HISTORIQUE EXPÉRIMENTAL
aensibles que le supérieur, qui ne Tétait que d'une manière douteuse.
Eœp, (30 mai 18/(6.) — Sur deux jeunes chiens bar^ bets, vifs, et très bien portants, en pleine digestion, ftgés de deux à trois mois, on fit les deux expériences suivantes:
1* Sur Tun d'eux, le canal vertébral fut ouvert dans une petite étendue dans la r^ion lombaire. L'opération rapidement faite dura tout au plus dix minutes ; mais l'animal perdit une assez grande quantité de sang, ce qui raffaiblit très vite comme cela se voit chez les jeunes animaux. On avait épongé la plaie avec de Teau tiède pour ne pas refroidir la moelle. Aussitôt après Texpérience, une racine antérieure fut pincée , et au moment du pincement Fanimal, qui était calme, poussa un gémissement qui dénota la douleur qu'il éprouvait. On pinça ensuite la même racine plus près de la moelle épinière, et Tanimal n'éprouva pas la moindre douleur. Puis on la pinça du côté de la périphérie, au-dessous du premier point contondu, et, cette fois, on provoqua le même gémissement , c'est-à-dire la même douleur. De sorte qu'on put constater : i^ que la racine antérieure était sensible ; 2* qu'après le premier pincement le bout périphérique était sensible , tandis que le bout central était insensible. Toutefois , sur la fin de Texpérience, Tanimal , qui perdait toujours du sang, était tellement épuisé , que d'autres racines antérieures examinées ne manifestaient aucune trace de sensibilité. A ce moment, on mit à découvert le nerf facial. L'animal ne manifesta aucune douleur quand on lui coupa la
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80 SENSIBILITÉ RÉCURREIVTE.
peau ; de même que quand on divisa les trois branches du nerf. En pinçant ensuite les trois bouts périphériques du nerf 9 oti ne vit pas la moindre manifestation douloureuse.
^ Sur l'autre chien , également en digestion, et dans les mêmes conditions, mais un peu plus vif, on ouvrit la moelle épinière dans la région lombaire en se servant d'eau tiède pour éponger la plaie. Aussitôt âpres l'ouverture du canal , on pinça une racine antérieure , la postérieure étant restée intacte. Au moment du pincement, l'animal éprouva une douleur vive, qu'il manifesta très évidemment.
On pinça de suite la racine au-dessus du point pressé d'abord : il n'y eut aucune douleur perçue. Puis, on la pinça au-dessous, plus près de la périphérie, et alors une douleur très évidente se manifesta.
Dans toutes les épreuves, la racine antérieure était très bien séparée et nullement tiraillée.
On répéta l'expérience sur deux autres racines antérieures sur lesquelles on trouva une sensibilité très marquée persistant uniquement dans le bout périphérique , au-dessous du point où elles avaient été pincées d'abord.
A ce moment, on découvrit la moelle épinière dans une plus grande étendue, en remontant et ouvrant plus largement le canal vertébral, ce qui épuisa encore l'animal. J'examinai alors les racines antérieures sur les parties récemment mises à découvert, et le pincement n'y détermina aucune manifestation douloureuse.
Il faut remarquer qu'avant l'ouverture du canal vertébral, on avait mis à découvert sur ce chien les trois
HlSrORIQUB EXPÉRIIfEirrAL. SI
branches du nerf facial. L'animal avait nianifest<'' une vhre douleur à Tincision de la peau. Les trois branches du nerf étaient sensibles lorsqu'elles étaient intactes, et, après leur division, le pincement des trois bouts périphériques, produisait une douleur très évidente.
Après Touverture du canal vertébral, on vérifia de nouveau la sensibilité des bouts périphériques du facial, qui exiflitait toujours, quoique moins prononcée. Après qo^ofi eut ouvert le canal vertébral plus largement, et loTMpie ranimai était très épuisé, on vérifia de nouveau la sensibilité des trois bouts périphériques du nerf facial^ et on trouva que leur sensibilité avait complètement disparue. De sorte que , dans cette expérience, il y a eu un rapport évident entre la disparition de la sensibilité dans les racines antérieures, et dans les bouts périphériques du nerf fiicisd.
jBofi. (15 juin ISàA.) -^ Sur un chien de six mois environ , de taille moyenne , bien nourri , ayant bu du lait une heure avant. L'ouverture du canal vertébral fut asses difficile; les os étaient durs, et la moelle épinière fiot découvwte un peu au-dessus du renflement lombaire, un peu plus haut qu'à Tordinaire. Ensuite , en wolant séparer la dure-mère de la graisse qui l'entoure, l'animai flt un mouvement à la suite duquel la dafs-»ère fut piquée. Une certaine quantité de liquide eéphato-nchidien s'écoula par la piqûre. H sembla qu'après cet écoulement du liquide céphalo-rachidien , l'animal ftit plus irritable qu'avant.
