‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveuxChapitre 12 sur 136 · S SENSIBILITÉ ET MOUVEMENT · texte numérisé non relu

S SENSIBILITÉ ET MOUVEMENT

DU roclier. Si donc rexpérimentateur analyste peut à volonté considérer ensemble ou séparément ces deux ordres de manifestations , la chose n'existe pas physiologiquement; un phénomène de sentiment ne se maui-* ^tera jamais que par }e mouvement.

Voyons maintenaiit quels sont les nerfs m oteurs, quels sont les nerfs sensitife et quels rapports ils affectent entre eux. Dans cet exposé, nous prendrons nos types de description chez rhomme.

Cest surtout dans les nerfs rachidiens que la distinction anatomique entre les nerfs moteurs et les nerfs sensitifs est nettement établie. Ces nerfs forment trenteune paires, constituées chacune par deux racines distinctes qui se réunissent ensuite pour former un nerf mixte, auquel la racine postérieure donne ses propriétés sensitives, tandis que la racine antérieure lui donne set propriétés motrices.

. On comprend à priori la relation qui peut exister entre la sensibilité et le mouvement. Sous rinfluence Ifl'une sensation, il y a tantôt mouvement réflexe, tantôt volontaire; mais ce n'est pas sur cette relation générale du, nerf de sentiment avec le nerf de mouvement que je veux aujourd'hui appeler votre attention.

Nous avons dit que, dans chaque tronc nerveux, à un élément moteur correspond un élément sensitif ; ils forment une véritable paire. Un nerf moteur ou un nerf sensitif n'existe pas plus physiologiquement à Tétat isolé qu'un élément zinc ou un élément cuivre n'existe au point de vue électrologique. Dans une pile il n'y a que

PAIEK NERVKUSfi. tt

des couples de métaux , daus les uerfs mixtes ou n^ saurait voir que la réunion d'un certain nombre de paires élémentaires de nerfs.

La paire nerreuse est TensemMe oonstitoé par deux racines correspondantes, Tune antérieurei Tautre postérieure.

En examinant une paire rachidienne , \Am propre à montrer clairement les origines et la solidarité des deux racines, on voit ta racine antérieure nattre par un chevelu (lu sillon antérieur de la moelle (Qg. 1) ; la racine postérieure naît bmsiiuement du mllon postérieur par des filets (jut se réuniss(;nt bientât (fig. S).

Mais ce ^lii les iait distinguer plus facilement encore que leur origine, c'est la présence sur le trajet de la racine postérieure d'un ganglion g qui manque à la racine antérieure. C'est immédiatement après ce ganglion que les deux radnes se réunissent pour former un nerf mixte m.

Le nerf mixte se distribue à tous les systèmes de réconomie. Car tous les appareils sont constitués à la fois par des parties motrices ou sensibles, auxquelles se distribuent les filets nerveux provenant des racines antérieure et postérieure, qui se terminent finalement soit dans des parties contractiles, soit dans des parties sensibles. Biais il y a deux espèces de mouvement, Tub volontaire, l'autre involontaire ; on trouve dans la paire nerveuse les éléments excitateurs de ces deux systèmes de mouvements. En effet, à chaque racine se rattachent (nous ne parions ici que des connexions) de petits filets qui en partent ou y arri>xnt. C^ filets se rendent à un

BACMES BACHIDIENNES.

système de gaoglions, d'où partent de nouveaux Blets qui vont se distribuer, eux aosBi , à des tissus moteurs

Flg. 1. — La modle est Tue par n face antérieure ; A, A, A, rachm aDlérleiiin raclihlienneg oalasant par des àiilslons radiculairts qui m rrionlsMDt ensuite pour coiutltaer les faisceaux de la racine ; — P, P. P. racines postérieures ; — c,d, filaments anastomotiques existant entre )et racines postérieures ; — g, g, g, ganglions des racines posiérleurei; ^ m, m, oerb mixtes formés par la réunion de deui racines.

