‹ Leçons sur la physiologie générale et comparée du systéme nerveuxChapitre 38 sur 49 · VOLPIAN. — PHY5, DU SYST. MERV. A · texte numérisé non relu

VOLPIAN. — PHY5, DU SYST. MERV. A

758 PÉTsioLOGte du systéhe NEarEm.

chez les Ëchinoïdes (Oursins et Spatangues) ; mais cette disposition qui, sur une figure schématique, parait de la plus grande clarté, est, en réalité, extrêmement difficile à constater. Ni Tiedemann, ni Rrohn , n'ont tu de ganglions dans l'anneau œsophagien qu'ils ont décrit. Wagner en aurait tu ; mais il est, je crois, douteux qu*i) D*y ait pas eu là quelque illusion.

J'irai plus loin : je crois que le fait même de l'existenoe du système nerveux, tel qu'il a été décrit par les préoédents auteurs, pourrait dtre mis en doute. Je l'ai cherché ayec soin chei les Astéries, mais en rain; j'en dirai autant des Spatangues, et, pour ees derniers animaax surtout, il n'y a aucune difficulté de dissection. Aussi, si le système nerveux existait, ofi l'aurait facilement aperçu.

Il parait an contraire assez bien démontré que ce système existe chez les Holothuries, sous une forme assez analogue à celle qui a été décrite chez les» Astéries et que nous Tenons de dédarer lrè»-douteuse. D'après MiiDer, il y aurait aussi une disposition analogue chez les Ophiures, et enfin, d'après MM. de Quatrefages et Wyville Tbomson, chez les Synaptes.

Gff qm j'ai dit relativement aux Astéries et aux Ourmts ne s'applique du reste qu'à la description qui a été donnée, et non à Texistence même du système nerveux.

Chex ces animaux, Ehrenberg a décrif des taches oculaires. Vous pouvez voir à l'extrémité de chacun des rayons de ees Astéries, conservées dans l'alcool, un petit point pougeàtre que l'alcool a d'ailleurs ecr partie décoloré. Ce aont lè les yeux rudimentaires des Astéries. Dans un mémoire assez récent, M. Ernst Haeckel a étudié, à propos de cei yeux, les éléments qui vont se mettre en* rapport

STSTàllS NEStVfiUX DES ZOOMYTES. 7S9

mvec ces organes et qui lui onl paru faire partie du système nerveux, n a décrit des fibres nerveuses cylindriques, devenant variqueuses dans l'eau , et des cellules nerveuses apolaires.

On n'a pu faire que très-peu d'expériences dans le but de répondre aux questions qui se rattachent à l'existence et aux fonctions du système nerveux chez ces animaux.

Tai essayé d'empoisonner des Astéries par le curare ; ces tentatives n'ont eu que des résultats négatifs. Mais évidemment on ne peut tirer de là aucune conclusion d'une valeur sérieuse. J'ai cherché ensuite si quelques vivisections ne pourraient pas fournir des données ntrles, soit ai point de vue anatomique, soit au point de vue physiologiqw, et voici les expériences qae j'ai faites. '

Tous les animaux ont une tradance à une attitude normale. Celte tendance se trouve doifc chez les Vertébrés et chez les Invertébrés, et, chez les premiers, il est facile de voir qu'il s'agit là d'un fait indépendant de la volonté, car celte tendance, ainsi que nous l'avons vu, se manrfestetoirt aussi bien après l'ablation du cerveau proprement dit, que lorsque rencéphaleest tout à fait intact (Batraciens). Cette tendance est d'ailleurs tout aussi impérieuse chez les animaux inférieurs que chez les animaux supérieurs. Ainsi, lorsqu'on place da*ns Feau une Astérie sur le dos, elle remue presque aussitôt ses tentacules, cherche à les fixer au sol et y parvient au bout de quelques instants. Elle rcfloume alors le rayon dont les tentacules se sont les premiers fixés, puis successivement elle retourne 'ses quâltre autres rayons. J'ai décrit ailleurs ces phénomènes dans tous leurs détails (Sac. de biologie, 1861).'Onpedtse'demanfler

IkO PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX.

si r Astérie mise en expérience n'est pas dirigée, dans les eflforts qu'elle fait pour se retourner, par la vue qui lui indiquerait qu'elle n'est plus dans son attitude normale et qui dirigerait en même temps le sens de ses efforts. Mais Texamen seul des mouvements que l'animal exécute, de leur incertitude, de leurs variétés, suffirait pour montrer rinanité de cette hypothèse, d'après laquelle d'ailleurs 3 faudrait admettre chez les Astéries une vue bien plus développée que celle qu'elles peuvent avoir, vu rimperfectioD des points oculiformes. On peut du reste dissiper tous les doutes qui pourraient exister sur ce sujet: on peut enlever l'extrémité de chacun des rayons avec l'œil rudimentaire qui s'y trouve, placer l'Astérie ainsi opérée sur sa face dorsale, dans l'eau, et on la voit exécuter les mouvements nécessaires pour se tourner sur sa face tentaculaire, exactement comme le ferait une Astérie intacte.

