‹ Leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveuxChapitre 9 sur 136 · L IDÉE PRÉCONÇUE DOIT TOUJOURS ÊTRE SOUMISE · texte numérisé non relu

L IDÉE PRÉCONÇUE DOIT TOUJOURS ÊTRE SOUMISE

question est à Tctude dans différents pays , et plusieurs hommes alors suivent la même idée. L'expérience fut faite par Magendie, et donna raison à Finduction de Ch. Bell ; mais comme dans les cas les plus heureux, et celuici est du nombre, Texpérience a toujours de l'imprévu. Les expériencesdeMageudie rectifièrent différents points de rjdée préconçue du physiologiste anglais : ainsi Ma* gendie prouva, par exemple, que la cinquième paire avait sur les phénomènes de nutrition de la face une influence que n'avait pas soupçonnée Ch. Bell; son ea^ périence sur les racines rachidiennes a fait disparaître les nerfs respirateurs supposés par Ch. Bell, et a montré Texistence de la sensibilité des racines antérieures que Ch. Bell avait été amené à nier par la théorie. De sorte que, ici même où l'expérience a été très heureusement d'accord avec l'idée préconçue, elle a cependant en dehors de cette idée , et même en contradiction avec elle, apporté des connaissances qui sont aujourd'hui acquises à la science. Aussi, dans cette grande découverte, la justice exige qu'on ne sépare pas le nom de Magendie de celui de Ch. Bell.

Lorsqu'on se propose de résoudre expérimentalement une question, on doit s'attendre à tous les cas possibles : il arrive quelquefois que l'expérience répond à la question ; souvent elle répond autre chose. Je viens de vous montrer des inductions en partie justifiées par l'épreuve expérimentale; je vais maintenant vous donner un exemple d'un résultat contraire.

Quand autrefois je voulus couper le nerf grand sympathique dans la tête, je supposais, d'après les idées

A LA VIIRIFIGATION EXFÉRUIEirrAI^. IS

reçues à tort, que cette section, diminuant l'intensité des phénomènes nutritifs dans la partie, y produirait un abaissement de température. Je fis l'expérience, et c'eflt exactement le contraire qui eut lieu ; je dus donc abandonner cette première idée, mais j'eus soin de garder le fait. Dans cette circonstance, vous voyez Texpérienoe donner un résultat opposé à celui qu'on en attendait.

La lecture des grands expérimentateurs vous montra* rait qu'en physiologie il en est presque toujours ainsi, et que le plus souvent la réponse do l'expérience n'a aucun rapport avec la question qu'on s'était posée. On peut dire alors, comme cela arrive souvent en effet, qu'en cherchant une chose on en trouve une autre.

Quand on étudie les mathématiques, chaque pas que Ton tente eu avant part d*un axiome ou d'une vérité démontrée : en raisonnant juste, on arrive certaine* ment à des conclusions irréfutables. Dans les sciences naturelles il n'en est plus de même , parce que nous n'avons jamais la certitude de la valeur de notre point de départ, qui, au lieu d'être un axiome, est toujours une hypothèse plus ou moins probable.

Le critérium des sens, précieux quand on raisonne au point de vue de l'utile ou de l'agréable, fait défaut lors* qu on aborde la science purement spéculative. La vérité ne peut être connue que par une expérience établissant, suivant l'expression de Goethe, entre le moi et le non-moi un intermédiaire dans lequel les opérations de l'esprit ont une trop lai^e part pour ne pas exercer sur l'appréciation des faits une influence trop souvent fâcheuse. C'est alors que les idées préconçues prennent un empire qui les

ik l'expérimentation seule

constitue à l'état de véritables hallucinations; elles deviennent les idola que Bacon a décrites au nombre de quatre, et parviennent souvent à plier les faits à leurs exigences.

Je ne vous parlerai pas ici, messieurs, de ceux qui n- ont pas du tout recours à l'expérience pour confirmer ou modifier leurs idées ; il s'en rencontre cependant.

D'autres, et ceux^^i sont extrêmement nombreux, demandent à l'expérience la confirmation d'une idée fixe y Qt ne lui demandent pas autre chose. Ils expérimentent, «on pour chercher y mais pour prouver : leurs conclusions sont posées avant que leur travail soit commencé. Tout ce qui ne rentre pas dans leurs idées est considéré comme non avenu, comme expérience mal faite, etc. Ces réflexions me mettent en mémoire une conversation qo'eut autrefois M. Magendie avec un membre de FAcadémie des sciences célèbre, mais pas en physiologie expérimentale. Ce dernier, parlant à Magandîê d'un mémoire qu'il préparait sur un point intéressant de ^ysiologie, disait : « Je serai incessamment en mesure de lire mon travail ; le mémoire est terminé, il ne reste plus à faire que les expériences. »

Ceux qui veulent ainsi plier les résultats de l'expérience à leurs vues, et malheureusement ils sont nombreux , sont très dangereux parce qu'ils sont ordinairement très logiques et qu'on se laisse aller au charme de leur raisonnement, sans s'inquiéter suffisamment de leur point de départ ou de la réalité des faits qui leur servent d'arguments. Un autre danger, c'est que, assez attachés à leurs idées pour ne pas tenir compte des fiuts, il» mettent à les défendre une verve, un entrât-

DOIT JUGE! LA VALKUH DB L'iOtt ffttiCOlVÇUE. 1$

Mmant qui suifiaent à persuader beaucoup de ceux qui les entendeut. C'est là cette classe d'hommes voués à Terreur, exclusifs et passionnés : leurs idées fout grand bruit tant qu'ils sont là pour les faire valoir ; mais ils n^ sauraient rien découvrir et, eu définitive, ne laissent rien. L'histoire des sciences médicales vous offre malheureusement bien des hommes de cet esprit. Us n'ont pas du tout la conscience de ce que c'est qu'une notion scientifique ; iU veulent que tout soit clair, que tout s'explique, et qu'il ne reste pas un coin obscur daus un travail. On peut dire, quand un travail se présente avec ces apparences de clarté universelle et de logique, qu'il est faux et en partie une œuvre d'imagination plus que d'expérience. En effet , quelque heureux que Ton puisse être dans des recherches expérimentales , on ne peu| jamais arriver qu'à éclairer partiellement un ordre de phénomènes; mais il y a toujours à côté des question} plus ou moins connexes qui restent encore obscures. Si tout était éclairé d'un coup , la science serait finie; cela iM sera jamais, et chaque question résolue laisse ton* jours à c6té délie des questions nouvelles à résoudre, Aty comme le dit Priestley» toutes les fois qu'une expé* rienoe parvient à lever un doute, elle nous eu montre dix nouveaux à élucider.

En opposition avec ces organisations qui ne tiennent pas compte des faits et sont entièrement impropres à tirer profil de Tex péri menlat ion, vous trouverez des observateurs qui, dans la crainte d'être systématiques, ne raisonnent pas assez et concluent directemeut d'après un fcitbrut

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