‹ Leçons sur la poésie sacrée des hébreux (volume 2)Chapitre 21 sur 39 · LEÇON NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LEÇON NEUVIÈME

Images prises de F Histoire sainte.

Sommaire. Ces images, presque toujours claires et remarquables. Méthode particulière que suivent les Hébreux eu les employant. Traits principaux dont ils font usage : le chaos et la création ; le déluge ; la ruine de Sodome; la sortie d'Egypte; la descente du Seigneur sur le mont Sinaï. Cette espèce de métaphore , très convenable à la Poésie sacrée , surtout à la Poésie prophétique , et nullement à la Poésie profane.

Des quatre différentes sortes d'images , usitées dans la Poésie hébraïque , sous la forme de métaphore , il ne nous reste plus à examiner que celles qui sont empruntées des événemens remarquables rapportés par les historiens sacrés. L'emploi de ces dernières diffère de celui des autres; nous devons donc, dans l'examen que nous allons en faire, suivre une marche un peu différente. En effet , les discussions auxquelles nous nous sommes livrés jusqu'ici , avaient presque toutes pour objet, de nous frayer un accès plus facile à la connaissance des beautés intimes de la Poésie sacrée , en ayant égard aux usages , aux opinions , aux idées reçues parmi les Hébreux ; de nous mettre en état , en pesant avec soin l'importance de chaque accessoire , d'en connaître plus exactement f effet particulier ; de dissiper , autant qu'il était en nous , les nuages que le temps a répandus

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sur tous ces points ; de rendre enfin à ce qui pouvait nous paraître obscur, choquant, grossier , rampant , sa clarté , sa grâce , son éclat , sa noblesse originaire. Dans ce qui va suivre, nous ne rencontrerons presque rien de ténébreux ou qui puisse choquer , rien qui exige une explication minutieuse ou quelque justification ; tout se montrera clair , lumineux , sublime. L'Histoire sacrée éclaire encore aujourd'hui ce point, de toute sa lumière ; et il s'offre à nos regards avec autant d'éclat , qu'autrefois à ceux (les Hébreux eux-mêmes. Seulement , il existe entre eux et nous cette différence , que cette espèce d'images était en quelque sorte nationale et domestique pour eux , et que rien n'en égalait le pouvoir pour émouvoir et charmer leurs esprits. Ce qui était encore d'une grande importance, c'est que souvent, sous les yeux même de ce peuple , se trouvaient le lieu témoin de ces prodiges ,„ l'aspect de quelque lieu semblable , des traces assurées de ces événemens merveilleux , les monumens élevés pour en perpétuer le souvenir ; tandis qu'au contraire quelque fameux , quelque augustes que ces événemens soient pour nous , le seul éloignement des lieux et des temps en a infiniment affaibli l'effet sur nos âmes.

La manière dont les poètes hébreux usent de ces métaphores est bien digne d'être remarquée. Voici en quoi elle consiste. Pour peindre et orner les faits éclatans , les merveilles à venir, ils ont coutume d'emprunter quelqu'un des traits les plus importans consignés dans l'Histoire de leur nation ; de retracer et d'éclaircir ainsi , à l'aide de couleurs étrangères , mais ressemblantes , les faits futurs par les faits pas-

des hébreux. 2. Part, Leçon g. 14 1 ses , les évënemens nouveaux par les événemens anciens , les moins connus par ceux qui l'étaient davantage. Cette pratique étant absolument propre à la Poésie sacrée, et n'ayant été imitée, à ce qu'il nous semble , par aucune autre nation , nous avons pensé que ce point méritait d'être mis dans tout son jour par un plus grand nombre d'exemples. Nous allons donc parcourir par ordre , sinon tous , du moins les principaux traits de l'Histoire sainte d'où ces figures sont empruntées : nous remarquerons leur effet métaphorique , ainsi que l'application invariable que ces poètes en ont faite ; et cette constance que nous avons observée dans les autres espèces de métaphores se montrera encore ici, mais avec bien plus d'évidence.