FIfc- 3- — La moelle est vue par sa face postérieure ; — P, P, P, ractees postérieures partant du sillon postérieur par des filaments radicnlaires folnmlnenx , et naisMDt brusquement uns divisions ndlculalrcs; — A, A, racines antérieures; — e,d, anastomooes entre les racines posiérknrt*; — g. g, g, gangUons laierrertébnaz des racines postérientea.

SERSIBIUTÉ EËCUEUim. 25

OU sensibles , aux muscles de la vie organique et aux moqueuses. Le système nerveux sensitif et moteur des organes splanchniques est ce qu'on appelle le grand sympathique. Dans le système de la vie de relation y les nerfs se distribuent à des organes de mouvement volon* taire et à des surfaces pourvues d'une sensibilité consciente. Le système cérébro-spinal agit par la volonté sur les mouvements qui sont sous sa dépendance; les phénomtees soumis à Taction du grand sympathique sont en dehors de la conscience et de la volonté.

Mon but pour aujourd'hui est de vous faire voir que la paire nerveuse fcNrme un tout, malgré les rôles différwts auxquds sont destinés ses filaments , et de vous montrer que les deux racines qui semblent se séparer par leurs aptitudes fonctionnelles, sont cependant étroitement liées par des propriétés communes. Je fonderai mes surguments sur une vue qui n'avait pas été soupçonnée lorsqu'on découvrit les propriétés différentes des nerfs. Ch. Bell avait cru àlort, et on l'a répété après lui, que les nerfs moteurs étaient complètement insensibles, tandis que les nerfs sensitifs seuls avaient la propriété d'être doués de sensibilité. Aujourd'hui on sait que, malgré leur rôle difTérent , les deux ordres de racines sont sensibles, et que cette sensibilité leur vient de la même source. Ce fait, découvert et démontré par Magendie, a reçu de lui le nom de phénomène de la smsibiliié récurrente ou en retour. Je crois pouvoir vous démontrer que cette sensibilité des racines antérieures est le lien qui les unit physiologiquement aux racines postérieures correspondantesy àd manière à accoupler en quelque sorte, paire

ttG. 3,— Figure tchématiqtie de la distribution des racines rachidiennes tldela sensibilité rieurrenle.

a,a',(i'\a'"t wigiMdesraclDU anririeurei ncUdimnes ti la modU épinltre; — Fip't^\f^", racines postérieures; — F.Pi peau dans Utt|mlle se lermlot spécialement la racine postérieure, quolqu*tIIe «nota auMi qndqnw filets dans les miiKles M, M, M, poar lenr éanmt la sensibilllë ; — U>M, IH, musde* dius lesqoelt te termiiN apfcUs» ment la racine antérieure, quoiqu'elle envole aussi quelque ûlamest pour les éléments contractiles de la peau.

U (etuibilllé émane <i« la radne postérieure b am origine t la moaUe, et elle se propage quand les racines sont intactes (première paire}, dn centre à la périphérie, et revienl par la racine antérieure jusqu'à la ■soelle ; de telle aorte que, si l'on coupe la racine aniéripure en lalsMut la postérieure Intacte (deuxiëme paire), le bout pérlpiiérique t nst» senaBAe, et le central t est insensible. Si l'on coupe la racine postérieur en Ikiasant l'antérlenre Intacte (troisième paire), celle dernière devient tn- •eaulUe, de même que le bout périf^érique de la racine poatérlenre 1 1 le bout central de la racine postérieure reste seiuible. Si l'oa co«qie k la fois les deux racines (quatrième paire) , tous les bouts de aectlon sont Imawillilni inrrptl tw.le boiK otMMde la nehe pMtMeêtt». «^ g, ^, g", g'", gauglious des radoes postérieures.

anWIBlUTÉ EÉCUaRKITE. f7

par paire, les deux ordres de racines. C'est, je croîS) là la signification qu'il faut donner à ce phénomène de là sensibilité récurrente»

Voici d'abord le &it sur lequel s'établit cette sensibî4 lité commune aux deux racines. I/)rs({ue, sur un animal vivant dont le canal rachidien a été ouvert et les racines nerveuses mises à nu dans de bonnes conditions, on vient à pincer successivement la racine postérieure et la racine antérieure, on voit que toutes deux sont seiH sibles. Cette sensibilité se reconnaît aisément aux cris d«

ranimai. .