Alors on isola une racine antérieure, en laissant la postérieure intacte et en la pinçant; il y eut une douleur
52 SBNSIBUJTË RÉCURRENTE.
très évidente perçue par Tanimal. Il devint très difficile ensuite de reproduire Texpérience sur la même radne : l'animal , turbulent , était devenu très difficile à maintenir. Cependant on put constater que la racine antérieure, sensible, avait conservé sa sensibilité dans le bout périphérique, au-dessous du point primitivement pincé.
On fit ensuite des essais infructueux pour arriver à constater les propriétés de la racine antérieure du côté opposé, parce que Tagitation de l'animal y mettait obstacle. Alors on se décida, pour rendre l'opération plus facile, à ouvrir plus largement le canal vertébral en enlevant les arcs de deux vertèbres de plus. Aussitôt après cette nouvelle opération, Tanimal faiblit rapidement, et, au lieu d'être turbulent comme avant, il devient parfaitement calme. Alors les racines antérieures purent facilement être isolées ; mais, lorsqu'on les pinçait, elles ne manifestaient pas la moindre trace de sensibilité. Alors on mit à nu les branches du nerf facial, et on trouva qu'elles étaient complètement dépourvues de sensibilité. Les racines postérieures lombaires avaient toujours conservé leur sensibilité.
Messieurs, toutes les expériences que nous vous avons fait connaître jusqu'à présent nous amènent graduel* lement à la connaissance des conditions sous l'influence desquelles la sensibilité récurrente peut disparaître et reparaître, et nous voyons combien ces notions sont différentes de celles que nous avions supposées à priori. En effet, nous avions pensé qu'il fallait agir aussitôt après l'ouverture du racbis, tandis qu'il faut au contraire
HISTORIQUE EXPÉEIMENTAL. 5S
attendre, laisser reposer les animaux un certain temps après Topération, pour qu'ils puissent se remettre de la fatigue et des troubles nerveux qu'a amenés nécessairement la dénudation de la moelle. Toutefois il ne faut pas attendre trop longtemps , car le lendemain, l'animal devenant malade et l'inflammation s'emparant des tissus, la sensibilité peut avoir disparu.
Au commencement de la prochaine leçon, nousreviendrons sur ces conditions qui vont servir de base à rétablissement définitif du procédé opératoire auquel fl convient d'avoir recours dans ces expériences.
OUATRIÈMÉ LËÇON.
36 D*canai id56.
îlbMMAÎRE : î^\i^ des expériences iiit M sensibilité rëëilHènte. ^ CondItteM qni en modiflelit les ^i^tats : pertes de Sitig« ^ MIM^ sions des racines postérieures.— Doaleor exœssite. -« AnaiDraia di plexus lonil)0-sacré chez k chien. — Procédé opératoire.
MEâdiÉims,
Par toutes les expériences qui ont été exposées jusqu'ici, vous avez pu voir combien il est quelquefois diflScile de saisir les conditions exactes d'une expérience. Ici les difficultés de Texpérimentation physiologique sont Incomparablement plus grandes que celles qu'on rencontre dans la physique ou dans la chimie, par exemple. Dans ces dernières sciences, en effet, à l'aide de certains instruments, tels que le baromètre, le thermomètre, etc., on peut toujours se placer dans des conditions à peu près identiques, et reproduire les phénomènes que l'on veut étudier. Mais quand il s'agit de la nature vivante, l'extrême complexité de ses actes, la grande mobilité de ses manifestations, s'opposent à ce qu'on puisse examiner d'une manière complète toutes les conditions du phénomène, afin de pouvoir le reproduire à volonté. Vous avez vu, en effet, qu'il ne suffit pas, pour trouver la sensibilité récurrente, de prendre un animal de même espèce, et en apparence dans le même état ; mais une foule d'autres conditions, telles que l'affaiblissement de l'animal, les pertes de sang, le refroidissement de la moelle, etc. ,
SENSIBIUTÉ aÉCUAEEIfTE. K5
constituent des circonstances dont il faut encore tenir compte, et auxquelles s attache un caractère d'exactitude tout spécial que ne peut donner pour le moment aucun instrument physique ou chimique ; c'est une pure appré^ ciation physiologique.