Le premier de ces faits est le chaos et la création , qui ouvrent le récit de l'Historien sacré. Les images qui s'y rapportent s'appliquent constamment aux révolutions heureuses ou malheureuses des empires , au renversement ou au rétablissement des royaumes et des états. L'emploi de ces métaphores est très-familier à la Poésie prophétique , et principalement lorsqu'elle prend le vol le plus audacieux. A-t-elle à prédire la ruine du royaume de Juda , succombant sous l'effort des Chaldéens ; à menacer les ennemis d'Israël d'une destruction entière ? elle peint ces événemens sous les mêmes couleurs que si la nature était sur le point de retomber dans son premier chaos. C'est ainsi que s'exprime Jérémie , dans cette vision sublime et d'une poésie plus qu'humaine, où il semble avoir sous les yeux le tableau de la désolation près de fondre sur la Judée :

« J'ai porté mes regards sur cette terre , et je l'ai vue

» dépouillée et sans forme ; » Je les ai portés vers les cieux , et ils ne brillaient plus » J'ai regardé les montagnes , et elles tremblaient ; » Toutes les collines se choquaient violemment entre

» elles.

» J'ai regardé , et il n'y avait plus d'hommes , » Et tous les oiseaux du ciel avaient disparu. » J'ai regardé , et j'ai vu le Carmel désert , » Et toutes ses cités détruites , » A l'aspect du Seigneur , par le feu dévorant de sa

» colère, {a) »

C'est encore ainsi que dans un semblable sujet , Isaïe dit admirablement :

* Il étendra sur elle le cordeau de la dévastation et » l'aplomb de la confusion. (6) »

Tous les deux , non-seulement ont eu en vue le chaos décrit par Moïse , mais ils ont encore fait usage des mêmes expressions que l'historien sacré. Les autres prophètes agrandissent cette image , et achèvent le tableau , par l'addition de beaucoup d'autres accessoires.

« La.'lune et le soleil s'obscurciront , » Les étoiles retireront leur lumière , « Et le Seigneur fera entendre ses rugissemens sur » la montagne de Sion :

(a) Aspexiterram, eccèautemvacuaestetinformis; Et ad cœlos , nec lucent ampliùs !

Aspexl montes , eccè autem intremiscimt , Omnesque coites inter seraptim concutiuntur ! Aspexi , et eccè nulius est homo , Volucresque cœll omnes evanuerunt !

Aspexi , et eccè Carmelum desertum , Et omnes ejus urbes dirutas !

A vultu JeJwvse, ab œstu irx ejusflagrantis.

Jer. VI , 23 , 26.

(6) Et extendet super eam llneam vastitatis etperpendicidum confusionis,

, Is. XXXIV, 11.

des hébreux. 2. Part. Leçon 9. 143

» 11 fera retentir sa voix , de Jérusalem ,

» El les deux et la terre seront ébranlés, (a) »

« Toute l'armée céleste séchera de frayeur;

» Les cieux eux-mêmes se rouleront comme un livre,

» Et toute leur armée tombera ,

» Comme la feuille flétrie se détache du cep ,

» Et la figue desséchée , de l'arbre qui l'a portée, (b) »

Est-ce au contraire le rétablissement d'Israël qu'ils ont à prédire ? Voici comment ils s'expriment :

« Je suis le Seigneur ton Dieu ,

» Qui, en un instant, apaise la mer , lorsque ses Ilots

» frémissent ; » Son nom est le Dieu des armées.

» J'ai placé mes paroles dans ta bouche, » Et je t'ai couvert de l'ombre de ma main , » Pour créer les cieux , établir la terre sur ses fonde-

» mens , y> Et annoncer à Sion cet oracle ■ Tu es mon peu-

» pie. (c) »

Texte de M. Lowth.

(a) Nigrescent sol et lima ;

Retrahentque splendorem suum stellx ;

Et ex Sione rugiet Jehova,

Et ex Hierosolymis edet vocem ;

Et commovebuntur cœli et tellus. Joël. III, 15, 16. (6) Et contabescet omnis cœlorum exercitus ;

Cœli etiam ipsi instar schedulse, convolventur :

Et omnis eorum exercitus decidet,

Sicut cassa de vite folia ,

Utqiœ marcida ex arbore sua ficus.

Is. XXXIV, 4.

(c) At Ego Jehova sum Deus tuus ,

Qui subito tranquillat mare,cùmfremuntjluctus ejus;

Nomen illi Jehova exercituum ;

Indidi verba mea ori tuo ;

Et sub umbrâ manûs mex teprotexi :

Ut plantent cœlos , utfundem terrant,

Utque dicant Sioni, Meus tu es populus.

