‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreux (volume 2)Chapitre 18 sur 39 · LEÇON SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON SEPTIÈME

Images poétiques empruntées des usages ordinaires de la vie.

Sommaire. Tableau de la manière de vivre ordinaire aux Hébreux. Exemples : le premier pris du procédé qu'ils employaient pour séparer leur blé de la paille ; le second , de celui qu'ils suivaient pour fouler leurs raisins. Enfer poétique des Hébreux ; il tire évidemment son origine des usages qu'ils observaient dans leurs funérailles,

On a vu que , si les 'poètes hébreux surent allier , dans leur élocution figurée , une extrême clarté avec la plus grande noblesse , ils en furent redevables à trois causes : d'abord , à ce que la plupart des images qu'ils mettaient en œuvre étaient prises des objets les plus connus et les

F lus vulgaires ; en second lieu , à ce que dans application qu'ils en faisaient , ils suivaient un ordre , une marche constante , et une sorte d'analogie ; enfin , à ce que celles de ces images dont ils usaient avec le plus de liberté , étaient en même temps les plus familières à leur nation, et celles dont la signification était la plus facile à saisir. Nous pensons que la vérité de ces observations paraîtra encore mieux prouvée, si Ton veut donner quelque attention aux métaphores qu'ils puisèrent dans les professions , les coutumes et les usages ordinaires de la vie , que nous avons indiqués comme la seconde source des images poétiques. Ici, il suffira de

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quelques courtes remarques sur ce genre de figures , et d'un ou deux exemples , choisis entre une infinité d'autres.

Les anciens Hébreux , en général , avaient une manière de vivre aussi simple que constante. On ne trouvait point chez eux cette diversité d'états , de conditions , d'arts , de professions , qui s établirent dans la suite chez les autres peuples qui se vantaient d'une civilisation plus avancée, et qui s'en vantaient à juste titre, s'il faut appeler de ce nom , le luxe , l'inconstance et l'orgueil. Ils jouissaient tous d'une égale liberté , d'une égale noblesse, qui allait se perdre dans l'antiquité la plus reculée. Parmi eux , point de vains titres , point de ces marques mensongères d'honneur. Il aurait été difficile d'y remarquer quelque autre distinction que celles qui étaient accordées à la vertu , à la prudence , à la vieillesse et aux services publics. Séparés du reste des hommes par leurs lois et leur religion , peu adonnés au commerce , ils se contentèrent de cultiver les arts nécessaires à un genre de vie simple et sans raffinement , ou plutôt sans corruption. Ainsi l'occupation principale de tous les Hébreux , était la culture des terres et le soin des troupeaux. Ils formaient un peuple de cultivateurs et de pasteurs. Les héritages avaient été , dans l'origine , distribués par le sort entre les familles. Il n'était point permis (i) de les aliéner irrévocablement. Les pères les transmettaient à leurs fils pour en jouir et les cultiver. Aucun d'eux ne possédait d'autres richesses que les productions qu'il recueillait de ses champs. Nul , pas même le personnage le

(i) Lév. XXV, i3,i6,23ct24.— III. Rois, XXI, 3.

des iiébreux. 2. Part. Leçon y. 10g plus distingué, ne regardait comme déshonorant ou indigne de lui de se livrer aux derniers travaux de la vie champêtre. Aussi lisons-nous souvent dans l'Histoire sainte (i), que les chefs de la nation , les Rois , les Prophètes , quittaient la charrue ou la bergerie pour venir exercer les fonctions les plus saintes et les plus augustes.

Il ne faut donc point s'étonner que beaucoup d'écrivains hébreux aient puisé tant de métaphores dans ces professions , au sein desquelles ils avaient été nourris et élevés ; qu'ils aient transporté dans leur Poésie , des objets qui , a chaque instant , frappaient et leur esprit et leurs regards , et qu'ils aient eu recours à une source si riche et si variée , qui pouvait leur fournir des images, non-seulement gracieuses et élégantes , mais pleines encore de grandeur et de majesté. Si une délicatesse blâmable rejetait de semblables peintures , comme basses et dégoûtantes , elle devrait ne s'en prendre qu'à sa propre ignorance, qui juge l'antiquité d'après ses idées, et non s'en faire un sujet de reproche contre les poètes sacrés , qui non contens de conserver à ces images leur noblesse naturelle , ont su encore , par l'usage énergique et hardi qu'ils en ont fait , répandre sur leur élocution une élégance extrême et la plus riche parure.

