‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreux (volume 2)Chapitre 17 sur 39 · LEÇON SIXIEME · texte numérisé non relu

LEÇON SIXIEME

Images poétiques , prises des objets physiques.

Sommaire. Obscurité du discours produite par un usage fréquent de la métaphore : les Poètes hébreux à l'abri de ^ce défaut, par trois raisons. Exemples d'images empruntées des objets de la nature.

« Le mérite du style poétique , comme le dit »^fort bien Aristote (i) , consiste à être clair, » mais cependant exempt de bassesse. L'élocu- » tion est redevable d'une grande clarté , mais » en même temps d'une certaine bassesse , à » l'emploi des termes ordinaires , pris dans leur » sens propre ; les expressions étrangères et » d'emprunt lui donnent de l'élévation , mais » aussi le rendent souvent obscur. » Parmi ces expressions qu' Aristote appelle étrangères , la métaphore doit être regardée comme de l'effet le plus puissant. « Mais , ajoute le philosophe , de ». même qu'un usage modéré et fait à propos , » de ces expressions embellit le discours , de » même leur emploi multiplié l'obscurcit ; et il » le fait dégénérer en. énigme , lorsqu'il est » continuel. » Si l'on veut juger les Poètes hébreux d'après les principes établis par le premier des philosophes et des critiques , on conviendra facilement qu'ils ont abondamment pourvu à la noblesse du style par le nombre et l'éclat des métaphores. Mais en même temps , on pourra

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se demander , s'ils n'ont pas excédé les bornes dans l'emploi qu'ils en ont fait. En effet , au moins dans les compositions dont le sujet respire le sublime , et dont la pompe forme le caratère , nous voyons la métaphore dominer partout sans interruption , souvent se montrant avec hardiesse, souvent s'élançant avec l'audace la plus périlleuse ; et non contente de régner en liberté , affecter encore des traits quelquefois outrés , et les formes les plus singulières. Mais tel est le goût des Orientaux ; et nous devons pardonner à leur audace , des écarts qui blesseraient peut-être nos oreilles trop scrupuleuses. Mais , si , considérant sous ce rapport les Poésies sacrées , nous nous rappelons en même temps , qu'il était impossible que ces métaphores ne répandissent pas une grande obscurité sur le style , à cause de l'oubli où sont tombés souvent les objets qui les ont fournies, comme on peut le remarquer surtout à l'égard du Cantique de Salomon , nous aurons le droit d'admirer la clarté lumineuse et pure dont brillent l'élocution et les pensées de ces compositions , au milieu d'une si haute antiquité , d'une telle profusion de métaphores , et d'une liberté si illimitée dans leur emploi. Pour en rendre les causes plus sensibles , et faire mieux connaître encore le caractère du style parabolique , nous allons ajouter, sur l'usage que les Poètes hébreux ont fait de la métaphore , quelques observations , qui ne peuvent que frapper ceux qui lisent leurs écrits avec attention, et qu'on doit regarder, au moins en général , comme d'une vérité suffisamment reconnue.

En premier lieu, les Poètes sacrés , dans leur élocution figurée , font presque toujours usage

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d'images vulgaires ; ils empruntent leurs métaphores d'objets connus , ordinaires et familiers. Or , c'est principalement de la fidélité à suivre cette règle , que dépend la clarté du discours. Presque toujours , en effet , c'est dans la vue d'éclaircir le sujet par une comparaison indiquée, que nous avons recours aux métaphores. Mais si à la place d'un objet connu , nous en présentons un qui ne le soit pas ; si nous prétendons faire connaître un objet apparent, en y* substituant un objet enveloppé d'ombres : au lieu de donner de la clarté au discours , nous le rendrons plus obscur. Pour éviter ce défaut , on doit se garder non-seulement d'employer des métaphores forcées , trop fréquentes et trop confuses , mais encore de les emprunter d'objets inconnus , ou trop éloignés du sujet. C'est de ces causes, et surtout de la dernière , que naît l'obscurité qu'on reproche au poète latin , Perse. Si les Poètes sacrés n'avaient usé sur ce point d'une attention extrême , à peine resterait-il aujourd'hui dans leurs écrits quelque chose d'intelligible pour nous.