Ce sont là des notions fondamentales, qu'il ne faut jamais oublier quand on s'occupe de recherches appli*quées aux êtres vivants ; c'est poun^uoi je crois utile d'insister encore, pai* de nouveaux exemples, sur l'influence que peuvent avoir certains états de l'organisme sur la sensibilité récurrente.
G>nstatons encore, par plusieurs exemples, que Ton trouve toujours la sensibilité récurrente quand on n'ouvre pas largement le canal vertébral , et quand l'on attend quelque temps pour laisser reposer l'animal.
Exp. (2 juin 1847.) — Chien adulte, vivace, en digestion. On ouvrit la colonne vertébrale du côté droit, de façon à isoler les racines antérieures des dernières paires lombaires.
Au bout de quelque temps de repos, les racines furent trouvées très sensibles; mais les bouts périphériques ne présentaient cependant pas la turgescence particuUère qui a été observée dans certains cas.
Eœp. — Dans le courant du mois de juin, je fis l'expérience sur quatre chiens adultes, en découvrant toujours la moelle du côté droit. Dans les quatre cas, je constatai toujours la sensibilité récurrente du bout périphérique de la racine antérieure coupée. Seulement, pour voir cette sensibilité bien développée, il a faUu attendre quelque temps.
Eœp. — Chez un autre chien, jeune, trèsvivace,* très bien nourri, j'ai constaté une sensibilité très vive de la racine antérieure avec cette turgescence particulière déjà observée dans le bout périphérique. J'ai cru remarquer que cette particularité s'observait chez les chiens lés plus vivaces, et qui se trouvaient en général opérés vers la fin de leur digestion , c'est-à-dire sept ou huit heures après leur repas.
Nous vous avons dit que les pertes de sang sont une cause d'insensibilité de la racine antérieure. Voici une expérience qui vous en offrira une preuve directe.
Exp, — Sur trois chiens adultes, chez lesquels la sensibilité récurrente des racines antérieures existait très manifestement, on retira par la carotide, au moyen d'une seringue, une quantité de sang assez considérable de sang pour affaiblir Tanimal. Sous cette influence, la sensibilité récurrente des racines disparut bientôt, tandis que celle des racines postérieures persistait toujours.
Alors, pour faire réapparaître la sensibilité, on essaya de réinjecter le sang, sans déplacer la seringue ; mais les trois chiens moururent sur-le-champ de cette réinjection. Surpris de ce résultat, je fis l'autopsie du troisième chien aussitôt après la mort, pour en rechercher la cause, et je trouvai dans le tissu du cœur des ecchymoses nombreuses. Alors je pensai que la mort avait pu être causée par le refoulement du sang du côté du cœur, refoulement qui avait déterminé l'occlusion des valvules sigmoïdes, en produisant une injection violente du sang dans les artères cardiaques , qui naissent au-dessus de ces valvules.
HfFLUENCB DE LA SAIGIIÉB, BTC. 57
Ces accidents, du reste, avaient été produits parce que l'injection avait été faite par la carotide droite. Par la carotide gauche, cet accident ne saurait avoir lieu, parce que le sang, arrivant par ce vaisseau, ne va pas contre le courant qui sort du cœur, mais suit au contraire le courant qui va dans Taorte.
n peut arriver quelquefois aussi qu'en ouvrant le canal vertébral, on vienne à contondre une ou plusieurs racines postérieures. De là résulte nécessairement une insensibilité de la racine antérieure, qui tire sa sensibilité de la racine postérieure contendue ou froissée. Toutefois cette simple contusion, qui a fait disparaître momentanément la sensibilité, peut plus tard permettre aux phénomènes nerveux de se rétablir, ainsi que le prouve Fexpérience suivante :
Eûop. (16 juillet 1847.) — Un chien de taille moyenne âgé de huit mois, ayant fait son avant-dernier repas vingt-quatre heures avant et son dernier deux heures avant l'opération. Le canal vertébral ouvert comme à l'ordinaire dans la région lombaire , les racines antérieures furent isolées et trouvées sensibles d'une manière évidente , aussitôt après l'opération. On attacha les extrémités des nerfs avec un fil, on recousit la plaie et on laissa reposer l'animal pendant une heure. Après ce temps, la sensibilité du bout périphérique de la racine antérieure était considérablement exaltée, au point que son attoudiement produisait , en apparence , autant de douleur que l'attouchement de la racine postérieure elle-même.
Ce bout périphérique de la racine antérieure était gonflé et turgide.
S8 SENSUNLITÉ RÉCURRBNTB.
