‹ Leçons sur la physiologie générale et comparée du systéme nerveuxChapitre 13 sur 49 · DOUZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIEME LEÇON

2 juillet 1864.

Phénomènes de restauration consrcutifs à la réunion des deux bouts d'un n-rf aprAs «me secl'on ou une ex iso«« de ce nerf. — hetour des propriétés et d s Tonotionsdii bout péri,ihéiii|UA. — Resiauraton autogénique des nerf^ sé^»ar(^s déliniiivemeut des ceutres neiTeux. *— Réapparition de la ueui iiité dans ces nei fs.

Nous avons étudié les phénomènes delà dégçénérescence atrophique des nerfs : nous avons vu que les fibres nerveuses, séparées de leurs centres nutritifs, s'allèrent depuis le point de séparation jusqu'aux extrémités ultimes» et, d'autre part, nous avons établi que les (ibres nerveuses sensilives et les flbres nerveuses motrices ont des centres nutritifs différents. Les premières ont leur centre nutritif dans Tamas de cellules nerveuses des ganglions spinaux ou de ganglions analogues; les secondes, les fibres motri* ces, ont pour centre nutritif la substance grise de la moelle épinière. Tous les nerfs ont un centre nutritif. M. Waller a montré que pour le nerf trijumeau ce centre

RÉGÉPTÉRATION DES NERFS. 255

est le ganglion de Casser J'ai déjk dit que pour ce physiologiste la rétine pourrait bien ôtre le centre trophique du nerf optique. Quant aux filets nerveux du grand sympathique, M Waller a nettement prouvé qu'un grand nombre d'entre eux, au moins, ont pour centres nutritifs les ganglions de ce système.

Nous allons étu'lier aujourd'hui les phénomènes de la ré^énéraliondes nerfs, et nous serons conduits à examiner jusqu'à quel point l'influence de c*>s centres trophiques est néce$>aire, conmie on Ta dit, au maintien de l'état bisto- Ic^que normal des fibres nerveuses.

Lorsque le travail de la dégénérescence atrophique des nerfs est arrivé à sa dernière période, nous savons que la sub.Niance médullaire des fibres nerveuses a disparu et que chacune d elles, par conséquent, n'est plus représenlée que par la gatne de S bwatm alTaissée, plissc^e autour du filament axile. Quelques rares et fines granulations graisseuses disséminées ça et là, soit à Tintérieur des gaines de Schwann, soit entre les gaines voisines, sont les seuls vestiges de la matière médullaire de ces fibres. Or, ces fibres ne vont pas rester définitivement altérées; il s'y établira, a un moment plus ou moins éloigné du début de ralléralion, un travail de restauration qui tendra à leur restituer leur structure normale.

Pour étudier méthodiquement ce travail de restauration, il faut distinguer d'abord deux cas, car les phénomènes ne se passeront pas entièrement de même dans l'un et dans l'autre. Lorsque la continuité d'un nerf a été interrompue, il pourra arriver, ou bien que la continuité se rétablisse par une soudure des deux bouts l'un avec Vautre, ou bien au contraire, il pourra se faire qu'ils

restent défiDitivement disjoints. Encore, dans le premier cas, devons-nous établir une division secondaire : ou bien les deux bouts peuvent être restés très-voisins, en contact immédiat, ouyavoir été ramenés artificiellement; ou bien les deux bouts sont séparés par un intervalle notable, qu'il y ait eu, soit simple division et écartement consécutif des bouts, soit excision d'un tronçon plus ou moins considérable. Il est clair que le travail de soudure devra être plus compliqué, plus difficile et, par suite, plus long dans ce dernier cas. Nous allons examiner tout d'abord ce qui arrivera dans ce cas ; Tautre s'expliquera après cela de luimême, pour ainsi dire.

On a excisé, je suppose, sur un nerf mixte, le nerf sciatique par exemple, un segment long d'un centimètre. Le bout périphérique parcourra toutes les phases d'atrophie décrites dans la leçon précédente, et lorsque l'altération sera bien avancée, nous aurons sous les yeux cet aspect à demi transparent et celte coloration grise caractéristique, dus à la disparition de la matière médullaire. Six semaines ou deux mois après l'opération, s'il sagit d'un animal adulte, on verra, si on peut suivre la marche des phénomènes sur plusieurs animaux, une modification bien remarquable dans l'intervalle qui sépare les deux bouts.