U serait trop long de rappeler ici en détail combien de figures brillantes ils ont tiré d'une pratique , qui paraîtra peut-être à quelques personnes bien peu remarquable et bien peu noble, de l'opération de battre les épis sur l'aire; et comment, à laide de cette image seule, ils ont

(i) Jug. IJI,3i; VI, ii. -I. Rois, IX, 3; XI, 5. — II. ttois, VII, 8. — Ps. LXXV1I, 70,71. —III. Hois, XIX, 19. — Amos , I. 1 ; VII , 14.

donné un nouvel éclat aux plus belles pensées , et une nouvelle majesté aux idées les plus imposantes. C'est ainsi qu'ils nous peignent le Très-Haut , « qui enflammé de colère , brise , » écrase , foule aux pieds les impies : qui livre les »> peuples à Israël, afin que , semblable à un traî- » neau armé de dents , ils les broie , ou qu'il » les réduise en poudre sous ses pieds d'airain : » qui souffle sur ses ennemis , devenus plus » légers que le chaume des montagnes , et les » disperse par le tourbillon de son indigna- » tion. (a) »

C'est ainsi qu'Isaïe a dit :

« J'ai fait de toi un traîneau ,

» Une herse neuve , hérissée de dents :

» Tu fouleras les montagnes , et tu les écraseras ;

» Tu réduiras les collines en poudre , comme la

» paille; » Tu les vanneras , et le vent les emportera , » Et l'ouragan les dissipera, (b) »

Dans ces passages , il faut remarquer d'abord que les différens poètes sacrés observent constamment et avec scrupule , la même loi dans l'emploi de cette métaphore. E)'où il résulte

Texte de M. Lowth.

{a) Jehova ira incensus impios proterit , conculcat , profligat ^ (Habac. III , 12 ; Joël. III , 14 ; Jerem. LI , 33;Is. XI, 10); cùm populos Israê'li veluti dentato tribulo subjicit f rang endos , aut seratis ejus ungulis comminuendos (Mien. IV, 13); hostesque suos paleà montanâ leviores difflat spiritu , et indlgnationis turbine dispergit. ( Is. XVII , 13. ) (b) Eccefeci te traham ,

Tribulum Jiovum, instruction dentibus :

Triturabis montes atque comniinues , Et colles tanquàm in glumam rédiges , Ventilabis eos , ventusque auferet, Et turbo eos dissipabit. Is. XL! , 15.

des hébreux. 2. Part. Leçon 7. ni que , malgré sa hardiesse , comme elle est toujours contenue dans des bornes déterminées, elle conserve toute sa clarté et ne présente rien d'outré. En effet , cette image est uniquement consacrée à amplifier l'idée du carnage et de la dispersion des méchans et des ennemis de Dieu. En second lieu , sa hardiesse sera facile à justifier , par la convenance et la force singulière de cette image , si l'on veut se rappeler la manière dont les Hébreux battaient leurs blés. Cette opération avait lieu en quelque endroit élevé et exposé au vent ; on faisait passer sur les gerbes , des bœufs , des chevaux , une herse formée de madriers pesans , et chargée de pierres , ou armée de dents de fer ; ou bien un traîneau dont les roues étaient aussi de fer , et dentées. Varron donne à cette machine le nom de Pœnique. (1) Ce nom indique que c'étaient les Carthaginois , qui ayant pris cet instrument dans la Phénicie , contrée voisine de la Palestine , le transportèrent ensuite en Italie ; ce qui , sans tenir compte de la conformité des descriptions , prouve qu'à cet égard l'usage des Romains était entièrement le même que celui des Hébreux ; et cependant les premiers n'ont jamais , du moins à ma connaissance , emprunté une semblable image pour embellir leurs compositions poétiques. N'oublions pas encore qu'elle était extrêmement familière aux Hébreux ; témoin l'aire d'Aréuna le Jébuséen , qui était située à découvert (2) , ainsi que toutes les autres , au milieu même de Jérusalem , dans la partie la plus élevée de cette ville , et au lieu

(1) Dere rustic. 1. 1 , § 52.