Is,LI, 15, 1G,

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» Le Seigneur console Sion *,

» Il console ses ruines :

» Il va rendre ses déserts semblables à Eden ,

» Et ses solitudes , pareilles au jardin de délices.

» En son enceinte se trouveront le bonheur et la joie ,

» L'action de grâces , et le cantique de louanges, (a) »

L'image du déluge , qui se rapproche de celles dont nous venons de parler , et qui a avec elles beaucoup de rapports , est aussi employée pour exprimer les mêmes idées. Ainsi , de même que la dévastation de la Judée est figurée par le retour du chaos primitif , de même aussi cet événement funeste est indiqué par des métaphores prises du déluge universel.

« Voilà que le Seigneur va ravager la terre et la lais-

» ser nue ; » Il en changera la face et en dispersera leshabitans. » — Car les cataractes du ciel s'ouvrent : » Les fondemens de la terre sont ébranlés *, » La terre se brise en éclats ; » Son sein se déchire ;

» Elle s'ébranle et s'agite jusque dans ses abîmes ; > Elle chancelle comme un homme dans l'ivresse; » Elle chancelle au lieu qu'elle occupe , comme une

» tente dressée pour une seule nuit, {b) »

Texte de M. Lowht.

{a) Nam solatur Jehova Sionem , Solatur omnes ejus vastitates :

Et reddet déserta ejus Edeni similia , Et solitudinem ejus ut Paradisum Jehovds : Iieperietur in eâ lœtitia et gaudium, Gratiarum actio , et cantionum sonitus.

* Is. LI,3.

(6) Eccè Jehova évacuât terram , eamque vastat . Et invertit faciem ejus, etdispergit incolas. Nam aperiuntur ex alto cataractœ , Etfundamenta terrx concutiuntur.

Confringendo confringit se tell us; Disrumpendo disrumpit se tellus ; Commovendo penitùs com movetur tellus ;

des hébreux. 2. Part. Leçon g. i45 Ces idées sont grandes , sans doute , et l'esprit humain peut à peine concevoir quelque chose de plus élevé. Mais cependant en ce genre rien n'égale la sublimité des images empruntées de la ruine de Sodome , pour peindre les châtimens que la justice divine réserve aux impies.

« 'Il fera pleuvoir sur les impies un feu dévorant : » Les flammes , le soufre , les vents impétueux ; voilà » la coupe qu'il leur faudra épuiser, (a) »

« Voici le jour des vengeances du Seigneur ;

» Voici l'année où le vengeur de Sion exercera ses

» jugemens.

» Les torrens de cette terre ( l'Idumée) se changeront

» en bitume , » Et sa poussière en soufre ; » Son sol sera réduit en bitume enflammé; » Elle brûlera jour et nuit sans s'éteindre ; » A jamais la fumée s'élèvera de son sein ; » Pendant des âges sans fin elle restera déserte ; » Pendant des siècles innombrables , nul homme ne

» la traversera, (b) »

La sortie de l'Egypte , qui a fourni matière à tant de descriptions magnifiques , s'applique

Nutando nutat tellus , sicut ebrius ; Et è loco suo vacillât, ut tugurium unius noctis. Is. XXIV, 1 , 18 et seq.

{a) Depluet super impios primas ardentes ;

Ignem et sulphur et ventum turblnum; hoc Us poculum exhauriendum est. Ps. X, 7.

(6) Nam agitur dies ultionis Jehovx ;

Annus pœnarum sumendarum Sionis vindici :

Et vertentur torrentes ejus inpicem,

Etpulvis ejus in sulphur ;

Et terra ejus in ardentem picem redigetur:

Noctes diesque inextincta ar débit;

Fumus ejus in setemum ascendet :

In perpétuas œtates jacebit déserta ;

Per infinita secula nemo eam peragrabit.

Is. XXXIV, 8.

