HUITIEME LEÇON
16 JANVIU 1857.
SOMMAIRE : Nerfs moteurs. — Lear origine et leur distribnUoiL «- Réactions du nerf moteur sous l'influence des différents exdlinlB. -«-
. — Excilant normal : la volonté. — Excitante artificiels, méc9Qiquet, chimiques : bile, sel marin, — Électricité. — Des courants continut et interrompus. — Différence dans leur action. — Acikm diiimi^ et physiologique. — Des points d'application d'un courant sur un netf»
Messieurs ,
Nous commencerons par l'élément moteur l'étude des propriétés des nerfs qui constituent la paire nerveuse.
Vous savez que le nerf moteur a été reconnu véritablement tel le jour où il a été constaté que sa section amenait une abolition complète du mouvement sans détruire la sensibilité. Nous verrons bientôt que ce caractère n'est pas le seul qui lui appartienne.
Et d'abord , ne l'envisageant qu'au point de vue anatomique , on voit le nerf moteur naître de la corne antérieure de la substance grise, d'un amas de corpuscules ganglionnaires volumineux. Ce fait a été parfaitement établi par Stilling, non-seulement pour les nerfs qui naissent de la moelle, mais pour ceux qui naissent de l'enc^^phale, tels que le moteur oculaire commun et le grand hypoglosse, etc.
L'action du nerfmoteurapourobjet d'exciter un muscle et de déterminer par là un mouvement. Remarquons ici
NBRFS MOTEURS. Iftfi
que l'excitation du nerf moteur, eu tautque centrifuge, est exactement limitée aux muscles auxquels ^Ue se rend : c'est là un caractère fondamental qui différencie le nerf moteur du nerf sensitif dont Tactivité détermine des réactions générales. Ainsi , lors(iu'avec une aiguille à cataracte, par exemple, on pique les faisceaux antérieurs de la moelle, on détermine des mouvements dans les pallies aux(|uelles se distribue le nerf moteur le plus voisin et dont Torigine s est trouvée atteinte par la piqûre. Autre chose a lieu lorsqu'on porte l'irritation sur un point d(^ faisceaux postérieurs. Dans ce cas, où l'excitation a |)orté sur les parties sensitives, la moelle en transmet Timpression ; et le mouvement qui traduit k Tobservateur la perception de cette sensation, n'est pas borné seulement k la partie à laquelle se dis<tribue le nerf sensible; c'est une réaction générale à laquelle tout le système peut prendre part.
Un autre caractt>re pourra encore faire reconnaître les nerfs moteurs.
Ijorsqu'un nerf moteur a été ct)U|)é sur un animal vivant, et que, connne conséquence de sa section, il y a perte du mouvement dans la partie k laquelle il se distribue avec c<)nser>ation de la sensibiliti'? de cette partie, on peut voir, si on laisse vivre lanimal, que le nerf moteur coupé seiu le siège d'une altération caractéristique différente de celle qui suit la section d'un owf sensitif.
ËD examinant de suite les deux liouts du nerf coupé, le bout central et le bout périphérique, on les trouvera oonnaux, constitués par la réunion des tubes nerveux
ii6 NERF MOTEUR^
que je vous ai décrits dans la leçon précédente. Mais, peu après, au bout d'un temps qui varie de sept ou huit jours pour les animaux à sang chaud, et de quimse jours à trois semaines pour les animaux à sang froid, on voit que la structure normale a persisté dans le bout central , tandis que le bout périphérique est le siège d'une altération toute particulière, consistant en une décomposition de la matière médullaire du tube nerveux qui a pris une teinte noirâtre , est devenue granuleuse et s'est altérée.
Or, le sens dans lequel se propage cette altération peut caractériser la nature fonctionnelle de la racine sur laquelle elle porte. Si c'est une racine motrice; l'altération marchera toujours du centre à la périphérie. Si c'est une racine sensitive, nous verrons que le contraire aura lieu.
Nous avons donc ainsi un caractère anatomique, le sens, l'altération, et un caractère physiologique, la perte du mouvement , qui permettent de distinguer sur le vivant le nerf moteur du nerf sensitif . Nous allons en trouver d'autres dans l'action des excitants mécaniques ou physiques appliqués sur ces nerfs :
Quand un animal est tué, tous ses tissus ne meurent pas à rinstant : les muscles conservent quelque temps leur irritabilité; il en est de même du tissu nerveux. Cette conservation des propriétés de tissu nous permettra d'étudier les caractères physiologiques du tissu nerveux sur des parties séparées d'un animal récemment mort. Ce procédé nous sera même très précieux pour les étudier isolées et indépendamment des phénomènes
SES nCITATfTS. 457
nombreux qui « cbez un animal vivant, sont en corré* iation avec les manifestations nerveuses.
Les propriétés de tissu se conservent plus ou moins longtemps après la mort, suivant la nature des animaux et les circonstances dans lesquelles on les observe, ^es disparaissent très vite chez les mammifères et les oiseaux, tandis qu'elles pereistent longtemps chez les animaux à sang froid dont une activité vitale moindre ralentit suflBsamment le double mouvement de nutrition et de décomposition des organes , circonstance qui favorise la persistance de leurs propriétés.
D ne faudrait cependant pas croire que cette persistance des propriétés de tissu fasse des animaux à sang firoid des êtres pbysiologiquement différents de ceux d'un ordre plus élevé. Non : il est telles circonstances faciles à provoquer qui permettent de combler en grande partie la distance qui les sépare des animaux à sang chaud , à ce point de vue du moins. En élevant la température du milieu dans lequel on observe un animal à sang froid, on le rapproche des conditions fonctionnelles d'un animal à sang chaud ; on active chez lui le mouvement vital ; et , si l'on vient à le tuer , on peut voir que les propriétés de ses tissus persistent beaucoup moins longtemps. La différence sera même presque entièrement eflGioée, si Ton compare cet animal à fonctions activées à un mammifère placé depuis quelque temps dans des eonditions inverses, à une température basse ou dans un air uoa suffisamment renouvelé, (^ez ce dernier les propriétés de tissu persistent beaucoup plus longtemps que si la mort l'avait surpris dans des conditions plus