(2) II. Paralip. III, 1.

où , dans la suite , Salomon fit construire le Temple.

Homère, pour qui toute image empruntée de la vie champêtre avait tant de charmes , a trouvé celle que nous examinons si belle et si expressive, qu'il en a fait usage (i) deux fois, sous la forme de comparaison ; car il n'a pas osé l'employer sous celle de métaphore. Mais , contre la pratique constante des Hébreux, il s'en est servi pour porter de l'éclat sur un sujet qui n'a rien de grand par lui-même. Dans une troisième occasion , il en a fait un emploi vraiment magnifique , pour ennoblir son Achille ; et comme ce passage se rapproche jusqu'à un certain point de la sublimité de la Poésie hébraïque , nous croyons devoir le rapporter ici :

« Ainsi quand le laboureur a accouplé ensem- » ble des taureaux au large front , pour fouler » l'orge blanchissante , sur l'aire applanie , les » tiges se brisent avec facilité sous les pieds des » bœufs mugissans. Ainsi , poussés par le ma* » gnanime Achille, ses coursiers au pied solide » écrasent les corps sans vie et les boucliers. (2)»

Cette comparaison , qui mérite sans doute d'être comptée parmi les plus belles et les plus nobles qui existent , est cependant bien au-dessous de l'élévation et de la hardiesse hébraïque. Un poète de cette nation aurait comparé k héros lui-même , au traîneau , plutôt que ses

(1) Iliad. V, v. 499; et Ibid. XIII , v. 588.

(a)Qç <5" ots tiç Çeû£ï) ^oaç apasvaç £Ùpup.sTti7rouç , Tpiës'jAevat xpl XeuJtov êuKTiusv'j) >lv àXwïi , Ptaça te Xs7tt' eysvovTO (jowv Û7rb ttockt' épi|i.ûxwv * ilç Ûtt' A^tXXroç [xeyaôOji.ou [Awvuy^eç ittitoi Ixtïpûv 6{/.où véxuâç ts *xl àdiri^aç- . . .

Iliad. XX, ▼. 495.

des hébredx. 2. Part. Leçon y. ll?r coursiers , aux bœufs qui y sont attachés ; rapprochement trop servi! e , et qui offre une ressemblance trop grande entre les objets comparés, (i) Mais l'usage n'autorisait pas tant de liberté dans la poésie grecque ; cette image ne s'était point exclusivement emparée chez les Grecs , comme chez les Hébreux , de la fonction de rappeler cette même idée, et ne s'en était pas rendue maîtresse , pour ainsi dire , comme par droit de prescription.

Nous nous reprocherions de passer ici sous silence la peinture aussi énergique que sublime de la vengeance divine , représentée si souvent par les poètes sacrés , sous le symbole d'un pressoir , tandis que nulle autre poésie n'a osé seulement indiquer une semblable image. Mais comment exprimer en un idiome étranger , ce qui ne peut être dignement retracé que dans la langue originale ? Comment rendre seulement quelques traits , une faible ébauche de cette peinture , où Isaïe nous montre le Messie « armé » de la puissance et du courroux de son Père , » s'avançant , revêtu d'une pourpre éclatante , à » travers les bataillons renversés des grands de » la terre ; il les foule aux pieds dans sa fureur » vengeresse , semblable au vigneron , qui dans » la cuve où bouillonne un vin nouveau , bondit » sur les raisins entassés, et les écrase. Le car- » nage a souillé ses pieds , et le sang dégoutte » de ses vêtemens. (a) »

(1) Voyez ci-après la Leçon XIIe , où ce point est développé plus au long.

Texte de M. Lowth.