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aussi , par une métaphore très-usitée , à beaucoup d'événemens d'une nature à peu près semblable. Dieu veut-il promettre à son peuple, son secours, la liberté, le salut et ses faveurs? aussitôt se présentent bien naturellement à l'esr prit du Prophète , la sortie de l'Egypte , les îlots de la mer divisés, Jes ennemis d'Israël submergés , les déserts traversés sans péril , les sources jaillissant du sein des rochers. Ainsi, nous lisons dans Isaïe ;

« Voici ce que dit le Seigneur

» Qui fraie une route à travers la mer ,

» Et un chemin au milieu des eaux puissantes :

» Qui fait sortir le char et le coursier , l'armée et

» toute sa force :

» Ils tomberont tous ensemble , et ne se relèveront

» plus ; » Ils ont été étouffés et se sont éteints , comme une

» mèche de lin.

» Ne songez plus au passé , » Et n'arrêtez plus vos regards sur les éyénemens

» anciens :

» Voilà que je vais opérer un prodige nouveau; » Il va paraître ; ne le reconnaîtrez-vous point ? » Je vais tracer encore une route dans la solitude, » Et faire couler des fleuves dans le désert, (a) »

Texte de M. Lowth.

{a) Ità edicit Jehova

Qui prxbet per œquor viam ,

Etper aquas validas semitam:

Qui educit currum et equum , exercitum et

robur ; Simul jacebunt , nunquàm consurgent Oppressi sunt , ut stupa exstincti.

Ne recolite priora y Et antiqua ne considerate:

Eccè ego novum quiddam sumfaeturus • Jamjàm orietur ; nonne illud cognoscetis ? Prœstabo etiam in solitudine viam , In deserto Jlumina. Is. XLI1I, 16.

des hébreux. 2. Part. Leçon g. i^j Le même Prophète nous fournit une autre prédiction , qui se rapporte à la délivrance de la captivité de Babylone, dans un premier sens, qui n'est pas cependant le sens principal. Dès l'exorde se reproduisent les images précédentes , avec encore plus de clarté , mais sous la forme d'une prosopopée dont rien n'égale le sublime.

« Réveille-toi , réveille-toi ; revêts-toi de force , ô bras

» du Seigneur !

» Réveille-toi , comme aux jours anciens , comme

» dans les âges passés.

» N'est-ce pas toi qui taillas en pièces le superbe ,

» qui blessas le crocodile ?

» N'est-ce pas toi qui desséchas la mer , les eaux du

» grand abîme ?

» Qui rendis guéables les gouffres profonds de la mer , » Afin que ceux que tu avais rachetés pussent les

» traverser (a) ? »

Du même genre est encore un autre trait de l'Histoire sainte, que nous citerons pour dernier exemple ; c'est la descente du Très-Haut sur la montagne de Sinaï. S'il faut décrire l'approche du Seigneur , qui descend pour exercer ses jugemens , délivrer ceux qui l'honorent , détruire ses ennemis; s'il s'agit, en un mot, de peindre en général la manifestation de la puissance divine , c'est aussitôt l'appareil auguste et terrible

Texte de M. Lowth.

(a) Expergiscere , expergiscere , indue robur , o

lacerte Jehovx !

Expergiscere , ut priscis diebus , œtatibus

antiquis !

Annontuxlle es, qui excidisti superbum, vul-

nerasti crocodilum P Annon tu ille es , qui exsiccasti pelagus ,\aquas

abijssi magnx ?

Qui maris profunda reddidisti pervia, ut re-

dempti transirent P Is. LI , 9.

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du Sinaï (i), qui vient décorer la scène. Rien de plus fréquent, et en même temps de plus sublime , que ces images ; nous allons en rapporter un ou deux exemples :

« Voici , voici le Seigneur qui sort de son sanctuaire; » Il descend , il marche sur les sommets de la terre : . » Sous ses pas les montagnes se fondent , » Et les vallées se divisent , » Comme la cire devant le feu , » Comme les eaux qui se précipitent sur le penchant » des monts, (a) »

» La terre s'agite et tremble :

» Les fondemens des montagnes s'ébranlent;

» Ils sont secoués avec violence , parce que le cour-

» roux du Seigneur s'est allumée »rLa fumée s'élève de ses narines , » De sa bouche jaillit un feu dévorant ; » Il lance au loin des charbons enflammés s » Il abaisse les cieux et descend :

» Sous ses pieds s'étend une épaisse obscurité ; » Il est porté sur les Chérubins ; il prend son vol » » Et s'avance sur l'aile des vents.

