LÉSIONS DU PLANCHER
La sensibilité des membres postérieurs persistait encore, sans qu'on pût reconnaître s'il ne s'agissait pas seulement de sensibilité réflexe. L'animal refroidi resta dans ce coUapsus complet, jusqu'à la mort. Il ne rendit pas d'urine; l'excrétion urinaire parut arrêtée pendant les six ou sept heures que Tanimal vécut. On obtint seulement, deux ou trois heures après l'opération, quelques gouttes d'urine qui ne contenaient pas de sucre.
A l'autopsie, l'appareil digestif offrait seulement à noter un fait déjà observé sur d'autres lapins : c'est que le suc intestinal devenait visqueux par la potasse. On retira du ventricule droit du sang noir et mal coagulé. La vessie était vide ; quelques gouttes d'urine en furent extraites et ne réduisirent pas le liquide cupro-potassique.
L'examen de la tête montra un peu d'épanchement séro-sanguinolent dans les ventricules. La lésion avait porté près du calamus scriptorius des deux côtés, en comprenant les deux espèces de bandelettes nerveuses qui le bordent. Elle siégeait par conséquent assez loin de l'origine des pneumogastriques, origine qui se trouve à peu près au niveau du bord inférieur du verrais.
Le foie avait sa couleur ordinaire; il était friable, et sa décoction, très opaline, contenait énormément de sucre.
En résumé , chez ce lapin , la lésion des corps resUformes n'a pas donné lieu au diabète; il semble, au contraire, y avoir eu suspension de l'excrétion urinaire. Cette lésion a produit, du reste, un affaiblissement considérable et une mort assez rapide.
Messieurs, il était naturel, après avoir constaté que la blessure du plancher du quatrième ventricule produisait le diabète, de rechercher le mécanisme par lequel il s'opère. Nous avions pensé, dans nos premières expériences (et cette idée nous avait même conduit à les pratiquer), que Tirritation produite à Torigine des vagues était conduite par le pneumo-gastrique jusqu'au foie; mais, en cherchant k vériGer cette supposition par l'expérience, vous savez qu'il nous a été facile de voir qu'il n'en était pas ainsi , et que c'était par la moelle épinière que devait se transmettre l'action de la partie irritée sur l'organe excité. Nous allons vous fournir ici de nouvelles preuves de ce fait important.
Eœp. (12 mai 184»). — Un lapin, nourri à la luzerne, fut piqué au plancher du quatrième ventricule, en traversant le cervelet. Il y eut d'abord désordre des mouvements : les pattes antérieures étant écartées, le poitrail de l'animal portant sur le sol et son train postérieur restant élevé.
Avant l'expérience, les urines étaient troubles, blanchâtres et alcalines, et elles conservèrent ces caractères pendant trois heures que dura la glycosurie d'une façon prononcée. Six heures après, l'animal était rétabli ; il mangeait comme à l'ordinaire , et ses urines ne contenaient plus de sucre.
Quatre jours après , l'animal étant bien portant , je réséquai les deux vagues dans la région du cou, en ménageant les filets cervicaux du grand sympathique ; puis je piquai l'animal au plancher du quatrième ventricule. Cette piqûre produisit d'abord un peu d'affaiblisse-
h5li SECTION DBS VAGUES
ment passager dans les mouvements des membres antérieurs.
Trois heures après la piqûre, on trouva seulement des traces de sucre dans l'urine.
Le lendemain Tanimal était mort, présentant les phénomènes ' ordinaires de la section des va^es; ses poumons étaient ecchymoses; son foie ne contenait pas de sucre.
A Tautopsie de la tète , on trouva les deux piqûres : la première piqûre, qui avait donné beaucoup de sucre, était cependant située au-dessous de Torigine des vagues, mais probablement oblique en haut.
Exp, (14 mai 1849). — Sur un lapin de taille moyenne, mangeant de la luzeme, ayant des urines troubles, blanchâtres et alcalines, on fit une piqûre du plancher du quatrième ventricule, après avoir coupé les deux vagues et les filets sympathiques. Après Topération, les urines restèrent troubles et alcalines , et le lapin pissa du sucre. Néanmoins il sembla en rendre une moins grande quantité qu'un autre lapin , chez lequel les nerfs vagues n'avaient pas été coupés.
Le lendemain , l'animal était mort. Son foie contenait beaucoup de sucre, et donnait une décoction claire.
Un autre lapin, dans les mêmes conditions, eut préalablement les deux filets cervicaux du grand sympathique coupés, et les vagues divisiées. Le lapin piqué, après cette section des nerfs, a pissé beaucoup de sucre, les urines restant troubles et alcahnes.
Le sang était resté rouge dans Tartère caix)tide,
ainsi qu'on Ta constate' pendant que Tanimal rendait du sucre.
Il reste prouvé , d'après les expériences , que la section des nerfs vague et grand sympathique n'empêchent pas la glycosurie après la piqûre du plancher du quatrième ventricule.
Exp. (8 avril 1850). — Sur un lapin adulte^ vigoureux, on piqua par l'occipital le plancher du quatrième ventricule, et l'animal fit un mouvement qui donna à la plaie plus d'étendue. Aussitôt après, l'animal tomba comme en syncope; puis il revint peu à peu , et resta Cûudiié sur le Qanc avec la narine paralysée d'un côté.
Avant l'opération, les urines , troubles et alcalines, ne contenaient pas de sucre. Deux heures et demie après 9 elles en renfermaient beaucoup. Les urines étaient devenues limpides, mais elles étaient restées alcalines. Le lapin était toujours resté sur le flanc, grelottant, le poil hérissé, cx)mme cela arrive le plus souvent. • L'urine dosée renfermait 5 pour 100 de sucre.
La température, dans le rectum, était de 36*.
A ce moment, on coupa les deux vagues au lapin dans la région du cou. Les respirations, déjà ralenties, ne le furent pas beaucoup par l'opération ; seulement l'animal fit entendre le rhonchus caractéristique à la suite de la section des nerfs.
Une heure après la section des vagues, l'urine, claire et alcaline, contenait toujours beaucoupde sucre. Dosée, on trouva qu'elle en renfermait 6 pour 100.
Trois heures environ après l'opération, l'urine contenait toujours du sucre.