(a) ... lllePatris vires indutus et iram,

Dira rubens graditur , per stragem et Jracta

potentum i. 10

Il4 DE LA POÉSIE SACRÉE

On peut citer un nombre infini d'exemples de ces figures tirées des mœurs et des usages de la vie. Mais il y a encore une observation générale à faire à ce sujet ; c'est que la manière de vivre , simple , constante , grave et conforme à la nature, qu'avaient adoptée les anciens Hébreux , fut cause que dans les métaphores de ce genre les poètes conservent plus de clarté et de noblesse qu'on n'aurait osé l'espérer , en réfléchissant , d'une part , sur l'intervalle immense de temps et de mœurs qui nous sépare d'eux , sur la hardiesse qu'ils déployèrent dans l'usage de ces images ; et en se rappelant , d'un autre côté, combien l'emploi des images les plus vulgaires et les plus communes leur était familier. Le mérite singulier des poètes sacrés , à mon avis , est d'avoir su mettre en œuvre les métaphores les plus hardies, sans nuire à la clarté du discours , et les plus vulgaires , sans en altérer la noblesse et l'éclat. Nous ne craindrons pas de citer un exemple de ce genre , dans lequel la trivialité de l'idée le dispute à la simplicité de l'expression , et où cependant la convenance et la propriété de l'image a un effet si puissant, que nous ne balançons pas à y reconnaître un caractère éminent de sublime. Dieu menace Jérusalem d'une destruction entière , et voici comment il s'exprime (i) :

Jgmina,prona solo;prostratisque hostibus ultov Insultât; ceu labra novo spumcuitia musto Exercens , salit attritas calcator in uvas , Congestamque struem subigit : cœde atra recenti Crura madent , rorantque inspersx, sanguine vestes.

Is. LXIII, i,3.

(1) IVe I. des Rois, XXI, i5. — Ce passage fait partie de la réponse d'un prophète , que l'historien a insérée dans son récit.

des hébreux. 2. Part. Leçon y. n5

« J'essuierai Jérusalem

» Comme un homme essuie sa coupe;

» Il l'essuie , et la renverse, (a) »

Il faut nécessairement que beaucoup de ces images se montrent à nos yeux avec une fausse apparence de bassesse et d'obscurité , à cause de la différence extrême de nos mœurs et de nos usages ; mais nous ne devons ni les blâmer à la légère , ni désespérer si promptemenfd'en saisir le véritable effet. Il nous faut porter nos regards de toutes parts , et examiner avec soin s'il ne nous serait pas possible de découvrir la liaison qui unit les pensées aux images , parce que , dans des matières obscures et qui se dérobent facilement à notre intelligence , elle dépend fort souvent d'un rapport très-peu marqué. Quelquefois il suffira de remarquer à propropos et de rétablir une coutume tombée en désuétude , pour rendre à certains passages toute leur clarté et toute leur noblesse. En sera-t-il ainsi de l'exemple que nous allons citer ? C'est ce que nous n'oserions décider. Mais nous pensons qu'en le développant , nous ferons connaître au moins la méthode que suivaient les Hébreux dans la création de leurs figures poétiques , ainsi que le soin et la constance qu'ils observaient dans l'application qu'ils en faisaient.

Il est souvent arrivé aux poètes de tous les pays , d'être amenés par occasion , ou obligés par nécessité , à décrire les enfers , ou l'état des morts , avec toute la pompe et tout l'ap-

Texte de M. Lowth.

(a) Et detergam Hierosolymam , Ut deterserit quispiam pateram ; Déferait eam , et pronam in faciem veriit. iV. Rcg. XXI , IO.

Il6 DE LA POÉSIE SACRÉE

pareil dont un sujet si grave et si imposant est susceptible; c'est-à-dire, à exposer d'une manière claire et précise , ce qu'il n'est donné à aucun mortel de comprendre , ni même d'atteindre par ses conjectures. Les Grecs , doués d'un génie vif et fertile , naturellement enclins à créer des fables , mirent à profit une occasion si favorable , et se forgèrent un enfer poétique qui leur est particulier , et qu'ils peuplèrent de tant de monstres , que le dernier homme du peuple n'était pas assez stupide pour ne pas rire de ces rêveries. Que pouvaient faire les poètes hébreux, bien moins libres dans leurs fictions , et qui quoique intimement convaincus que les esprits sont immortels , et que même les corps doivent être rendus à la vie (i) , n'en étaient pas moins dans la même ignorance sur l'état et la condition présente des morts ?