En second lieu , ils ne se contentent pas de n'employer que des images très-connues , ils ont soin encore , dans l'emploi et dans l'application qu'ils en font à des objets étrangers , de suivre un ordre fixe , une sorte de règle déterminée par l'usage. On peut regarder le style parabolique comme une espèce de langage nouveau et particulier, dans lequel, à l'aide de comparaisons empruntées des objets sensibles , et soit clairement énoncées, soit seulement indiquées , l'on exprime et l'on développe les idées morales , humaines et divines. Gomme dans le langage ordinaire et propre , des mois

fixes désignent constamment les mêmes objets, ainsi dans le style parabolique , des images physiques , déterminées , servent toujours à éclaircir les mêmes idées , dont la nature est plus abstraite et plus cachée. On ne doit pas cependant prendre cette assertion dans une acception trop absolue , mais seulement en ce sens, qu'on peut avancer avec fondement, que les Poètes hébreux , plus constamment que ceux d'aucune autre nation , pour peindre et embellir les mêmes idées mettent en usage les mêmes symboles ; et cette fidélité contribue encore infiniment à assurer au discours beaucoup de clarté. Enfin , les Hébreux emploient principalement , avec plus de hardiesse et de liberté , les images à l'égard desquelles cet excès peut être

Î)lus facilement toléré , parce que les objets qui es leur fournissent sont connus de tout le monde , sont de l'usage le plus familier , et que leur signification , dans l'élocution figurée, a été déterminée et consacrée , pour ainsi dire , par un emploi invariable. Cette pratique qui rend le discours très-intelligible, lors même qu'il y a le plus d'obscurité à craindre , fournirait en faveur des Poètes sacrés une défense aisée et toute prête , si l'on se croyait autorisé à leur reprocher d'avoir été , en quelques occasions , forcés , outrés ou enflés.

Pour éclaircir et confirmer par des exemples ces observations présentées d'abord toutes nues, examinons quelques-unes de ces métaphores qui sont empruntées des objets physiques et dont l'emploi est le plus fréquent, et faisons en sorte que ce que nous dirons sur une ou deux d'entre elles puisse s'appliquer à toutes les autres.

des hébreux, i. Part. Leçon 6. 99 Par un usage adopté dans toutes les langues , rien de plus ordinaire que d'emprunter l'idée de la lumière , et celle des ténèbres , pour exprimer la prospérité et le malheur ; dans cette application , on suit l'impression commune que ces objets excitent naturellement dans l'ame. Mais les Hébreux font , de ces métaphores , un usage bien plus multiplié et bien plus constant que les autres peuples 5 à tel point qu'il est rare qu'ils s'en abstiennent partout où le sujet le demande , ou seulement le permet. On peut donc mettre ces métaphores au nombre de ces locutions , dont la signification est claire et consacrée dans le style parabolique, parce qu'elles rappellent des objets extrêmement connus, extrêmement familiers , et que la figure est fondée sur une ressemblance indiquée par la nature , et ratifiée par l'usage constant suivi dans le discours. A l'égard d'images si connues et si familières , on excuse facilement chez les poètes hébreux , la hardiesse de l'emploi qu'ils en font. Les poètes latins en ont aussi fait usage , mais plus rarement , et par cette raison même, avec beaucoup plus de précautions.