» Les ténèbres forment son sanctuaire ; » Autour de lui il déploie comme une tente » Les eaux condensées , les nuages amoncelés. » A l'éclat de sa présence , les nues s'enfuient; » La grêle , les feux, étincelans s'élancent. » Alors du haut des cieux le Très-Haut fait gronder

» son tonnerre ;

Texte de M. Lowth.

(a) Eccè autem Jehova è loco sno prodit :

Et descendit, et super terrx fastigia graditur. Et subier illum ligues cunt montes , Et valles sese discindunt Instar cerx ante ignem , Instar aquarum per déclive précipitant ium.

Mien. I, 3,4.

Note du Traducteub. — C'est ici une de ces périodes à quatre membres, dont il sera parlé plus bas, et dont le premier membre répond au troisième , et le second , au quatrième.

(i) Voyez Exod. XIX, 16 et 18; Deut. IV, 11 , 12.

des heureux. 2. Part. Leçon 9. i4<) » Il fait entendre sa voix , » Au milieu de la grêle et des feux étincelans; » De ses traits il disperse ses ennemis , » Et de ses éclairs redoublés , il les poursuit frappés » de stupeur et de consternation, (a) »

Quoique ce passage ne soit rendu qu'en prose , et presque littéralement, nous pensons qu'on ne sentira pas moins la force , la grandeur et la sublimité de ces images. Il nous semble même que lorsqu'on les applique ainsi à un fait étranger , elles ont quelque chose de plus élevé , que quand on les emploie à la place qui leur appartient en propre , quelle que soit d'ailleurs la magnificence qu'on y déploie. En effet, à la majesté de ces idées vient se joindre l'observation qu'il faut faire des rapports qui existent entre des objets différens ; et cette observation engendre l'admiration et le plaisir.

Texte de M. Lowth.

(a) Tùrn concussa est et intremuit tellits ; Etfundamenta montium commoventur , Vehementer conquassantur ; nam ira illius

exœstuat.

Ascenditfumits in ejus nares ; It èfaucibus ejus ignis edax ; Exeunt ab eo ardentes prunœ.

Inclinât cœlos,, et descendit :

Sub pedibus ejus caligo densa; Et inequitat Cherubo , et volât, Etfertur super alis venti.

Facit tenebras penetrale suum , Tabernaculum sibi circum undique , Tenebras aquarum , densa nubium.

Afulgore prœsentise ejus nubes diffuglunt ; Emicat grando prunxque candentes.

Tùm intonat è cœlo Jehova , Et Altissimus edit vocem suam ; Cum grandine prunisque candentlbus ; Et telis suis hostes dissipât , Et crebrisfulguribus attonitos agit.

Ps.XVII , 8 et seq.

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Il est à remarquer que , comme plusieurs de ces images ont entre elles de la ressemblance , et peuvent ainsi convenir également à un seul et même sujet , il arrive souvent que les poètes sacrés, pour relever la grandeur d'un événement , en accumulent et en réunissent plusieurs ensemble. C'est ce qu'on observe dans ce cantique que nous avons déjà cité , et dans lequel David rend grâce à Dieu de la victoire qu'il lui a accordée sur ses ennemis. En effet , après avoir décrit, comme on vient de le voir, la majesté et la colère du Seigneur, à l'aide d'images empruntées de la promulgation de la loi sur le mont Sinaï ; dans les versets qui suivent immédiatement, il fait allusion au passage de la mer rouge et du Jourdain.

« Alors le lit des eaux a paru à sec;

» Lesfondemens de la terre se sont montrés à découvert:

» Au bruit de vos menaces , Seigneur ,

» Au souffle de votre colère, (a) »

Les exemples que nous venons de rapporter, et la nature du sujet qui nous occupe, montrent évidemment combien cette espèce de métaphore est convenable à la Poésie prophétique. En effet, les Prophéties sont toujours accompagnées de quelque obscurité : nous voulons parler , non de cette obscurité qui produit la confusion du style , et qui répand des nuages sur l'élocution ; mais de celle qui est due à la réserve du Prophète lui-même , qui cache à dessein une partie de l'événement annoncé , et n'en découvre que

Texte de M. Lowth.