Si alors on coupe la racine antérieure a', la poslén rieure fi étant intacte, on constate ({ue le liout central t de la Fscine antérieure coupée est complètement inseot sîble, tandis que le bout périphérique s est resté sem sible.

D'où vient donc cette sensibilité i\\x\ persiste dans un bout de nerf séparé du centre nerveux? En analysant le fait, on peut le voir. Si, en effet, Ton vient à couper à son tour la racine postérieure, on ne retrouve plus cette sensibilité notée précédemment dus le bout périphérie que de la racine antérieure corroipondante coupée. A ce moment de l'expérience , les deux racines étant cou^pées, si l'on interroge la sensibilité des quatre bouts qui résultent de cette double section, on trouve que le bout central de la racine antérieure a'*' est insensible ainsi que son bout périphérique, que le bout périphérique de la racine postérieure est insensible; seul, le bout central de la racine postérieure a conservé sa sensibilité : c est donc de là que venait la sensibilité de toute la paire.

Mais comment se transmet cette sensibilité entre les deux racines?

Est-ce par la moelle ? — L'insensibilité du bout central de la racine antérieure fait prévoir qu'il n'en est rien.

Est-ce par la partie périphérique ? Le point de jonction anatomique des deux racines serait-il leur point de réunion physiologique, ou bien la sensibilité arriveraiteUe à la racine antérieure en parcourant un circuit, passant des dernières ramifications des nerfs sensitifs aux filets terminaux des nerfs moteurs, et revenant par eux à la moelle ?

On avait pensé d'abord que cette sensibilité se transmettait de la racine postérieure à la racine antérieure, au point où les deux racines se réunissent pour former le nerf mixte ; que des filets récurrents, appartenant à la racine postérieure, se réfléchissaient un peu après le gangUon et venaient donner leur sensibilité à la racine antérieure.

L'expérience a donné tort à cette supposition. Si elle était exacte, la section du nerf mixte à une certaine distance après la jonction des racines rachidiennes respectant ces filets devrait laisser sa sensibilité à la racine antérieure. Or, ce n'est pas ce qui s'observe : la section du nerf mixte prive la racine antérieure de sa sensibilité, ce qui n'aurait pas lieu si elle la tenait de filets récurrents venant de la racine postérieure au niveau de leur point de réunion. La communication physiolc^ique se fait donc beaucoup plus loin : probablement à la périphérie.

ASSOQE LES IfERFS. S9

De ce qui précède il résulte donc : qu'il y a commo* nication de propriétés entre les racines postérieure et antérieure ;

Que toutes deux sont sensibles, mais que la sensibQité de la racine antérieure lui vient de la racine postérieure non par la moelle, mais par la périphérie.

Mais le point sur lequel je veux surtout appeler votre attention, c'est que cette communication des propriétés de la racine postérieure à la racine antérieure est spé*ciale et n'établit la solidarité physiologique qu'entre les deux racines correspondantes de la même paire. La section des racines postérieures situées au-dessus ou au-dessous n'enlèvera pas sa sensibilité à une racine antérieure, tant qu'on respectera la racine postérieure qui lui correspond ; il y a donc, entre les deux racines correspondantes, une communauté de propriétés qui fait de la ptire nerveuse une unité physiologique qu'on doit ne piB oublier toutes les fois qu'on veut rester dans l'ap* précntkm exacte des phénomènes dans lesquels inter* vient le système nerveux.

Nous concluons encore de ce qui vient d'être dit que, toutes les fois donc qu'une racine postérieure donnera sa sensibilité à une racine antérieure, c'est elle qui lui corre^ndra et qui formera avec cette racine antérieure une paire nejrv6use.