De l'extrénjité libre du bout central qui offre là un léger renflement, partira un faisceau grisâtre qui se dirigera, en s'amincissant, vers l'extrémité libre du bout périphérique et viendra s'y réunir. Qu'est-ce que ce faisceau î En l'examinant au microscope, on voit quil est composé d'un trousseau de fibres nerveuses de nouvelle formation. Ces fibres sont plus grêles que celles qui constituent le bout central ; les unes sont complètes, les autres n'ont pas

de matière médullaire, ce qui donne à ce faisceau un aspect grisâtre. Puis, peu à peu, ce dont on se rend compte en étudiant à des époques différentes des animaux d'une même série, ce faisceau augmente de volume, prend une teinte de plus en plus blanche par suite de la production de nouvelles fibres complètes ; mais ce n'est qu'a* près quelques mois, qu'il aura acquis un diamètre à peu près égal à celui des deux bouts. Après quatre, cinq ou six mois, on a sous les yeux un cordon nerveux de nouvelle formation, allant de l'extrémité du bout central à l'extrémité voisine du bout périphérique, d'un diamètre moins considérable que celui de ces deux bouts, quelquefois un peu plus grôle vers le bout périphérique que vers le bout central, et se distinguant surtout bien de ce dernier, qui offre encore pendant longtemps un l^er renflement terminal.

Par quelle sorte de processus ce tissu nerveux de nouvelle formation qui établit, en quelque sorte, un pont entre les deux bouts disjoints, peut-il s'être produit? Deux hypothèses peuvent en rendre compte: ou bien c'est par genèse de tubes nerveux dans un tissu cicatriciel qui, primitivement, n'était qu'un tissu coujonctif ; ou bien ce sont les tubes nerveux du bout central qui ont bourgeonné et qui ont, en quelque sorte, subi une pousse, comme celle des végétaux. D'après l'observation des faits, c'est cette deuxième hypothèse qui parait la plus vraisemblable. En effet, dans les premiers temps, le faisceau de nouvelle formation va en s'amincissant, comme je l'ai dit, du bout central vers le bout périphérique ; et, pendant toute la première période de son développement, c'est dans la partie la plus rapprochée du bout central que l'on

trouve le plus grand nombre de tubes nerveux complets, c'est-à-dire remplis de matière médullaire.

Quoi de plus intéressant que cette régénération nerveuse? Ne croyez pas que la longueur du segment enlevé soit un obstacle constant et insurmontable à la réunion. Si Ton n*a enlevé que deux centimètres environ du nerf, la soudure se Fait très-facilement ; mais M. ScbifT a ob* serve et nous avons vu nous-mêmes, M. Pbilip«*aux et moi, se combler par un travail de ce genre, des pertes de substance ayant jusqu'à quatre ou cinq et m^me six centimètres de longueur. On conçoit bien d'ailleurs que cette régiMiération se fasse d'autant plus facilement et d'autant plus rapidement que les animaux sont plus jeunes. Lors« que Ton institue ces expériences sur de très- jeunes animaux, par exemple sur des animaux encore aliaitt^s, on voit des brèches nerveuses de un ou de deux centimètres de long, se combler que^uefois en cinq ou six semaines. NousaNons u>ême vu la continuitédu nerf scialiquese rétablir, en moins de dix-sept jours, sur de très jeunes Rats qui avaient subi une excision d'un segment de ce nerf, d'une longueur de six millimètres. Ces faits doivent être rappn»cbés de ceux qu'a publiés M. SchifT: il a constaté, après avoir excisé un tronçon du nerf lingual, d'une longueur d'un pouce sur de jeunes Chais, le retour de la sensibilité dans la moitié C(»rrespondante de la langue, dans le cours des quatorze premiers jours, il a vu éj^alement un retour aussi rapide de la sensibilité chez un Chien, sur lequel il avait excisé un tronçon du nerf sousorbitai«e d'une lony;ueur de deux centimètres. On peut dire du reste, d'une façon générale, que toutes les conditions qui retardent ou bâ.enl la dégênéralion des nerfs

ODt uQe influence du môme genre sur le travail de restauration.

Ce sont là certainement chez les Vertébrés supérieurs, avec les phénomènes constatés par M. Flourens pour les^ os, les faits les plus remarquables de régénération.

Mais, je vous le demande, à quoi servirait cette réunion des deux bouts disjoints, si le bout périphérique restais altéré? Pendant longtemps cette question n'avait pu même être posée, parce qu'on ne savait pas que le bout périphérique d'un nerf coupé subit une dégénération atrophique dans toute sa longueur. Mais aujourd'hui, grâce aux travaux de M. Waller, ce point important de la physiologie se trouve à peu près complètement éclairci.

Tous les éléments du nerf, dès que le cordon qui réunit les deux bouts disjoints a déjà atteint un certain développement, vont subir un travail réparateur. La restauration est annoncée dès le début par Tapparition de fibres nerveuses complètes. Au milieu des gaines vides apparaissent des tubes nerveux contenant de la matière médullaire. Ces tubes, lorsqu'ils sont peu nombreux, se voient di£Bcilement, d'autant plus que, s'il s'agit de jeunes ani- Qiaux, ils peuvent avoir commencé à apparaître avant que l'altération atrophique ait atteint sa dernière période, et à une époque par conséquent où se montrent encore des séries linéaires, plus ou moins nombreuses, de granulations graisseuses. L'emploi de certains réactifs, de la soude, entre autres, permet alors de les reconnaître. Ils sont d'abord bien plus grêles que les tubes nerveux normaux, que ceux, par exemple, du bout central du même nerf; ils deviennent très-facilement variqueux dans les

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