Alors on coupa une racine postérieure de la paire nerveuse située au-dessous de celle dont la racine antérieure avait été reconnue sensible. Puis on tirailla le bout central de cette racine postérieure, de manière à faire éprouver une vive douleur à Tanimal j afia de savoir s'il en résulterait un affaiblissement de la sei^sibilité de la racine antérieure située au-dessus ; mais il n'en fut rien, car aussitôt que l'animal fut calmé, on {Hflça le bout périphérique de la racine antérieure préalablement examinée , et on le trouva très sensible encore. A ce moment, on aplatit, en la comprimant avec laa pinces, la racine postérieure correspondant à la racine antérieure sensible. Par cette contusion, la sensibilité se trouva abolie instantanément dans la racine antérieure. On recousit la plaie, et on laissa l'animal en reposi
Le lendemain, vingt-quatre heures après, on examina le bout périphérique de la racine antérieure , qui était devenu insensible au moment même du pincement de la racine postérieure correspondante, et on trouva qu'il était extrêmement sensible, de sorte que le passage de la sensibilité s'était rétabli à travers la partie comprimée de la racine postérieure .
Enfin , il se rencontre des cas dans lesquels les animaux i sans perdre en apparence plus de sang que d'autres, subissent une sorte d'épuisement rapide de la sensibilité. Il y a même certains animaux qui semblent mourir de la douleur que produit l'opération : tels sont parfois les lapins, les chevaux, etc.; ce qui est remarquable, c'est que l'on peut, en éthérisant ces animâuxi
VAaUtTËS INDlVlDUfiLUkS. S9
pratiquer la même opération à laquelle ils résistent, alors qu'on a supprimé l'impression douloureuse à laquelle ils auraient succombé sans cela.
Nous dirons encore qu'il y a des chiens beaucoup fjHm fieosibles que d'autres, suivant certaines espèces, et cela se rencontre même chez des chiens d'une même portée f comme on va le voir par les expériences qui niveiit :
Bœp. (15 mars l8/i7.) — On eut deux chiens de la lAème portée y âgés de deux mois et demi; tous deux étaient bien nourris.
1® Sur le plus vivace des deux , on ouvrit avec les précautions que nous avons appris à connaître le canal vertébral dans la région lombaire, et on mit la moelle épinière à nu. On souleva avec précaution et on isola trois racines antérieures du même côté ; puis sans les avoir coupées, on pinça chacune d'elles, et ou trouva que le pincement donnait dans toutes lieu à des signes de sensibilité bien évidents.
Ensuite on coupa les racines , on examina les deux kxits, et on constata que le bout central était complètement insensible, tandis que le périphérique avait conservé sa sensibilité.
Du c6té opposé, on constata aussi la même sensibilité sur plusieurs racines antérieures, et on s'assura que cette srasibilité du bout périptiérique de la racine antérieure disparaissait quand on coupait la racine postérieure correspondante.
L'animal était très vivace au début de l'expérience ; maïs toutes ces épreuves furent longues et durèrent plus
60 SENSIBILITÉ RËGURREFITB.
d'une heure et demie. Pendant tout ce temps la moelle épinière de Tanimal avait été nécessairement mise à nu , aussi la sensibilité s'était-elle peu à peu émoussée; si bien que les racines postérieures devinrent de moins en moins sensibles et finirent par rie plus l'être du tout.
La moelle épinière était refroidie et ne manifestait plus qu'une sensibilité obtuse lorsqu'on l'essuyait avec l'éponge. Néanmoins le chien robuste avait conservé encore beaucoup de vivacité et de vigueur. La perte de sensibilité de la moelle parut être le résultat, non de l'épuisement de l'animal , mais de l'action toute locale du contact prolongé de l'air et de l'abaissement de température.
En effet , vers la fin de l'expérience qui avait duré plus d'une heure et demie , on découvrit le facial sur ce même animal, et on constata que les branches étaient sensibles. Après l'avoir divisé , on constata que les deux bouts , aussi bien le périphérique que le central, étaient doués d'une vive sensibilité, ce qui prouva que la sensibilité récurrente existait encore dans ce nerf qui n'avait pas été mis à l'air.
2« Sur l'autre chien , on ouvrit également la portion lombaire du canal rachidien ; mais cet animal résista très peu à l'expérience : il faiblit très rapidement et tomba dans un état d'insensibilité qui résultait évidemment de son épuisement.
On pourrait pousser les recherches plus loin sur oe sujet. Toutefois vous pouvez remarquer, messieurs, par ce seul exemple, qu'il peut y avoir de grandes diffé-