Ils paraissent avoir suivi, dans cette occasion , la même marche que dans toutes les autres. D'après les usages publics et ordinaires observés à l'égard des morts, ou pour mieux dire, à l'égard des corps privés de la vie , ils formèrent

(i) Note do Traducteur. — On a droit d'être étonné que quelques personnes aient pu s'imaginer que le dogme de la permanence des âmes après la mort n'a pas toujours fait partie de la croyance des Hébreux, tandis que, comme ne craint pas de l'avancer ici M. Lowth avec assurance, et comme il est facile de s'en convaincre par la lecture des livres saints , ils croyaient à la résurrection future des corps , dogme qui suppose nécessairement la permanence des âmes. M. de Voltaire, renouvelant des systèmes anciens et déjà réfutés, a prétendu que l'opinion de la permanence des âmes ne fut adoptée par les Juifs que pendant la captivité de Babylone , et que les Saducéens , qui niaient cette permanence , avaient seuls conservé l'ancienne croyance. Ces assertions téméraires ont été combattues avec autant d'avantage que d'érudition dans les Lettres de quelques Juifs Portugais, etc. à M. de Voltaire % t. II, p. 83.

une sorte de peinture générale , qu'ils employèrent exclusivement et constamment pour représenter l'état des morts , et à laquelle , si l'on veut bien nous passer cette expression , nous donnerons le nom à' Enfer poétique des Hébreux. Cet enfer , comme celui des Grecs et des Romains , est désigné par une dénomination particulière. L'idée générale en est prise des usages que les Hébreux pratiquaient dans leurs sépultures , et qui se prêtaient fort naturellement aux ornemens de la poésie. En effet, les tombeaux des Hébreux , ceux du moins des princes et des familles distinguées , étaient de vastes cavernes formées par la nature , ou que l'art et la main des hommes avaient taillées dans le roc. (1) La voûte en était cintrée , et quelquesunes étaient si spacieuses , qu'il avait fallu les soutenir par des colonnes. De tous côtés , dans les parois de la caverne , on creusait des cellules propres à recevoir un cercueil. Ces cercueils étaient ornés de sculptures , et chacun occupait en particulier une des cellules. Enfin aucune lumière ne pénétrait dans la caverne , dont l'entrée étroite était fermée par une pierre que l'on avait soin d'y rouler. On voit encore aujourd'hui en Judée plusieurs de ces tombeaux. Deux plus magnifiques que les autres (2) passent

(i)Voy.laGenès. XXIII. -le IV«1. des Rois, XIII, 21.- Is. XXII, 1 6. - le I M. des Parai. XVI, 14.- Josué, X, 27.- Jérém. Lament. III , 53. — S.Jean, XI, 38; et les Evangélistes, au sujet du tombeau de J. C.

(2) Note de M. Lowth. — On trouve la description de ce» tombeaux, dans Serlio Arclùtctt. 1. IIIe, Villalpandus , Apparat, urbis III, 16, et dans la relation de Maundrell , pag. 76.

Josephe fait mention en plusieurs endroits , du sépulcre de David. Il distingue par des dénominations particulières , le tombeau même, les chambres dont il était composé , et

pour avoir servi à la sépulture des Rois : l'un , placé dans l'enceinte même de Jérusalem , contient vingt-quatre cellules ; l'autre , situé dans le voisinage des murs de la ville , en renferme le double.

