas avoir atteint le point dont la blessure fait constamment apparaître le sucre dans les urines, de sorte qu'il est difficile d'attribuer la non-apparence du sucre dans l'urine à la section du grand sympathique.

Enfin, Messieurs, le grand sympathique a sur les propriétés de l'œil, soitsur sa sensibilité, soitsur sa nutrition, une influence très évidente. Nous savons déjà que Tabla-

6S0 ira^LUENGE DU GRAKD STHPATHIOiB

tion du gaQgliOD ophthaliqique a une influence marquée sur les mouvements de la pupille, la sensibilité de la cornée et la sécrétion de l'humeur aqueuse. Mais des phénomènes semblables peuvent se manifester lors même qu'on agit sur des portions plus éloignées du grand sympathique, comme le montrent les expériences suivantes :

Eœp. — Deux lapins avaient eu d'un côté le cordon sympathique coupé au cou. L'un deux fut éthérisé et la sensibilité ne parut pas, d'une manière évidente, persister plus longtemps dans l'œil du côté correspondant au côté du sympathique coupé.

Chez Vautre lapin, tué par le curare, on observa que l'œil du côté où le sympathique avait été coupé restait sensible lorsque Tautre ne Tétait plus. Au moment de la mort, lorsque la dilatation terminale de la pupille survint, elle apparut beaucoup plus tard dans l'œil du côté où le sympathique avait été coupé^ ce qui indique, en un mot, que cet œil avait, en quelque sorte, survécu à l'autre.

Eœp. — Un chien adulte, en digestion, futasphyxié par la ligature de la trachée. On observa très nettement les phénomènes qâi suivant : pendant l'asi^yxie, il y eut successivement élargissement, puis rétrécissement de la pupille, et enfin, élargissement terminal avec saillie du globe oculaire au moment de la mort. On observa également que c'est la conjonctive qui devint d'abord insensible ; la cornée transparente ne perdit sa sensibilité que beaucoup plus tard et très peu après l'élargissement terminal de la pupille. Presque aussitôt après la perte de sensibilité de la cornée transparente.

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