« O Prince bienfaisant ! dit Horace à Au- » guste (1) , rends la lumière à ta patrie; aussi- « tôt en effet , que , pareil au printemps , ton » visage a brillé sur ton peuple, nos jours cou- » lent avec plus de charme , et le soleil se » montre avec plus d'éclat à nos yeux. » C'est là tout ce que la sévérité des Muses latines leur permet d'élégance et de liberté , dans une sem-

(1) Lucem redde tuœ, Dux bone , patriœ : Instar veris cnim vultus ubi tuus Affulsit populo , gratior it dies ,

Et soles meliàs nitent. Hor. IV, Od. V.

blable matière. Mais les Hébreux se livrent à bien plus de licence , à la vérité dans un sujet beaucoup plus relevé ; on peut même dire que dans leur audace poétique ils semblent ne plus connaître de frein. Ce n'est point en effet l'image du printemps, de J'aurore, d'une nuit ténébreuse qu'ils nous présentent ; c'est Je soleil , ce sont les autres astres , qu'ils nous peignent comme créés de nouveau , et se levant avec un surcroît infini de lumière , ou bien comme rer plongés dans les ténèbres primitives de l'antique chaos. Le Poète est-il chargé de promettre au peuple de Dieu le renouvellement de ses prérogatives , l'assurance d'un bonheur sans bornes ? De quelles couleurs magnifiques )i pare ces idées ! aucune traduction ne peut les rendre ; mais aucune , en même temps , ne peut les détruire entièrement. Ecoutons Isaïe :

« La lumière de la lune égalera celle du soleil à son

» midi ; » Les rayons du soleil auront sept fois plus d'éclat.(a)»

Ce n'est point encore assez ; écoutons ce qu'il dit ailleurs :

« Tu n'auras plus de soleil pour t'éclairer ,

» Et la lune ne brillera plus sur toi pendant la nuit:

» Mais le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle,

» Et ton Dieu deviendra ta gloire.

» Ton soleil ne se couchera plus ,

» Et ta lune ne disparaîtra plus à tes yeux;

» Car le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle ,

>» Et les jours de ton affliction cesseront, (b) »

Tbxtk dk M. Lowth.

(a) Erit lux lunse instar solis meridiani ;

Erunt solares raclll septemplices. Is. XXX , 36.

(b) Non diurnâ solis luce uteris ampliùs ; Nequeadillustrandamnoctemlunatibiil.lucebit; Sed erit tibi Jehova œterna lux ;

des hébreux. 2. Part, Leçon 6. 10 î Dans un autre passage , le même Prophète a varié cette idée d'une manière admirable :

» La lune sera couverte de honte , et le soleil à son

» midi , rougira , » Lorsque le Dieu des armées viendra régner » Sur la montagne de Sion et sur Jérusalem , » Et qu'il se montrera dans toute sa gloire , au milieu » de ses vieillards, (a) »

Voici au contraire sous quelles images un autre Prophète menace du plus affreux désastre , l'orgueilleux monarque d'Egypte :

« Lorsque je t'éteindrai , je voilerai les cieux ,

» J'obscurcirai leurs étoiles ,

» J'envelopperai le soleil d'un nuage ,

» Et la lune n'enverra plus sa lumière.

» Je couvrirai de deuil tous les corps lumineux du

» ciel , à cause de toi , » Et je répandrai les ténèbres sur ta terre , dit le

» Seigneur Dieu. » (6)

Ces figures sont pleines de hardiesse , d'une audace qui peut paraître téméraire ; mais les objets qu'elles nous retracent sont connus , elles sont fréquemment employées ; leur signification

Et gloria tibi erit Deus tuus.

Non occidet ampliùs sol tuus,

Nec luna tua sese retrahet;

Nam Jehova erit tibi xterna lux ,

Et dies mœroris tui desinent. Is. LX, 19, 20.

{a) Et pudebit lunam , et èrubescet sol meridianus , Cùm régnât Jehova exercituum , In monte Zione et in Hierosolymis , Et coram senioribus suis gloriosè. Is. XXIV, 23.

(6) Cùm extinguam te , obtegam cœlos , Et stellas eorum atrabo ; Solem nube involvam , Nec splendorem suum emittet luna ; Omnia cœli lamina supra te obscurabo , Terramque tuam tenebris operiam , edicit Do~ minus Jehova. Ezech, XXXII ,7.

est fixe; et , par une suite nécessaire , elles sont claires , faciles à saisir, et véritablement magnifiques.