(a) Tùm apparebant alvei aquarum , Retegebantur orbis fundamenta ; Ab increpatione tua , o Jehova , Ab halitu spiritàs irx tuœ. Ps. XVII , 16.

des hébreux. 2. Pari. Leçon 9. l5l ce qu'il lui est permis d'en révéler. Ainsi avec quelque clarté que l'événement soit désigné, la manière dont il doit s'effectuer et ses circonstances particulières restent enveloppées de certains voiles. De quelle utilité ne sont point alors ces images générales et indéterminées , à l'aide desquelles on peut imprimer avec force dans les esprits ce qu'il importe de relever, c'est-à-dire, la gravité de l'événement considéré dans son ensemble, son éclat, sa grandeur, son atrocité; tandis qu'en même temps on cache ce qui doit rester inconnu; savoir, l'ordre, le mode, les circonstances , enfin les détails particuliers du fait î On voit encore par-là , que ce genre de métaphore ne peut être facilement employé dans la poésie profane , à laquelle , ni l'histoire , ni même la fable ne sauraient fournir une source assez noble et assez abondante de semblables images , et qui par la nature des sujets qu'elle traite n'en a pas besoin.

Mais cette espèce de métaphore est tellement propre au genre prophétique, ainsi que nous l'avons dit , qu'elle n'est point étrangère à la poésie profane , lorsque celle-ci veut aussi prédire l'avenir. Dans deux ou trois occasions semblables , nous voyons Virgile entraîné à cet usage. Ainsi dans le sixième livre de l'Enéide , il s'écrie :

« Tu trouveras un autre Simoïs , un autre » Xante , un autre camp des Grecs ; déjà est » assuré au Latium un autre Achille, né aussi » d'une Déesse. (î) »

(1) Non Simoïs tibi , nec Xanihus, nec dorica caslra Defuerint : alius Latiojam par lits AchiUcs , Natus et ipse Dca. Virg. fàn. VI , 88.

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Et dans la quatrième églogue :

« Alors paraîtra un autre Tiphys ; alors , pour » porter l'élite des héros paraîtra une Argo nou- » velle ; alors s'allumeront d'autres guerres , et » pour la seconde fois le grand Achille mar- » chera contre Troie, (i) »

Mais peut-être voudra-t-on entendre ce dernier passage , comme faisant allusion à l'accomplissement de ce que les anciens appelaient la grande année , et à l'opinion du rétablissement des temps primitifs. (2) Cependant il reste toujours cette différence, qu'il est possible peut-être de trouver chez les poètes profanes quelque exemple de ce genre , quelque métaphore empruntée d'un fait ou d'un personnage historique , et appliquée à un autre fait , ou à un autre personnage particulier ; mais que jamais on n'en verra déduire une image commune et générale , qui suivant une loi constante et invariable s'applique à tous les autres faits de même nature, ou qui soit employée à désigner une idée générale et indéfinie.

Nous avons regardé jusqu'ici ces images comme des métaphores , quoique le plus grand nombre eût pu être rapporté plus justement à l'allégorie. Mais cela est indifférent pour les explications que nous avons voulu en donner. Sans doute beaucoup de ces exemples que nous avons cités appartiennent à cette espèce d'al-

(1) Alter erit tum Tiphys , et altéra quœ vehat Argo Delectos heroas ; erunt etiam altéra bella ,

Atquc iterum ad Trojam magnus mittetur Achilles.

Ibid. Ecl. IV, 34.

(2) Note du Tbaducteor. — Cette opinion du rétablissement des temps primitifs était un des dogmes de la secte Stoïcienne.

des hébreux. 2. Part. Leçon g. 1 53 légorie sacrée , d'une nature plus sublime , qui , dans un sujet réel et légèrement ébauché, s'étend bien au-delà du sens immédiat et littéral , et qui, sous l'écorce d'un sujet vulgaire , renferme un sens secret et bien plus divin. Mais bientôt nous aurons à nous en occuper spécialement ; car ayant à traiter de l'allégorie usitée dans la Poésie sacrée , ce sera une nécessité pour nous de parler de cette espèce particulière, malgré les difficultés et les obscurités qu'elle présente , parce que c'est là ce qui constitue le sublime de beaucoup de poèmes sacrés.

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