les cellules qu'on y voyait. ( Antiq. «Jud. 1. VII , par. i5, et I. XVI, par. 7, Guerr. des J. parag. î et 2.) Strabon fait mention 1. XVIIe des tombeaux des rois d'Egypte : c'étaient des cellules, au nombre d'environ quarante , creusées dans des cavernes. Voyez sur les restes de ces monumens, la Description de l'Orient par Pococke , 1. II , c. 3. On voit encore à Naples des cryptes sépulcrales qui portent le nom de catacombes. Il n'existe nulle part , en ce genre , d'ouvrage plus grand et plus étonnant. Je le regarde comme un monument de la plus haute antiquité, qui destiné, dans l'origine , à d'autres usages, servit ensuite, lorsque le christianisme fut établi, à la sépulture des morts. C'est en effet un ouvrage de la même espèce que les autres souterrains de cette contrée , dont plusieurs ont été détruits par des tremblemens de terre , et d'autres , qui subsistent encore aujourd'hui , frappent d'admiration ceux qui les visitent. On en trouve à Cumes , à Misène , à Bayes , auprès du lac Averne , et au mont Pausilype. Je n'hésite point à croire que ces monumens n'aient de beaucoup précédé l'âge d'Homère , qui place dans ces contrées le séjour ténébreux desGimmériens. ( Odyss. 1. IVe , au commenc. ) Voyez aussi le récit d'Ephore , dans Strabon (1. Ve ) où il est dit , « qu'ils habitent dans des » demeures creusées sous terre , auxquelles ils ont donné le » nom d' Argillcs ; et qu'ils communiquent entre eux par • certaines allées souterraines. » Ces monumens eux-mêmes fournissent la preuve que ce récit n'est pas entièrement fabuleux. Ces cavernes , à mon avis , reçurent le nom d'Argilles , d'après la nature du sol dans lequel elles étaient le plus souvent creusées. Argillus , terre propre à décrasser , de couleur blanchâtre , dit Hésychius. Delà le nom de Leucogée que portait une colline située entre Naples et Pouzzol. (Plin. Hist. nat. liv. XVIII , par. 11.) Il est à observer cependant, que toutes ces cavernes dont je viens de parler ,ont été creusées dans un tuf solide; ce qui a fait qu'elles ont résisté aux injures du temps. De là encore le nom d'Argilète, que portait un des quartiers de Home. Il devait cette dénomination à quelques-unes de ces cavernes , pareilles à l'antre de Cacus , qui n'était pas éloigné de ce lieu. Virgile assigne à ce nom une autre origine ; mais voyez Varron , de ling. lat. I. IV. Du reste, il est évident que c'est de ces cavernes Cimmériennes de la Campanie , qu'Homère d'abord , et ensuite

des hébreux. 2. Part. Leçon 7. 119 Si nous examinons les passages dans lesquels les poètes sacrés ont décrit ces enfers avec toute la pompe de leur art, il nous sera facile de reconnaître qu'ils avaient alors leur esprit dirigé et fixé sur des sépultures de ce genre. Ils exprimaient par le discours l'image de ce qui frappait leurs sens et était sous leurs yeux. Nous ne trouverons chez eux aucune description , ni même aucune mention bien développée d'esprits immortels ; non que , comme l'ont prétendu quelques savans (1) , ils n'admissent pas la croyance de la permanence des âmes après la mort , mais parce qu'ils n'avaient à ce sujet aucune idée , aucune notion assez distincte , pour pouvoir en expliquer la nature et l'état ; et que dans leur manière de s'énoncer et de raisonner , ils n'étaient point parvenus à cette subtilité qui nous est nécessaire pour disserter d'une manière plausible sur des idées abstraites et entièrement étrangères aux sens , et pour couvrir notre ignorance du voile d'un raisonnement savant. Les Hébreux , de même que le reste des hommes , étaient dans une ignorance entière sur le mode d'existence des âmes après leur séparation du corps , sur le lieu qu'elles habitent , sur leur forme , sur leur état. A l'égard de tous ces points , les divines Ecritures ne leur fournissaient aucune lumière. Ce n'est pas que la révélation leur eût envié cette connaissance ; mais c'est que la condition de l'esprit humain

Virgile, ont tiré la peinture de leur Enfer; et celui-ci , lorsqu'il décrit l'antre de Gacus , qu'Hercule vient de forcer , ne peut s'empêcher de se rappeler à l'instant l'image des enfers entr'ouverts. ( Voyez Enéide , 1. VIII. )

(1) Voyez Leclerc, Comment, in Hagiograph* ; consultez l'index , au mot immortalitas.