Il y a d'autres images également tirées des objets physiques, qui , quoique communes sous certains rapports aux autres hommes aussi bien qu'aux Hébreux , devaient cependant être plus connues de ces derniers , et plus familières pour eux , à cause de la situation du pays qu'ils habitaient , et de la nature de son sol. Il n'est point de métaphore qui se présente plus souvent dans les Poésies sacrées, que celle qui, sous l'emblème d'une inondation , nous peint des malheurs graves et subits. Or, il paraît que cette image était très-familière aux Hébreux , comme leur étant fournie par la disposition et la nature même de leur pays. Sous leurs yeux coulait le Jourdain (i) , qui chaque année franchit ses rives , lorsqu'au retour du printemps , les neiges du Liban et des monts voisins , fondues par les premières chaleurs, et se répandant en torrens, viennent grossir les eaux de ce fleuve. La Palestine (2) , en outre n'était arrosée que par un petit nombre de rivières intarissables ; mais à cause des montagnes qui la couvrent presque partout, elle voyait de nombreux torrens se précipiter dans ses étroites vallées , après la saison des pluies. C'était un des avantages que Moïse (3) faisait valoir auprès des Israélites près d'entrer dans cette contrée ; il leur représentait que rien de semblable ne s'était montré à leurs regards , ni autrefois , en Egypte , ni plus récemment, dans les déserts de l'Arabie. Ainsi

(1) Josué,IlI, i5.— I. Parai. XII, i5.— Ecclés. XXIV,56.

(2) Sandys, Voyag. 1. III , au comin.

(3) Deutér. VU), 7; XI, 10.

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cette image , connue des poètes de tous les pays , doit cependant être regardée comme bien plus familière aux Hébreux , et comme nationale , s'il est permis de parler ainsi , pour leurs poètes. Aussi en ont-ils fait l'usage le plus fréquent et le plus libre. L'un d'eux semble avoir retracé le tableau même de la nature tel qu'il se montrait à ses yeux, et en avoir fait l'application à sa propre destinée, lorsqu'au sein du pays qu'arrose le Jourdain , et du haut des montagnes qui avoisinent la source de ce fleuve , il exhalait , dans ces métaphores hardies , toute la violence de la douleur dont son ame était consumée :

« Des gouffres profonds s'appellent à l'envi ; j'entends » mugir autour de moi d'affreuses cataractes.

« O mon Dieu ! les eaux , les vagues soulevées par » votre main , m'ont englouti, (a) »

Nous croyons nécessaire de remarquer ici , que cette métaphore, qui a été employée par les écrivains sacrés toutes les fois que l'occasion s'en est présentée , ne l'a été qu'une ou deux' fois (i) , et comme en passant , par l'auteur du poème de Job, quoiqu'elle semblât devoir y trouver place très-souvent , à ne consulter que la nature du sujet. C'est que l'auteur de cette noble composition avait sous les yeux une autre nature, si, comme l'ont pensé beaucoup de savans , ce livre a été écrit dans quelque canton de l'Arabie. Ce qui contribue a donner encore

Texte de M. Lowth.

(a) Abyssus abyssum inclamat , circumsonantibus fuis cataractis ; Fluctus tui omnes undxque me obruerunt.

Ps. XLII , 8.

(i) Job, XXII, u; XXVII, 20.

plus de vraisemblance à cette opinion , c est cette belle comparaison (i) , clans laquelle Job assimile ses amis à un torrent perfide ; image évidemment empruntée des déserts arides de l'Arabie , et qu'il a relevée encore par quelques circonstances propres à cette contrée.