J'ai vu que la sensibilité se propage toutefois, avec une intensité décroissante , de la racine postérieure à la ra« cine antérieure, et lorsqu'elle disparaît, elle se retire de Tantérieure vers la postérieure.

n est une manière de faire l'expérience, qui montre

ftO LA SKNSIIBILITÉ lElËCURBENTE

ce résultat sans qu'on soit obligé de couper la raoiue postérieure : ce procédé , que j'ai signalé déjà depuis longtemps , permet en outre d'assister au retour de la «^lisibilité après l'avoir utie fois supprimée et de la supprimer de nouveau.

Pour cela, après avoir ouvert le canal vertébral de ranimai sur lequel on opère, on le soumet à des inhalations d'éther ou mieux de chloroforme. On voit alora^ il mesure que les effets de l'anestbésie se prononcent, la racine antérieure devenir insensible, puis la peau, puii la racine postérieure, et enfin la moelle. Lorsqu'on cesse jias inhalations, la sensibilité revient dans un ordre in*' .verse à celui qui a signalé sa disparition : c'e6t4«-dire qu'on la retrouve d'abord dans la moelle, puis à la peau ; /enfin la racine antérieure redevient sensible à son tour.

La même chose peut avoir lieu sous l'influence de causes épuisantes très variées, et dont quelques-unes peuvent nattre des circonstances mômes de Topération quand on a, par exemple, affaire à un animal épuisé. Or, il est réel que ^'épuisement qiii suit une opération ou une grande fatigue quelconque , produit une sorte d'anestbésie comparable à celle qui détermine réthéri»* sation. Dans ces cas encore, on peut trouver la racine antérieure insensible ou beaucoup moins sensible que la racine postérieure ; ce qui tient uniquement à ce que la perte de sensibilité a commencé à s'effectuer en suivant l'ordre habituel, en se manifestant d'abord dans la (racine antérieure ; ce qui a pu, ainsi que nous le verrons, induire des observateurs en erreur et leur faire croire que la racine antérieure n'était pas sensible.

Afliooix LES naifi. se

Ce phénomène de la sensibilité récurrente est le fait [dus important de l'histoire générale du système nei^ Taux, en oe qu'il montre le lien qui unit deux éléments associés dans leurs fonctions, et qu'il établit l'unité phy* siologique de la paire nerveuse, unité ({ue les tendancee analytiques de la neTfcdogie topographique auraient pu faire méconnaître. C'est à oe critérium nouveau que nous aurons recours pour distinguer, parmi les nerfs crâniens, ceux qui jouent le rôle de racines an^ téheures, et ceux qui jouent le rôle de racines postét* rieures, et le mode de leur association pour former des paires nerveuses.

Un exemple vous fera immédiatement voir comment une expérience fondée sur cette donnée peut trancher des questions insolubles autrement.

Vous savez que, dans les essais qu'on a faits pour grouper par paires les nerfs crâniens, on regardait comme formant une paire le pneumogastrique et le spinal un accessoire de Willis, le pneumogastrique représentant l'élément sensitif et le spinal l'élément moteur. Or, il n'en est rien : en examinant quel nerf fournit au spinal la sensibilité récurrente, on voit (juc ce n'est pas le pneumogastrique. La sensibilité du spinal lui vient de la racine postérieure de la deuxième paire cervicale.

En étudiant ce phénomène sur les nerfs rachidiens, nous verrons que toujours une racine postérieui-e sensible communique la sensibilité à une seule racine motrice. Mais en remontant vers la tète , les choses ne se passent plus de même, et l'on voit que la racine sensi-

tive peut communiquer à plusieurs radues motaîces la sensibilité récurrente : ces racines, quoique multiples, ne représentent donc que l'élément moteur d'une seule paire nerveuse.

Je voulais, avant d'aborder au point de vue physiologique l'étude du système nerveux, vous signaler seule-* ment aujourd'hui les données physiologiques d'après lesquelles nous considérons la paire nerveuse. Au com^* mencement de la prochaine séance, nous vous donnerons la preuve expérimentale de son unité physiologique en vous faisant l'histoire, aussi complète que possible, de la sensibilité récurrente.

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