l'en rend absolument incapable. Lorsqu'il réfléchit sur des objets étrangers au corps et à la matière , il est forcé , faute d'idées propres , d'avoir recours à des idées impropres , et de figurer , en quelque sorte , les objets immatériels par des objets matériels. Les Hébreux voyant donc que les corps privés de la vie étaient déposés dans le sein de la terre , et renfermés dans des tombeaux tels que ceux que nous avons décrits , parmi eux comme parmi les autres nations se répandit l'opinion populaire , que c'était dans le sein de la terre que les morts poursuivaient leur carrière ; et les poètes sacrés étaient obligés de se conformer à cette opinion r si , en traitant ce sujet , ils voulaient être entendus.

De là ces expressions si fréquentes dans leurs compositions , au sujet des morts : « Descendre » dans la fosse , dans les régions inférieures de » la terre , aux portes et dans les retraites de la » mort ; au sein des rochers , aux flancs , aux » barrières de la caverne. Le tombeau les a » engloutis , et a refermé sa gueule sur eux. Ils » sont couchés dans l'abîme % dans de vastes » lieux , dans le gouffre ; ils sont plongés dans » les ténèbres les plus profondes , dans la terre » de la nuit , dans l'ombre affreuse , immense » et confuse de la mort , où , au lieu de la lu- » mière , règne l'obscurité, (i) »

(1) Texte de M. Lowth. — Dcscendere in foveam , in inferiora terne, ad portas et penetralia tethi; ad saxa , ad lateray ad repagula cavernœ. (Job, XXXIII, 18; Ps. XXII, 1 ; Ezech. XXXI , i4; etc.) Hausit eos avidis faucibus seputcrum , atque os iis occludit. ( Ps. CXL , 7 • LXII , 16. ) Decumbunt in Barathro , in loca vasta , in voragincm , lenebrasque profondissimas demersi ; in terram caliginis , et umbram mortis, immanem, tetram, carentem ordine; et ubi pro lue*

des hébreux. 2. Part. Leçon y. 111 Quelques poètes profanes , au milieu de toutes leurs fictions , ont retenu une image si naturelle des enfers. Un ancien tragique nous peint sous ces traits , avec autant de force que de vérité , la route profonde de l'Achéron. « Elle » se dirige , dit-il , à travers de sombre caver- » nés , formées par d'énormes rochers suspendus » en voûte , et remplies d'épaisses et solides » ténèbres, (i) » Combien est grande et magnifique la scène que les poètes hébreux ont décorée de toute cette pompe funèbre , et sur laquelle ils amènent les héros et les monarques sans vie ! Représentons - nous une caverne sépulcrale , vaste , profonde et ténébreuse : là reposent les rois des nations (2), chacun sur sa couche (3) ; leur armure est auprès d'eux , leur épée sous leur tête (4) ; les cercueils de leurs serviteurs les entourent. Tout à coup est introduit le roi de Babylone ; tous , à l'instant , se lèvent , s'avancent à sa rencontre , et l'accueillent par ces mots : « Est-ce bien toi que nous voyons des- » cendre en ces lieux ? Tu as donc , comme » nous , perdu ta force ? Te voilà donc devenu » semblable à nous , orgueilleux vainqueur des » nations (5) ? »

Mais je m'arrête Il est au-dessus, je ne

veluti diradiatur catigo (Ps. LXVIII , 16 ; LXXXVII , 7; Job , III , 4 ; Is. L1X , 10 ; Ezéch. XXIV , 20 ; etc. ) (i) Per speluncas saxis structas asperis, pendcntibus , Maximis , ubl rigida constat crassa caligo Infcrûm, Apud Cicer. Tusc. quaest. I.

(2) Is. XIV, 9. — Ezéch. XXXII , 19.

(3) Is. LVII, 2. —Ezéch. ibid. 25.

(4) Ezéch. LVII, 27. —I. Machab. XIII , 29.

(5) Texte de M. Lowth. — Te-nc ergà ad nos deditcttim conspicimus? Te noslri similem ? Te suceisum et cassum v tribus , 0 gentium dcbellaior? Ezech. XIV, 4 el 5.

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