Enfin il y a des images poétiques , prises aussi des objets naturels , mais qui appartiennent exclusivement aux Hébreux. Entre les montagnes de la Palestine , les plus distinguées , et celles par conséquent qui sont le plus souvent rappelées dans les Poésies sacrées , sont le Liban et le Carmel. La première , remarquable par sa bauteur et par les cèdres nombreux et magnifiques qui s'élevaient sur ses cimes, offrait un symbole aussi juste qu'expressif de la force et de la majesté. La seconde , fertile et grasse , couverte de vignes , d'oliviers , d'arbres fruitiers de toute espèce , devant autant à la nature qu'au travail des hommes , présentait une image frappante de la fécondité , de la beauté , et de la grâce la plus aimable. Salomon marque avec exactitude les différences de forme et d'aspect qui distinguaient ces deux montagnes , lorsqu'il compare au Liban la noblesse de l'homme , et au Carmel les grâces de la femme. (2) De ce double rapprochement , naît une sorte d'emblème opposé , mais général , que les poètes hébreux savent employer de diverses manières, faisant usage , sous la forme de métaphores , de ce que des poètes plus circonspects exprimeraient sous celle d'une comparaison proprement dite. Ainsi par une métonymie pleine de

(1) Job, VI, i5.

(1) Cant. des cant. V, i5; VII , 5.

des hébreux, 2, Part. LêÇOÎl 6. iof) hardiesse, le Liban désigne tantôt le peuple d'Israël , ou l'Eglise (i) ; tantôt Jérusalem (2), ou son Temple (3) ; tantôt le roi d'Assyrie (4) et son armée; enfin ce qui, dans tout sujet, se fait remarquer par sa grandeur (5) , sa noblesse et son élévation : et de même , tout ce qui pos* sède une fertilité , une richesse , une beauté singulière , reçoit le nom de Garmel. (6) C'est ainsi encore, que par les forts de Basan, les béliers , les génisses , les taureaux (7) , la bête féroce des roseaux (8), le lion du Jourdain, sont figurés les monarques superbes et cruels des nations. Quoique dans l'emploi de ces images et d'autres semblables , les poètes sacrés osent ce que ne se seraient permis ni ceux de la Grèce, ni ceux de Rome , on avouera cependant qu'ils ne laissent rien à désirer pour l'élégance et pour la clarté , surtout si l'on se rappelle que ces images étaient connues , populaires et indigènes , pour ainsi dire , parmi les Hébreux. Enfin, il est une observation générale qui doit trouver ici sa place. C'est que toute Poésie, et surtout la Poésie hébraïque , puise la plus grande partie de ses ornemens dans les objets de la nature ; et comme chacun s'en forme et s'en représente les images dans son esprit d'après

(1) Is. XXXIII, 9; XXXV, 2.

(3) Ibid. XXXVII , a4. — Jérém. XXII , 6 et î3.

(31 Zach. XI , 2.

(i) Is. X,34.

(5) Tbid. II , i3; et Ezéch. ch. XXXI , dans toute son étendue.

(6) Voy. lesexempl. ci-dessus, ctls. X, 18. — Mich.VII , i4* — Jérém. IV, 26.

(7) Ps. XXI, 1 3.— Ezéch. XXXIX, 18.— Amos, IV, 1.

(8) Ps. LXVII,3i.

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ce que lui rapportent ses sens , il s'ensuit nécessairement , que, selon la diversité des lieux, les unes sont plus familières à tel ou tel écrivain que les autres; que certaines lui sont particulières ; et que celles qui paraissent le plus appartenir à tous en général , conservent souvent quelque rapport secret et quelque liaison cachée avec le lieu de leur origine et le sol qui leur a donné naissance. Il faut donc , par-dessus tout, connaître, autant qu'il est possible, la position et l'état où se trouvait le poète , l'histoire physique du pays qu'il habitait, et se mettre en quelque manière sous les yeux la scène même de son ouvrage. Sans une attention continuelle sur ce point, nous ne jugeons qu'avec incertitude de l'éclat et de l'agrément des pensées : quelquefois les beautés, même les plus apparentes, peuvent nous échapper; et la plupart de celles qui sont plus enveloppées et plus intimes ne sauraient manquer de rester impénétrables pour nous.

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