Si l'on pratique, sur chaque côté d'un rayon, une section passant par l'angle rentrant qui le sépare des deux rayons voisins, de telle sorte que les deux sections ailleot se rencontrer sur l'orifice buccal de l'animal, on voit le rayon ainsi détaché du reste de Tanimal revenir à sa position normale, lorsqu'on le pose sur sa face dorsale, et conserver son attitude normale dès qu'il l'a reprise.

Si l'on pratique la section dans un autre sens, si l'on sépare un rayon du reste de l'animal par une section transversale passant près de la base de ce rayon, le tronçon ainsi isolé se livre à des mouvements désordonnés, se retourne pour se renverser quelques instants après, et ne parvient pas à garder son attitude normale, lorsqu'il réussit à la reprendre. Au contraire, l'animal mutilé, réduit à quatre rayons, reprend et conserve très-bien son attitude normale.

Là différence que nous observons dans ces expériences entre nn rayon séparé du reste deTanimaljde façon à être en rapport avec sa propre partie basilaire, et un rayon séparé de sa base, semble indiquer qu'il y a dans cette partie basilaire de chaque rayon une disposition organique qu*il faut rejçarder comme le point de départ de ce que j'appelle, pour la commodité du langage, la tendance à l'attitude normale. En second lieu, il est facile de montrer expérimentalement que les divers rayons d'une Étoile de mer sont en rapport les uns avec les autres pour l'exécution du mouvement de renversement du corps, et qu'il y a là une sorte de vague consensus^ sans lequel le mouvement n'arriverait presque jamais à bonne fin. En effet, si Ton pratique deux sections partant de chaque côté d'un des rayons , c'est-à-dire de Tangle rentrant qui le sépare des deux rayons voisins, et se dirigeant vers la circonférence de l'ouverture buccale, mais sans se prolonger jusqu'au centre de cette ouverture, le rayon en question ne sera pas entièrement détaché du reste de l'Étoile de mer, mais on aura tranché en grande partie ses moyens d'union avec les autres rayons. Or, dans ces conditions, si l'Astérie est mise sur le dos, on verra que, pendant que les quatre rayons intacts tenteront de faire reprendre à l'animal son attitude normale, le rayon à moitié détaché travaillera pour son propre compte, en égoïste, se retournera, et, d'ordinaire, rendra très-difficile, sinon impossible , le mouvement d'ensemble qui doit remettre l'Astérie sur sa face tentaculaire. Si les sections ont été faites de façon à isoler à moitié deux rayons du reste de l'Étoile de mer, jamais elle ne parviendra à reprendre son attitude normale, à cause «du travail désharmonique et toujours inverse des deux parties de l'animal.

7&2 PHTSIOLÛfilR DU SYSTiHB NERVEIIt.

Les effets de ces expérieDces semblent ne pouvoir s'eipliquer qu'en admettant une disposition du système nerveux analogue à celle qui a été décrite par Tiedemanu. Cependant, je le répète, mes recherches anatomiques ne m'ont pas permis de constater de visu cette disposition. C'est un sujet qui mérite assurément de fixer de nouveau l'attention des anatomistes. Ce qu'il fautsurtout^ ce sont des études histologiques qui puissent déterminer d'une façon exacte la signification des parties auxquelles on donne, trop facilement peut-être, et sur des indices insuffisants, le nom de système nerveux.

En tout cas, en admettant la réalité de l'existence du système nerveux chez un grand nombre de Zoophytes, cet appareil serait évidemment encore bien rudimentaire, et ses fonctions seraient encore bien restreintes. Les Zoophytes ont une excitabilité manifeste^ des mouveoients spontanés non douteux, mais incomplètement dirigés par la volonté. Il n'y a encore que quelques faibles lueurs d'instinct. Un instinct assez remarquable, semblable à celui qui existe chez des animaux des autres embranchements, a été signalé chez certains Oursins, les Oursins perforants, qui exécutent dans les rochers un travail de perforation analogue à celui que pratiquent les Pholades.

Telles sont les considérations auxquelles je suis forcé de me borner, relativement à l'étude physiologique du système nerveux chez les Zoophytes. Nous voyons là ce système à l'état rudimentaire, lorsqu'il eiiste, et les fonotiens dites nerveuses sont à peine ébauchées. Nous allons voir le système nerveux et ses diverses fonctions se perfectionner d'une façon notable chez un certain nombre d'animaux de l'embranchement des Mollusques.

Page 1